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Premières entrepdses de Sdadin.— ExtinctioB des eidifet d'Egypte. •*^ Broailieries de Noureddin et de Saladtn.
An 566 [117i]» Cette année, au rapport d'Ibn-alatir, Saladin fit une incursion sur les terres chrétiennes du cdte d'Ascalon , Gaza et Ramia. L'armée chrétienne étant venue pour le repousser, il l'attendit sans crainte et la mit en deroute. Peu s'en fallut même que le roi de Jérusalem ne fut fait prisonnier. Après ce succès, Saladin retourna en Egypte et fit ses préparatifs pour assiéger Ela, place chrétienne située à l'extrémité de la Mer Rouge , d'où les Francs dominaient dans les sables du voisinage. On commença par transporter à dos de chameaux les pièces détachées d'une flotte. Quand tout fut prêt, Saladin se mit lui-rmême en marche et forma le siège d'Ela par mer et par terre; la ville fut prise et pillée , et les musulmans purent désormais circuler dans les environs.
L'année suivante fut marquée par la ruine des califes fatimides. Depuis long-temps Noureddin se faisait scrupule de communiquer avec les princes de cette famille, qu'il regardait comme des hérétiques. Il aurait voulu que Saladin , non content de tenir le dernier de tous , Aded-Iidinf-dlab , «niermé dans son palais, lui âtât jusqu'au seul droit honorifique qui lui restât encore , cekiî d'être nommé i^r le» mon*
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n«ies et à ia prière publique du vendredi dans toutes les mosquées de l'empire. S^adin pensait au fond comme lui ^ mais il craignait qu'une telle mesure ne souieyât les esprits. Enfin , un yendredi de cette année , pendant qu'Aded e'tait gravement malade, il essaya de faire faire dans une des mosquées du Caire, la prière au nom du calife de Bagdad : le peuple n'ayant oppose' aucune résistance, il étendit cette réforme à toute {'Egypte; et comme quelques jours après Aded expira, on n'eut plus de danger à craindre. Les califes fatimides avaient régne sous quatorze princes, pendant plus de deux cent cinquante ans. Aboulféda remarque, au sujet de cette singulière i*évoliition , que telle est la bizarrerie de la fortune, qu'aile .ae donne aue pour retirer, et que ses douceurs sont toujours mêlées d amertume (1), *
Ainsi Noureddin se trouva au terme de ses souhaits; il eut enfin la satisfaction de renverser une famille de pontifes qu'il avait voués à l'anatl^ème, et de voir son lieutenant désormais bien affermi en Egypte. Mais alors commença entre lui et Saladia une nouvelle politique qui fit repentir Noureddin de ses propres triomphes. Noureddin regardait l'Egypte comme étant de son domaine; tous ses désirs devaient donc viser dorénavant à lier les diverses parties de son empire et à accabler, s'il pouvait, les Francs de la Palestine. Saladin , au contraire, tout en abandpnnant à Noureddin les droits honorifiques , considérait l'Egypte comme sa propre conquête. On vit alors ce que peut l'esprit d'intérêt dans la conduite des hommes. Depuis l'établissement des Francs dans la P^estine, il ne restait cTautre voie de communication aux musulmans de Syrie et d'Egypte que la route du désert et les sables de l'Arabie Pétrée; encore cette route était-elle devenue très-dangeréuse par les forteresses que les Francs y
(l) Quelques aoteor» chrétiens, entre antres GniliauinedeTyr, ^crirain d'un grand poids , ont dit qne Saladin tua de sa main le ctliïe, Sniyant rhistorien des patriarches d'Alexandrie , Saladin ne fnt pas étranger au meurtre : les auteurs musulmans ne disent rien de sembable. Ne multiplions pas trop les ciimeë des hommes! II est vrai que Saladin, après la mort du calife, eut soin de s*aS8urer de la personne de ses enfans. Aboulfarage dit , dans sa Chronique sy« riaqne , que Saladin sépara les fib d'Aded dn commerce des femmes, pour qu'ils iw Isissastent pas de postérité; précaution qui , au rapport du mùat aateor, Ini réussit.
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occupaient. li fallait donc s'emparer d'abord de ces places. Salauin avait commence Fexecutîon de ce grand dessein en prenant Efa, qui le rendait maître des bords de la Mer Ronge ; Nonreddin voulut cette année y joindre la conquête de Carac ou Petra deserti, et de Schaubec ou Mons regalis, deux places qui , par leur position au sud et à l'orient de la Mer Morte ) dominaient sur les sables de l'Arabie Petre'e. jPar-ià, Nonreddin eut eu ses communications libres avec l'Egypte ; de plus, il aurait assure le chemin que prennent à travers ces sables les caravanes de pèlerins musulmans qui , toutes les années , se rendent de Damas a la Mecque et à Medine. Ce fut justement ce qui inspira de la défiance à Sdadin; H craignit qu'une fois la route ouverte, Nonreddin ne vint en Egypte pour le déposséder, et, dans cette idée, il n'hesica pas a ménager les chrétiens. Ce fait est ainsi racpnte par Ibn-alatir :
u Nonreddin et Saladin se concertèrent ensemble pour aller attaquer Schaubec; Saladin commença l'attaque. En peu de temps la place se trouva vivement pressée; et la garnison offrit de se rendre, si dans dix jours elle ne recevait du secours. Pendant ce temps , Nonreddin entra sur les terres chrétiennes et y fit de rapides conquêtes. On dit alors à Saladin : « Quand Nonreddin aura soumis les, provinces 9 chrétiennes, et que la route entre la Syrie et l'Egypte sera n libre, il^ne tiendra qu'à lui de venir vous attaquer; ou bien 9 encore, si Nonreddin vient jusqu'ici, vous serez oblige de n vous re'unir à lui et de vous mettre sous ses ordres. S'il veut n vous laisser l'Egypte, il le fera; mais s'il veut vous l'âter, n il le fera aussi. Quel moyen aurez-vous de l'en empêcher? n Le parti le phis sage est de ne pas l'attendre, n Saladin sentit la veVite' de ces conseils, et retourna en Egypte. II e'crivit cependant à Noureddin pour lui faire des excuses, lui représentant le secret mécontentement qui régnait alors en Egypte et le besoin que le pays avait de sa présence.^ ail serait à craindre, ajouta- 1- il, que nos ennemis ne n devinssent les maîtres et ne se rendissent tout-puissans. n Ces raisons ne furent pas goûtées par Noureddin. Dans son dépit, il eut un moment l'idée de marcher sur-le-champ en Egypte. II cachait si peu ses sentiraens à cet égard, que la nouvelk en vint jusqu'à Saladin. Aussitôt il assembla sa famille , y compris son père Ayoub et son oncle Schebabeddin , ainsi que ses principaux emtrs , et leur demanda ce
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qu'il devait faire. Taki-eddin , neveu de Saladiti , ccpoadît brusquement que si Noureddin venait en Egypte ^ on repousserait la force par la force. A ces mots, Ayoub se leva «plein de colère^ et se tournant vers Saladin, il lui dit : *» Moi qui n suis ton père , et Schehab-eddin ici présent qui est ton n oncle, nous devons avoir pour toi bien plus d'amour que f» tous les autres ; eb bien ! Dieu m'est témoin , aussi bien qu a 9 ton oncle ^ que si nous voyions maintenant Noureddin se 9 présenter à nous, nous nous prosternerions devant lui jus- « qu'à terre,, et que , s'il nous commandait de te couper la tête , n nous le ferions sans balancer. Or , si moi qui suia ton père , » et Schehab-eddin qui est ton oncle, nous sommes dans, de n semblables dispositions , juge par-ià de celles des autres. V Non , il n'y a pas ici un seul émir qui , s'il apercevait Nour* m eddin, osât rester dans ses arçons et ne pas mettre pied. a 9 terre. Ce pays lui appartient; nous sommes ses esclaves, j» Çà donc, qu'on lui envoie tout de suite un courrier avec 9 ces mots de ta part : Il m'est repenu que vous voulez v^niv n jusqu'ici pour oter-t Egypte de mes mains, Qu est-il besoin n de tout cela ? Que notre seigneur nenuoie-t-il plutôt un » exprès pour me mener à lui la corde au cou ; il ne rencon- « trerait de ma part aucune résistance, n La-dessus l'assemblée fut. renvoyée, et chacun resta persuadé qu'Ayoub était de bonne foi. Mais ensuite Ayoub prit soa ^^& à part et lui dit : « A quoi pensais-tu en assemblant les émirs et ea nous ^^laisant une telle proposition ? Ne sais-tu pas que si Nour* n eddin savait que nous voulons lui résister, il ferait trêve à 9 toute autre guerre pour venir nous attaquer , et que nous 9 ne pourrions lui tenir tête ? Ignores-tu que les émirs qui n sont ici lui sont tous dévoués? Au lieu qu'à présent , quand n il saura ce qui s'est passé, il aous laissera tranquilles; il «s'occupera d'autre chose, et, le temps fera le reste. Pai: n Dieu ! s'il prétendait exiger de nous seulement une cann« n à sucre, je serais le premier à la lui disputer, et je la lui 9 arracherais ou j'y laisserais ma vie. n Saladin , poursuif l'auteur arabe , suivit le conseil de son père et s'en trouva bien; car Noureddin tourna ses vues d'iin autre côté, et mourut avant d'avoir rempli son dessein, n
La même année, il se passa un fait d'un autre genre et qui donnera l'idée du droit public de cette époque; nous I empruntons du même auteur, u Deux vaisseaux musulmans , sortis des ports d'Egypte , furent enlevés en pleine
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paix par les chrétiens à la hauteur de Laodicee , sous prétexte que ces vaisseaux étaient arrives fracassés et faisant eau de toute part, et que, d'après Fusage, il était permis de s'en emparer (l). Noureddin nia que ces vaisseaux eussent fait naufrage ; il allégua que c'était sans raison qu'on les avait capturés : en conséquence, il rassembla aussitât ses troupes et les envoya dévaster les provinces chrétiennes; tout fut détruit sur les terres d'Antioohe et de Tripoli ; ce fut au point que les Francs, consternés, oflfrîrent d'eux-mêmes de rendre les navires et la cargaison , ce qui fut accepté, n L'historien des atabecs compare à ce sujet les chrétiens à cêB Juifs qui, suivant le proi^erhe, attendent d'avoir été rouie de coupe pour payer le tribut. En effet , ajoutent- il , les chrétiens avaient aabord refusé de rendre les navires, et maintenant ils consentaient à le faire , après que leurs provinces étaient dévastées et leurs villages ruinés, n
Suivant Ibn-alatir, Noureddin établit cette année dans ses états une poste aux pigeons. Ce n'est pas qu'on ne connut long-temps auparavant l'usage des pigeons pour transmettre les nouvelles; mais aucun prince n'avait songé à rendre cet établissement régulier et approprié à un vaste système de défense. « Noureddin , remarque l'auteur arabe, fut sur-tout porté à cette institution par le désir de combattre les chrétiens et de repousser leurs attaques. En effet, ses états avaient acquis une grande étendue, et il était, pour le gouvernement, essentiel de recevoir de promptes nouvelles. Jusque-là, quand les Francs venaient attaquer une place musulmane, ils avaient le temps de la prendre avant qu'on
(l) II était dors d'usage, en Occident comme en Orient, qne lorsqu'on vaisseau faisait naufrage , il devenait la propriété du prince sur les terres duquel ie naufrage avait eu lieu. Cest ce qu*on appelait le droit de Ms et naufrage. Voyez, sur cet usage barbare, du Cange, Glossaire de la basse latinité, au mot Lagan. Plus tard, ce droit fut aboli sur toutes les côtes de la Mer méditerranée , ainsi qu'on le verra par la suite. II existe cependant encore dans certaines contrées d'Orient ; par exemple , sur les côtes de la Mer Rouge. (Voyez les nxmçeaux Contes turcs, par Digeon, t. I, p. S6S , et le Voyage d'Ali-bey, t. II, p. 4 s S.) II existait encore dans Flnde sous les empereurs Mogols. (Voyez Chardin, t. IX, p. 915. Voyez enfin les Notices et extraits des manuscrits de la MUothèque du Roi, t. IV, p. 577.
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y put porter secours ; mais lorsque la poste aux pigeons fut en activité, le prince recevait le jour même la nouvelle de tout ce qui se passait sur les frontières. Le pajs se ressentit des bons effets de cet établissement. Noureddin y affecta des fonds particuliers, et nomma des personnes chargées d'en avoir la direction (l). «
L'année suivante , il reprit son dessein de s'emparer de Scbaubec et de Carac pour assurer ses communications avec l'Egypte. Les méfiances de Sakdîn empêchèrent encore le succès de cette entreprise. « Noureddin et Saladin , au rapport dlbn-alatiri étaient oon venus d'envahir à-^la-fois^ et chacun de leur cÂté, les provinces chrétiennes, et de se réunir sons les murs de Carac. Il avait été dit que le premier qui arriverait attendrait l'autre. Saladin partit donc de l'Ëgjpte et Noureddin de Damas. Saladin arriva le premier devant Carac et en fit aussitôt le siège ; nuis a peine ent'-ii appris que Noureddin approchait, qu'il craignit d'être obligé de se réunir à lui , et retourna en Egypte , donnant pour prétexte de son départ la maladie de son père, qui avait fait une chute de cheval et qui en effet mourut quelques joui-s après» Il représentait que c'était son père qui gouvernait l'Egypte en son absence , et qu'il était à craindre que cette mort ne laissât lieu à quelques troubles. Noureddin trouva la conduite de Sdadin fort extraordinaire; il comprit alors ses intentions -secrètes, et il serait allé l'attaquer sur-le-champ s'il avait été en mesure. Cependant il dissimula, et dit : «r^Il a bien « fait de s'en idler. En effet, la conservation de l'Egypte est » plus importante pour nous que la prise de quelques places, n Ce fut alors que Sidadin et sa famiHe, pour se créer au besoin un asile contre la vengeance de Noureddin , enva^ hîrent la Nubie et ensuite l'Arabie^Heureuse , qu'ils soumirent eotièrement. Malgré cet avantage, Saladin aurait difficilement pu se maintenir , si la mort n'était venue le délivrer de son ennemi.
(l) On trouvera des rfëtaifs intëressens snr ki manière dont on éiève ces pigeont et sur Tosage qn*on en lait , dans un petit écrit coiiipos^ an arabe par fen Miehel Sabbag, et poblië en arabe et en fiançaia par M»Siive«tre de Sacy. Le titre eat la Colombe messagère; Paris, 1805.
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