‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 28 sur 55 · S LXI · texte numérisé non relu

S LXI

Combat d*Arsoaf.

Suite de tannée 587 f septembre 119i de J.C,], Nous suivons toujours le récit de Boha*eddin.

u Saladin ne négligeait aucune occasion d'en venir aux mains ; tour^^tour à l'avant-garde , sur les flancs* et à l'arrière-garde de l'arroëe chrétienne, il ne lui laissait aucun repos. Dans une de ces occasions périt un de ses plus braves mameloucks; il se nommait Aiaz le Long. L'action eut lieu près des bords du fleuve Cassab , ou des Roseaus .* le cheval du mamelouck se cabra, et il fut tue' sans pouvoir' se défendre. « C'était , dit Boha-eddîn , un des plus grands héros de l'islamisme : sa bravoure était également célèbre dans les deux armées ; il avait, par ses exploits, rendu croyable tout oe qu'on raconte des héros de l'ancien temps ; quand il pa* raissait, les Francs prenaient la fuite. Sa mort causa une douleur générale. »

Cependant un député du roi d'Angleterre se présenta au camp , demandant à parier à Maletadel : on était alors au 1 1 du mois de schaban. Le député représenta à Malek-adel que cette guerre dorait depuis trop Iong*temps ; que les deux armées avaient essujé de grandes pertes; que l'intention du roi, en venant dans ce pays, n'avait été que de secourir les Francs de la Palestine; qu'il consentait à faire la paix, et à ce que chacun mit bas les 'trmes. Peu de temps après, le roi ayant appris que Malék-adel était venu jusqu'aux avant-postes, voulut avoir une entrevue avec lui. Dans cette conférence, il parla de nouveau de son désir de faire la paix, à quoi Maiekr adel répondit: «Vous ne cessez de parler de paix; que ne 9 dites-vous enfin , au juste, ce que vous voulez? « Le roi répliqua: tt La première condition de la paix est que vous renn diez aux chrétiens le pays que vous leur avez pris, et que

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jp VOUS rentriez dans vos anciennes limites, n A ces mots , Malek-ad^I s'indigna, et la conférence fut rompue (l).

Sur ces entrefaites , Farmee chrétienne arriva aux portes d'Arsonf , sur les bords de la mer. Alors s'engagea un combat que Boha-eddin dit avoir été un crhve^cœur pour les musulmans. L<a ville est precéde'e de jardins , et une forêt se trouve dans le voisinage; le chemin qui conduit à Arsouf est étroit , et le sultan fit a dessein occuper toutes les issues , pour enfermer les chrétiens et les pousser dans la mer. Ëmad-eddin observe , à ce sujet , qu'en un moment les flèches de l'armée musulmane environnèrent les chrétiens y comme les cils enr tourent les yeux. On était alors au 14 de schaban. Lies chrétiens furent accablés d'une grêle de traits , et attaqués par derrière , par devant , et soi* le flanc gauche. Ils essayèrent d'abord »de presser le pas, afin de se rendre au lieu de leur campement ; a la fin , ne pouvant plus avancer , ils firent volte^ace et en vinrent aux mains.

Cette journée est ainsi décrite par Boha-eddin : « L'armée chrétienne était horriblement pressée. Le sultan allait et ve* nait d'une aile à l'autre , animant ses soldats; je le rencontrai moi-n|éme plusieurs fois, n'ayant qu'un page à ses cAtés. Je vis aussi son frère Malek-adel traverser le champ de bataille au milieu des javelots. L'infanterie chrétienne atteignit les jardins d'Arsouf; alors la cavalerie, qui jusque-là n'avait pris aucune part au combat, s'ébranla pour charger. Je vis les cavaliers rangés au milieu de l'infanterie, la lance en airét et criant tous a-Ia-fois, comme un seul homme; je vis l'infanterie ouvrir ses rangs , et la cavalerie sortir par tous les côtés et fondre sur notre droite, notre gauche et notre centre. En un moment nos soldats furent mis en fuite. Moi , qui étais au centre, voyant cette partie de Tarmée en déroute, je

(i) Boba-eddin observe qoe ce fnt ie fib de U^afroy qui servit d'interprète aux deux princes. Le fiis de Honfroy avait été jadis un des pins puîssans seigneurs de la .Palestine. Ce passage et d'antres qui précèdent, donnent lieu de remarquer qu'à cette e'poque les seigneurs chrétiens les plus puîssans ne dédaignaient pas d'apprendre la langue arabe , et de s'en servir dans Toccasion. Boha-eddin ajoute qa'ii vit plus tard ie fils de Honfroy, lors de la conclusion de la paix , et que ce jeune homme kù parut de la pins grande beauté, à cela près , ajoute-t-il , que , suivant la mode des Francs, il avait la harbt rasée.

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courus rers la gauche et f j trouvai le même desordre : alors je courus au pavillon du sultan , point de ralliement de Tarmee ; mais qu'y vis-je? dix-snpt hommes, et pas davantage; tout le reste avait pris la fuite. Cependant les drapeaux du sultan étaient encore debout; les tambours battaient, les trompettes sonnaient; Saladin espeVait toujours rallier les fuj'ards; à chaque fujard- qui passait, ii faisait courir après lui et le ramenait. Heureusement on n'avait pas long- temps à fuir : la fcurét qui était dans le voisinage recevait les soldats, et les chrétiens n'osaient avancer, crainte d'embuscade. Quand les Francs chargeaient, nos troupes prenaient la fuite et se sauvaient dans la forêt : s'arrétaient-ils , elles s'arrêtaient ; chargeaient-ils de nouveau , elles se remettaient à courir , mais toujours en se battant. Ces charges et ces fuites se renouvelèrent jusqu'à trois fois. A la fin , l'ennemi n'étant plus inquiète se remit en marche et entra paisiblement dans Arsouf. Pour les musulmans , ils se retirèrent sur une colline voisine. J'étais alors auprès du sultan , occupe à le consoler ; il ne voulait recevoir aucune consolation. On venait de lui dresser a la hâte une petite tente : nous le pressâmes de prendre quelque nourriture; ce qu'il fit , mais en très-petite quantité. Pendant ce temps , il regardait passer les blesses et les faisait soigner. Ce jour-là, il y eut un grand nombre de martyrs musulmans ; les blesses fi]^rent aussi , de part et d'autre , fort nombreux. Le sultan e'tait si aigri de l'issue de ce combat , qu'un chrétien étant tombe en son pouvoir, il Iifi fit trancher la tête : son cœur était en proie à une douleur dont Dieu seul

{>eut se faire une idée. La vérité est qu'il n'y eut pas , dans 'arme'e, de musulman qui n'eut le cœur ou le corps brise'.' Le lendemain, dimanche, le sultan revint offrir le combat aux chrétiens; mais ils e'taient si fatigues de l'action de la veille, qu'ils ne sortirent pas de leurs lignes, n

Les auteurs chrétiens ont longuement parle' de ce combat. Boha«eddin a parfaitement rendu justice à la bravoure des Francs; Ibn-alatir reconnut aussi que, sans le voisinage de la forêt, les musulmans étaient perdus (l).

(i) Emad-eddin fait mention (Tan chef de Tsmiée cbrëtienne qai, dit-il , combattait avec beaucoup de videur, et qui fut taë avec un grand nombre dee siens : c'est Jacques d'Avesne. Voyez Gautier Vinisauf y au tome I^ de la Bibliothèque des Croisades, page 69S.

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