‹ Bibliotheque des chemins de fer HévaChapitre 9 sur 32 · CI · texte numérisé non relu

CI

HÉ VA

quelle étrange figure avez-vous?... Vos mains sont froides, avec trente-trois degrés Réaumur !. . . Voyons .. parlez... Pourquoi m’appeler du fond du Coromandel pour me tendre une main glaoée et garder un silence de fantôme?

— Sir Edward, êtes-vous mon ami? dit Gabriel d’une voix qui cherche la respiration à chaque syllabe.

— En doutez-vous?

— J’en douterai, si vous me refusez ce que je vous demande.

— Demandez, demandez.

— Il faut que vous partiez sur-le-champ.

— Ah! pour le coup! laissez-moi rire un peu... C’est pour cela que vous m’avez appelé?... Pour me congédier!... Mais songez que j'ai fait cent vingt lieues tout d’un trait! Êtes-vous fou, Gabriel?

— Oui.

— Mon Dieu! quel oui! Comme vous avez dit ce oui! Je voudrai prendre ce oui! et l’empailler pour le donner à Talma.

— Sir Edward , voudriez-vous avoir la bonté de parler «ne minute sérieusement?

— Je veux bien.

— Savez-vous que j’aime cette femme, sir Edward? que je l’aime d’un amour effréné, comme

» HÉYA.

on doit aimer dans ce pays et avec ce soleil? d’un amour qui s’est formé de toutes les passions que le ciel de l’Inde a versées dans ce désert, et qui n’ont trouvé, depuis la création , que moi pour les recueillir et m’en incendier le cœur.

— Après,. Gabriel ?

— Consentez - vous à partir maintenant, sir Edward ?

— Où voulez-VQUs que j’aille, Gabriel? j’ai épuisé l’Inde.... Voulez-vous me forcer à fonder une seconde ville? Vous savez que cela porte malheur....

— Sir Edward, il y a des limites à la raillerie, enlre amis! dit Gabriel, avec une dignité menaçante.

— Donnez-moi votre main, Gabriel , dit Klerbbs affectueusement; vous me croyez votre rival, n’est-ce pas?... Vous êtes dans l’erreur.... Un jour, un jour solennel.... souvenez-vous-en!... jê vous dis que je n’aimais pas Héva..., C’était un de ces jours où l’on ne peut mentir.... D’ailleurs,- je vous connaissais à peine. Aujourd’hui, je ne l’aime pas plus qu’alors....

— Vrai ! bien vrai. Rlerbbs!

— Sur mon honneur de gentilhomme, je n'ai jamais aimé cette femme!

— Les apparences sont bien trompeuses, alors!

— Gomme elles le sont souvent dans les affaires de la vie, comme elles le sont toujours dans les passions.

— Et pourquoi ne l’aimez-vous pas, cette .femme? »

Gabriel fit cette question par étonnement e*t ’ par curiosité ; mais au fond de ces deux motifs, il y avait un sentiment étrange et inexplicable. Gabriel voyait quelque chose de vaguement injurieux pour lui et pour Héva dans cette froide indifférence de Klerbbs. On sent quelques grains d’estime dans la provision de haine que l’on porte à un rival : on lui sait gré d’abord de la préférence donnée à la femme qu'on aime, et après on le déteste cordialement.

Klerbbs recula de deux pas devant cette question de Gabriel. Celui-ci la répéta.

« Bien! voilà maintenant qu’il va s’irriter contre moi parce que je n’aime pas son Héva ! dit Klerbbs en riant.

— Oui! pourquoi ne pas l’aimer puisqu’elle vous aime?

— Elle m’aime! elle m’aime ! dit Klerbbs avec accompagnement d’éclats de rire; où diable avezvous découvert cela ?

— 11 faut être aveugle pour ne pas le voir.

— Vous étiez aveugle quand vous l’avez vu, mon ami!

— Klefbbs, vous me trompez avec uneadressq infernale ; vous avez l’esprit français et le génie anglais.

— Gabriel, ayez confiance en moi. Votre esprit français parle des femmes légèrement et à tout propos ; notre génie anglais a plus de réserve. Doit-on , parce qu’une femme est dix fois millionnaire, la ruiner dans sa réputation? Voilà donc ce que vous exigeriez de moi ! Heureusement Héva ne peut être ruinée ni dans sa fortune, ni dans son honneur. Remarquez bien, Gabriel , mon geste , mon visage et ma voix sont sérieux..*, vous doutez encore |... quelle méfiance acharnée!... Voyons, que faut-il faire pour vous mettre à votre aise et vous calmer l’esprit ?

. — Il faut partir.

— Je partirai.... Quand?

— Aujourd’hui.

— C’est bientôt.... Gabriel.... si vous remettiez mon exil à demain ?

— Ce diable d’homme ! on ne sait jamais s’il parle sérieusement ou non !

— Gabriel, il -faut vraiment que nous ayons

HÉVA

été dévorés tous deux par des tigres et des attorneys pour que je me résigne à subir les tortures que vous me donnez depuis une heure! Mon amitié montre une patience à toute épreuve.... Gabriel, je vous jure, foi de gentilhomme, que je partirai demain !

— C’est impossible demain !... Si je vous revoisencore une fois.... deux minutes.... votre bras au bras de cette femme.... elle riante ou mélancolique, comme tantôt.... vous familier, comme ùh homme heureux... .'elle, avec cette grâce d’enfer qui damnerait un ange du paradis!... vous, avec ce visage calme qui ne désire rien.... Si je vous revois ce soir à table, votre coude touchant le sien, votre pied sur la frange de sa robe; .si je vous revois à la nuit tombée, elle et vous, regardant les mêmes étoiles, foulant les mêmes gazons, cueillant les mêmes fleurs, respirant les mêmes parfums, je sens que ma pauvre raison ne luttera pas contre mon désespoir ; je sens que mon front se brisera, et que malgré moi mes pieds emporteront ma tête jusqu’à vous deux , ma tête avec des yeux sanglants , des lèvres d’écume, des sourires de foui Klerbbs, sauvez-moi de cette désolation ! Partez ! Partez ! *

Klerbbs prit Jes. mains de Gabriel.

« Je partirai.... dit-il d’une voix dont l’émotion garantissait la sincérité.... je partirai, Gabriel.... mais, avant de partir, je voudrais au moins savoir pourquoi je suis venu.... Vous aviez sans doute un motif quand vous m’avez appelé?...

Quelque grand danger?... »

Gabriel mit ses mains sur son front comme pour recueillir ses souvenirs.

« Voulez-vous que je vous montre votre lettre? Gabriel ?

— Ah!... je me rappelle!... oui.... il y avait un danger.... je le croyais,, du moins....

— Je l’ai cru aussi, moi.... je suis arrivé avec ma boîte de pistolets et en costume de bataille, en habit de bal, pour ne pas être enterré comme un paria, en cas de mort. J’entre, et je vous trouve à table! à table avec Héva! avec Héva que je ne croyais plus revoir.... quelque jour vous saurez pourquoi.... car, puisqu’il faut tout dire, lorsque je suis parti, Gabriel , c’était sans projet de retour.... je comptais ne plus vous rencontrer qu’à Paris. J’allais à Tranquebar pour une affaire qui m’occupe depuis mon arrivée dans l’Inde.

— L 'Histoire des Malabars.

— Bah ! cette histoire est un conte!... Je vais vous dire mon secret.... Ce n’est pas mon habi-

tude de dire des secrets.... J’allais à Tranquebar pour me marier. »

Gabriel, fit un bond comme un tigre frappé au front d’une balle.

— Oui. Gabriel, poursuivit Klerbbs. J’épouse la fille du consul anglais, une jeune demoiselle charmante, avec laquelle on m’a fiancé à Londres. Je me désennuyais en courant l’Inde pour attendre la majorité nuptiale de miss Erminia, ma belle prétendue, dont je suis raisonnablement fou. Cette ancienne passion m’a sauvé d’Héva. Maintenant vous savez k peu près tout.' Êtes-vous content? Non, pas encore?... Voulezvous voir vingt lettres de mon futur beau-père, sjr Douglas W..., Consul k Tranquebar ? Voilà mon portefeuille,... lisez.... Voulez-vous voir le portrait de ma femme à douze ans? une miniature de Swift? la voilà sous mon jabot de batiste, en épingle : un portrait pas plus grand qu’un half-crown. Voulez-vous voir miss Erminia, ma prétendue? venez à Tranquebar; ce n’est qu’à trente lieues de Pondichéry; vous connaîtrez une ville curieuse ; les Indiens la nomment 7’aragambouri, la ville des ondes dé la mer ! Voulezvous danser k mes noces? venez le 24 juillet prochain, vous signerez au contrat.

— Klerbbs, dit Gabriel profondément ému, s'il y a au monde une amitié sainte, c’est la nôtre; elle a été contractée dans une nuit formidable; elle fut écrite en caractères d’étoiles dans le ciel ; elle était vieille d’ùn siècle le lendemain. J’ai foi dans cette amitié. Excusez mes doutes, ils sont le triste fruit d’un amour qui, dans son délire, méconnaît l’amitié.... J’ai été injuste.... oui... vous avez besoin de repos... vous partirez demain.

— Bien! vous me donnez un sursis.... je vois que je n’ai encore gagné que la moitié de votre confiance.

— C’est elle! c’est elle maintenant que je crains!... une femme jeune, vive, capricieuse, passionnée, libre, maltresse dé ses actions....

— J’entends, vous redoutez une scène à la Putiphar.... eh bien ! nous ne nous quitterons plus jusqu’à demain.... Vraiment vous avezun visage d’agonie; je veux vous ménager comme un convalescent; je veux mettre du luxe dans la complaisance de mon amitié. Je ne verrai qu’avec vos yeux, je ne marcherai qu'avec vos pieds, je ne dormirai qu’avec votre sommeil. Est-ce

IIÉVÀ.

— Non .

— Ah! Gabriel, vous mettez du luxe dans votre exigence.

— Mon Dieu ! est -ce ma faute à moi si je sens toujours bouillonner mon sang au souvenir des regards qu’elle vous a lancée! au souvenir de son cri de joie qui saluait ce matin votre arrivée.... Klerbbs, donnez-moi la vie, accordez-moi une dernière faveur : rompez violemment avec cette femme; je veux que vous ayez le courage d’être son ennemi.

— Donnez-moi un plan d’attaque.

— Vous savez combien elle aime Sliga, sa jolie perruche....

— Oui.... elle n’arme que cela....

— Je vais la tuer sur son perchoir....

— Pauvre bête !

— Et quand Héva désolée demandera l’auteur de ce crime, vous direz : C’est moi !

— Gabriel, c’est votre dernière exigence, n’esGce pas ?

— Oui, Klerbbs.

— Je dirai : c’est moit... mais, pour ne pas mentir, je vais moi-même tuer l’oiseau. »

Et Klerbbs lit quelques pas résolus dans la direction de la maison ; Gabriel le retint vivement.

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« Jp suis content, dit-il, je tiens votre dévouement pour accompli. Laissons vivre Sliga....

— Avouez, Gabriel, que vous ôtes aussi un peu jaloux de la perruche.

— Je suis jaloux de tout; jaloux de la fleur qu’elle touche, de l’arbre qu’elle regarde, du. hamac -qui la berce, de l’air qui l’environne, de la brise qui joue dans ses cherveux, de l’Indri qui lutine avec elle; jaloux de tout ce qui lui donne un sourire, une larme, un bonheur.

. — Alors, mon cher Gabriel, remerciez les tigres! Eh! que deviendriez-vous, mon pauvre ami, si son puissant mari vivait encore? Avecun peu de raison, Gabriel, on se console de la jalousie de l’arbre, de la fleur, de la brise, de l’oiseau; mais un mari! un mari J... vous seriez mort étranglé par le désespoir ! . ' . . '

^ — Mort!

— Que les tigres soient bénis!... Maintenant, Gabriel, il faut que je vous donne le secrpt de mon dévouement pour vous , car ce dévouement vous paraîtrait fabuleux si vous aviez votre sangfroid. Il n’est sorte de service que je ne sois prêt à vous rendre. Si j’aimais Héva, je vous l’aurais sacrifiée; jugez de mes dispositions à votre égard. Vous m’avez tantôt rappelé la terrible

HÉYA.

nuit qui commença notre amitié ; vous n’avez oublié qu’une Chose , un cri, un seul cri d’héroïsme, un cri élancé de votre poitrine avec un accent de vérité sublime qui vibre encore dans mon cœur. Vous l’avez oublié, vous?

• — Probablement....

— C’est bien esprit français de l’oublier, c’est bien génie anglais de s’en souvenir. Toujours donc je me rappellerai cette scène de l’arbre du Lutchmi, lorsque vous vous écriâtes, les mains dans vos- cheveux et les yeux étincelants de courage : Oh! il faut le secourir à tout prix!... Celui que vous vouliez secourir... c’était le marid’Héva!

— Encore aujourd’hui, s’il vivait, j’irais le secourir dans le même danger. Il me semble que

tout cela est fort naturel N’avez -vous pas

fait la même chose, vous?

— Moi! je vous ai retenu! Je ne me sens pas assez d’héroïsme pour affronter tous les tigres du Bqngale au bénéfice d’un mari indien. J’adore à genoux celui qui le fait, mais je ne l’imite pas. Or, maintenant, s’il y a un homme digne d’Héva, c’est vous; oui, vous avez gagné ce paradis.

— Eu attendant, je suis à l’enfer.

— Patience! mon cher damné , tout finit dans ce monde, même le malheur.... Assez de lainen-

HÉYA.

talions aujourd’hui... notre absence sera remarquée.... Rentrons, Gabriel.... Me permettez-vous, mon ami, de proposer une partie d’échecs à votre Héva ?

— Non.

— Quel non sec! C’est l’élixir du despotisme en trois lettres.... Ah! je vois qu’il vous reste encore au cœur une ombre de détiance.... je veux l'effacer. . . . Gabriel, vous croyez qu’Héva m’ai me. . . vous le croyez?... Eh bien! Iléva me déteste ; en voici la raison : je suis le seul homme qu'elle n’a pas enchaîné à son palanquin. Elle m’a prodigué les agaceries en pure perte ; elle m’a donné de ces regards qui font mourir, et j’ai vécu ; elle a chanté à mes oreilles des mélodies de syrène, j’étais sourd. Si j’eusse donné dans le piège, elle aurait, le même soir, mêlé mon nom aux éclats de rire qui réjouissaient son mari. Je n’ai pas voulu donner ce plaisir à l’un et à l’autre; mais Héva, l’orgueilleuse , a regardé ma froideur étudiée comme une insulte à ses charmes toujours victorieux ; elle n’avait point d’amour à me donner, elle m’a donné de la haine. Ce matin, elle a cru que mon retour était un repentir : mon langage l’a détrompée. Enfin, elle m’a retiré sa haine pour me donner son estime,

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là, tantôt, en tête-à-tête sous les arbres, lorsque je lui ai dit mon secret, en lui annonçant mon mariage et mon ancienne passion pour miss Erminia. Cela donnait pleine satisfaction , à son amour-propre de coquette, et elle m’a quitté joyeusement avec ces mots : « Ah ! sir Edward, si votre cœur eût été libre, vous m’auriez aimée ! — Adorée à genoux! ». lui ai-je dit. Et vous l’avez vue courir comme une gazelle vers son beaufrèrer Talaiperi. »

Le rayon du sourire et l’éclat de la jeunesse reparurent sur le visage de Gabriel. Les deux amis échangèrent encore quelques paroles affectueuses, et se dirigèrent vers l’habitation.

Comme ils traversaient la terrasse, un des amoureux espagnols, dont le nom avait quatre noms et trois Y, les aborda tristement et leur dit :

« Vous ne savez pas la nouvelle, messieurs?

— Nous ne savons pas la nouvelle , répondit Klerbbs.

— La voici : les deux hommes d’affaires de madame arrivent à l’instant de Madras, et ils annoncent la décision du conseil colonial. Toute la fortune de Mounoussamy appartient au frère. Héva n’aura rien , pas même sa dot !

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— Héva est ruinée! s’écria Gabriel transporté de joie. Oh f tous les bonheurs m’arrivent aujourd'hui.!

— C’est un coup de politique anglaise, dit l’Espagnol, qui ne lit aucune attention au cri joyeux de Gabriel ; c’est un coup de juge anglais. On a voulu assurer la plus grande fortune de l’Inde contre les caprices d’une femme, et la maintenir sur la tête d’un Indien dévoué qui sera naturalisé Anglais au premier jour. Quelle injustice ! même la dot !... On dit qu’il n’y a pas de contrat.

— C’est sagement jugé, dit Klerbbs, j’approuve la décision. »

L’Espagnol regarda Klerbbs fixement et courut annoncer la nouvelle à ses compagnons d’infor-, tune amoureuse.

« Maintenant, dit Gabriel à Klerbbs, je suis à

mon aise vis-à-vis de la bèlle veuve. Ma délica-

tesse est en bonne position. Je tremblais à l’idée qu’elle ne prit mon amour pour une spéculation d’aventurier. Ce soir même , je brusque ma déclaration. Qu’en pensez-vous?

— Oui ; Je moment est favorable. Si elle vous 'ménage un tête-à-tête, prenez l’occasion aux cheveux. »

En entrant dans le vestibule, ils trouvèrent

Talaïpeçi et les deux hommes de loi qui s’entretenaient à voix basse de l’affaire de l’héritage ; Héva, nonchalamment étendue sur un divan , souleva sa tète et leur dit-:

« Messieurs, voilà une heure que vous murmurez des phrases ennuyeuses à mes oreilles. Allez dire aux juges coloniaux qu’ils sont des sots, et que tout soit fini. »

Puis, s’adressant aux deux jeunes gens, elle leur dit d’un ton de gaieté charmant :

«Messieurs, félicitez-moi, je viens de perdre dix millions.... Voulez- vous les jouer aux échecs, sir Edward ?

. — Madame, dit Klerbbs, je ne suis pas assez riche pour faire votre partie, il vous reste votre grâce et votre beauté. Si j’étais le Pérou, je me jouerais contre ce reste de votre fortune.

— Et le Pérou perdrait! sir Edward.

— Tant mieux pour le Pérou ! il serait bon à quelque chose, au moins. Je ne refuse pas de faire votre partie, madame, mais vous gagnez avec une promptitude désespérante pour moi.

J'ai l’honneur de vous proposer un adversaire plus digne de vous.... mon ami Gabriel. Il a joué avec Deschapelles à Paris, et avec le brahmane Tiéki à Djaggernat.

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-•“Et j’ai perdu, dit Gabriel en s’avançant de quelques pas avec une vivacité déguisée en nonchalance.

—Ah! dit Héva, monsieur a joué avec Deschapelles ! quel avantage vous faisait-il ?

— J’en rougis, madame, il me donnait la pièce.

« Mon oncle, le grand-juge de Batavia, recevait de M. Deschapelles le pion et deux traits. Ils ont joué à Anvers. Voulez-vous bien placer vos pièces, monsieur Gabriel.... vous mettez votre reine noire sur la case blanche !... vous êtes distrait.... vos pions ne sont pas en ligne.... Bien maintenant! à vous le trait, monsieur Gabriel, je suis chez moi.... ah! le gambit de la reine! c’est du nouveau dans l’Inde....

— Mais vous n’intéressez pas la partie! dit Klerbbs.

— Oui, c’est juste.... voyons, prenons un enjeu....

— L’honneur? dit Gabriel.

— Quelque chose de moins, dit Héva , et qui ne soit pas si cher.

— Me permettez- vous de faire votre jeu, madame? dit Klerbbs.

— Faites, sir Edward.

-T- Si Gabriel perd, il vous écrira un madrigal 361 13

dans cette langue française que vous aimez taut ; si vous perdez, vous lui donnerez votre perruche qu’il aime tant.

— Accepté! dit Héva.

— Je vais préparer une cage pour Sliga, dit Klerbbs.

— Oh ! dit Héva, sir Edward, ne faites pas tant le fanfaron pour le compte d’autrui.... Échec au roi !

— Déjà! dit Klerbbs; au quatrième coup, vous avez, madame, des prétentions au mat?... C’est lé coup du berger! il n’est pas neuf!.... c’est un berger indien qui l’a inventé.

— J’ai perdu ! dit Gabriel.

— .Mais c’est une surprise! dit Héva, recommençons.

— Je ne sais pas jouer, dit Gabriel en riant; vous le voyez.

— Alors, payez, dit Klerbbs, voici mon crayon et du papier de Chine. »

Gabriel écrivit alors ce sonnet ;

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