I II I ■ ■ I II
(i) Rerum Bç^emicaFum antiqui scrîp^ores ^ etc. (3) Cosmse Pregensîs deçà ni cnronica BoheiDorum. (Tonî. II, p. i )• (3) Joannis DubraTiî, Olrataeacis episcopi hUtoria Bohemica. (T. Ill,^ p. 1).. ■ ^ '
208 blBLIOtttÈQt'lS
massacre des Juift , tlont il est parié dans la chronique prë^ cédante. H dit que Brécislas- se hâta de revenir de Bo*' logne y parce que Févêque Gpsme^ auquel il avait laissé le gouvernement du royaume pendant son absence » lui avait fait savoir que des pèlerins qui allaient au recou-^ vrement de la Terre-Sainte, maltraitaient tous les l^é" breux qu'ils rencontraient , les forçaient à recevoir le bap^ téme et tuaieat ceui: qui s'y refusaient. L'ëvêque d'Olmfitz ajoutait dans son message que la présence du prince et de son armée était nécessaire pour réprimer ces violences , caf il savait qu'un grand nombre de croisés , de toutes les nations, venaient de divers pays pour aller porter des secouni aux chrétiensd'Orient , contre les Sarrasins , et que ces croi-' ses ne se comportaient pas tous avec piété dans les lieux qu'ils traversaient. Mais avant que Brecislas fût de retour f les pèlerins étaient déjà entrés en Pannonie. D'autres se rendaient à Gonstantinople par la Thrace et la Macédoine y ou par la mer Adriatique.
Le même Dubtavius , en parlant dé la croisade ehtrjeprîse par Conrad, roi des Romains, dit qu'aucune expédition de^. chrétiens en Orient n'àVait encoi'e été faite avec plus d'ordre* et d'appareil , ni avec de^ troupes plus nombreuses , et avec des chefs plus illustres. Mais Dubravius se trompe lorsque parmi ces chefs il compte Alphonse , roi d'Espagne , et' Henri, roi d'Angleterre. 11 compare l'armée dés croisés à celle de Xercès; il dit que les troupes du roî de Perse inspirèrent moins de terreur aux Gf ecs que celles des princes chrétiens allant à là Terre-Sainte ; puis il ajoute : » Plût à Dièù 1» que leur expédition n'eût pas eu une issue semblable , » quoique les désastres éprouvés par les chrétiens aient été » d'une nature différente. L'armée de Xercès périt par lai >i valeur de ses ennemis, l'armée chrétienne lut détruite » par la perfidie de l'empereur de Bysance. »
L'auteur accuse le prince grec , comme beaucoup d'autres chroniqueurs , d* avoir envoyé aux pèlerins du pain fait avec
Arménie et sa mort. Il dit que les rois de France et d'Angleterre ne purent s'accorder ni empêcher Saladin de conserver Jérusalem. Du reste, il se montre peu instruit de la conduite de Richard en Syrie , lorsqu'il rapporte que Saladi"^ dicta la loi à ce monarque dans le traité qu'ils conclureJï^^ tous deux lors du départ de Richard pour rEurone Dubravius loue beaucouji le sultan d'avoir ordAn^^ h
ordonné » ^^
DES croisap.es. 209
bérault d'armes de porter au bout d'une lance un morceau de linceail où il devait être enseveli, en criant : Voilà ce que le ^vainqueur de l'Asie emporte de toute sd gloire et de ibu^ sa puissance. Nous Avons déjà eu occ^a^ion de dire que cette anecdote n'était rien moins que prAurëe.
Sous la date de 1241 , Dubravius raconte l'invasion "des Tar tares dans la Pologne', et fait une ^peinture curieuse des mceurs de ce peuple. « Leur cruauté , dit-il , se manifeste 1» par leur figure; ils ont le visage gros, affreux, horrible , » tes yeux creux et féroce»,- la tête terminée en pointe et' » rasée tout autour, le menton garni d'une barbe longue et » hérissée ; toutes leurs maiiières sont basses et ignobles ; » ce qui prouve aisément que les Thatars ( c'est ainsi que «Dubravius les nomme )' viennent de ces Scythes qui » se marièrent en Asie , et procréèrent une race d.égénérée. » Car jusqu'à ce jour, les Turcs et les Scythes eux-mêmes f ont eu des Thatars pour esclaves ; ils ne les haïssent que » parce qu'ils les regardent comme une race dégénéi;ee^ » quoiqu ils aient plus d'une fois éprouvé les . funestes » effets de leur puissance. » -
^Ce que Dubra^us raconte de la prise de Constantinople p^r les Turcs , en 1 455 , est trop connu pour que nous nous^ ¥ arrêtions. Mais dans la description qu'il fait du siège de flielgrade en 1436, nous avons remarqué un trait qui mérite d'être <:ité : ^
« Un soldat bohémien, dit l'auteur, voyant un Turc monté
> sur les murs, un étendard à. la main, et la plupart des
» soldats de 1^ garnison prêts à se retirer dans la citadelle /
» saisit l'infidèle corps à corps et demanda à Capistraii qui
» était au bas du piur ce qu'il arriverait à son âme , s'il se
» précipitait du haut en bas avec ce chien {cum cane isto)^
3». et s'il mourait avec Ihi^ Capistran lui ayant répondu que,
3» son âme serait certainement sauvée, le Bohémien se jeta
» aussitôt avec le Turc en bas du mur , et , par sa mort et
. » celle de Tinfidèle , conserva la vie de ses compagnons
» d'armes , qui se mirent à poursidvre les Turcs et à piller
» leurs bagages. » v
Collection de MatMaz Belius (i).
Ce recueil offre aussi peu de détails sur les croisades que Ici précédens. Les Hongrois prirent très-peu de part aux
(i) Eeram HungArtcanim scrî.^ tores , etc., edente Mathige Belio.
expéditions d'outre-mer. D!aiUeurs les lamiires du chrisr tiauisme et de la civilisation venaient à peine d'éclaireto cette nation sauvage, lorsque les pèlerins se dirigèrent verg le SaintrSépulcre. Mais, si les cnroniq^ues hongroises soni^ stériles pour ce qui ^Acerne les guerres saintes y elles don-* nçnt deS' détails lorsipl'il s'agit des attaques que les Hon^ois eut'ent à soutenir, contre les Turcs. G'esidansces chroniques qu'il faut chercher tout ce qui peut- donner une connaissance parfaite des progrès des Turcs en £urop^, et des maux que la Hongrie eut à souffrir de leurs invasion^^
Chronique de J^an Ti^rocxf (1).
Cette chronique est le premier ouvi?age qui se présente dans la collection de Belius. Cet auteur , qui vivait dans le quinzième siècle, nous apprend, sous la date de 1095.^ qu'après les fêtes de Pâques , il arriva de France , d'Espagne et d'Angleterre, mais surtout delà part de Guillaume (lise2 Hugues ) , frère du roi de Erance , des ambassadeurs chargés de prier Ladisilas , roi de Hongrie , de se mettre à la tête de la première croisade; que Ladislas accepta avec joie ce commandement ; que les nobles de Hongrie y consentirent avec autant d'empressement , mais que toute la Hongrie en fut attristée / ee qui n'empêcha pas le roi de faire ses préparatifs* Mais ,' pendant qu'il s'en occupait , il fut appelé en Bohême au secours de Conrad, duc de ce pays et son propre neveu ; et 1A il fut atteint d'une grave maladie qui le fk descendré au tombeau. Ce passage, de Thurocz a donné lieu à une discussion entre quelques- écrivains a Allemagne. Lesuns ont prétendu que Ladislas, roi de Hongfie étant mort a vaut* lé concile de Clermont , les chefs croisés n'avaient pu lui offrir le commandement de l'armée chrétienne. Les autres ont observé que Thurocz ne dit point que cette offre fut faite à Ladislas , après ni même pendant la tenue du concile de Clermont , mais aux fêtes de Pâques qui précédèrent de sept mois ce concile et suivirent de quelques semaines le concile de Plaisance tenu dans la même année. Or , suivant la chronique dé Bertbolde, rempereur Alexis ayant demauT dé, dans le concile de Plaisance, du secours contre les Sar-
— . -^—^ ' , ' .' ' ■ ^ -il
(i) Joannls Thurocz chronica IIungaroruiA ab ori^ne genti$ (T. I^
DJ&S CROIS ABCS. 21 1
rasins^ le pape Urbain, y -fit promettre < à plusieurs, ^ous la foi du serment, qu'ils iraient, avec l'aide de Dieu, au secours dé ce prince. Le concile se tint le i*^'^. mars, et, le 25 du même mois, le roi Ladislas reçut les. ambassadeurs, qui lui offrirent, de la part des princes croisés, le commandement de Tarmëe. On cité, à Tappui de cette opinion , de$ médailles àtrifde croix , portant le nom de Ladislas , et qu'on Si^ippose avoir été frappées à cette occasion.. Des savans pensent que cette tjriple croix était le symbole du Calvaire et qii'elle indi»
Îuait le départ de ce roi pour Jérusalem. Etienne Kàtona , ans son histoire critique des rois de Hongrie, s'est livré, sur ce sujet, à une discussion dont nous venons d'ofiirir le ré-, sume. n pense que le passage de Thurocz peut être défendu et soutenu , sans blesser la vérité ou du m6ins la vraisemblance de l'histoire.
Le roi Ladislas étant mort, le» princes chrétiens, continue Thurocz, firent à Çôloman, son successeur, la même offre
Su'ils avaient faite à soli père. Mais le nouveau roi , loin e l'accepter ,. se mit en mesure d'interdire aux pèlerins le passage dans se» états; Apre» quelques combats malheureux » Coloman se vit forcé dé traiter avec les éi'oisés et de les laisser passer. Thurocz fait de ce roi un portrait qui nous te montre peu propre à commander une armée. « Colomafi. » dit-'il, était d'un aspect' hideux et- ignoble, mais d'un ès- » prit fin , rusé et ehangëanti II était vêtu , crépu ^ borgne , » bossu, boiteux et bègue. I» :
.Etienne Katcma oppose à ce portrait copié par Bonfini, le témoignage de deux^ecclésiastiques qui vécurent sous Coloman et le connurent de près. L'un, archevêque de StHgoniuih , le représente avecvles, grâce» et 'la simplicité de la colombe; il le compareii Saint Etienne aïeul de ce prince^l'autre, abbé dé Zoboria , loue la sainteté du glorieux et du victorieux Colo^ man. A ces témoignages, KatOna ajoute ceux des historiens des croisades , tels qu'Albert d'Aix , Guillaume de Tyr et Bernard le Trésorier,- qui parlent du roi dç Hongrie en termes très-honorables , enfin celui «de Roger , chanoine de Waradin, qui place ce prince au catalogue des saints avec ses prédécesseurs Ëtieiine , Emeric et Ladisla».
Nous ferons observer que les témoignages invoqués ici par Katona ,ne sont point satisfailsaiis. Albert d'Aix , Guillaume de Tyr, Bernard le Trésorier, Roger, n'avaient point vu Caloman. Les autres se contentent de dire qu'il eut les vertus. d'un saint, ce qui ne dément pas le portrait que Thurocz ^ous a laissé de sa personne.
Pour ce qui regarde le commandement dé la milice chré*
212 BIBLIOTUèQUE
tienne que Colo)i9ah refusa d'accepter , Katona , ioln d'en faire, comme Thurocz, un reproche à ce roi, le loue au'cbn* traire de n'avoir pas voulu négliger les affaires de sàfi royaume, pour se charger 4l'une entreprise lointaine.
En parlant de la deuxième croisade , Thurocz dit que le roi Conrad, allant à Jérusalem , traversa la Hongrie plutôt en tyraii qu'en pèlerin, et- qu'il n'y eut aucune église ou moinastère auxquels il n'arrachât de l'argent. Lé roi dé France ,
3ui le suivit , se conduisit avec plus de décence et de mô-» ération , aussi fut-il honorablement reçu -par le roi'Geyr£i« •C'est un hommage que rendent à Louis Vil lès historiens de toutes les nations. Les Grecs surtout se sont plu à Opposet les qualités modestes » l'aménité de caractère du roi de France , à ia brutaUté et à l'emportement de. Conrad* Thurocx rapporte que le roi de Hongrie ayant appris par un de ses sujets nommé Gurk, que Borik, fik adultérin de Goloman, accompagnait le roi de France , envoya dire à ce monarque qu'il n'était pas juste de rendre le mal pourie bien et de protéger cieiui qui en voulait à sa vie. ce Ce n message, dit l'historien « excita de grands débats parmi » les croisés français : chacun se demandait quel était celui V qui méditait la mort du roi de Hongrie ; on voulait lé ,n connaître pour le faire périr. Ce Borik était venu, d'a«- » près le conseil de quelques Hongrois , auprès du rpi de » France « dans le dessein, s'il pouvait entrer en Hongrie, 3y de soulever les peuples et de s'emparer du pouvoir. » Lorsqu'il appi^it le message que Gi&yra avait envoyé au 3» roi de France , U vint se jeter aux pieds de ce monarque^ M lui demanda pardon et le ^ria de lui permettre de sortir » avec lui du royaume» D'un autre ôôté, Geeyra demanda au » roi de France, par l'âmitté - qui les {unissait , de lui » envoyer Borik enchaîtié; taatïi ce prince réjpiondit : Çue » Gejrra apprenne que la maison d*un roi est comm&une église ei » ses pieds compte un a£^te/^éxpression très-remarquable dans i> tous les temps). Comment pouirais-je donner des fers^ à » celui 4jui est venu se prosterner dans la demeure du roi » comme dans une église^ et aux pieds du roi comme dewuut um » autel? L'envoyé de Geyra répondit : Mais notre maître pense » que l'église ne protège point une. race adultère, Borik voyant » que la mort le menaçait,' s'enfuit pendant la nuit sur un des »- chevaux du roi. Un des gardes^d^ Geyra l'ayant rencontré-^ » voulut l'arrêter , mais Borik d'un coup d'épée lui fendit >» la . tête -jusqu'au milieu du corps et s'échappa. » Thurdc« dit que André, roi de Hongrie, reçut le commandement de l'aruiéâ chrétienne qui devait marcher contre le soudau
èa Caîre^ et que bientôt après il revint tictorieux , "couvert de gleirje et charge de reliques précieuses. MaîsThuroe» se trompe ici : le roi André n'assista point à l'expédition ' d'Egypte. Il avait déjà quitté l'armée des croisés lorsque ceux-ci se dirigèrent' vers Damiette.
A mesure qu'il avance dans l'histoire de son pays « l'au-^ teur^devient. moins concis. Il donne, par exemple, sur la bataille de Nicopolis des détails plus exacts. Mous ayons , eMré antre chose , remarqué que , quoique hongrois , .il attribue la^ perte de cette bataille plutôt à une erreur de ses compatriotes qu'à l'imprudente témérité des Français» Il dit nien que ceux-ci, ambitionnant l'honneur de combattre Içs premiers, engagèrent le combat avant que les troupes -du roi de Hongrie £u£(sent rangées en ordre de bataille ; et que descendant précipitammient de leurs chevaux^ ils fondirent sur les ennemis; mais il ajoute que les Hongrois voyant les chevaux sellés des Français reV^enir au camp du roi , et s'i* maginant que ceux qui les montaient avait été vaincus , le trouble se mit parmi eux; ils abandonnèrent leur/^ camp , leurs machines He guerre tet prirent la fuite , vivcjiiient poursuivis par les Turcs, . '
Thurocz donne sur la prise de €onsiantinopIe par le» Turcs , quelques détails qui n'apprennent rien de nouveau. Il s'étend assez longuement sur le siège de Belgrade en 1 456y et fait le plus grand éloge de la bravoure des Hongrois , qui furent animés par les exhtortations de Jean Gapistran , dé Jean Humriades et par l'exemple de deu« jeunes guerriers que Thurocz appelle Michel Zilagy et Ladislas de Camsa:, Il rapporte que Mahomet blessé au sein tomba presque mort , €t^ue les siens l'ayant porté dans sa tente, s'enfuirent pendant la nuit jusqu'à un endroit noipmé ^iS^uTio , emmenant leur prince avec eux. Mahomet étant revenu à lui, demanda où il était ; les Turcs lui répondirait ; nous avons été 'vam-ctts par les Honnis; le ^tHUivode de Natotie et pi^esque tous tyos généraux ont été tués, nous avons éprouvé une grande perte, et ce qui est pire encore , nous chutons que *votre sérénité ne fut au nombre des morts. Nous asnyns aonc fui jusqu'ici^ Mahomet ayant demandé si les machines et tous les instru^ mens de guerre avaient été abandonnés, et les Turcs l^i ayant répondu que tout était resté au pouvoir de l'ennemi » le sultan dit alors dans l'amertume de son cœur : Apporte»^ moi du poison et que je meure plutôt que de retourner hoàêewf hcment dans mes états, ^
214 BlfeLlOtttÈQUL-
Destritction du royaume de Hongrie par tes Tartares sotis le roi\Bela If^y par- Roger ^ chanJoine du cluxpUre de JVeradin (1)* On ne sait pourquoi Tauteur a donne pour Jjremier titre à son ouvrage celui de poème ( Carmen ndse^ rabilc), cài* on n'y trouve rien de poétique soit pour' le» expressions sôit pour les idées. ^
Mais^ à Taide de cet ouvrage on peut se faire une juste idée du caractère des Tartares. I^'auteur nous assure .dans un prologue qu'il nîa rien raconté téméi*airement ; et qu'il vaudrait mieux ne pas nattre que de tomber dan^ les mains des barbares dont il décrit les ravages. « Celui à qui arrivera un » pareil malheur j dit-il, sentira qu'il est détenu non pas par 3> les Tartares mais dans le Tartare {Senties s^nOnà TçartarU^ »sed in Tartarodetîneri), Je rapporte ce que j'ai éprouve; M j'ai été long-temps dans ce cas, et la mort eut été pour moi Mvune consolation ^-comme la vie' fut alors pour moi ui| » supplice ( fui enim per tempus inter eo« in quo mon^ so* i> latium extitissetj sicut supplwiumjfuit vUa) ».
Roger attribue l'invasion des Tartares i plusieurs causes » dont la première -fut l'introduction des Comans en Hongrie» Le roi Bêla, qui les avait attirés,, avait eu l'intention de les eonvertii^ au christianisme ; les Comans , une fois introduits dans ce pays., s'y comportèrent en barbares, et se firent détester des Hongrois. Bêla, qui voulait les civiliser, les soutint, les protégea ,~leur prodigua des honnetirs et des distinctions, et s'attira ainsi la haine des Tartares. Lorsqu'il fut instruit de l'arrivée dexes peuples sur les frontières delà Hongrie , ce prince fit un appel à ses sujets ; mais il fut mal secondé : les Hongrois accusèrent les Comans d'avoir fait un traité secret avec les ennemis , et reprochèrent à Bêla d'avoir introduit chez eux un peuple qui ne voulait que leur ruine. Ces dissensions favorisèrent donc les progrès des Tartares. Lès Hongrois eurent à se défendre , non-seulement contre ces nouveaux ennemis , mais aussi contre les Comans, qui furent appelés pout. les secourir. \\ n'entre pas dans notre sujejb de suivre Roger ^lans' le récit qu'il fait de cette invasion ; nous nous contenterons de citer quelques traits propres à faire connaître l'esprit des sauvages du Mogol. Après avoir vaincu Bêla dans une grande bataille , ils trouvèrent son sceau , et s'en servirent pour adresser à tous les Hongrois une circulaire dans laquelle ils leur disaient > sous le nom da roi , dé ne point craindre la rage des Tar- . ^ L^
(i) Roçerii Hungari, mlserabilc carmcn, scu historia super fleslructione regm Huqgariœ, etc. (Tom. I, p. 392 ).
tares ', de rester cheeeux et de se' coMenter de faire des
prières à Dieu ^ qui ue permettrait pas qu'ils fussent domptes par leurs ennemis. Ils iirent rëaiger cette circulaire par dies prêtre^ hongrois qui étaient tombés en leur pouvoir , ■et ils y appliquèrent le éceau du roi. Dans le même temp»> ib écririrent aux autres princes tartâré^ qui n'étaient pa» encore entrés en HongDJlk^ devenir au ptiitèt se joindre ^ eux, parce qu'ils n'avaient plus aucun oostacle à craindre; LesL. Hongrois^ trompés par la circulaire, et n'ayant pas de moyens de connaître la vérité , furent surpris et subjugués lei uns après les autres . Un grand nombre alla > se ca» cher dans les ^réts. Les Tartares toulaient s'empar^ de StrigQ»ium , une des plus beHes villes de la Hongrie » ihais il fallait passer le Danube, et comme on était alors en hiver, ce fleuve était couvert de glace et de neige. Les Hongrois , qui étaient sur l'autre rive ^ brisaieilt chaque jour là glace j et livrèrent plus d'une fois des combats à pied pour empêcher le passage, Bnfin tout 4e Danube lut gelé;, niais les Tartares n'osaient le travei*ser. Que firent-ils ? ils laissèrent sûr la rive un asseï grand liot^rc! de chevaux^ét d'autreë animaux sans aucun gardien;, et pendiant trois joiirs persbnne ne parut de kur côté. Les Hongrois croyant que les Tartares s'étaient retirés , passèrent suoitement le fleu^ vé , et einmenerent tous ees axMûiiax dans leur c^inp» Les Tartares , assurés alors qu'on pouvait traverser le Danube n cheval , se portèrent avec impétuosité sur la rive opposée , et remplissent le pays de leur multitude. Strigouium toinbà bientôt en leur pouvoir. * ' r
, Yoici dans quels termes Roger décrit la situation où il se trouva avec beaucoup d'autres de ses compfitriotes , lorsque les barbares eurent abandonné Ja Hongrie : « Nous » commençâmes à parcourir cette terre dépeuplée. Lefe clo- • » tchers des églises noiis servirent dé guides ^out aller d'un » lieu à un autre ; car toute notre route était couverte » d'herbes et de buissons. Les porrèaux, l'ail et les oignons yt qui étaient restés dans le» jardins des paysans , nous «servaient quelquefois de nourriture , et. ils me parais-^ * saient délicieux.^La plupart du teinps, nous remplissions » nos ventres affamés de mauves où de racines de ciguë* M Nous ne trouvions ni . cabne ni reposi La nuit, faute » de toit pout nous mettre à éouvert, nous couchions » en plein air. Au bout de huit jours nous arrivâmes » à la ville d'Albe , où noiis ne vîmes que les osse- .» m^ens et les têtes des liabit;ans qui avaient été tués. Les » murs des palais et des basiliques étaient .entièrement
» détruits et couverts du sang des chrétiens., Là teri'e arait » bu ce sang innocent ; mais les pierres en étaient encore » rougies , et nous ne pouvions passer à travers ces décom*^ » bres , sans pousser de continuels gémissemens et des » soupirs amers. Nous arrivâmes enfin à un village nomrt n mé Frata , où s'étaient réfugiés une imdtirtude ^l'hommes 3» et de femmes. Ils nous re^urent^ {^eirrant, et nous ques^* -.. » tlonnèrent sur ce que nous avions éptrouvé; nous ne pûmes » le leur raconter qu'en peu de mots ; ils nous offrirent n» » pain noir fait de farine et d'écoree de chêne broyée ; mai» 99 il nous parut plus doux et plus agréable que les mets le» 3» plus recherchées. Nous restâmes un mois dans cet endroit , » n'osant en -sortir; mais nous envoyâmes des éclaîreiury À s'informer s'il restait encore des Tartanes en Hongrie , cm , » s'U» n^vaient feint de se retirer que pour nous tromper yisencore. Enfin le roi artiva des c^tes maritimes, soutenu » par les chevaHers de l'ile de^ lUkodes , et par les chefe » des Frangipane ; il nous assura que les Tartares avaient » disparu. » ' ""
Après cet optiscitle vient PSpitome Âes affaires de Sort' ^rie (1 ) , par. Pierre Rauzan , évêque de Lucerie ou Lu* cera, ville du royaume de Naples. Ranzon , qui vivait long*^ temps après Thurocz, ne fait que répéter ce que nous avon» 2;apporté d'après cet historien au sujel^ de Ladis^as, à qui les princes croisés offrirent le commandement de l'aimée ; il indique aussi plutôt qu'il ne raconte le pèlerinage du roi André , et commet <, à l'égard dé ce roi, la même erreur que Thurocz. Comme son récit des guerres contre les Turcs ne nousoffire^rien de nouveau, aous ne nous y arrêterons pas»
CoUectiQn des auteurs danois^ par Langebeck (2)^
Le premier volume de cette -collection renferpac quelque» chroniques qui parlent des croisades ,. mais d'une manière si concise et. si sèche , qu'il n^y a rien dont l'histoire puisse profiter. Nous ne les indiquerons que parce qu'elles nous îbnt connaître lés princes danois qui allèrent à Jérusalem pour secourir ou pour visiter la ville sainte, v
JVous trouvons d'abord dans ce recueil la Chronique de
*mt^
(i) EpilbTne rerum Hungarlcafum pclrt Ranzànî. (T. i, p. 3^6.) (2) Scriptorés rejrum panicarum meâiî oervi, elc. > <juos collcgit Jacobu» lÀiigebeck.
DES CROlSJIDEf. 217
Cohtelius Hamsfbre {\) : c'est une liste des ibis de Daneinarck, depuis Dan jusqu'^à Frédéric H. On y lit, sous la date de 1096, que le roi EriclII, surnommé kbon, partit pour la Syrie , et mourut de maladie dans Vile de Chypre \ «pi'il fut enterré à Fj^magouste y en 1 104; que sa femme Bo« tilde i qui Tavait suivi , mourut en Orient et fut ensevelie , dans la vallée de Josaphat. . ^
A l'année 1 545 » l'auteur dit que Woidènfiar lY fit aussi un pèlerinage à Jérusalem , mais il ne 'donne aucun détail sur ce pèlerinage.
lu Histoire abrège des rois de Danemàrck, par S'wenon, fis d^A^ffm (2} , parle aussi du pèlerinage et de la mort du roi £ric le bon.
> Pierre Œatis y qui a fait uxiè Histoire des rais de Dane^ nuunck^ depuis ï)ah jusqu'à la mort dm roi Jean (5) / indique égalem^t le pèlerinage du prince Eric et celui de Wolae-smar. Il dit que ce dernier partit avec Eric et une suite btiblante, qu'il visita le Saint-Sépulcre , et fut fait chevalier du Christ (miles Christi) des mains du mfonarqué danqis*
La chronique Vulgairement appelée Chronique du roi Eric (4) nous apprend pourquoi Eric lll fut surnommé egoikœ ou /<? bon. D'abord , c'est que sous son règne les récoltes furent si abondantes , que le boisseau de bled ne valait pas plus de deux deniers ordinaires; ensuijte, parce qull était d'une très -haute stature, et qu'il était aussi fort que quatre faonimes des plus robustes de son royaume ; troisièmement enfin , parce qiie , dans le temps où il jse préparait à partir pour l'Orient , les Danois offrirent -de donner à la Terrer Sainte le tiers de tous leurs biens pour la rédemption de la croix (où plutôt pour le dégager âe son vœu et- pour qu'il restât dahs le royaume ) . Mais Eric n'y voulut point consentir ; il se mit en marche avec un grand nonfibre de guerriers, et se rendit à Rome, oà il obtint pou^ l'église de Lunden un archevêché don|^ }p titulaire . devait être primat des trois royaumes. Arrivé à Cbnstantinople , il fut reçu avec de^ grands honneurs par l'empereur grec. La chronique dit que
, { I ) Cornelii Hamisfortii séries regam Daiklae à Dano ad Fredencâm IL (T. I, p. 34.)
(2) ovenoois Aggonis fiftl compèndiosa regum Danî» h{storia.'.(T. i^ p. 42.) , ^
(3) Petri Olaî minorltœ Roskilden^ cluronica regum Dànoram à Daaè ad obitam Joannis régis. (T. i, p. -68.)
(4) Rcgam et gentîs Danorum hisloria à D^no usaue aid a|iciim ia8$ ^ dicta Vulgo Cbko]eiicq2< £Ei«i vjuàt^ (;T« i, p. i^ifi.) •
iX^ BIBLIOTHEQUE
le it)! pâenn mourut en 1 1(XI dans Ftte de Chypre^ iiitist que sou ëpouse, et que tous les deux opérèrent des iiiira<^ clés après leur tnort. Nous* venons de Toir que Hunsfort fait mourir la i-eîne dans la Terré-Sainte. - A la suite de cette chronique est uil autre ouvrage de Pierre Olatts, intitulé' Armais de Danemcàrck (1).: On y -Ut que Jean, maréclial de Woldemar II , mourut à Ptolëmals €A f 1 52 , et qu'il fuV enseveli dans le eimeUère de Saint- Nicolas. Il donna aux frères prêcheurs dé Roschild^quarante marcs d'argent fin poUr construire uùe église et un clottre^ Les Annales albiennes, pe^'un êmorvjrme (2), paraissent avoir été écrites d'après Albert de Stade. Elles renferment l'indication d'un plus grand nombre de faits queles chrôoi^
3ued dont nous venons de ps^rler ; mai^ on y cherche en vain es détails. Elles parlent de la i>risé de Jérusalem par Gode* froi , de la mort^cbs ce prince > du couronueihqnt dé son frère Saudoùin , de la prédication dé saint Bernatd' et dé la se^ conde croisade. Elles indiquent aussi l'expédition de Frédéric I". , qui fut noyé, disent-elles, dans uu^ fleuve de là Thessalie )' elles ajoutent que ce prince en expirant ptrononça ces paroles : "Béni soit le Fils de Dieu crucifié qui m'a reçu par Peau , m'a ré^néri, m'a fait martyr et chrétien. Elles rapportent, à l'année 1 195, la captivité du roi Richard, et disent que /ce prince se racheta pour cent cinquante livtes d'argent. l '
A la date de 1 1 97 , les jinnalés parlent en ces termes de b mort de Henri de Champagne : « Le roi de Jérusalem , se » levant la nuit pour uHner, tomba d'une fenêtre et moun rut; Le sertiicur qui voulait le retenir fut entraîné dans »' sa chute. » -
Voici ce qu'on trouve dans les Annales albiennes touchant la tïroisade d'enfans : ' « Ces enfans venaient des villes et dés » villages de divers pays , sans gui^e et sans clief ^Tpour aller » outrie-^ner. Lorsqu'on leur demandâit^yel était le but de » leur voyage y ils répondaient : Nous allons a Jétustdem, M nous allons conquérir la Terre '^Sainte. A la nouvdl6 de ce » ^mouvement ex.traordinaii;*e , le souverain pontife versa des- » larmes et prononça ces mots : Dieu se sert de ces enfans » pour nous reprocher notre indifférence et notre sommeil. On » vit aussi autour du Rhin des feiiynes errer ça et là sans
(i) Pctri OlaY Annales rerum'Danicarum à cimbtorum exflu a«l aofit Chrisli<54i.(ï. i,p. 171.)
(2) ÂuQaies ab anonyiiioéiraà AUiiam uftcjue^dann. raÔJi^T.l, p.'i-dy»)
DES CROISfADElB. '2l9
y> mot dire {unde mulieres circà Rhenum de loco ad locum nil
» logucndo vagoùantur») ^ "
Les annales parient du mouvement des pastoureq ux en 1 25 1 , et copient ou plutôt abrègent ce que les autres historiens en ont dit.
"Les Annales d'Esrom , par toi moine du monastère de ce nom (\)y ne contiennent sui: les croisades que quatre dates; ceBe de la conquête de Jérusalem en 1099, le pèlerinage du roi Eric em 1 202 ; la reprise de Jérusalem par Saladin en,1 187, et la ruine d'Acre en 1291 . L'auteur raconta très<brieTèment les calamités qui tombèrent sur les colonies chrétiennes en 1 1 87 : « Jérusalem , dit-âl , fut prise par » Saladin, le roi mené eti captivité, le patriarche mis à » mort. ( On sait que le patriarche ne périt ^oint) . Les ec- » clésiastiques -et leis kïcs, les moines et les religieuse, M.dont le nombre était infini , succombèrent sous les coups M de l'ennemi; le sang des saints fut répandu autour ^e » Jérusalem, et il n'y eut personne pour ensevelir les vioti- » mes. La sainte croix fut enlevée par les profanes. Il y eut » ce jour là éclipse du soleil. » L'aimaliste indique à peine la ruine de Ptolémaïs* • . ^ - • . y- \
XiC second volume de Langebeck n'est guères {^lusf riche en détails que le premier, La Généalogiedes rois de Danemarck, publiée par Henri Ernstius (2}^ rapporte, à la manière des chroniques précédentes , qu'Eric ,'ms de Suéno'n-le-Grand , et frère de Canut, martyr, reçut le surnom dé bon-y à cause de sa grande bonté, et qu'étant allé au tombeau de JSotre*- Seigneur, il fit en chemin plusieurs belles, actions. Mais l'auteur ne les indique' pa^.
Extraits des historiens Danois (5). Pierre Olaus , àtiteùr de cet ouvrage , donne des détails sur la force prodigieuse du roi Eric , sur sa haute taille et sur ses mœurs. Il lui reproche d'avoir obscurci les belles qualités de son âme par sa passion pour les femmes. Il ajoute que ce prince, après avoir combattu les Esclavons et protégé lé Danematck cotitre les tenta tiveis des pirates , résolut , pour faire pénitence , de faire un pèlerinage à la Terre-Sainte.
Les détails suivans sont assez curieux : # Lorsque le prince » eût annoncé cette résc^ution dai^s une assemolée teniie à
^i) Annales rerum Danicarum Ësromense^ ^ nato Ghiisto ad ann. i3o7« (T. I, p. ai2.) \.
(a) Genealogia regum Danorairi. (T. Il, p^ i54*) \i) Pelrt Oiaï exi«rpU ck Kutoriiti» Danbrmi. (T. Il, f* spO^.} '
N 'Yibprg y dit Pierre Olaûs , tout le peuple , étonné''^ gëmît ,^ » comme s'il e'ût craint de perdre /un père. îl g'écria^ les*
> laimes aux yeux et' en se ph)sternant aux pieds d'Eric,
> qu'il ne devait pas tenir à soti vœu particulier plus qu-aa » bien public, et qu'il plairait davantage à Dieu par une » bonne administration du royaume, que par un pèlerinage. » Comme le xkà résistait aux prières des Danois , ils lui of-<> » frirent. pour le dégager de son vœu, le tier» de leurs » biens et de leurs meubles. Eric se refusa encore à cette n offi^ç , en disant qu'il ne voulait pas être à la fois! parjure ]^ et cause de la ruine de son peuple. Enfin , de l'avis des V grands , il institua pour prociirateur du rdyaurae son fils » aine- Harold ; et pour ne point traverser seul les terres » étrangères , il choisit comme compagnons de soii péleri- » nage les hommes ie$ plus remarquables ^e .$on royaume., jf Son épouse fut aussi du voyage , • mais marcha séparé"^ » ment.
» Eric se rendit par mer et^ Russie ; il traversa ce pays k » pied dans sa partie orientale et arriva à Gonstantinoplè. » (Npus avons, vu plus haut, dans la chronique du roi Eric^ que ce prince se rendit d'abord à Rome). « Eric demanda à » l'empereur grée la permission d'entrer dans sa capitale. » L'empereur, n'osant l'y recevoir, le traita cependant hors » des murs avec toutes sortes d'égards. Il avait dans sa garde » plusieurs danois (/ef waranses); il craignait que, sous Vf prétexte de dévotion , Eric , dont le nom et le pouvoir lui » étaient connus, ne séduisît ses soldats. Cependant, au » bout de quelques jours , l'empereur fit ouvrir au prince y» de Danemàrck les portes de la ville , et lui donna même » une place dans son palais; car il s'était assuré qu'Eric n'a- » vait d'autre désjr que d'offrir- ses hommages aux saints, j» €flL\ étaient «urtout en vénération k Constantinople. L'em- « pereur grec donna à Eric beaucoup d'or et de reliques, 'et » ^n outre un vaisseau ^chargé de toutes les provisions né- » cessaises pour naviguer vers l'île de Chypre. H fit faire sa » statue de grandeur naturelle et la fit exposer en public » richement ornée. Eric , en arrivant dans l'île de Chjrpre , >». fut saisi de la Nièvre, et sen^tant sa mort prochaine^ il *» deniânda à être enseveli dans la ville, en disant que^la » terre de ce pays pourrait bien retenir son corps , quoique, » suivant l-opinion commune, elle rejetât, la nuit qui suivait » les funérailles , les corps qu'on y ensevelissait. » L'auteur ajoute que non-seulement celui d'Eric y reposa paisiblement, mais que par la suite les «utres morts y troiivèrent une sépultuJife tranquille. L'épouse d'Eric mourut aussi dan&
hti cRaigADCfu 221
le voyage.' Ce ne fut que deux mis après qu'on reçut eii Dancinarçk. la nouvelle de la mort du roi. Ce récit ne s'atcorde pas beaucoup avec celui de la Généalogie îles roîs de Danemarck, qui. portef quIEric mourut dans Tije de Chy?* pre en revenant de la Terre-rjSainte. QlaUs ne s'explique pa» sur le Ueu'où la peine Bottiil^de finit ses jours. Cet auteur avait sans doute puise son récit dans le Compeudium de l'histoire de Dannemarck-, par Thomas Geyshmer (1 ) , où le» mémesv détails se trouvant presque -mot pour mot. Ce sont aussi les seuls que Geyshmer et Olaiis nous donnent sur ce qui concerne les croisades. Deux autres chroniques, que nous nous contenterons d'indiquer, comprises aussi dans le même volume de Langebeck, parlent à peu près dans les mêm^s termes du pèlerinage d'Eric le bon, de son caractère et de sa force prodigieuse. ^ ^ .
Les Annales d'Islande (2), qui commencent le troisième volume de L>angebeck , indiquent les grands évén^emens des croisades. Elles sont les seules de toutes les chrojûques chinoises qui parlent dû départ de Sigurd, .roi de Norw^ège» pour la Terre-Sainte, en 11 09.
Pour donner une idée de la manière dont ces Annalei^ sont écrites , nous co|[»ierons ici quelques passages relatifs à notre sujet. •.
1274. -^ Concile général tenu àLyon; Jean, aj^chevêque cle Drontheim^ et André, évéque d'Olaiis, ,et Askatinus de Berghein s'y trouvèrent: ils revinrent .la même année iaivec -un ordre du pape Grégoire et un décret du concile général» portant que le clergé donnerait pendant six ans la dîme de ses revenus pour l'expédition de Jérusalem » et qu'iLy aurait indulgence ]^énière pour ceux qui se croiseraient.
t277. — Les Tartares tuent le Soudan durCaire et^ trente mille hommes avec lui. . k-
1 505.' — Le roi des Tarltare» délivre le pays de Jérusalem de la domination des iSarrasins.
1510. — Des bulles du pape Clément sont envoyées en Islande ; elles ont pour^ objet d'ordonner des levées d'argent pour une expédition à Jérusalem, et accoi*den(t des indulgeiites à ceux qui y contribueront. v \'^' x
Cette manière d'écrire l'histoiren'est pas seulenaent particulière aux Annales d'Islande; elle est aussi celle de la
(i) Thomse Gejshmen compendium faistori8& Danicœ, elc. (T. 11^ p. a85. ) •
(3). Annales Islanddrtini regii à nato Chrî'slo ad aùnum 1^41. ( T. ni»
222 BlBLIOTflkQUE
pluftart des chroniques danoises, et de plus d^une cBroniq[ue des autres pays de l'Europe au moyen âge. \ * '
Langebeck a mis à la fin de son troisième volume un récit de la malheursuse expédition ds Sùenon, prince danois, conr-. tnk Içs Turcs (J). Ce récit est tiré d'Albèrt-d'Aij^ et de Guillaume, de Tyr. L'éditeur fait une longue . disjsertatioa dans laquelle il recherche;.de qui Suenon était fils. Aprèfli aTx>ir cité ^ous les auteurs qui pnt parlé du pèlerinage de ce prince, il finit par croire que Suénon était neveu du roi Suénon-Erstrittius , qui régna après la mort de son frère Eric-le^Bcn , et fut père du fameux Henri iSAîâlefen. .
A l'occasion de ce pèlerinage, Langebeck- parle de deux autres que firent Harold le sévèrt, depuis roi de Norwè^e». et S^énon-Noric , évéque de Roschild ; le premiiCr eut lieu en 1040, le second en 1088.
Harald, ouHarold, frère d'Osoph, roi et martyr, sortit dé son pays du vivant de son frère , et se retira à Consdantîr nople comme en un lieu'd'e:!|^il. Il s'y init au service del'em-^ pereur et livra plu sieurs ;cond)ats sur ^ler contre les Sàrra-' sins, et sur terre contre lesScytlies. Il se distingua- pai^ sa valeur et s'enrichit des déjdiouîlies des ennemis.
L-'évêque de Rosehild fut porté par la seulç dévotion au,^ voyage de la Terre-Sainte ,. et mouri^t dans l'île de Rhodes* ^
li0 quatrième volume de la collection de Langebeck contient trois liistoires de saint Charles , prince danois , puis comte de Flandre^; qui aUa datais la Terre-Sainte et fut as<>^ sassttté dans une église de Bruges.
A l'âge de quatre ans , le jeune Charles reçut de Suénan^ un don précieux :. c'était un haudner ,que saint Canut, in son Ut de mort, avait donné à Suénon. Au sortir de l'en* fance, le çpinte Charles entreprit le voyage de Jérusalem et visita le Saint-Sépulcre. Selon Qualtcr et Galbert, 4^t de ses historîens, il cohiiiattit'vaiUamment les ennemis /de la foi et se distingua par sa prudence et son courage. Peu après son retour en Flandre, Robert, le même qui avait été un des premiei'S princes croisés, se voyant près de mourir et ne laissant pour lui succéder qu'un enfan.t nommé Baudouin» désigna Charles pour lui servir de tuteur et pom- le gouverner pendant sa minorité. Cet enfant étant mort lui-même peu d'années après , le Comte Charles fut reconnu pour souv^** rain. Il gouverna avec tant de modération et de sagesse, qu'à
. (i) Infelix exj^dîo Suenpnls, prineipU Danî, adversùs Turcas (T. III» p. ti3r.)
DES cBoigAHEs». 23!E;
la moii de Dénrl V » on lui offrit la couroiiDe impériale qu'il refusa. Pendant la captivité de Baudouin , rpi dé Jérusalem % les barons chrétiens lui. écrivirent: pour le. prier de venir prendre les rênes diu gouvernement de la Judéet Çbarlêa refusa encore cette. offre. Ce prince, diib Galbert, neceasa jamais de^se montrer bienfaisant pour les pauvtea , mode^te^ dans la prospérité, ierme et courageux dans le malheur. jv
Voya^ a Jérusalem de Sùénon, Mque de f^iborg, et de son
Jrère EskiUe, m 11 50 (1).
Le récit de ce pèlerinage est pour nous Farticle le plus important du quatrième volume de la collectioii que nbiis avons sbiis les yeux,
« Dans les onzième et douzième siècles , dit le continuateur » de Langebeck« ces pèlerinages étaient devenus si fort à la » mode, même âans les pajs du nord, qtié non-seulement » les hommes d^ùi^e 6onditî.on commune , mais ceiftp dé ' ïâ » plus haute iiaissancief,rivalis£)ient de zèle etde dévotiôp. » rarmi ces peler iniaiges , il en est un qui est célëbi^e dans les » fastes du Danemark ; c'est- celui (de dctix ffères qpXtenaiçnt » le premier rang à la cour, saroÎT': EsktHe, Ikïc, et'Sué- » non, évêque. . • \
» Le premier était un homme belliqueux , infatué de- » sa naissance et de son rang^ d*un caractère dur,' d'un' » visage terrible , aîmaut à répandre le sgn^ et faisant » tous les jours beaucoup de uial. Le second se distrn-^ » guaitpar la sainteté de sa vie; k politesse de $es mœurs , » et ses vertus ajoutaient à Fé^at de sa dignité. Il chérissait » tendrem^t son frèrç, mais il détestait son ge;nre de vie » et sa dureté; souvent il lui â^reséatt de secrets xWo- » çhes : il Fexl^ortait à changer dfe conduite ; Eskillé dédai- » 'gnait les avis de son frèrel Un jour , Suénon Ipi pro- » posa' de prendre la croix et de partir pour "la Térre- » Sainte; il répondit qu'il n'entreprendrait point le voyage > » à moins que Suéhon ne Pgccompagnât. Celui-ci consentît » à le suivre , espérant que son frère reviendrait au Seigneuri
» Ils partirent donc ensemble et leur voyage fut lieurejtiJf* ».Ds visitèrent le tombeau de Notre-Seigneur , adorèrent \vc » sainte croix , et après avoir dévotement parcouru tous les » saints lieux, ils arrivèrent ^ i^n endrpit voisi|^ 4e JéA*M9a^
(i) Iter Hierosolyinitaniini Saenonu , c^iscopl \iburgeii3Û 9% irpXxh ejus EskilU , anno 1 i5o. (T. IV, p. 4a I. )
22t BIBLIOTHÈQTTC
» lem, nommé Pattr-^oster par les habltatis, parce que » Jësus-Christ y donna , dit-on , à^es disciples la H>rmule de » prière qui commence par ces mots. Il y avait là une petite » ëglisp dont l'extérieur annonçait la misère; nos pdlerinsy » entrèrent et firent la prière du Pater, suppliant Dieu oe » leur pardonner leurs fautes, et de les délivrer de tout mal* » Ils allèrent ensuite au fleuve du Jourdain , où ils se dësat» » tarèrent et se lavèrent. Eslîille , dans toute l'effusion de son » âme , adressa une nouvelle prière à Dieu et demanda à » être délivré des liens de son corps , afin qu'il ne retombât » plus, dans ses anciens péchés.
» Soudain £$kille sentit que Dieu allait remplir ses vœux. » n reçut les sacrçmens , eut adieu à son frère , à tous ceux >» qui étaient présens , et rendit l'âme en déplorant ses 9 fautes^ . v
M Le vénérable prélat , voyant que l'âme de son frère p, » cette âme dont le salut avait été l'objet de ses sollicitudes ^ » était si heureusement et si promptement enlevée à la terrje^ » éprouva aussi un vif désir de mourir «^ II demanda à Diea M la même grâce javec une foi si ,ardente , qu'il sentit tput-« » à-coup ses forces l'abandonner, et jugea que Dieu l'appe- » lait à lui. n fit alors toutes les dispositions nécessaires > et » ordonna à ceux qui étaient présens de porter son corp& » et celui de son frère à l'église appelée Pater-Noster;, il •» bénit ensuite les assistans et . s'.endormit heureusement » dans le Seigneur. » (On a lu un trait semblable dans notre extrait de Gjaber.) .
a li'église^où ces doux frères furent ensevelis fut rebâtie » sur un plan plus vaste etjilus beau; on leur éleva un » tombeau magnifique. Le neveu de ces pèlerins , nommé » aussi Eskille , et archevêque xlanois , imitant leur piétés » voulut vivre et mourir comme eux en pèlerin* Il renonça » aux brillantes dignités, prit à Clairvaux l'habit monasti^ » que , disti;ibua aux pauvres toutes ses richesses , et,^ en in Orient la consolation de ceux qui y moururent; ce sont lea expressions de Maurique, auteur des Annales de CiteauXi, citéea par l'historien*
Relation du voyags de quelques Danûis à la Terre" Sainte j,
par un anonyme {]).
L'auteur de cette relation était danois et parait avoir fait
|[i) De profectione 'DanoruBi in Terram-Saoctam , etc.,. ab anonymo.
t>E8 CROISADES, 225
)>ârtie de cette expédition. Il l'a dédiée à un pei'sonnage qui n'est pas nommé , mais* d'après Tordre duquel il l'avait en^ treprise* Il s'excuse sur son incapacité , et pense que si Ton a des reproches à lui faire > ce sera sur sa déférence aux ordres qu'il a reçus et non sur une présomption téméraire*
L'anonyme a divisé son opuscule par chapitres : dans les deux premiers , il attribue à la dépravation du siècjie la perte de Jérusalem; cette dépravation lui parait un des signes de la fin prochaine du monde ; le triomphe des Sarrasins est > selon lui , une juste punition des péchés des hommes. ^ L'anonyme rapporte la lettre que le pape Grégoire VŒ adressa à tous les rois et princes de la chrétienté pour les engager à venir au secours de la ville sainte ; puis , dans son troisième chapitre , il continue en ces termes : « L'illuâtre » et noble Canut, roi des Danois, fils du roi WaMemari » convoqua vers la fête de Noël orne assemblée à Odensée. » Il ordonna à tous les grands de son royauiùe, auï évêques» » aux officiers civils et à tous les prud'hommes de s'y rendre » exactement, n y vint des nonces du siège apostolique qui m firent à l'assemblée le récit des malheurs dont nous avons » parlé ; le roi et tous ceux qui étaient présens répandirent » un torrent de larmes; Faifliction fut si profonde, que » tous restèrent. muets : personne ne piit répondre aux ora-* » teurs. Enfin/ quand les sentimens de la douleur eurent niait place au calme et à la réflexion, Esbarn, frère de l'ar- » çhevéque Absolon , rompit ce morne sUence. Après avoir » obtenu du roi la permission de parler, Esbarn prononça j» un discours dans lequel il fit un pompeux éloge de la va^ » leur des Danois depuis les temps les plus anciens , et pro-* » mit les puissans secours que les nonces attendaient.
M Quand l'assemblée fut. dissoute , quinze personnes se » réunirent pour examiner comment on pourrait exécuter » ce qu'on avait arirêté. Il fut décidé qu'on instruirait le »■ peuple du projet qui venait d'être formé^ et qu'on travail- » lerait à la construction de' navires propres au transport » des provisions pour ce lointain voyage. Ces quinze person- » nés s'engagèrent par un serinent solennel à poursuivre » l'exécution de l'entreprise ; mais la désunion se mit bien- » tut entre elles : H n'çn- resta que cinq qui persistèrent dans » leur résolution , et qui néanmoins vinrent à bout de faire » construire des vaisseaux. »
L'anonyme nomme ces cinq personnes : c'étaient Ago , fils d'Estigh ; Alexandre , nqveU de .' l'archevêque Absolon ; Ato, neveu de l'évêque de'iTucon-('Alborg); Pierre, fils de Palnon, et Suéino, fils de TorkiUe. - : . • , ; } .' • »