BIS CHOIS ADES
Matliias qu'il enti\eprit l'histoire de Hongrie. Ula^slas, successeur de ce prince, pour prouver àBônfini combien il estimait son ouvrage , anoblit lui et sa famiUe. Ratona , en parlant de cet historien , lui reproche des erreurs , d<^ fables «t des anachronismes. Il' rapporte les différentes opinions des savans sur le mërite de son ouvf âge , p^is il exppse ainsi iui^méme son propre jugement.
« A mon avis , dit-il , Botifini est précieux pour Ses seize » derniers livres, savoir, le livre a de la 3*. décidé, les » dix livres de ia 4^. , où il traite des affaires de son temps, » et les cinq livres dela'S'. décade, qui renferment l'his^ » toire du roi Uladislas. Si ces livres nous manquaient , nods » serions privés de documens iihportans pour cette époque. » Quoiqu'8 s'y rencontre quelquefois des erreurs, il y en a » cependant inoins que dans les trente premiers livres, dont » la pérté ne serait pas bien grande pour la république des *»'lettrcis. ô
D'après ce jugement, nous 4évons peu espérer de l'ouvrage de Bonfini , pour ce qui concerne les croisades , pids*^ que ce X'. livre de ia 5". décade commence au règne du roi liiathias^, c'est-è-dîreversTàn1458.
Nous voyons, en effet, que Bdnfini répète sur la première croisade ce que Thurocz a raconté. Il parle comme lui de la proposition que les princes chrétiens firent au roi Ladislas de se toéltre à la tête de l'expédition sainte ; propo* sition qui , après la mort du monsu^ue hongrois, fut renou- '^eléeà'sôn successeur Coloman. Bonfini dit, comme Thulocz. qu'elle fut rejetée par ce prince, et il tombe dans les tnémes erreurs que lui sur l^ conduite du nouveau roi envers les croisés. '■ ^
Bonfini, à la date de 1147 , accuse aussi le roi Conrad dé s'être conduit comme Un tyran , lorsqu'il traversa la Hongrie pour aller en Orient; il loue lui-même Louis VH de la conduite toute opposée qu'il tint envers lès Hongrois , et s'éterid a$sez longuement sur l'anecdote de Borich , qu'il rapporte quelques lignes plus loin , après avoir fait le récit de l'èx-
{)édition. Il se plaint, comme presque tous les historiens, de a perfidie de l'empereur grec, qui persuada au roi de France de traverser les déserts de la Syrie où ce prince trouva tant de misères. L'auteur nous apjM-end ^qu'ett sortant du porj; Saint-Siméon , pour aller en Palestine', Louis YII rencontra tout-à-coup la flotte des Sarrasins , et que sans l'artivée dé lloger , roi de Sicile , qui , après avoir enlevé phtsieùris villes Éfrecqiies à l'empereur Manuel, s'était porté sur les côtes de^,, J'Asie , le roi de France serait resté au poutoiv des infidèles*/
294 llXBLtipTkIÈQUfi j
Roger I suivant Bonflui, fut^d'im graml secours aux cbri^ tifi^BS* n s'empara en Syrie. de plusieurs places qu'il. laissa sabs gaifnison , et qui furent ensuite occupées par Xes Yém-^ tiens. L'auteur hongrois parle en. peu de mots du siège de Damas que les princes chrétiens furent. ^bliffés de lever, dit-il y parce que leurs troupes périssaient de soif et de faim. On voit que Bonfini ignoi^ait le véritable motif de la retraite des croisés , ou du moins .celui que tes autre^liisto' i^iens en donnent»
Bonfini parle d^une nianiè)re fort succincte, . et cotmnije en passant, dîe k 3"^. croisade. H dit que Bêla, roi de Hongrie , aentaât que cette expédition ne pouvait se faire sans le secours des vaisseau^ de Venise, cité quç ses forcesmari-^ tlmes rendaient alors souveraine , fit une trêve de deux ans avec les Vénitiens.
Bonfini a encore copié quelques auteurs allemands , lorsr* qu'il raconté qu'André, roi de Hongrie, assista au-;si^ge de àamiette en 1219, et qu'il capitula en 1221 avec 1^ Soudan d'Egypte, pour la remise de cette place. Toutes les autres jcfaroniques s'accordent, au contraire, à^dire que ce roi*re-passa en Europe , après avpit visité les saints lieu± d'où il rapporta plusieurs reliques.
Kous ne nous .arrêterons pas à la fable romanesque de Baneban , administrateur du royaume de Hongrie en l'ab-* sence d'André; ce ministre, si l'on en croit Bonfini., fit mourir la reine Gertriîde qu'il accusait d'avoir servi la pas siiQn cidininelle que le frère de cette princesse avait eue pour l'épouse de Barnaban.
Nous ne répéterons point ce que dit Bonfini sur l'invasion des Tartares en Hongrie, au milieu du treizième siècle ; l'au^ teur n'en parle que d'après Thurocz et les autre;s historiens contemporains des événeipens ; nous-passerons donc à l'histoire des croisades conjtre les Turc», pour laquelle Bonfini mérite plus de confiance. Nous ne nous arrêterons cependant que sur les principaux -événemens qui y ont rapport, n attribue , comme la plupart des historiens , la peile de la bataille de Nicopolis à l'ardeur téméraire des Français, mais il dit, comme Thurocz ,. que ce qui décida surtout du sort de cette journée, ce fut le retour des chevaux de Ces mômes Français qui avaient mis pied à terre pouf combattre; les Hongrois, à la vue des chevaux, jugeant que leurs «;a(vaUers venaient d'être défaits , s'abandonnèrent à la faite. Le roi Sigismond lui-même qui, peu auparavant, selon jBonfini , défiait la ruine du ciel ( yr#i cœli ruinant pattlh aiiir ic^UcmfjfseraC) f serait tombé au pouvoir des ennemis^ s'il
DES G|lOlSAP£S. 295
làVut trouve une nacelle pour'k porter siu* Fautrf^ rive d^ Danube. L'auteur cquiparè ce prince il Xercès qui, après avoir méprisé les fureurs ^tla puissance de la mer,, se sauva en Asie sur un petit navire.
L'historien de . la Hongrie raconte les exploifls de Je^n IJunniades , et parle du traité de paix qui lut conclu à la suite des victoires remportées ^ur Âmurâth.
Les avis qu'on. reçut du commandant de la flotte des cpn- .fédérés , les lettres de l'empereur grec et les ordres du pape^ firent bientôt rompre ce traité. Les efforts du cardinal Julien , qui l'avait désapprouvé » contribuèrent surtonti at|x résolutions que prirent les chefs de , l'armée hongroise ,dc poursuivre la guerre. Bonfini met dans la 'bouc)ie de ce carr dinal un discours dans lequel> parmi plusieurs raisons spécieuses, on ti'ouve celle que Katona suppose avoir été alléguée par cç légal f comme la plus juste et la plus solide. Cette raison était que les Hongrois ne devaient pas abandonner les alliés qu'ils avi^ient appelés à leur secours , et qu'ils étaient plus obligés de rester fidèles à d'anciens sevinens qu'aux conditions d'une trêve conclue avec des enne" mis dont ils connaissaient depuis long-temps la cperfidi^. Bonfini donne de longs détails sur la bataille de Varna. Il rapporte qu'Amurath, au milieu de la mêlée, tirant de son sem le traité qu'il avait conclu avec les chrétiens , et levant les yeux au ciél^ s'écria ; « Jésus-Christ, vpilà les traités u 4{ue tes chrétiens ont fait avec moi; ils les;ont jurés ,, par » ta divinité, et ik ont violé leur foi donnée sous^ton nouji; » ils ont perfidement abjuré leur diçu. O Christ] si tu es h Dieu, comme ils le disent , venge maintenant tes injures >» et les miennes , et montre à ceux qui ne cobinaissent p^s » encore ton saint 410m , que tu sais punir la violation dçs » traités. M . j
Plusieurs historiens ont accusé. Jean Hunniades. d^vo^r lâchement abandonné le champ d^ liataill^ > et dVvpix' aii^^i causé la perte des chrétiens. Bonfini se contente de dive «fue Corvin voyant le désordre dan» les rangs cie l'armée qt U troupe du roi mise en fuite , abandonna cette troupe qu'il ne pouvait rallier, et se retira promptement vers les.^ps , afin, dit-il , qu'il restât quelqu'un qui vengeât sous de n»eilleurs auspices cette défaite et cette honte. $n parlant de la mort du cardinal Julien, sur laquelle iji ne dopn^ rien de |>récis , Fauteur appelle ce prélat la cause dç tous I<^s m^ux
[Juliamunoniniunimaloï%in/mctotem»)
Après avou* raconté la victoh'e mémorable qu*But;iniad.es et Capistran rçmpqrtcAent de.vs^nt Bellcgradcei^ i456; Vau-
29jS »ibxi6thèque
teur Uongrois fait la réflexion suivante : « Gapistran et Gor- » Vin écrivirent au* pontife Gallixte , et cbacUii essaya , dans » ses lettres, de revendiquer pour lui-même l'honneur, de » cette victoire , sans faire inention 'de ce que l'autre avait » fait. Ces deux hommes illustres aimaient mieux , sans » doute, être privés du pouvoir que de la gloire c(u'ils crovaient » mériter. Mais quand deux chefs ont vaillamment comoatta» » rûn par ses prières ,' l'autre par son bras , on doit croire » que la puissance divine a fait beaucoup phis que les forces » humaines. »
Ndus avotis parte dans notre cinquième volnine d'un ttiôtnpheque leK: llongrois remportèrent en Transylvanie sûr Icis Turcs, dans Fannée 1479. Nous avohs dit abs» comment les vainqueurs . 'célâ)rèrent leur succès sur le champ de bataille ; mais nous n'aVons pu nous arrêter à plusieurs 4etails curieux que Bonfini nous offre» et que nous croyons devoir rapporter ici :
« Paul Rinis , dit Sonnni , joyeux de cette victoire , toute » sanglante qu'elle était, résolut de souper au milieu àeê *» cadavre$, avec son Collègue et ses légions victorieuses et /» très-pieuses ( vidricibus et piissimis tegioniôus ) ; car la s» nuit approchait, et l'es chrétiens ne pouvaient retourner à » leur camp , qui d'abord avait été pillé par l'ennemi. On mît > donc des tablés sur les cadavres , qui étaient, en si grand » nombre et si près les uuç jdes autres , que dans toute la plaine, 3» et sur une étendue de près de seize stades , on pouvait saU- » ter d'un cadavre à l'autre. On apporta des mets , et les sol- M dats se mirent \ manger ; ils se rassasièrent , et buvant > plus que de raison, ils s'abandonnèrent à la gaîté. Le » Festin se termina par des chansons guerrières. On célébra » lés chefs et les grands ; le vin échatrffant de plus en plus » les esprits., on se mit à danser la pyrrhique militaire. Les 3» soldats armés formaient des chœurs, et iaispent retentir * » les lieux d^àlentoûr de, leurs chants et de leurs cris de joie. «Pendant que chacun faisait des gestes et des inoûvèmens y qiU prêtaient à rire , oi^ pria Paul Kinis de danser ; céhii-K:i » rélança aïi milieu de f enceinte, et levant, avec ses dents » seules un des cadavpes qui jonchaient la teiTé', il se mit à 9 dau'ser en cad^çe , ^ià milieu des spectateurs , che2 qhi te j» irire avait fait place à l'ëtotitaernent. C^est ainsi que Paul » exéduta une danse digne d'Hetcule.' » Katôna , qui a cité ce passage, dit que Bonfini para|t s'être, trop* livré à son imagination dans quelques-uns de ces détails; mais qu'il est certain, d'après Iç teinoignage de plusieurs auteurs , que les Hongrois remportèrent ùnecelèbw victoire.
9EÉ G110IIA»4. 297'
Suirant Bonfini, Bajaset II enrcjnei en 1495 des iimbassiiy deurs à Bude, pour demander une trëTèdedix ans. Ces envoyés offrirent au roi de Hongrie des eotfpes d'argeilt ciselé. Uladislas II reçût ces prë^ens» et en fit Kii-même de ma-^ gnifiques; mais il ne roiilut' consentir qu'à luie trêve de trois ans., à condition que de part et d'autre oi^ ne ferait aucune incursion^ et qu'on rendrait de bonne foi lèé pri- Bonniers. Le rot ajouta quHl liii serait libre de proroger la trêve s'il le voulait, ou de ta rompre s'il y trouvait son avantage, mais qu'alors il ferait obligé de prévenir le sultan trois mois d'avance.
Nous terminerons ici notre ejctrait de* l'histoire de Bbn-^ fini; cette histoire, écrite avec talent, n'est pas un ^Uide très-sûr pour les époques qu'elle parcourt.
Chroni^fue de Berthotde^ de ConsUmC$ (1 )V
' Cet ouvrage est en général regardé par les savans coxniae iine continuation de la chronique d'Hermann-Contract (^ou le paralysé ) , laquelle commence à^ l'année^ 42 de J. C.y et finit à l'année 1 054. Bertholde ou Bernolde , ou Bernald^'ou iméme Bernard, conune quelques-uns le nomment, avait été disciple d'Hermann, qui jouissait dans son temps d'une -grande réputation de savoir. U entreprit de continuer. Fou- .vrage de son maître, et le reprit à Tannée où Hermami l'avait laissé; . il le termina ^ Tannée 1100, quelque temps avant sa mort. La chronique de Bertholdq , souvent citée par l'abbé Fleuri!^ ajoute peu de chose à ce que nous savons sur cette époque ; mais nous devons nous y arrêter, un instant , parce que Tauteur était contemporain des événemens qu'il raconte. On y lit, sous la date ae 1095,. Ie3 détails suivans sur le concile de Plaisance , tenu aux calendes de mars :
« A ce concile parurent des. ambassadeurs de Tempèreur » de Constantinople f qui demandèrent humblement au pape « et à tous les fidèles qu'on leur envoyât du secours cofntre » les payens , car les barbares menaçaient déjà Tempire >* grec. Après avoir entendu ces députés, le souverain pon^ » tife exhorta plusieurs, des assistans à promettre par ser- ,» ment qu'ils iraient, avec Taide de Di^u, secourir Tem^ ^ peneur grec^de tout Içur pouvoir. .». .
(i) Bernoldî sea Bertholdt jDresbytefi Coiistaatiensîs jKBnUcntiam ipvstolice et monaci S. Blastî cnfooicon^ etc.
*2d8 biblSotb^qii«
, Bertholde p»rl^ aujssl des càmtikfir tenta 4 Cjyermont et à Tpurs, le {Premier daiii la même ^nn4e 1095 y fe seGPi»d MU commencement de la suivainte , pois il ajoute :
« Dan& ce temps uiie grande multitude se mît en iparche
I» de ritalie, de Jtoute hà France et de F Allemagne , poui'
•>^ aller à Jérusalem contre les païens, afin de délivrer le^
» 4iiretiens. Le pape fut le. principal auteur de cette expé-
.1» di{ion {jncLximus aucfor jUit ) ; ds^ns les synodes pré-
^ c^ens il y arait excité tout J^ monde avec un très-grand
» zèle , et l'avait fortement recoimnandée comme un moyen
» d'obtenir le pardon de tous les péchés. J^fit 9iettre le
¥ signe de -la croix &ur Thabit de tous ceux qui se dévouè-
» rent à ce pèlerinage. Ce signe parut même sur le corps
M de quélques-uBS des. pèlerins; ce qui fit cr<Hre à beaMt-
» coup de personnes que Fentreprisé était inspirée et corn-
» mandée par Dieu lui-même. Cependant une multitude
. » innombrable de gens du peuple ^ qui ne savaient et ne
» pouvaient se préparejr aux dangei*s d'une pareille expédi-
%. tion , se mirent en route avec trop de simplicité ( nimuim
m sùnpUcùer) ; A'o^ ilaniva qu'un assez grand nombre de
<» croisés péiirent en Hongrie , parce, qiï'ils eurent Timpra-
» dence de dévaster les terres de ce pays. Le roi de Hongrie
■n n'ayant pas petfmis aux pèlerins qui suivaient cette mutti-
• lude d^entrer dans sesr^tats, plusieurs trouvërentla mort à » l'entrée de ce royaume.
» II n'est pas étonnant, ajoute Bertfaolde , que ces pre- I» miers croisés^- n'aient pu accomplir leur projet d'aller à
• Jér4isalem, car ils ne l'avaient pa& entrepris avec humilité iét » dévotion. Ils.avaient parmi eux pktsieurs moines apostats » qiti avaient quitté l'habit de Teligion pour mârcSier aveic » eux. Ils avaient en putre un grand nombre de feimnes , » qui avaient criminellement changé leur habit pour des » rêtemens d'homme, et qui se livrèrent a d'infâmes désorn dres^ C'est pou^t^uoi cette multitude , com^ne autrefois le » peuple d'Israël, offensa grandement le Seigneur. Aussi > » après beaucoup de travaux , de périls et de perte d'hom- » «les, ne pouvant pénétier dans la Hongrie, les pèlerins '»• reviiu-ent che^ eux , sans avoir rien fait , et dans une ^ grande tristesse. » ^ ^
Le.chnmiqueur parie du massacre des Juifs, qui eut lieu -dans plusieurs villes, notamment à Spire et à Wonùs. Il dit querèvcque de Spire, irrité de n'avoir pu sauver ces »al- Jieureux, et gagné par l'argent des Juifs, fit mourir quelques dirétiens (qui etieuH oh hoc zm coiîwwtus ef pectulici Judœonim condiœtus quosdam/SU oblruncari çlèrisliauos. )
I>£S CROISAI^Kt* '299
. Sous la date de i 096 , Bertholdç raconte fort briè^Femeiit les coiHjuêtes des qrokës; il nomme parmi lest:hefs Ottou, ëvêque de Strasbourg, et le 4}(Hnte Hartmann d' Allemagne. Le pr^at de Strasbourg ëtait schismalique» et revint <^ Jérusalem sans avoir Tenoncë k ses erreurs. L'auteur dit que le pape envoya rarcbevéque de Pise en qualité de légat apostolique , avec la commission de relever les élises dans les lieux d'où les infidèles avaient été chasses. « Mais , ajouta » rbistorien» le roi de jConstantinople fut i|n obstacle à cette » disposition; il se refusa en tout accourir les nôtres; il M ne craignit poini; de ravager par Tincendie ou de rendre « aux infidèles les places qui leur avaient été enlevées ; enfin j» il ne négligea rien pour arrêter la marche des pèlerins pi » faire périr la croisade. » -
Bertholde nous apprend (1 1 00) que Gebehard ou Gerhard» abbé de Schaffouse, qui avait depuis lon^-temps doapé la /démission de son abbaye , s'en alla à Jérusalem avec une armée de chrétiens. Il avait obtenu pour ce voyage l'autorisation du pape Urbain. Ces jpélerins » après beaucoup de travaux , arrivèrent. daHs la cité sainte. On confia la garde du Saint-Sépulcre à Vabbé Gerhard.
Yoilà tout ce que nous trouvons sur les croisad^ dans la ■chronique de Bertholde.
Chronique ou AnnaJes du monasitre de Peterhau^
*eis (i).
OEmUien Usserman, inoine et bibliothécaire. du couvent de Saint-Biaise , dans la forêt Noire » qui publia ep 1 790 la ^chronique d'Hermann-Gontraçt et la continuation de cette chronique par Bertholde , inséra dans. son recueil la chronique de Petérhausen. Cette chronique anonyme était depuis long-tetnps en manuscrit dans le monastère de ee^ nom. U paraît qu'elle est l'ouvrage de jdusieurs écrivains. Elle commence en 1057 et se termine en 1205. On p'y trouve rien sur la première croisade, mais la seconde ^y^ est racontée avec quelques détails.
« Il arriva, du temps du roi Conrad^ dit l'auteur, que le pape » Eugène envoya des lettres à Louis , xoà de France , et que w Bernard , abbé de Qairvaux , et quelques autres , travers
(i) direnicoB sch aiiaftlcs moiia&icrii Pelerhusiiani | etc.
S02^ BIBLtOTRÈQ'tE
» jeaait des fiiiblM, n^risait k» fmwsan». Zttrk firàlt mis » le comble à sa malice en d^i^nmit la râritable foi i^thé*' M liqae, en se laissant entaclier d'hérésie; PreS^ue^tous les M^nbèle's et lés principaux de la yille accueiUaieiit votopHers » et favorisaielit les, hérétiques.
» C'est pourquoi toute la flotte des croisés , partîè-dé Ye-- » nise an mois d'octobre de l'an 1 205 , et lonj^nt les cÀtes » de n^trie ^^ entra dans la Dalmatie , puis aborda "près de la - » ville deZara. » L'historien dit un mot de %|non, comte de Montfort ; de fieÀrii)andolo ,- doge de yeniinr , qu'il désigne comme les principaux chefis de l'armée • « Quaiidles^ » habitans de Zara se virent environnés d'une armée » j» poursuit l'auteur, ils s'abandonnèrent à la crainte et ne M surent quel parti prendre. La mortalité se mit ac|Ssitot » daùs la ville ; èUe lut si grande , «me eeux qui surtiraleiit » et qui étaient bien portans ne suffisaient plus pour ense- M velir les morts ; les cadavres restaient sans sépulture dans » les maisoms et dans les imites. Les mdheureux ciloîreps » ne savaient »'il$ devaient^ s'occuper des funéraBîes.pudes: n afEaires pid)liques. Ainsi il arriva que c^tte mie^rable cité» M dépourvue de secours «fut prise par les «nnemis eu pe|&. » de temps et sans peine. Le jour de saint Ghrysogcme t fête » cé&bre à Zara, la colèrç divine se manifesta sur ses babi^ » tans ; car les yénitiens, sortant en foule de leurs vaisseaux» » se précipitèrent dans la ville, s'en emparèrent dans mn >» moment et en firent un désert* Ils renversèrent tous les: » mats et toutes les tours qui formaient son enceinte ; ils y» dévastèrent toutes lés maisons et n'épargnèrent'que W » églises. La flotte des croisés, s'éloignant ensuite, se.dirî- » gea vers Constanttnople , qu'elle ne tacda^ pis à con^ » quérir. » :
L'histonea y continuant son récit , nous apprend quriBes* furent par la suite les révolutions /de la ville de Zara.-4lais. son récit ne tenant plus à notre sujet, nous jpASserons au chapitre 26*. > où ranteur parle de l'expéditicm d'içndré, roi de Hongrie, Les détails que l'archidiacre ^otam sur cetto exp^tion sont fort curieux , et ne se trouvent répétés par aucune de nos chroniques. Voici iMie Iraduction du récit de Thonias^: ^
« André de Hongrie, dit-il, désirant accon^plir. le vœu de » s6b père , prît la erbix et partit pour aller au secours de la' » Terfe- Sainte. U loua de grands vaisseaux à Yenise, à » Ancone , à Jf»rm et dans d'autres ville^dugoUé adriatiqiie». » et les fit tous aborder au port de Spalatro. Ltf roi envoya y les provisions de guerre et de bouche -sur des ehtnricfts et'
DES CiOJtADES. 501
La chronique suit le roi de France dana sa marchiB. Elle dit que ce prince fut banoraUement reçu à Antioçlie» et qu'au, bout de quelmes jours » "Ut femme ayant 4x4 déslio» norëe par le prince fiie la Tille ( sUtpratd ejus ûxort à principe witatis ) y il partit pour Ptolëmi^ avet un petit noiiibre de guerriers.
La chronique parle en peu. de mots du siège de t)ama^; elle en attribue le mauvais succès à la (Corruption des soldats du Christ, qui se laisisèrent gagner par l'or des assises. .
La chronique de Peterhausen ae dit nen de la iroisième. croisade. .
HisUÀre de Çatone, par. Thomas j aixhidùicre de
SpaJUUroÇi)*
Thomas, archichacre de Spalatro- (2) ^ naquit eA 1200 et mourut en 1 268. 11 a écrit l'histoire de-son pays natal. Om y trouve trois ëvénèmens que Pbistoire des croisades ne doit pas négliger ! le siège de Zarb, qui précéda )k prise de Gonstftntinople par les Latins; la croisade d'André; rot de Hongrie (notre auteur est le*sèul qui -ait raconté avec- détail cette expédition ) ^ et Finvasion des Tartates en^ 1 24t .
L'ouvrage de Thomas mérite notre attention, car l'hjisto* rien fut contemporain des événemens. /
Dans le 2S*. chapitre de son histoire , l'archùlîacre , aprèa avoir parlé de la bulle du psme Innocent ID, "qui appelait tou» les chrétiens au secours de la Terre-Sainte , du tra^ conclu entre les Françaia et les Vénitiens poOr le passage qu'oa devait faire outre-mer, s'exprime en ces termes . : .% Le». » Vénitiens eurent soin de mettre :daBs4ê8 conditions du » traité que les Français servent tenus de jnai'cber contre » tout) ennemi que leur désignerait la république. Or, à cette » époque, les habitans de Kenra poursuivaient des leur haine » la puissance vénitienne; ils ne lui épargnaient ^ucun our^ » trage et cherchaient sans cesse Foceasion de lui. nuire;- » riche et orgueilleuse ,.la dté de Zâra se croyait tout per- » mis ; elle tirait vanité des injustices qu'elle commettait , se
( I ) Thoma nrchkliiKom Sahnitanm , dkm le rtciMn de Jcan^ Larîos^ inUtolê : De regno Dmêmaita et Cnatidt. AmitelcxUah, 1668.
(a) On sait que SpaUtro t*appciût autrefoU &alofi«,.?illc. célèbre par If «onvenir de renpereor Dioçulîcii. . .
SÔ2^ BIBLiOTRÈQ'tE
» jeaaitclé§&iM«s, «néprisait kift fmi88aii9, 2iM sralt mis n le isomUe à sa malice en d^aîgmuit la rdritable foi eath^^ M liqiié 9 en se laissant entacher d'hérésie; Preii^ue tous les ^ M^nbible^ et lés principaux de la ville accueîllaitot votonlôera » et favorisaielH les, héréticpàes.
» C'est pourquoi toute la flotte des croisés , partie<dé Ve- W nise an mois d'octobre dé l'an 1 205 , et Ionisant les c^tes » de lUstde ^' eÀtr a dans la Dalmatie , puis aborda "prës de la * » ville deZ»râ. » L'historien dit un mot de Sinon, comteâeMontf[>i:t; defieArii)andofe,-dbge deYenisé^, qu'il désigne comme les principaux chefs de l'armée. « Quandlei^ » habitans dç Zara se virent environnés d'une armée > j» poursuit l'auteur, ils s'abandonnèrent à la crainte et ne M surent quel parti prendre. La mortalité i^ mit ai^ssilôt » àaùs la ville \ éllé lut si grande, «ne cfeùx qui survivaient j» et qui étaient bien portans ne sui&Kiient plus pour ense- » Telir les morU; les cadavres restaient sans sépulture dans » les maisons et dans lea:^^iae8. Les an&eureux ciloyans » ne savaient «'ils deTaienft> s'occuper des fuaéraBles.ondear n afEsiires pià)liques. Ainsi il arriva que cette mic^ràUe cité, M dépourvue de secours « fut prise par les ennemis en pe^A. » de temps et sans peine. Le jour de saint Ghrysogcme t fôte » cé&bre à Zara , la colère divine se manifesta sur ses babi^ » tans ; eàr les yénitiens, sortant en foule de leurs yaisaeaux» ; » se précipitèrent dans là ville, s'en emparèrent dans un >» moment et en firent un désert* Ils renversèrent tous lesr » mots ettootcs les tours qui JEormaient son enceinie^ ils n dévastèrent toutes lés maisons et n'épargnèrent- que le» » églises* La flotte des croisés, s'éloignant ensuite, se.dirt-^ »^gea vers Constanttnc^iLe , qu'elle ,ne tacda» pis à con^^ » quérir. »\
: L'historien ,* oontimmnt aon récit i nous apprend queBes* furent par la suite les révolutions /de la ville de Zara. Mais son récit ne tenant plus à notre sujet, nous jpASserons au chapitre 26*. , où l'autem: parle dé l'expédition d'Asidré» roi de Hongrie, Les détail» que l'archidiacre dontte sûr ccito ejqp^dition sont fort curieux , et ne se trouvent répétés pap aucune de no< chroniques. Voici une Iradudion du récit de Thoniaa: '
« André de Hongrie, dit-il, désirant accon^plir. le vœu de » sbh père , prit la croix et partit pour aller au secoure de la' » Terfe- Sainte. U loua de grands vai^eaux à Venise, à » Ancone , à ^ra et dans d'autres ville^du golfe adriatiqiie». » et les fit tous aborder au port de Spalalro. Le roi envoya y les provisions de guerre et de bouche -sur des chtnriots et'
DEg CROISADES. 503
» des bétes de somme » qui rempUrefat tous les ent irons de )) la ville. Une grande multitude de Saxons prëcëda le roi » et les Hongrois. Ces SàsDons étaient des gens dou:i( » pai- » siblcs et pleins de zMe pour l'expëdHion ; ils portaient tous » le signe de la croix. A là demande du monarque , lest » habitans de Spalatro donnèrent auxpëlerins tous lesfau- » bourgs de leur ville et leur abandonnèrent leurs maisons» >» Dans un moment ces maisons furent remplies d*hommes< » et de bétes de éomme. Comme elles ne suffisaient pas pour » contenir la multitude , là plus grande partie de Varmëe du » roi resta dans la campagne , sous des tentes. Parmi les ci- » toyen» de Spalatro , 1^ ulis étaient effrayés , les tfutré» 9 s'affliseaient en voyant ce concours extraordinaire. Le 25 » août 1217, lé roi André àMva; tous les citoyens allèrent » processionnellement au-devant de lui , et l'armée des pé- » lerins chantait la gloire du monarque. Le clergé , couvert » d'orhemens.de sote , précédé de lévites qui portaient des
• encensoirs , sortit ensuite jusqu'à la porte de la VHle en » chantant également des hymnes pour honorer la majesté » royale. André, à la vUe ae cette procession, descendit de » eheval et se rendit à Féglise du Saint-Seigneur, entouiré » des grands de sa çouf et des évêques qui étaient venu» » au-devant de lui. Après qu'on élit oââ>ré la messe et qu'it » euttléposé son o(frandesurrautelS le roi se retira au palais » i|[ui lui était destiné. Ce méi|ie jour il se renditàîa maisojs ^ commune qu'on amelle Mata etquC est hors de» murs ver^ » la porte du Nord. On disait que le roi avait avec lui jpluf^
* ait Alt. mille chevaliers ^ ^aiis compter les troupes d'intan- »' terië , qui étaient presoçTinnombrables. Le prince témoigna » beaucoup de bîenveiuance aux citoyens de Spalatro ; il » les invita lui-tnême à lui demander ce qu'ils voulaient; car » André désirait qu^ls reçussent le châtean de Clissa pour » «ervir de défense à leur yille. H ne vo^it cependant pas » leur accorder le gouvernement des tles. Mais les citoyen» » de Spalatro ^ gnivàrit leur caractère , songeaient bien phis » à leurs avantagés privés Iqu^àrutSité publique; ils négli- » gèrent donc left bienfaits que le' roi leur offrait si libé- > salement ; ne voulant point réiidettre le château h quel* » qu'un de ^s courtisans, par^e qu'il «avait que là cité » souffrait beaucoup du voisinage de Clissa , le prince con-^ ^ fia la garde de cette place i Ponce, grand«»mattre dé la » milice du Temple ^en Hongrie; André lui enjojlgnit A^f » faire résider, k tour de râle , les chevaliers de son ordre*
» Le roi , étant i*etourrié sur ses vaisseaux y se disposa j^ » partir^ Les citoy^nsde Spsdatra lui donnèrent deux gale-
» reg qui devaient TaccoAipagner iusqu^i Dyrmelûum. Le » monarque ne put avoir assex ae vaisseaux pour trans- » porter tons les croisés ; c'est pourquoi les uns retournèrent » chez eux , les autres attendirent jusqu'à Tannëe suivante. .«
» Le rpi Andrë, débarquant en Syrie, inspi|ra Une srande 9 crainte aux Sarrasins » car , en s'elpignant des cotes ,^ il » attaqua et prit les châteaiix et les villes de l'intérieur du » pays y et f envejrsa devant lui tous les obstacles. Mais les » destins furent jaloux de si beaux commencemens; ils ne » lui permirent pas d'aller plus loin. »
» Je ne sais si ce fut la témérité des siens ou celle des I» étrangers qui conspira contre les jours du roi, ni quelle » main impie osa lui taire boire du poison , mais il eut beau- 1^ coup de peine à échaj^r au danger de la mort. Il n'était » pas encore tout-à-fait rétabli lorsqu'il pensa à son retour ; » il craignait des dangers, pour lui et pour son royaume » Croyant avoir pleinement satisfait à son vœu, André se » mit en chemin pour retourner dans ses états. Il ne voulut » point s'exposer au pérU de la navigation; il prit la route » de terre, vint à Antioche, puis il traversa la Gr^e. Le » roi se lia avec l'empereur Lascaris ; la fille du prince gtec 3> fut promise en mariage à Bêla , fils aîné du monarque aopr » grois. Arrivé en Bulgarie , celui-ci fut retenu par Ôxanu^ ,. » roi, de ce pays , et n'obtint la perm^sion de partir qu'^-^ » près ayoir donné sa fille en mariage au roi des Bulgares» » André, ayante ainsi achevé son pèlerinage, rentra enfin » dans son royaume. »
Ce récit de. l'archidiacre de Spalatro renferme, comme
que
plus claire la marche de ce monarquçidans la Palestini^ et qu'il eût donné quelqu'expUcatioh au sujet de Fempoisonr nement du prince ; cette dernière circonstance n'est rapportée par aucun des écrivains que nous avons analysés.
'L'archidiacre de Spalatro s'est beaucoup étendu sur l'invasion des Tartares en Hongrie ; nous nous contenterons de citer quelques faits , pour donner une idée du caractère féroce de ces peuples, qui, au imUeu du treizième siècle, changèrent em désert les. terres de la Hongrie.
Après avoir décrit la défaite sanglante de» Hongrois sur les bords de la Tbsa (la Teysse)., l'archidiacre; peint dans lés termes suivans^la fuite de l'armée vaincue, fuite non moins sanglante que la bataille elle-même : « Les Tartares , » voyant que l'armée hongroise était en déroute, lui ouvrir
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)> rent comme mie porte et lui permirent de se retirer. Us » suivaient les vaincus lentement et pas à pas , ne souffrant » point qu^ils s'écartassent soit à droite , soit à gauche. Les » richesses des malheureux Hongrois , leurs vases d'or et » d'argent y leurs habits de pourpre» leurs armes étaient » répandus sur les chemins. Mais la cruauté inouie des Tar-' » tares, dédaignant ces précieuses dépouilles, p'^spirait » qu'à se rassasier du sang des hommes. Lorsqu'ils virent » que les Hongrois étaient accablés de fatigue ^i^ue leurs » mains ne pouvaient plus soutenir leurs armes , et que' » leurs pieds se refusaient à la fuite, ils se mii:enjb à les per- » cer de traits , à les frapper à coups d'épée, à les tiier tous 3» inhumainement , sans épargner personne. Les malheu- » reux Hongrois tombaient à droite et à gauche , comme » les feuilles à la fin de l'automne ; toute la route était cou- » verte de leurs cadavres, et des torrens de sang inotidaient » au loin les campagnes. »
L'auteur remarque que dans ces fatales journées, un grand nombre d'ecclésiastiques et plusieurs évêques succombèrent.
Les femmes des Tatjtares n'étaient pas moins cruelles que leurs maris. Elles combattaient comme eux ; si parmi les captives hongroises elles en trouvaient de belles, un. mouvement de jalousie les portait soudain à des actes de férocité:, du tranchant de leur épée elles leur coupaient le nez, et, après les avoir ainsi défigurées , elles en faisaient leurs esclaves. Les enfans des prisonniers étaient traités' avec la même barbarie.
Le roi de Hongrie, qui avait heureusement échappé au massacre du combat de la Tissa , s'était enfui du coté des îles; il était venu chercher un refuge dans les environs de Sfialatro. Le chef des Tartares s'acharna à sa poursuite, mais il ne put l'atteindre. Il s'arrêta auprès d'une rivière que Fauteur nomme Sirbium. Furieux de n'avoir pu saisir sa proie , il fait rassembler dans une plaine toute la multitude de prisonniers qu'il traînait à sa suite , hommes , femmes , enfans , jeunes filles. « Tous étant réunis , comme » un troupeau de brebis , dit l'archidiacre , le chef tartare » envoya ses archers , et fit couper la tête à toute cette » multitude. On entendit alors de grands hurlemens, des » gémissemens effroyables ; toute la terre paraissait émue » aux cris de ces malheureux qui périssaient. Les cadavres » étaient étendus dans la plaine, comme on voit çà et là » dans un champ les gerbes qui sont tombées sous la » faux du moissonneur. Pour qu'on ne crût pas que l'avi-