‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 3 sur 55 · UL · texte numérisé non relu

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ETénemens qui raiTirent la prise d'Antiocbe. -— Eutrëc des croitét dani Jérusalem. — Bataille d*AscaIon.

Les croisés , profitant de leurs succès , ne tardèrent pas & se répandre dans les contrées voisines d'Antioche.

Kemal-eddin fait mention d'un certain Omar, commandant de la villcr d'Ezaz (l) , dans la principauté' d'AIepi lequel se reVoIta contre Redouan et appela les Francs à son secours. Le comte de Saint-Gilles accourut avec quelques troupes et prit la défense d'Omar. En s'en retournant, il emmena le fils d'Omar en otage à Antioche. Cet enfant y mourut quelque temps après. Quant au père, il fut pris plus tard par Redouan et mis à mort.

Le même auteur parie ensuite de la prise de la ville de Baré ou d'Elbarié par le comte de Saint-Gilles , qui , ajoutet-if, sans égard pour sa parole, livra cette ville au pillage; après quoi il continue ainsi : o Le comte de Saint-Gilles prit avec lui le reste de l'armée, aussi bien que les Arméniens et les autres chrétiens du pajs, et alla assiéger Marra. L'armée chrétienne était de cent mille hommes; elle coupa les arbres dans la campagne , et construisit une tour assez haute

Eour dominer les remparts de la place. Les habitans s'étaient atés d'appeler à leur secours Redouan, prince d'AIep, et Genah-eddaulé, prince d'Emesse; mais ni l'un ni l'autre ne voulurent les défendre. A la suite d'un assaut terrible , qui dura depuis le matin jusqu'à la prière du soir , les chrétiens entrèrent dans la ville. Ils promirent d'abord sûreté aux habitans , et reçurent pour cela un tribut qui fut levé sur chaque famille ; mais le lendemain, dès que le jour parut, ils remirent l'épée à la main et massacrèrent les hommes en état de porter les armes , réservant les femmes et les enfans

Ïiour l'esclavage. Il périt ainsi vingt mille personnes, hommes, èmmes et enfans; il n'y eut en général de sauvé que le petit nombre de ceux qui auparavant avaient cherche leur salut dans les places vobines. Plusieurs périrent dans les supplices,

Eour n'avoir pas voulu découvrir le lieu où ils avaient caché !urs richesses; d'autres moururent da soif, parce qu'ils

(i) Cest la ville quo les autenrs chrétiens appellent Hasar.

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n'avaient pas de quoi payer f eaa qu'on roulait letir vendre. Les Francs s'arrêtèrent pendant trente-trois jours dans la TÎOe, et ne se retirèrent qu'après avoir rase ies fortifications et brûlé les maisons et les mosquées, w

Ibn-^ouzi répète en partie les mêmes détails. II parle ensuite de la marche des Francs vers Jérusalem.

An 492 [1099]. « Les Francs , dit Ibn-giouzi^ lors-

Ia'ib partirent d'Antioche, étaient an nombre d'un million liommes, dont cinq cent mille en état de combattre (1). Le reste se composait d'ouvriers et d'employés aux pîerriers et aux autres machines de guerre. lis suivirent le bord de la mer. Jérusfdem appartenait alors aux Egyptiens. Celui qui en avait le commandement s'appelait Iftikhar-eddaulé, ou fa Gloire de f empire. Le siège dura quarante jours. Les Francs élevèrent deux tours pour dommer les murs de la place : l'une du oâté de la pcHte de Sien , l'autre du côté des portes d'Asbat et d'Amoud , ou portes des Tribus et de la Colonne. Les assiégés parvinrent à brûler la tour de la porte de Sion ; à Tégard de la seconde , elle fut approchée des murs. Alors les Franc» firent jouer toutes leurs machines àla-fois; puis y attaquant eomme un seul homme, ils mirent las iposnlmans en fuite et entrèrent de force dans la ville. La foule se réfugia dans la mosquée Alacsa et ses dépendances (S). Les Francs, les y poursuivant , tuèrent, dit-on, cent miOe personnes , et firent autant de prisonniers. Ils n'épargnèrent pas même les vieillards des deux sexes (3). En ce lieu étaient rassemblées d'immenses richesses. Ils y

(â) II n*est pas besoin de dire que ce nombre est fort exagéré. Keniai-eddni s'est tena pins près de la vérité, en ae le faisant monter qa*à trois cent vingt mille hommes.

(t) Ccst la mosquée bAtie par Omar sor remplacement du temple de Salomon, et qui porte encore le nom d'Omar. Cette mosquée, outre le temple proprement dit» renferme un parvis et plusieurs chapelles , entre lesquelles est celle de la Sacra ou de la Roche , ainsi appelée parce que, dans Topinion des musulmans, on y conserve la pierre sur laqneUe le patriarche Jacob i^i^uya la tête la nuit où il vit féchelle mystérieuse qui conduisait de la terre au ciel. Voyez la descriptien de la mosquée et de ses dépendances, dans le Voyage d'Aljf-Be^, t. au, et atlas.

(s) Si fou «o croyait le eadi Ifogir-eddin , auteur iTune Histoire de Jénia^m et dHébroo , la mort de tant de personnes serait en jiartie venue de ce qu'on avait accordé aux musulmans un délai de trois

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trouvèrent soixante-dix lampes, dont vingt en or (l) et les autres en argent (3). Us enlevèrent aussi un tennour ou grande lampe d'argent, du poids de quarante rotts ou livres de Syrie (3). Quant aux Juifs, on les enferma dans leur synagogue et on les y brûla. Jérusalem n'avait pas cesse d'être au pouvoir de Pislamisme depuis le règne du calife Omar, Fan 16 de Thegire [638 de J. C.]. n

Un auteur musulman appelé Ibn-zoulak, croyant sans doute donner plus de solennité à cet eve'nement, prétend qu'au moment de l'entrée des chrétiens dans la ville sainte, le soleil s'éclipsa, la terre se couvrit de ténèbres, et les étoiles apparurent en plein jour.

Cependant le visir égyptien Afdal accourait d'Egypte en Syrie, accompagne, selon Ibn-giouzi , de vingt miOe hommes. Etant arrivé deux jours après la perte de JeVusdIem , il se porta vers Ascdion. Ibn-moyassar nous apprend qu'il envoya un député aux chefs des chrétiens , pour leur reprocher les cruautés qu'ils avaient commises; mais les chrétiens, s'avançant avec toutes leurs forces , l'obligèrent à prendre la fuite. Plusieurs des musulmans s'étaient cachés dans les branches des sycomores qui couvrent le pays : les Francs mirent le feu aux arbres et firent périr ces musulmans dans les flammes.

Ensuite les Francs entreprirent le siège d'Ascalon. Déjà, suivant Ibn-giouzi, ils avaient forcé les habitans à leur pro-

foan pour sortir de la ville, et que la presse fat si grande aux portes de la mosquée , qme plusieurs j ptfrireaL lie nombre des morts est sans doute exagéré; mais la manière dont s*opéra ce carnage n*est que trop constatée. On peut reconrir an témoignage des auteurs chrétiens eux-mêmes.

(i) Chacune était du poids de mille mitscals, ou de dix livres de douze onces.

(s) Celles-ci pesaient chacune trois mille six cents dîrhems de Syrie, on environ vingt-quatre livres de douze onces.

(3) Ces richesses étaient le fruit de la piété des Musulmans; MsJbomet a promis de grandes récompenses à tous ceux qui feraient quelques offrandes à cette mosquée. Voyez à ce sujet le ^moignage d*un lenteur musulipan, Mines de l'Orient, t. II, p. 3 St. Encore aujounThui, les Musulmans se font un devoir de montrer la même piété. Le P. Roger, qui , il y a quelques siècles, trouva le moyen d'entrer dans la mosquée , y compta jusqu'à sept mille lampes. Voyez V Itinéraire de Paris à Jérusalem, par M. de Cbàteaobriant, t. II .

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mettre un tribut de vmgt mille pièces cPor ; maïs au moment d'en faire la levée y il survint une querelle parmi les chefs p qui furent contraints de se retirer.

Tel est le court récit de la bataille d'Ascàlon ^ qui occupe une si grande place dans l'Iiistoire et la poésie chrétiennes. On attribue tout l'honneur de cette victoire à Raymond de Saint'Giiies. Le cadi Mogir-eddin nous apprend qu'an poète musulman , voulant faire sa cour à Raymond , lui adressa ces. mots singuliers : «rTu as vaincu par Tépee du Messie. n O Dieu! quel homme que ce Saint-Gilles! la terre n'avait » pas vu de déroute semblable à celle d'Afdoi; ^ret que le visiri pour se venger, fit assassiner le poète.

Après ces évenemens, beaucoup de musulmans n'osèrent plus demeurer en Syrie. Ibn-gioazî rapporte qu'un eadi et d'autres personnes de la ville de Damas se retirèrent & Bagdad j et se présentèrent au divan où conseil dVtat du sultan I en s'arrachant les cheveux et fondant en larm«s. Le (»di se leva en présence de l'assemblée, et fit un discours

3ui tira des larmes de tous les yeux. Le dîvaa envbya «n epute au sultan, qui était alors avec son armée dans le Khorassan , au nord de la Perse , pour lui exposer lés mal-* heurs de l'islamisme : mais la discorde s'était introduite dans la maison des princes selgionkides ; ils avaient toits pris les armes, et se disputaient 1 autorité les uns aux autres. Dieu permit, aîoute Phistorien, pour des vues qui nous sont (Mche'es, que la démarche cfu divan restât inutile*

Suivant Aboulfeda, ce fut par les fuyards que. l'on apprit à Bagdad la nouvelle de la prise de la ville sainte. < On etah alors au mois de ramadan ou mois du jeune; la douleur devint ge'nerale, et le peuple se repandit dans les mosquées pour implorer la misencorde divine. Les esprits furent si troubles, qu'on oublia d'observer le jeune. Df^ns ces circonstances, le poète Abivardi oomposa des vers jont voici le sens :

« Nous avons mêlé le sang à l'abondance de nos. larmes» Il ne nous reste pas d'abri contre les malheurs qui nous menacent!

J9 Les tristes armes , pour un homme , de répandre des

f>Ieurs , lorsque la guerre embrase tout de ses épées étinceantes!

a O enfans de Tislamisme , bien des combats vous restent a soutenir, dans lesquels vos têtes rouleront à vos pieds!

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» Comment dormir eC fermer les DMipîères , lorsqu'on est atteint par des commotions qui reVeilleraient Tiiomme le plus profondement endorm'îT

9 Vos frères dans la Syrie n'ont pour se reposer que le dos de ieura. chameaux ou les entrailles des vautours.

9 Los Romains (l) les couvrent d'opprobre; et vous, vous laiss^zt Uvaindr votre robe dan» la mollesse^ comme quelqu'un qui n!a rien, à oraiiidrei

« Que. de sang a ete répandu! que de femmes à qui on n'a laisse' pour coiivirir kur beauté que leurs mains!

» Snli^*les coups de lance et d'épee le choc est si épouvantable, que la tâtede^ enfans en biancbiraît de frajeur.

V Telle «st. cette guerrp^.que ceux mêmes qui s'éloignent de ses fureurs daiM fespoir de s'en préserver, grincent bieutâtiles dents de regrÀ

.19 II vie semble voir «dui qui repose à Médhie ( Mahomet ) se.levep'pdur crier de .toute sa force : O enfans de Hascbem!

(Aiûiibid nu»n peuple ne vole pas à l'ennemi la lance À la main{iIoraq«rB.l4relig^îon croule par ses foodemens!

«•JI k'ose.ipas approcher .tlu feu , ^ratnt^ de ia mort, et il ne voit pas qu^.Ie Mshonneur est une blessure qHi reste!

i9'Est!cè'doflB£-iqiîe les .chefs des Arabes se résigneront à de tels jnattX ». «t que les guecriers.de ia Penw; se soumettront à uu tel avilisaement?

...« Plttt^à Dipu, puisqu'ils ne.se.battent phis par zèle pour la religion ^iqulils rasistaaseiit pour le salut de leurs proches!

« &'iis(.ienonoent mx récompenses célesleë, lorsque le danger^ les appelle j na aerontrib pas du moins attires par l'esfoiif diibtttin!»

fin cliit, renmrqne iecadi Mogir^ifin , de qui nous em* pruntenil oes vers vraiment remnroàables , il ne pouvait |mis arriver ' de iplos. grand malheur à {^islainisme: tes rob de la terré -n'éteifbit pas asses fiorts pour .chasser les Francs de lenrs conquêtes; il fallait attendre la volonté du Dieu suprême, qui enfinre|)rit Jérnsalem. par les mains de son élu Saladin. Poos mqi ,.afoute Mogir^eddio, telle est ma* pensée; je 'n'ai

(i) Le poète se sert du moi Romain ou pTutôt da mot Grec, poar âésigner les guerriera d'Octttfent. Les muAuimans eurent d'abord des guerres si terribles à soutenir contre les Grecs de Constantiiioj:Ae , demiera rcBt^s de f empire romain « qu'ils nVerent pïns d'antre mot pour itidiqpuer en g^oénl les ennemis de fisisaôéme»

pas dTatitre espéranoe'qiie Dieu; c'est en lui que je mets ma confiance ; U me suffit O quel excellent maître et quel bon protecteor !

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