‹ Bibliotheque des chemins de fer HévaChapitre 14 sur 32 · H VA · texte numérisé non relu

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Gabriel...; c’est toùt simplement l’inverse de la ménagerie: ce sera l’homme qui sera en cage, et le tigre viendra le regarder. Une bonne cage de fer dé six pieds de haut, armée en dehors de baïonnettes comme un hérisson, douze pieds de circonférence pour la consolider sur la base. Je connais à Madras un Ouvrier chinois, qui vous bâclera cette cage en six jours; 11 a dès tiges de fer eh nombre, et toutes prêtes pour les kiosques métalliques , fort à la mode à Tchoultry. Vous faites porter votre cage sur un chariot vulgaire , de l’autre côté du lac, en plein désert, à dix-neüf milles de l’habitation d’Héva , pendant le jour. Vous l’assujettissez fortement sur sa base. Je serai avec vous et je vous aiderai. Nousamènerons des bœufs, qui seront liés par de bonnes cordes à des troncs d’arbres , touchant à la cage. Au tomber de la nuit , vous abattrez avec deux balles ces bœufs. L’odeur du sang et les mugissements d’agonie de ces animaux attireront, à coup sûr, plus de tigres que n^en demandé Héva.Vous aurez un arsenal de fusils, et vous choisirez les plus beaux tigres. N’oubliez pas les noirs. Certes, il faut vous attendre à un concert formidable qui déchirera vos oreilles, à de terribles assauts, à des scènes inouïes : mais je ferai donner à. votre

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cage des soins si minutieux, que vous pourrez dire aux tigres, en montrant la pointe de vos baïonnettes: « Vous n’irez pas plus loin!... » Je vais vous esquisser un dessin représentant cette chasse; vous copierez en action mon dessin.

— Sir Edward, dit Gabriel , les yeux fixés sur le plan crayonné par son ami , je ne sais si vous parlez sérieusement; mais je crois que votre idée mérite d’être prise en considération. Vraiment, je ne vois pas de graves objections à faire à ce plan. Par malheur, vous ne pouvez pas me se-, conder. Il faut que je jure sur l’honneur devant Héva que j’ai tué, seul, mes dduze tigres.:., seul !

— Eh bien! vous serez seul. Je vous aiderai dans les préparatifs, et avant le coucher du soleil je rentrerai à l’habitation. Si Héva me demande de vos nouvelles , je lui dirai que vous serez occupé toute la nuit à tuer dos tigres , et qu’elle ne s’inquiète pas pour si peu de chose. Le lendemain j’irai, sans doute par ses ordres, vous rejoindre et vous aider à transporter ici votre gibier. Si Héva vous donne seulement un sourire par tigre, vous serez payé.

Je l’épouserai ! Klerbbs 1 je l’épouserai l- Quelle femme résisterait à une telle preuve d’a-

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mour? J’épouserai Héva! Toutes les félicités du ciel et de la terre sont dans ces deux mots!... Klerbbs ! ma pensée vient de me tomber sur le front comme un coup de tonnerre!... Savez-vous qu’il me faut beaucoup d’argent pour ma chasse en cage?...

— Tranquillisez-vous. C’est prévu déjà. levais àMadras. Je verrai lord Cornwallis, et je lui rappellerai qu’il nous a promis de nous rendre tout service que nous lui demanderons. Or, je le prierai de me donner un ordre pour faire confectionner aux frais du gouvernement, dans quarantehuit heures , une machine scientifique , dont le plan a été envoyé par la Société royale de Londres, et qui est destinée à l’exploitation agricole des landes de Tchoultry. Je demanderai de plus un faisceau de fusils et deux bœufs, sous le prétexte de fonder une colonie devant la cataracte d’Ëlora. Lord Cornwallis sera enchanté de s’acquitter d’une dette à si bon marché.

— Sir Edward , vous êtes adorable !

— Ne m’adorez pas encore ; attendez la réussite.

— Je réussirai, mon ami, c’est infaillible.

Voilà justement comme on arrive aux grands résultats!... en tâtonnant sur une voie de plaisan-

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teries ! Une bagatelle souvent est la porte de toute idée sublime. Christophe Colomb , à table, cherchait un plat favori, caché derrière une jatte de lait; ses convives nièrent l’existence du plat; il retira la jatte et le leur montra. Cela le fit tomber en rêverie. Quelques annéesaprès, il découvrait l’Amérique derrière l’Océan. Klerbbs, je suis exigeant ; il faut partir pour Madras.

— Dans une heure.

— Mon qher Edward, que de peines je vous donne pour le caprice d’une femme ! Nous sommes de bien grands fous, vraiment ! Une femme a une fantaisie, elle trouvera cent amoureux pour aller lui ramasser son idée folle à mille lieues et la lui rapporter ! Je pense à un amoureux, dont j’ai oublié le nom, qui était plus infortuné que moi; celui-là me console : il aimait une Héva qui lui demandait chaque jour quelque chose d’extravagant. Un soir elle se mit à regarder une étoile avec des yeux de convoitise. L’amoureux se vit perdu, et il ne se sauva qu’avec ce*quatrain ;

La nuit, quand sdus un ciel sans voile,

L’heure d’amour vient à sonner,

Ne regardez pas cette étoile,

Je ne puis pas vous la donner.

— Ah ! je conyiens , Gabriel , qu’Héva est plus

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raisonnable. Aussi, nous la contenterons. Mais il ne faut jamais qu’elle sache le procédé ingénieux que nous avons employé.

— Jamais ! jamais!

— il faut que rien , dans son idée, ne rapetisse la grandeur et le péril du dévouement, afin que vous en recueilliez tout le bénéfice.

— C’est cela !

— Tout est donc bien arrêté, Gabriel?

— Tout, Edward. Je crains que ce. Chinois qui fait des kiosques de fer ne soit parti.

— Un Chinois partir! dans cinquante ans jele trouverais encore, empaillé au Tchma- Bazar, sous son parasol.

— Et lord Cornwallis, si....

— Gabriel, point de si de doute avec un Anglais!

— Pardon, sir Edward.... C’est que ma vie est entre vos mains.... •

— Je vous la rendrai. Comptez sur moi. »

11 y eut encore quelques paroles insignifiantes échangées entre les amis ; puis sir Edward fit ses préparatifs de départ.

On trouva facilement un prétexte pour justifier l’absence de Klerbbs, Il allait passer plusieurs jours à Madras , disait Gabriel , pour les affaires de son mariage.

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« Tant mieux! avaitdit lléva, ce jeune homme, monsieur Gabriel, vous rendra léger comme lui. Nous causerons au moins dix jours de choses sérieuses.... Vous saurez que personne ne m!a encore apporté mes douze tigres.

— Ah'L madame, avait répondu Gabriel, on est bien peu galant dans l’Inde. Moi-même....

— Taisez-vous, enfant ! Voyez comme il prend un air sérieux en disant cela! Je vous défends de faire une sottise ; c’est que je vous connais. Je vous défends d’être fou. »

En disant cette phrase, Héva regardait Gabriel avec ce sourire provocateur qui annonce chez une femme quelque vague intention de nouer une intrigue, par amour ou par ennui.

Gabriel se tenait dans une extrême réserve, comme un homme qui, voulant débuter par un coup d’éclat, ne veut pas compromettre son plan et son avenir avec des galanteries banales dont se sert le genre humain des amoureux.

Ainsi, les entretiens de Gabriel et d’Héva ne se renouvelèrent, pendant deux jours, qu’à de rares intervalles, et ils ne furent remarquables que par leur brièveté.

Vers la fin du .deuxième jour, Gabriel reçut deux lettres de Madras : ,une de ces lettres était

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confidentielle; mais il lui était recommandé de montrer l’autre, qui expliquait sa promenade à Madras. Voici ces deux lettres :

« Madras, juillet 18...

« Mon cher Gabriel,

« Lord Cornwallis a été parfait. Je lui ai expliqué mes plans d’agriculteur et de colonisateur d’un air grave que j’avais emprunté à un savant de mes amis, et qae je lui ai rendu en sortant ; cette dette me pesait.

« Le gouverneur m’a donné tout pouvoir sur papier officiel. J’ai couru chez mon Chinois, et je lui ai montré l’ordre de Son Excellence , et mon plan. Le Chinois n’a jeté sur mon plan qu’un œil oblique, et il m’a dit I. Cet I signifiait qu’il comprenait tout le mécanisme du travail demandé, avec ses détails et accessoires, et qu’il serait prêt dans deux jours.

« J’ai fait une visite de politesse à l’attorney général. Il m’a reçu avec une froideur qui me dispensera d’une seconde visite. Cet homme mourra dans l’impénitence finale.

« L ’Evening Chronicle de ce jour renferme le

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paragraphe suivant sous la rubrique latest intelligence :

« — Le savant économiste sir Edward Klerbbs va v faire des essais agricoles dans des terres incultes au nord de Madras ; le gouvernement a mis à sa disposition tous les instruments nécessaires pour favoriser cette entreprise. C’est ainsi que Son Excellence répond aux aveugles écrivains de la métropole ! »

« Toutes les choses de ce pauvre monde vont comme cela, mon cher Gabriel.

« Demain, à quatre heures du soir, vous me rencontrerez au nord du lac avec tout mon attirail de chasse. J’élèverai un drapeau rouge sur le plus haut des palmiers du désert. Je serai à dix pas de ce drapeau. Votre cheval me servira pour mon retour.

« Adieu, à demain.

« Edward Klerbbs. »

Autre lettre.

« Madras, juillet 18...

« Mon cher ami,

« Je vous écris, in greatest haste, pour vous annoncer que mon futur beau-père est toujours

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furieux contre moi. Il prétend que le mois de juillet est commencé, ce qui est incontestable, puisque le mois de juin e§t fini depuis quinze jours. Je n’ai rien à répondre à cela, aussi je ne réponds pas.

* Mettez* moi au plus bas , degré de l’autel où vous adorez la reine de l’Inde.

« Je vous serrerai les mains au premier jour.

• « Adieu I

« Edward. »

i P. S. J’avais oublié de vous dire que j’ai reçu à Madras une lettre de ce beau-père. furieux. »

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