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» suivaient. Alors les Turcs, sortant de leurs embuscades, n se précipitent sur les chrétiens et en font un affreux car- » nage. Le roî Sigismond, qui n'était pas encore prêt k » combattre, et qui croyait n'avoir rien a craindre, appre- » nant la défaite de ses alliés et la marche des f urcs sur }i lui , fut obligé de prendre la fuite ; H. se sauva sur une )> barque. Un petit nombre de chrétiens échappèrent; le reste 99 fut ou pris ou tué. Parmi les prisonniers, les ims eurent , » la tête tranchée , d'autres les parties coupées , ceux-ci les ji yeux cçevés , ceux-là furent vendus. Le sultan des Tiirc« » accorda au fils du duc de Bourgogne , comme à 4in pri- » sonnier de marque , la faculté de se racheter avec un cern tain nombre de croisés qu'il choisirait. »
On trouve dans le second volume de la collection de Mei»bomius une chronique de Brème, par Henri Volterius (1), chanoine de Saint-Anschaire et qui vivait vers le milieu du quatorzième siècle. Elle n'est, a proprement parler, que l'histoire des archevêques de cette ville; mais nous y avons remarqué le récit d'une expédition qui eut lieu en Orient » dans Tannée 1111, époque du siège et de la prise de Be-> » rythe et de Sidon , où les Danois se distinguèrent.
»> Le pape , de concert avec l'empereur, décida , dit la » chronique , que les rois , les archevêques , les ducs , les » évêques, les comtes et les barons fourniraient un certain » nombre de guerriers. L'archevêque de Brème et les comtes M d'Oldenbourg et de Stoltat, et les barons de Lidersa , qui » relevaient de lui, furent taxés {taxabantur) pour une n grande quantité d'hommes armés , tant à pied qu'à che- » val, lesquels devaient prendre la route de terre et de » mer. Les consuls et des citoyens de Brème se préparèrent » aussi , par amour de Dieu et de l'Église , et à leurs frais , n au pèlerinage de la Terre - Sainte. Les consuls étaient' » Luoer de Verda, Garber de TVa^a et Luder de Linka. »
L'auteur nomme plusieurs citoyens de Brème dont le plus pauvre avait un revenu annuel dfe cent marcs bremois. Ces croisés se rendirent par mer dans la Palestine , où leurs services et leur constance méritèrent à la ville de Brème des armoiries que l'empereur lui accorda. Ils revinrent tous dans leur pays, à l'exception de deux.
Ce jpassage de la chronique nous a paru fort curieux , en ce qu il fait connaître la manière dont on levait en Allemagne les armées pour la croisade. Du reste, cette chronique
(i) Henrici Volterii chronica brcmensis. (Tom. II, p. 19).
DES croisades/ - . - -i g5
ne dit presque rien des affaires d'Orient. Elle ne parle qu'en passant des conquêtes de Saladin , de la prise d'Acre et de la captivité de Richard en Allemagne.
On a pu voir par les chroniques que nous venons d'analyser , que la collection de Meibomius fournit peu de notions intéressantes pour l'histoire des croisades. Dans nos obser-* valions préliminaires , nous avons remarqué que l'Allema* gne était le pays où les guer^es d'Orient furent le moins connues ; les lecteurs peuvent apprécier à chaque page de nos extraits la vérité de notre observation. Nous avons cru devoir néanmoins faire connaître les chroniques allemandes coRune les autres , soit pour avertir le public des erreurs qu'ellcts renferment , soit pour qu'on ne pût nous reprocher aucune lacune dans un travail dont Je mérite consiste à ne rien négliger.
Collection de François Stvertius.
François Swertius d'Anvers publia en 1620 un recueil de chroniques belges et bataves (I) qui parlent aussi des croisades. La première est de Jean de Leyde (2) > de l'ordre des Carmes. Ce chroniqueur ne parait avoir été bien info^;mé que de ce qui concerne la première expédition en Orient. Il avait sans doute puisé à de bqnnes sources. Dans deux pages et demie il a renfermé , avec assez d'exactitude , les principaux événemens qui précédèrent et accom- Sagnèrent la conquête de Jérusalem. En parlant de la prise e cette ville y il dit , comme les autres historiens , que Letalde monta le premier sur les murs, et il ajoute qu'il fut suivi par l'aquitain , aquitanus, qui avait terrassé et tué un lion de sa propre main. Il dit aussi que Théodore, comte de Hollande, aurait été roi ou chef de cette sainte expédition, si la faiblesse de son corps , débilitas corporis, ne s'y était opposée; mais qu'il permit à plusieurs de ses gentilshommes d'accompagner son frère Robert, comte de Flandre. On croit que Théodore son fils fut du nombre de ces gentilshommes. Jean de Leyde ne dit rien de la deuxième croisade ; mais , sous la date de 1 1 80 , il parle du pèlerinage de Florent , comte de Hollande , et de Philippe , comte de Flandre, et d'autres princes qui se rendirent à Jérusalem. Il ra-
(i) Rerum bclgicarum annales chronici et historlci, etc. (2) Joannis geerbrandi Leydensis, Garmelitani chronicon hollandiae comitum, etc. , p. i.
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conte à ce sujet beaucoup de fables ou de circonstances difficiles à expliquer ou à croire. Sous la date de 1 1 88 , il parle avec aussi peu de y enté de la troisième croisade , et , confondant les faits et les dates , il nous dit que Frëdëric I*'. assiégea Damiette. Cependant il rapporte une circonstance que nous retrouvons dans les autres chroniques de la même collection. C'est que Guillaume , comte de Hollande, second fils de Florent , dont il vient de parler, s'ëtant joint aut habitans d'Harlem , équipa une nouvelle flotte et alla trouver son père dans la Terre-Sainte avec des cavaliers d'élite. Ce prince Guillaume » ayant reconnu l'état de Damiette , fit construire un vaisseau dont la quille était de fer et en forme de scie. Il attendit un vent favorable , et lorsque ce vent souffla, le vaisseau, poussé avec impétuosité, rompit les chaînes de fer qui fermaient l'entrée du port de Damiette* Jean de Leyde ajoute, comme les autres chroniques, que , l'empereur d'Allemagne, en reconnaissance de ce service y créa Guillaume chevalier ; qu'en outre il accorda aux habi-'^ tans d'Harlem de mettre sur leur étendard rouge quatre étoiles d'argent surmontées d'une épée , et que le patriarche de Jérusalem leur fit présent d'un étendard triomphal décoré de la croix.
Nous lisons d^ns la chronique de Jean de Leyde que saint Louis , en quittant la Terre-Sainte , après a^r appris la nouvelle de la mort de sa mère , fut assaiUi d'une tempête qui repoussa son vaisseau sur la côte , non loin du mont Carmel. Dans ce moment , la cloche du monastère appelait les reUgieux à matines ; le saint roi descendit à terre et se rendit au couvent. Il fut si touché de la dévotion des frères, qu'il leur demanda six d'entre eux pour les conduire avec lui en France. Les religieux donnèrent au roi six français de leur ordre ; saint Louis , arrivé dans son royaume , fit construire à Paris, et à grands frais, un monastère pour les recevoir. Dans peu de temps , l'ordre des Carmes se répandit en diverses parties de la France , de l'Allemagne » à Cologne, à Bruxelles et à Harlem. Cette chronique, qui finit à l'année 1417, n'offre, comme on voit, que fort peu de choses sur l'histoire des croisades.
Celle qui la suit est d'un anonyme qui était moine d'Eg^ mond (1); elle ne parle que de la troisième croisade, ou, pour mieux dire, de l'expédition de l'empereur Frédéric I*^., qu'elle décrit fort succinctement : elle dit que la nouvelle de
(i) Ghronicon anonymi monachi £gmontanî, p. .35i,
la mort de ce prince parvint aux gentils , qui étaient assiégés dans Acre, avant que les chrétiens en fussent instruits. Le corps de l'empereur, ajoute l'anonyme, fut soigneusement frotté de sel , saU diligenter infriccUwn , et placé sur un brancard; il fut transporté à Ântioche, en grand deuil, et honorablement enterré k l'entrée du chœur de la basilique de Saint^PJerre. Dans cette même ville , moururent et furent inhumés plusieurs princes et seigneurs , entre autres Florent , dixième comte de Hollande , et l'évéque de Wirtemberg, d'un savoir et d'une çloquence admirables, et qui avait été utile à l'armée par sa. sagesse et ses conseils.
La chronique de Rener de Snuits (1), sans donner beaucoup- plu$ de détails que celle de Jean de Leyde , se fait remarquer par un style plus élégant et plus correct. Elle remonte aux temps les plus reculés , et finit à l'année 1 519. La première croisade y est racontée fort brièvement , la seconde V est omise : c'est sur les événemens de la troisième , que l'auteur s'arrête un peu plus^ En parlant de l'expédition de Frédéric V^. , Rener dit que jamais armée n'inspira autant de crainte à Saladin , mais qu'un instant , une heure fit évanouir Fespérance des chrétiens. Après la mort de l'empereur, ajoute-t-il, ses troupes gagnèrent Antioche, où elles parurent •elivrer plutôt à l'oisiveté qu'à la guerre; les uns furent enlevés parla maladie etparl'intempério de l'air; les autres quittèrent leurs étendards et se dispersèrent çà et là, de sorte qu'ils ne furent d'aucun secours. Le chroniqueur parle aussi de Guillaume , fils de Florent , comte de Hollande , et du vaisseau que ce prince fit construire à Damiette , pour rompre les chaînes qui fermaient l'entrée du port. Il rapporte , comme Jean de Leyde , comment l'empereur d'Allemagne et le patriarche de Jérusalem reconnurent le service que le comte de Hollande rendit en cette occasion aux croisés. Il ajoute que, lorsque les Frisons furent de retour dans leur pays , les enians de Harlem couraient dans les places publiques , avec des rameaux en main , en réjouissance de la victoire de Damiette , fMeri liane circà Damietam, mctoriam referreypalmulis platea^ tim dis<:urrentes. Rener parle , ei^eu de mots , de la bataille de Nieopolis , dont il attribue la perte à l'ambition et à la témérité des Français. Il raconte , avec la même brièveté, la prise de Constantinople par les Turcs.
Nous avons remarqué , dans cette chronique , une apos-
(i) Rcneri Snoî arcliiatri de rebas batavieis, lib. XIII. (a°. part., p.3).
troplie assez vive que routeur adresse aux princes chrëtien», pour les engager à se réunir contre les infidèles. C'est à propos des exploits aue Guillaume IV, comte de Hollande, venait de faii^, en 1525, dans la Litbuanie, et du pèlerinage qu'it avait entrepris dans la Terre-Sainte , qu'il s'écrie tout-à-coup : <« Le Turc possède Jérusalem , cette ville royale de la chré- » tienté. Princes chrétiens , que n'allez-vous la venger, L'o-» » dieux ennemi du Christ est maître du Saint-Sépulcre,^ » sepulcro Christi incubât. Il accable nos frères sous le poidâ » de la servitude. Mais ils sont schismatiques , dira-ton; » délivrez-les d'abord : ensuite vous les persuaderez , vou». » les guérirez. Toute l'Asie, la Tbrace , la Macédoine, FÉ- ** pire , rniyrie , la Dalmatie même , obéissent à la tyrannie » du Turc barbare qui , dans sa fureur, essaie d'atteindre le» » Hoi}grois et les Germains , dont le nom et la réputation » firent reculer , dit-on , Alexandre de Macédoine. S'il faut » l'avouer , nous ne sommes pas tombés dans ces malheurs » » nous nous y sommes précipités nous-mêmes par notre faute* » Vous voyez tous ces maux , vous les sentez , et vous vous » engagez dans des guerres civiles ! Quand cesserez-^vous donc » d'être divisés , pour chasser de Jérusalem et de toute la Ju^ » dée ces animaux immondes ? impurissimos canes. Secourez— » vous , je vous en conjure ; détournez de vos têtes la ruine » qui vous menace ; tirez le glaive contre cet ennemi qui est » si altéré du sang chrétien , et qui fait si ouvertement injure » à Dieu , aux hommes , à la religion et à la piété. »
Les annales de la Belgique (1), par Gilles de Roy es , abbë de Royanmont , en France , sont , de toutes les chroniques de la collection que nous venons de parcourir, celles qui ren-» ferment plus défaits concernant l'histoire des croisades.il est très-peu d'événemens qui y soient oubliés. Mais les détails manquent, et ces annales ne peuvent être considérées que comme un sommaire chronologique assez exact de tout ce qui concerne les affaires des colonies chrétiennes en Orient. Pour faire juger de la précision du chroniqueur , il suffira de dire
3ue le récit de la première croisade ne renferme pas plus de eux pages ; pour la seconde^ l'auteur n'a pas osé suivre les princes croisés jusqu'à Damas , car il les quitte à Antioche , et se contente de dire que leurs efforts étaient grands, mais que Dieu n'était pas avec eux , eoruni conaius erat fmV mius et Deus non erat ciun eis.
(i) Annales belgici j^gidiî de Boyâ , abbatis raoaasterii B. Mariae do^ BegaU-MoQle in Franciâ , etc. , ( 2». part. , p. 209 J.
Sous la daté de 11 78 , Fauteur, racontant le siège du château de Harenc par Philippe, comte de Flandre, dit que , dans un comhat , ce prince arracha le bouclier d'un seigneur turc. Ce bouclier avait un lion noir peint sur un champ d'or. Philippe prit les mêmes armoiries et les porta sur ses annes tant qu'il vécut.
Sous la date de 1595, Gilles de Roye s'est beaucoup étendu sur la bataille de Nicopolis. Il nous apprend que Galéas , duc de Milan , pour se venger de l'affî'ont fait à sa fille Yalentine , mariée au duc d'Orléans , et qui avait été renvoyée à son père comme coupable de lèze-majestc , écrivit secrètement à Bajazet pour l'informer de la marche des Français en Hongrie , désirant qu'ils tombassent entre lès mains de cet empereur des Turcs , qe qui arriva en effet , pro ut everdt. Apres avoir fait le récit de la bataille de Nicopolis, l'auteur ajoute que Jacques de Helly, envoyé par le vainqueur pour annoncer au roi de France le malheur qu'il venait d'éprouver, dit à Charles et aux grands de sa cour qu'il était facile d'apaiser Bajazeth en lui envoyant des étoffes de laine et de lin peintes de figures de diverses histoires, diifersanan Idstoriananjî^ris impictis , et dés oiseaux qu'on appelle faucons. On ne put trouver- qu'un faucon Manc , qui fut envoyé avec les autres présens par le seigneur de Châteaumorant et Jacques de Helly. Ces deux députés , suivant l'auteur, eurent beaucoup de peine à traverser la Hongrie, parce que le roi de ce pays ne voulait pas qu'on portât des présens à Bajazeth. Gilles de Roye dit que ce fut Jin marchand de Lucques, nommé Dinm de Respcmde, qui , p^r le moyen de' marchands génois , avec lesquels il était en relation d'affaires, fit passer à l'empereur turc les deux cent mille ducats qui servirent à la rançon des prisonniers français. Il parle aussi d'un petit vaisseau d'or pur, d'un travail admirable , que Jaccjues de Helly f dans un second voyage 7 porta en présent a Bajazeth.
Première Collection de Jean Pistorius (1).
Jean Pistorius , né à Nidda , en 1 546 , s'appliqua d'abord à la médecine; il quitta ensuite cette profession pour la jurisprudence , et devint conseiller de cour du margrave de
(i) Illustrium veterum seriptonim qui rerum à gennaiiis per mal tas «lates gesUruin historias vel annales posterif reli<]i]aratt,'«tc.
Bade-Dourlacli. Il abandonna la réforme pour einbrasser le catholicisme, et fut fait docteur en théologie. Plus tard, il fut nommé conseiller de l'empereur, prévôt de la cathédrale de Breslaw , et prélat domestique de Tabbé de Fulde. Il mourut à Fribourg, en 1608. Les collections historiques qu'il a publiées n'offrent aucun éclaircissement ni aucune critique sur les différens auteurs dont elles se composent. Dans la première , nous trouvons parmi les chroniques qui se rapportent à ixotre sujet , Y appendice à la chronique de Marian tScotj par Dodequm, aboé du monastère de Saint -Dyribode (1). Cette chronique de Scot finit en 1085. Dodequis l'a reprise en 1084, et Fa continuée jusqu'en 1200.
On y ht, sous la date de 1096 , un récit assez curieux da mouvement général qui se fit en Europe pour la déUvrance des saints Ueux.
V Plusieurs phénomènes , dit l'auteur , se manifestèrent j» dans le ciel et présagèrent des choses étonnantes. Mous en M rapporterons deux qui feront mieux juger des autres. Les » yeux furent tout-à-coup effrayés d'une espèce de feu sem- » blable à celui de la foudi^e, et qui dans sa longueur avait la » forme d'une lance. Il était plus brillant que le jour le plus » clair , et courait sous la lumière même du soleil. Mais il » né fit de mal à personne. Un autre jour, au coucher » du soleil , des globes de feu parurent en différentes parties » de l'air, sans qu'on y vît le moindre nuage, et allèrent se » cacher dans d'autres endroits du firmament. Quelques- M juns jugèrent que ce n'était pas du feu , mais les puissances » célestes qui annonçaient le grand mouvement des nations , » lequel eut bientôt lieu. En effet , pendant que ces prodiges » se manifestaient , un moine nommé Pierre , sortant d un » cloître d'Espagne ( Dodequin n'est pas -le seul qui ait fait » venir l'ermite Pierre de ce pays ) , ébranla le monde , en ». montrant un papier qu'il disait tombé du ciel, et qui or^ » donnait à toute la chrétienté de se porter en armes à Jé- » rusalem pour en chasser les infidèles. ( L'abbé Ekkard » parle aussi de ce papier merveilleu:îf ) . D s'appuyait sur ces » paroles de l'Evangile : Jérusalem sera foulée aux pieds par » les gentils, jusqu'à ce que les temps soient accomplis. Dode*
Juin parle du nombre incroyable de pèlerins de tout âge, e toute condition^ qui s'enrôlèrent à la voix du pieux cénobite. Il dit que les femmes qui partirent étaient en habit
(i) Dodechini abbatis in monasterîo sàncti Disibodi ad chronica Mariani Scoti continuât» historiœ appendix. (Tom, I» p* 4^7 )*
DC$ CB^ISADES. 89
d'homme, et marchaient armées. Après avoir raconte le massacre des juifs, Fauteur ajoute que les Hiërosolymites (c'est ainsi qu'il appelle les croisés) furent en grande partie tu& à Mersebourg , et qu'ils le méritaient bien , parce que les hommes , marchant avec les femmes , avaient commis des abominations. Ainsi, selon lui^ les croisés s'étaient attiré la colère de Dieu , par leur commerce avec les femmes et non par le massacre qu'ils avaient fait des juifs, massacre d(»it il parle sans exprimer le moindre sentiment de réprobation.
Quelques lignes lui suffisent pour raconter la prise d'Antioche et celle de Jérusalem , la mort de Godefroy et l'élection de Baudouin qui , dit-il , soumit toutes les villes que les Turcs avaient possédées en f alestine. ^
Soua la date de 1101, Dodequin copie la lettre que l'archevêque de Pise, Godefroy et Raymond de Saint-Gilles adressèrent au pape sur la conquête de Jérusalem. ( Nous avons donné cette lettre aux pièces justificatives de notre
Kemier volume de l'histoire des croisades ). A l'année 1 147, istorien parle de l'expédition navale qui eut lieu en Portugal, et parait avoir emprunté son récit d'un témoin oculaire. Voici l'itinéraire qu'il trace de la flotte des croisés : « Dans l'octave de Pâques , le 5 des calend^ de mai , une » armée partit de Cologne, et le 14 des calendes de juin, » nous arrivâmes au port d'Angleterre nommé Darchunite » (peut-être Darmouth), où était le comte de Areschot, avec » près de deux cents bâtimens anglais et flamands. Nous re- » mîmes en mer le sixième jour , avant les Rogations. La » veille de l'Ascension , nous éprouvâmes une grande tour- » mente. Huit jours après nous abordâmes , en Espagne, au » port Gazzis ( Cadix ] avec cinquante bâtimens. En suivant » la même côte , nous vînmes au port Viver. Six jours avant » la Pentecôte, nous parvînmes au port de Thamara, en Ga-
* lice , et le surlendemain de cette fête , nous entrâmes dans ^ le fleuve Duero', de Portugal , puis dans le Tage ; enfin , la "veille de Saint-Pierre et . Saint-Paul , nous abordâmes à
* Liisbonne. Nous fûmes repoussés par les ennemis , vers la » fête de l'Assomption ; à la fête de la Nativité de la Vierge,
* on conmiença à construire une tour en bois , qui fut ache-
* vée vers la mi-octobre , et qui nous servit de forteresse. ^ Enfin, dans la nuit de la fête de Saint-Gall, abbé, on mit
* le feu aux retranchemens , et deux cents guerriers à pied
* se portèrent sur les murs de la place ennemie. Nous n ob-
* tînmes cependint la victoire que le jour de la fête des ^ om,^ mille vierges. Deux rouets , qui étaient dans l'armée ,
» coimnencërent à parler le jour de la fête de Saint-Gé- » réon , martyr. »
L'auteur ne parle de la seconde croisade , que pour annoncer, sous la date de 1149, le retour en Europe du roi G>nrad c[ui » dit-41, ne fit rien de mémorable {nihil dignum memoriœ re/erens). Depuis cette date , Jusqu'à l'année 1200, où finit l'appendice , Dodequin ne cUt pas un mot de la Terre-Sainte.
Chronique de SigebertdeGemblou (1 )• Ce moine ëtait français .et de l'ordre de Saint-Benoît. Il vivait vers la fin du (mzième siècle , et mourut en 1 1 1 2 , époque où il a laissé sa chronographie. Robert du Mont, normand d'origine et abbé du même ordre, a continué cet ouvrage jusqu'en 1210. On lit dans ]flk:hronique de Sigeb^ , sous la date de 1 096 :
« Les peuples d'Occident,- gémissant de savoir les lieux » saints profanés, et les Turcs- déjà maîtres de plusieurs » contrées des chrétiens , poussés par une même inspiration » {unâ inspircuione moti), animés les uns par les autres à la » vue de plusieurs signes , se rassemblèrent de toutes parts, » de leur propre mouvement et sans y être forcés ^ ducs , » comtes, seigneurs, nobles et roturiers de tout âge et des n deux sexes, accoururent de tous les pays de l'Europe, et » tous armés r portant le signe de la croix , se préparèrent à » aller venger les injures de Dieu, sur les ennemis du nom » chrétien. Autant cnacun avait été porté jusques làà exer- >• cer sa malice dans le monde, autant chacun se montra » disposé à se distinguer dans la milice de Dieu : la paix s'é- » tablit aussitôt de toutes parts. On attaqua d'abord les " juifs dans toutes les villes , on les força de croire au Christ ;
* on dépouilla de leurs biens , on tua , on chassa des villes » ceux qui ne voulurent pas y croire. Quelques juifs, conduits
* par le ciel et par amour de leur loi ( cœlo tenendte patrite » legis ducti), se tuèrent les uns les autres; d'autres leigni- » rent de croire , pour un temps , et retournèrent ensuite
* au judaïsme. » Sigebert cite les noms des principaux cbefs des croisés, et présente comme incitcUeur ( incitaior) du pèlerinage , l'ermite Pierre , qui persévéra jusqu'à la prise de Jérusalem , et fut utile , dans plusieurs occasions , à l'armée de Dieu.
Sigebert parle d'un premier combat livré le 9 des calendes de mars , au pont du fleuve Farfar , et d'un second auprès de Nicée, le 3 des nones du même mois, dans lesquels les
(i) Sîgebeiti Gcmblaceiiftis cœnobiue chronographia. ( Tom. I, p. ^{77 ).
DCI CB016ADES. 91
Turcs furent vaincus. Raoul de Dicet et d'autres écrivains anglais ont aussi parlé de ce premier prétendu ; combat ; peut-être ont-ils copié Sigebert qui vivait avant eux ; car il y a entre leurs expressions et les siennes une grande .conlormité. (Nous croyons que ce combat livré près du fleuve Fariar pourrait bien être celui que livrèrent aux soldats d'Alexis , Tancrède et Bohémond , au passage du Vardar. ( Voyez y à ce sujet, Raoul de Gaen. ]
Ce que Tautetur raconte de la prise de Nicée , de la prise d'Antioche , de Marrah , ne mérite pas d'être répété dans cette analyse. Nous nous bornerons à citer ce qu'il dit du caractère d'AnselmedeRibemont, tué au siège d'Arcbas , et dont nous avons raconté le trépas miraculeux dans le troisième « lirre de notre histoire* «Anselme de Ribemont , ditSigebert , » était . un homme très-prudent et fort utHe à Tarmée. Il » avait une si grande dévotion pour le martyr Saint-Quin- » tin, que. tous les ans il célébrait la fête de ce saint, en » réunissant des clercs de toutes parts , et après que l'office » était fini , il leur faisait servir à tous une table copieuse- « ment fournie. » »
La prise de Jérusalem et la bataille d'Âscalon , que Sigebert compte pour le sixième combat que livrèrent les croisa , sont racontées avec bien peu de détails. D nous apprend^ sous la date de 1 1 00 , que Robert , comte de Flandre , rapporta le bras de saint Georges , martyr , qu'il donna à J'église d'Anchim.
Continuation de la chronique de Sigebert, par Robert du Mont, Cette continuation nous fournit quelques notions intéressantes sur les événemens qui suivirent la première croisade. Sous la date de 1 1 1 5 , on y trouve quelques détails sur la bataille d^e Geneznreth. Sous la date de 1 1 18, l'auteur rapporte que le 1 5 de janvier , à la première heure de la nuit , apparurent dans les airs des armées de feu qui s'étendaient du septentrion à l'orient , et qui , se répandant ensuite dans tout le ciel , furent un sujet d'étonnement et d'effroi pour ceux qui les virent. ( Nous ne voyons pas dans l'histoire que l'apparition de cephénomène soit liée à quelque événement important des croisades. )
Nous avons suivi Robert du Mont dans le récit du combat qui fut livré, en 1124, pendant la captivité de Baudouin n. Voici comment il raconte cette bataille. « Les infi- » dèles, enflés d'orgueil, se rassemblent de toutes parts, » au nombre de quarante mille , pour chasser les chrétiens » de leur territoire , et réunissent tous leurs bagages à As- 9 calon. Les chrétiens n'ayant, dans cette crise; d'autre
92 EIBLIOTHÈQUE.
» espoir qu'en Dieu , ordonnent , à l'exemple des Ninmies, » un jeûne aux deux sexes. Les enfans à la mamelle sont » prives du sein de leurs mères , et les troupeaux même de- » leur pâturage. On indique le jour du combat : les chré- » tiens s'avancent au nombre de trois mi^e au plus , tant » cavaliers que piétons. Les princes marchent à leur tête; » le patriarche portait la croix du Christ, pour étendard; » Ponce, qui avait été abbé de Gluni, tenait la lance qui 9 perça le flanc du Seigneur; l'évéque de Bethléem avait en ». main un vase où était renfermé du lait de la Sainte-Tierge. » Les Sarrasins , répandus de tous cotés , envdioppent le» » chrétiens de manière qu'aucun ne puisse échapper. Pen- » dant que ces .derniers sont ainsi exposés aux coups des 9 ennemis . ils aperçoivent une lumière qui fend la nue et » va tomber sUI* les Sarrasins. Cette lumière n'était pas en-t » voyée pour favoriser les ennemis , qui ne la virent point» » mais elle était le signal de leur défaite. En effet , ils per-* 9 dent tout-à-coup leurs forces, et sont tués en fuyant ci » et là, non-seulement par les hommes, mais aussi par les » enfans et par les femmes. Sept mille périrent dans le com» » bat; cinq mille furent noyés. Tous les chrétiens, sains » et sauC&, s'en retournèrent en chantant des hymnes à » la gloire de Dieu. »
Après avoir raconté, en peu de mots, le siège deTyr-, en fi 25 , l'auteur parle ainsi de la prise d'Ëdesse , qui eut lieu en 1145. « Edesse, ville de la Mésopotamie, dans la- » quelle on conservait les corps des apôtres Thomas et Tha- » dée, et ^ui, depuis qu'elle était convertie au christianisme^ » n'avait jamais été souillée par les impuretés de l'idolâtrie^ » est assiégée et prise par les Turcs. L'évéque de la ville est » décapité; les lieux samts sont profanés ; des abominations, » qu'on ne peut raconter , sont commises ; plusieurs, milliers » d'individus des deux sexes et de tout âge sont tués ou » tourmentés de diverses manières , ou enmenés en servir- » tude. La crainte et la douleur se répandent pai*mi les chré* » tiens ; l'orgueil et l'audace augmentent dans le cœur des » ennemis du Christ :. et ce fut là., en effet, le commence-i 9 ment des maux. » On sait que la perte d'Ëdesse arma les peuples de l'Occident, dans la seconde croisade. Quoique le récit de Robert du Mont laisse ici beaucoup à désirer , nous le suivrons exactement, parce qu'il est du très-petit nombre de documens qui nous restent sur cette guerre sainte : « Louis , roi de France , enflammé de zèle par la perte de la » Mésopotamie , animé aussi par les lettres du pape Eugène , » et, comme d'auti'es pensent, touché de. repentir de Tin^
Ltê CKOI8ADE8. 95
cendie de Vitry, prit la croix à Vezelay, avec les principaux de son royaume , et une multitude innombrable de cnretiens, et se disposa à faire le pèlerinage d'outre-mer* Pendant ce temps , Tabbé de Glairvaux , chargé par le pape de prêcher la croisade en France , excitait les ndèles, par son éloquence, à entreprendre le même voyage» et la grâce de Dieu qui l'accompagnait secondait sa mission par des miracles. Le jour de la Purification de Tannëe 1147 9 Bernard donna la croix au roi Conrad et à tous les princes de l'empire > dans la ville de Francfort, et le nombre de8'pâerinss'ac<u*ut considérablement.
» Une armée navale , réunie de l'Angleterre , de la Flandre et de la Lorraine , partit le 2 des ides d'avril du port de Termunde , sur près de deux cents vaisseaux , et aborda à Lisbonne le 4 des calendes de juillet. Après quatre mois de siège, plusieurs combats et beaucoup de souffrances^ elle s'empara de cette ville , par la vertu de Dieu et par la bravoure qu'elle déploya. Quoique cette armée ne fût que de treize mille hommes , elle triompha de deux cent mille ennemis. Quand les croisés furent entrés dans la ville , ils y consacrèrent une église, établirent un évêque et des prêtres. Trois muets recouvrèrent la parole , en touchant des corps de croisés qui avaient été tués. » Au mois de mai , Conrad entreprit son pèlerinage avec ime grande multitude et des forces considérables. Après avoir heureusement traversé le Bosphore , il se détourna imprudemment pour attaquer Icône ; mais ayant épuisé toutes ses provisions et celles du pays , il revint accablé par la faim et poursuivi par les Turcs , qui lui tuèrent plusieurs milliers d'hommes.
» Le roi de France entreprit son pèlerinage à la Pentecôte, n traversa la Hongrie , passa le Bosphore et rencontra le roi Conrad , qui n'avait plus avec lui qu'un petit nombre d'hommes , les autres revenant dans leur pays , à cause de la disette qu'ils éprouvaient. Conrad fut bien reçu par les Français; il marcha quelque temps avec eux : mais rappelé de Tyathire par l'empereur des Grecs , il fut conduit à Jérusalem sur des vaisseaux de ce prince 1 » Les Français souffrent de grandes pertes dans les déserts de l'Asie mineure , par la ruse et la fourberie des Grecs, et par les fréquentes attaques des Turcs. Tourmentés de la faim , quelques-uns d'eux se nourrissent de la chair de leurs chevaux et de leurs ânes. Ils arrivèrent » enfin à Satalie , après avoir perdu beaucoup de monde par » les Catigues et par la famine. Parvenus à Antioche , ils se
» rendirent pal* met* en Palestine. » ( Cette dernière cireoiui* tance est une inexactitude; le roi de France se. rendit à Jérusalem par terre ; il fit, par mer , le trajet de Satalie à Antioche. )
«r Damas était assiégée depuis trois jours [triduum)^ par M les Français , les AUemands et les Hiérosolymitains ; déjà » les murs extérieurs qui entourent les jardins de cette viue M étaient pris , et l'on s'attendait que la place se rendrait M bientôt , lorsque, par la fraude des princes de la Palestine» M comme on le rapporte {utaiuni), le siège fut levé. Le rm M de France , étant convenu avec l'empereur d'aller assiéger m Ascalon , se rendit avec les siens à Joppé. Mais les habitans » de Jérusalem ne voulant point seconder ce projet , l'em- » pereur retourna à Gonstantinople , et le roi de France , j» après avoir congédié ses troupes , resta un an à Jérusalem M avec un petit nombre de pèlerins. »
Robert du Mont rapporte, comme quelques autres liistoriens, que ce roi » en revenant de la Palestine» tomba au milieu de vaisseaux grecs , mais qu'il fut délivré par l'amiral Georges de Sicile , qui ravageait alors les provinces de l'empire. (Si ce fait était exact , on doit croire que Louis YII en en aurait lui-même parlé dans ses lettres à l'abbé Sugger. )
Avant de parler du siège de Damas, l'auteur a raconté qu'Alphonse , comte de Saint-Gilles , était abordé en Palestine avec une armée navale , et qu'on espérait qu'il y ferait de grandes choses {magnum quidfactwrus speraretur) ; mais la reine de Jérusalem » comme on le rapporte {ut aiunt) , Payant empoisonné dans un breuvage , ce prince mourut à Césarée de Palestine. Son fils , encore jeune , étant entré dans un château qui appartenait au comte de Tripoli, son cousin-germain, fut fait prisonnier par les Turcs, avec sa sœur ; et ce dernier malheur, si on en croit Robert du Mont , fut encore attribué à la haine et à la perfidie de la reine Melisende. Ici, le chroniqueur ne cite aucun témoignage à l'appui d'un récit qui nous paraît invraisemblable. Il est certain néanmoins que le fils du comte de SaintrGilles mourut subitement, et qu'on crut généralement qu'il était mort empoisonné; ce lui prouve que les plus grands crimes se mêlaient quelqueois a des entreprises dont la religion était l'objet ou le prétexte.
Sous la date de 1 1 55 , Robert du Mont rend compte en ces termes de la prise d' Ascalon :
« Le roi de Jérusalem , possesseur de tout le royaume , se » rendit enfin maître d' Ascalon , capitale de la Palestine , » après un long siège où il perdit beaucoup de monde. On
» rapporte que plusieurs chevaliers du Temple, qui croyaient
» s'emparer de cette yille , y étant entres , furent aussitôt
» tués par les infidèles. Les autres assiégeans, à la nouvelle
» de ce desastre , se prosternèrent devant la croix du Sei-
» gneur , et » dans leurs vives supplications , implorèrent le
n secours de Dieu. Ils méritèrent d'être aussitôt exaucés ;
» car les habitans de la ville , effrayés par la vertu divine et
• sentant qu'ils ne pouvaient plus résister, rendirent la
» place aux chrétiens , et obtinrent la liberté de sortir afec
» ce qui leur appartenait. »
Le siège et la prise d'Ascalon sont racontés beaucoup
flus longuement par Guillaume de Tyr; c'est aussi dans historien du royaume de Jérusalem qu'il faut lire la guerre qui éclata entre Mourredin et les Fraises de la Palestine. Robert du Mont rapporte à cette époque un fait que nous avoirs peine à croire , c est une entreprise des Sarrasins contre la ville d'Acre. Notre historien parle peu des expéditions du roi Amaury en Egypte; et, sous la date de 1 177, il raconte en ces termes la défaite de Saladin entre Ramla et Ascalon :
« Dans la nuit de la. fête de Saint-André , il' s'éleva un vent » violent; le jour même de la fête et la veille apparut au • matin une lumière qui s'étendait de l'Orient jusqu'à. l'Oc- » cident. Les chrétiens combattirent ce. jour-là avec les inr «fidèles à Saint-Georges-de-Ramla ; car Saladin, qui avait n épousé la veuve de Nouredin', avait cru qu'il pourrait se » rendre maître de Jérusalem , qui était dépourvue de dé- B fenseurs , parce que le comte de Flandre avait conduit près* » que tous les guerriers chrétiens au siège d'Harenc. Mais le » roi de Jérusalem , le patriarche et les autres hommes reli-
> gieux {alii religiosi viri) , secondés de quelques chevaliers » et de leurs écuyers , dispersèrent , par la vertu de la vraie
> croix 9 une armée innombrable d'infidèles. La sainte croix M parut à ceux-ci , comme ils l'ont dit eux-uiêmes , s'élever » depuis la terre Jusqu'au ciel. Les chrétiens , dans cette » victoii^e , s'enrichirent d'or et d'argent , de chevaux, d'ar* » mes et de vivres. »
Sous la date de 1 1 79 , Robert du Mont rend compte de la conjonction de toutes les planètes dans la balance et dans la queue du scorpion , et rapporte les prédictions que les astronomes tirèrent de cet événement. (Plusieurs^ chroni- Ïueurs du douzième siècle parlent de ces prédictions. Voyez uillaume Le Breton, Rigord, Roger de Hoveden, etc.) « Le roi de Jérusalem , dit-il à la date de l'année suivante , » prince saint et honorable , mais châtié par Dieu , parce » que Dieu châtie tout enfant qu'il aime [onmemfiium quem
96 DtBLIOTttÈQUE
» recipii) , aidé de toute la chrétienté d'outre-mer, construis » sit un château , tfès-fortifié par la nature et par l'art , sur I» le fleuve Jourdain, dans un lieu appelé Gué-<Le-Jacob , et » où Jacob lutta avec Tange. Cet endroit est agréable par les « bois , les prés , les eaux poissonneuses , les moulins qu'on » y trouve y et par le voisinage de Bélinas et de Damas. C'est » par là que les Sarrasins pénétraient dans la terre des chré- » tiens. Peu d'années apr^s , Saladin s'empara du Gué-de- » Jacob après avoir vaincu les Francs dans une sanglante » bataille. Il fit scier en deux les Templiers qui s'y trouvaient, » parce que le grand maître du Temple , fait prisonnier dans » ime affaire précédente , avait refusé d'être échangé contre » le neveu du sultan , disant que , d'après les statuts de son » ordre , il ne pouvait doimer pour sa rançon que sa cein- » ture,et son épée. »
Le reste de l'appendice de Robert du Mont n'offre plus aucun détail sur les événemens arrivés dans la Terre-Sainte jusqu'en 1210. Ces événemens y sont fort brièvement indi^ qués.
Sous la date de 1 1 81 , le chroniqueur raconte avec des circonstances inerveilleuses que la mère du Soudan d'Icône y près de mourir, révéla à son fils le secret de sa conversion^ qu'elle lui avait toujours caché. Cette anecdote est rapportée dans les mêmes termes par Nicolas de Treveth ; on peut en lire le récit dans notre aiialyse de ce dernier historien. (Coll. de d'Achery). Nous croyons devoir ici renvoyer nos lecteurs à ce que nous avons dit à l'article de Mathieu Paris (coll. anglaise)et du moine Godefroi, sur la haine et le mépris que les musulmans avaient pour le sidtan dlcone , parce qu'ils le croyaient de la secte des philosophes.
Le second volume de la cpllection de Pistorius renferme d'abord la chronique de Godefroy de "Viterbe (1 ) , qui vivait sous l'empereur Frédéric V. , dont il fut chapelain et notaire ou secrétaire. Godefroy était prêtre , philosophe et poète. Sa chronique est écrite en prose et en vers. Mais sea vers né se distinguent de la prose la plus vulgaire que par la mesure et par les rimes , qui faisaient alors le principal mérite de la poésie. Le chroniqueur a commencé son ouvrage à l'origine du monde et l'a terminé en 1 1 86.
Sous la date de 1097, il parle en ces termes de la dâtvrance du Saint-Sépulcre :
(i) Golfridl Viterbîensîs chronica (Tom. II, p. iG. ). Cette chronique ae trouve aiusi dans la colleclion de Mnratori.
« Dans ce temps , dit-il , la ville de Jérusalem était foulée » aux pieds et occupée par les païens. Ils entretenaient le «tombeau du Seigneur avec décence à cause des tributs 1 qu'ils en retiraient. L'empereur Henri IV, et Alexis , roi » des Grecs , vivaient encore. Le pape Urbain , touché des imaux de Jérusalem, passa eu France, et fit prendre les » armes aux chrétiens pour la défense du Saint-Sépulcre. » n réunit cent mille^hommes de diverses nations , et leur » donna pour chefs Godefroy de Bouillon , duc de Lorraine ; » Raymond , comte de Saint-GlUes ; Robert , comte de Flan- » dre , et Hugues , frère de Philippe , roi de France. Mais il » confia le soin spirituel de tous ces croisés à l'évêque du » Puy. Les autres chrétiens, apprenant ce mouvement, ac- » coururent en foule |le tous les pays , de toutes les îles , en » disant qu'ils étaient les apôtres , les prédicateurs du Christ » et les défenseurs de sa croix contre ses ennemis. »
Mous n'avons pas besoin de faire remarquer ici que les choses ne se passèrent point comme le dit Godefroi de Yiterbe. Le pape Urbain ne vint point en France pour y lever des armées , pour en nommer les chefs , mais pour exhorter les fidèles de l'Occident à secourir leurs frères de Jérusalem. Nous ajouterons que le pontife lui-même était entraîné par le mouvement général , et que les croisades ne furent point \p résultat d'une volonté ou d'une combinaison, mais de Fesprit qui dominait toute la société.
D'après la citation que nous venons de faire , on peut voir que notre chroniqueur ne nous donnera pas de notions trèsexactes et très-précises sur le caractère des croisades ; nous nous arrêterons peu sur son récit, qui ne nous offre rien d'instructif. Nous répéterons seulement ce qu'il dit sur l'ambassade envoyée aux chrétiens par le sultan du Caire, et sur les événemens qui en furent la suite : a Des députés » de l'armée chrétienne , ayant accompagné en Egypte les > ambassadeurs du Caire , furent très-bien accueillis ; leur » haute taille , leur beauté , leur valeur, leur magnanimité » excitèrent la curiosité et l'admiration des Egyptiens. » Ceux-ci disaient que les Francs étaient plus que des hom- » mes . Le roi du Caire , d'après l'avis des siens , leva sur-le- » champ une armée qui alla assiéger Jérusalem. Ce prince » dit aux Turcs qui occupaient cette ville qu'il avait fait avec » les Francs un traité d'alliance et d'amitié , et qu'il voulait, M d'accord avec ses alliés , les exterminer, s'ils ne se sou- » mettaient eux et la ville à son empire. Les Turcs, par » crainte des chrétiens , se remirent au pouvoir du roi du » Caire. Celui-ci , chassant tous les Turcs de Jérusalem ,
M confia la garde de la cite sainte à des Sarrasins ; il espé- » rait ainsi dérober aux armes chrétiennes la gloire de con- » quërir l'héritage de Jésus-Christ. » (Le récit qu'on vient de lire paraît avoir été tiré de l'histoire de la première croisade par Ekkart, dont nous avons donné un extrait dans la collection de Martène. )
Godefroy raconte ensuite assez rapidement la^fafnine que les chrétiens éprouvèrent à Antioche , la découverte de la sainte lance , la victoire remportée sur les Sarrasins , le siège et la prise de plusieurs villes de Syrie, la conquête de Jérusalem et la bataille d'Âscalon. Les détails qu'il donne sur tous ces événemens sont déjà connus. Il ajoute seulement que Godefroy, après la victoire remportée sur les Egyptiens , s'appliqua à apaiser les querelles que la jalousie faisait naître souvent entre les Romains et les allemands; et que , comme il était habile dans les deux langues ( utriusque linguœ peritus) , il parvint à les faire vivre en paix. (Il n'y avait point de Romains dans la première croisade ; quelques chroniques du moyen âge donnent quelquefois le nom de Romains aux peuples de la Gaule ou de la France , surtout lorsqu'ils les opposent aux peuples de la Germanie. )
Godefroi raconte en peu de mots les guerres que les chrétiens eurent à soutenir contre les musulmans dans la Syrie et la Palestine, puis il décrit en vers la seconde croisade; il faut avouer que ses vers ne sont guères plus instructidEs que sa prose ; il devait cependant être mieux informé qu'un autre , puisque avant d'être secrétaire et chapelain de Frédéric I". , il l'était déjà , comme il le dit lui-même , de l'empereur Ck>nrad. Notre historien poète commence son récit par comparer l'empereur d'Allemagne à Sénèque pour le conseil, a Paris pour la beauté, à Hector pour la valeur; c'est tout ce qu'on trouve de curieux dans ce récit , qui du reste est fort incomplet. La chronique de Godefroy , qui finit en 1 1 80, ne parle plus des affaires des colonies chrétiennes en Orient.
La seconde chronique du deuxième volume de Pistorîùs a pour titre : De la première origine, des. mœurs et des insti-' tulions des Germains (1 ), par H. Mutins. Cet auteur vivait au quinzième et au seizième siècles. Il était professeur à BasIe. Son histoire commence aux premiers temps du monde , et finit en 1 555. Mutins dit, dans son épître dédicatoire adressée à un médecin , nommé Eusthatius , qu'il a lu avec soin tous les auteurs qui ont traité des aifaires d'Allemagne , et
(i) De Germanorum piimà origine, moribus, institutis, etc. (T. 11 ^ p. 12a).
ffoe c'est d'aprës leur témoignage qu'il a composé un coi*ps dliistoire sur ce pays. Il s'étend assez longuement sur la pemière et sur la deuxième croisade, mais il dit peu de chose sur la troisième, n donne quelques détails sur l'expédition de Frédéric II, en Palestine , et ne dit rien de la prise de Constantinople par les Latins, ni des deux croisades de saintLouis.
Mutius est remarquble par l'esprit de réserve et le ton de modération qui régnent dans son ouvrage. Il n'a point la crédulité des chroniqueurs qui l'ont précédé , et quelquefois 3 raconte les faits autrement qu'eux. Nous ne dirons rien de son récit de la première croisade , dans lequel nous avons eependant remarqué que l'auteur ne parle point de la découverte de la sainte lance , quoiqu'il raconte , avec assez de détails , les autres événemens de cette époque , et surtout les misères des croisés. Aussi Mutius n'attrihue-t-il la victoire que les chrétiens remportèrent sur Kerbogath , qu'au désespoir de leur situation , et non à l'enthousiasme que la découverte miraculeuse delà lance excita , suivant les autres dironiqueurs.
La seconde croisade n'ayant eu, comme nous l'avons déjà dit , que peu d'historiens , nous avons dû nous attacher à rapporter tout ce que nous trouvions épars dans les chronîqnes sur cette expédition. C'est pour cette raison que ilous allons copier ici Mutius , afin que nos lecteurs puissent comparer son récit avec celui d'Odon de Deuil, de l'auteur des Gestes de Louis VII, et d'Othon de Freisingen.
« Les Turcs et les Sarrasins , dit Mutius , sous la date de • 1146, firent éprouver de grands revers aux chrétiens «d'Orient. Louis, roi de France, touché de leurs maux , » leva des troupes , prépara tout ce qui était nécessaire à la » çuen*e , et se transporta en Asie. Conrad , roi des Romains, » nit invité et exhorté par le« souverain pontife et par les » autres princes , à réunir ses forces d'Allemagne pour cette » expédition. Ayant donc levé une armée et disposé tout ce » qiril fallait pour une guerre si lointaine , il partit au prin- » temps ; en traversant la Bavière , l'Autriche et les fron- » tières de la Hongrie , il arriva , dans les grandes chaleurs , » à Constantinople , avec toute son armée en bon état , à » Pexception d'un petit nombre qui , n'ayant pu supporter » les ardeurs du climat et de la saison , étaient morts ou » restés malades en route. » Nous interrompons ce récit pour faire remarquer que Mutius ne parle point des démêlés qui s'élevèrent entre les deux empereurs : et que dans la suite de sa narration , il confond les dates ainsi que les événemens ; entre autres erreurs grossières, il dit que l'empereur d*Alle-