‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 42 sur 55 · I LXXXIX · texte numérisé non relu

I LXXXIX

Premières expéditions de Bibars contre les chrétiens.

An 660 [4262]. On a tu, sous la date de Tannée 659: jde rfaegire, que fa paix avait ete faite pour dix ans , au nom de Sw Louis,. entre les chrétiens de Syrie et Malek-naser,. sultan f Alep et de Damas. Ce traite avait ete expose à quelques infractions au mifieu des invasions des Tartares ; les Tartares avaient bouleverse tout le pays. Malek-naser, auteur du traite , n'existait plus ; d'ailleurs la Syrie était retombée au pouvoir de l'Egypte. Bibars, en montant sur le trdne, eut d'abord l'intention de ne pas reconnaître le traite, et d'attaquer à force ouverte les colonies chrétiennes : il n'en fut empêche que par une disette qui désola tout-a-coup la Syrie , et par le désir de se bien aflfermir; cette raison l'engagea même à renouveler la paix. Mais, si Ton en croit les auteurs arabes , le desordre allait toujours croissant : les chrétiens , perpétuellement divises entre eux , ne respectaient plus d'engagemens ; le prince d'Antioche excitait sans cesse les Tartares; les chemins étaient infestes sur terre et sur mer. Si l'on traitait avec les hospitaliers , c'était pour les tempUers un motif de prendre les armes; si l'on faisait la paix avec la ville d'Acre, on était expose aux insultes du roi de Chypre. Bibàrs ayant envoyé une ae'putation à l'empereur de Gonstantinople, les de'putes furent enlevés en pleine paix par*, fes vaisseaux du roi de Chypre, et charges de chaînes. Il dépendait alors du moindre seigneur de village de faire une incursion sur les terres de son voisin , et de mettre tout le pays en combustion.

Au rapport de l'auteur arabe de la Vie de Bibars, il avait été convenu, lors du renouvellement du traité, que l'on ferait un échange des prisonniers. En conséquence , Bibars se mit en devoir d'envoyer les chrétiens qui étaient entre ses mains a. Naplouse, pour qu'ils y fussent éclian^és; mais aucun chrétien ne parut Les Francs négligèrent d'envoyer les prisonniers musulmans ^. et Bibars fut oUigé de ramener Tes prisonniers chrétiens à Damas , oii on les empFoya à divers ouvrages de bâtisse. Par le traité, les Francs s'étaient engagés à n'élever aucune nouvelle fortification dans leurs terres, et pourtaot ils n'avaient cessé de travailler aux fortifications

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d'Artouf. Ce fat sur ces entrefaites qa'eat lîea Tinsidce faite par ie roi de Cfajpre aux députés égyptiens; dans le même temps , le prince d'Antioche ne cessait aanimer les Tartares. Bibars, furieux , se jeta sur les terres de ce prince , et j mit tout à feu et a sanç. Ses troupes pénétrèrent jusque dans le port de Séleucîe, ou elles brûlèrent les raisseauz qui étaient à Tancre.

Uannée suirante (661 ou 1963 de J. C), Bibars, suivant MaLrizi, retourna en Syrie, décidé à se venger de la viDe d'Acre. Les seigneurs de JaJfa et d'Arsouf , qui avaient toujours été fidèles au traité, s'étant présentés à lui avec des présens, il les accueillit avec bonté et respecta leurs domaines. De leur côté, les chrétiens d'Acre, instruîcs de son approche et des forces terribles quii amenait avec lui , demandèrent à négocier ; mais Bibars leur représenta que pais- Ju'iis voulaient la paix , ib auraient du exécuter ie traite , ou u moins ne pas attendre, pour négocier, qui! fut arrivés leurs portes; et comme ib repondaient qu'ib avaient jusquelà ignoré sa marche , Bibars reprit : « Quand on veut sioceren ment une chose, on fait preuve de plus de vigilance. Ignon rer la marche de notre armée, c'est ne pas connaître la % quantité d'animaux qui peuplent la terre et des poissons qui n habitent l'Océan. Nos troupes sont si nombreuses, qu'il ne n doit pas j avoir de coin dans vos maisons où il ne faiue sans n cesse balajer la poussière soulevée par notre caviderie. n C'est au point que le bruit de nos chevaux , dans leur mai^ n che , doit avoir étourdi les oreilles des Francs au-delà des n mers, et des Tartares au fond de leurs retraites. Et si une n si grande armée vient jusqu'à vos portes sans que vous vons n en aperceviez , que faut-ii donc pour éveiller votre attenn tion I «

Un jour, poursuit Makrizi, le sultan fit venir les députa chrétiens , et leur demanda ce qu'ils voulaient faire : • Exén cuter le traité, « répondirent-Os. A quoi Bibars répliqua : m Que ne le disiez-vous plus tôt, avant que nous fussions arm rivés ici? vous nous auriez épargné des frab teb , que si » l'argent que nous coûte cette expédition pouvait couler, 9 il formerait des fleuves immenses. Pour nous, nous n'avons n fait aucun décat sur vos terres ; nous ne vous avons pas n causé le moindre dommage : vous, au contraire, vous avez « infesté les chemins et empêché l'approvisionnement de nos n troupes. A peine le traite a été renouvelé, que vous avez

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9 refuse cPeo jurer l'executioa : il a fallu rédiger une nouvelle 9 formule. Nous, cependaut, npus nous étions conformes à 9 ce qui était convenu. Au moment de l'échange , nous avons

• envoyé les prisonniers chrétiens à Naplouse, espérant que m VOUS amèneriez les prisonniers musulmans. Vous avez né- 9 gligé de le faire , et vous êtes restés sans pitié pour vos

• frères captifs. Vous avez de plus retenu les prisonniers mu- 9 sulmans sans rien adoucir à leur sort, vous rejetant la faute

• les uns sur les autres. A l'égard de ce qui a été volé à nos

• marchands, vous aviez promis de les indemniser pour ia

• part ^ui vous concernait, et puis vous avez dit qu'ils n'ont 9 pas été volés chez vous, mais à Tortose, ville qui est au Jtpouvojr des templiers, et que c'était aux templiers d'en

• rendre compte ; mais Dieu sait si Tortose n'est pas de votre

• domaine. Nous avons envoyé une députation à l'empereur

• de Constantinople ; nous vous avons fait demander si les ,9 députés pouvaient en sûreté se mettre en mer ; vous nous 9 avez conseillé de les faire passer par llle de Chypre : à

• peine ils y sont arrivés , qu'on les a arrêtés , chargés de 9 chaînes et accablés de mauvais traitemens, & tel point que 9 Fun d'eux en est mort. Vous saviez pourtant de quelle ma- 9 nière nous en usons avec vos députes. D'ailleurs, un député 9 n'a-t-il pas un caractère inviolable , et ne doit-on pas le 9 respecter même au milieu des fureurs de la guerre? Si cela 9 s'est fait sans votre agrément, du moins ce n'est pas sans

• préjudice pour votre honneur ; et n'est-ce pas en conser- 9 vaut leur réputation pure que les rois se mettent en état de «sauver les biens et les personnes? Au reste, le roi dé 9 Chypre a.des biens dans Acre et sur la cête ; ses navires et 9 ses marchands viennent commercer dans votre ville. II 9 n'est pas seul, il a avec lui les templiers et les ordres de « chevfuerie. Si vous n'aviez été complices* de sa perfidie, 9 vous vous seriez levés pour en tirer vengeance; vous au- 9 riez confisqué les biens qu'il a chez vous , et vous auriez

• instruit de sa conduite le pape de Rome et les rois de l'Oc-

• cident Qudle a été votre conduite sous les sultans mes 9 prédécesseurs? Vous reçûtes en dlsmael, prince de paît mas, les forteresses de Schaldf et de Séfed , à la charge de 9 faire cause commune avec lui contre le sultan d'Egypte (l).

(i) Voyez ci-devant , p. 440.

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n \je sultan , quoique vainqueur, ne se vengea pas devons; n il respecta vos terres et ne vous fit que du bien. Voos le n payâtes d'une telle douceur en prenant parti contre lui pour n le roi de France (S. Loaîs). Heureusement vos projets n échouèrent. Citez un seul trait de bonne foi dans toutes tos n relations arec PEgjpte; citez une seule de vos invasions n qui ait été heureuse. En un mpt, Ismaêlvous livra Séfed et • Schakif, parce qu'il avait besoin de vous; mais moi, je n n'ai que faire de votre appui. Rendez-moi ces deux places n et toutes celles que vous avez prises aux musulmans ; mettez n les prisonniers musulmans en liberté; sinon je n'écouterai « aucune proposition (l). »

Les chrétiens , continue Makrizi , répondirent que , loin de vouloir enfreindre le traité, ils ne demandaient qu'à l'ezécater : ils offrirent de renvoyer les prisonniers musulmans. Mais Bibars n'admit pas ces excuses, et fit sortir les députés à l'heure même. De là , il envoya dévaster les campagnes de Nazareth et de la ville d'Acre. L'éfflise de Nazareth , une des plus belles de fa Pakstine , fut détruite de fond en comble. Tout cela eut lieu sans que les Francs essayassent d'y mettre obstacle.

Sur ces entrefaites , Bibars publia une ordonnance pour réprimer les brigandages qui se commettaient journellement dans le pays. C'est Fusage en Orient que , lorsqu'il se commet un meurtre, l'assassin paie aux héritiers dd mort une amende qui se nomme U priée du sang. Comme souvent on massacrait les familles entières, Bibars ordonna qu'au défaut d'héritier, on paierait le prix du sang au trésor. H voulut encore que les malfaiteurs apportassent au trésor ce qu'ils avaient volé, et dont on ne connaîtrait pas les véritables propriétaires. Makrizf rapporte que oette mesure proeura au sultan des sommes très-considérables. « Ceux, ajoutet-il, qui se livraient à ces brigandages, étaient des paysans et des personnes adonnées à la vie pastorale. Le sultan aima mieux les punir de cette manière que de les exterminer; car c'étaient d'ailleurs des hommes utiles et qui élevaient des

(i) Makrizi n'est pas le seul aateur qai ait parié de ces plaintes de Bibars; les anteurs latins en ont aussi fait mention. Voyea le fragment Iiistorique de Guillaume de Tripoli , dans le recueil de Dochesne, t. V, p. i»94, etSanutiy dansBongarSyp. 191.

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befltiauz. C'est sur-tout dans le territoire de Naplouse et du câté de Jaffa que ces violences avaient lieu. Les personnes qui s'en rendaient coupables servaient de plus d'espions aux Francs. «

Enfin le sultan résolut d'attaouer la ville d'Acre même. Makrizi rapporte ainsi cette expédition : a Le sultan partit de nuit de son camp, placé sur le mont Thabor, et fit ses dispositions. Les chrétiens s'étaient retranchés sur une colline voiaine d'Acre , et appdée la eolUne de FodouL Bibars essaya de monter sur la colline, aux cris de Dieu est grand (l ) , et montra une ardeur extraordinaire; lui-même excitait les soldats & la piété et à la bravoare. En un instant, il s'éleva un cri général ; les fakirs, Jes dévots de l'armédHes esclaves , se précipitèrent pour combler les fossés. Les cnrétiens , par-tout repoussés, se retirèrent dans la ville , et les environs furent mis à feu et à sang; les arbres furent coupés, les maisons , bruléeà. Les musulmans s'avancèrent jusqu'aux portes de la ville ; tous croyaient que Bibars idiait s'en emparer : dans un assaut général, les chrétiens furent renversés dans les fossés; plusieurs périrent aux portes; une des tours fut minée et démolie; mais le lendemain Bibars se désista du siège et tourna ses vues d'un autre câté. j»

Makrizi ne dit pas quelle raisoa porta Bibars échanger si subitement de dessein; die parait nous avoir étéxévelée par la chronique arabe dlbn-férat II semble résulter, de quelques expressions obscures de cet auteur, que les Grénois, qui nourrissaient un vif ressentiment contre la ville d'Acre , où ils étaient sans cesse en guerre avec les Vénitiens pour leurs intérêts de commerce, avaient promis au sultan dVittaq«^r cette cité par mer, tandis que lui l'assiégerait par' terre; le seigneur chrétien de Tjr devait les seconder. 'Confirme ni les uns m les autres ne se trouvèrent au rendez-vdns , Bibars fat obligé de renoncer à son dessein : mais il fut trèsirrité de ce manque de foi; dans sa colère, il fit dévftstiei^ les

(i) Oa » pour s'en tenir plus littéralement ans cxpresfions ée Maknu , an bmit du iahlil et dn takbir; c'était le cri d'arme! on de [ gaene des mosulmans. Le tahlil consiste dans ces paroles : // n'y a pas de force et tV n'y a vas de puissance , si ce n'est en Dieu , en cet être suprême, en cet être puissant ; et le takbir dans celles-ci : Dieu est grand, Dieu est grand, il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu; ~ est grand. Dieu est grand; louanges à ~

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campagnes de Tyr, ainsi que celles de la principanté d'Antickche. De leur câté, les chrétiens entrèrent sur les terres des musulmans et 7 mirent tout à feu et à sang. De part et d'autre on enlevait les bestiaux, on massacrait les hommes , on rasait les maisons; toutes les hauteurs, tous les de'files , tous les lieux fortifiés par les hommes et par la nature derinrent des repaires de brigands. Telle était rhabitude dn pillage, que, même dans les villages où la paix avait été respectée jusque-là , les paysans ne pouvaient se contenir en voyant passer un troupeau ou une caravane. A la fin , 00 ne prit plus la peine de cultiver les terres ; les travaux de Pagriculture furent suspendus; le pays fut en proie à la famine; et alors on fu^bligé de négocier pour obtenir une trêve et pouvoir ensemencer les terres.

Au milieu de ces excès, un grand nombre de chrétiens renièrent leur religion. Makrizi parie, en divers endroits, At bandes de ces misérables qui se présentaient au sultan , et • qui on donnait des chenaux et des armes.

S xc.

Coni|ttétes de Bibars sur les chrëfcienf . -— Il prend C^ssrée

et Anonf. '

An 663 [1!t65]. Les Francs de la Palestine, dans leur impuissance , en appelaient a toutes les nations voisines. Cette année , le roi de la petite Arménie , qui était chrétien , pousie par leurs instigations , menaça d'envahir la Syrie. Il fallut

iue Bibars fit marcher contre lui une partie de son armée. lans le même temps, les chrétiens s'adressèrent aux Tartares pour les engager à passer de nouveau TEuphrate. Les Tsrtares prirent en efiet les armes , et formèrent le siège d'Eibirei forteresse qui domine les rives de ce fleuve , et qui est comme la clef de la Syrie. On était alors au printemps , et les troupes égyptiennes étaient encore dans leurs canton nemens; pour le sultan , il prenait le plaisir de la chasse. A la nouvelle du mouvement des Tartares, Bibars fit partir en toute hâte les troupes qui étaient disponibles, et il se mit bientât lui-même en marche avec le reste de ses forces. Les Tartares Tayant apjpris, furent saisis d'un tel efiroi, qu'ils abandonnèrent le siège d'Elbiré. Alors Bibars résolut de se venger des chrétienst

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auteurs de cette guerre. En vain le seigneur de Jafla, nui avait toufours été fidèle au traité, vint intercéder pour les Francs : le prince se plaignit avec amertume de leurs incui^ ~ siens continuelles y de leurs intelligences avec les Tartares. Ainsi , sans vouloir rien écouter, il prît le chen)in de Césarée , sur les .bords de la mer, et se disposa à subjuguer cette ville. Nous allons laisser parler à ce sujet Makrizi, notre guide ordinaire pour cette époque :

«Bibars, en se mettant en marche, avait à dessein dissimulé son projet, afin de prendre la ville au dépourvu. Il feignît de n'être occupé que du plaisir de la chasse ; les émirs avaient ordre de faire comme lui : personne dans farmée ne savait oà l'on allait En attendant, on travaillait nuit et jour aux machines de siège; le sultan lui-même était au milieu des ouvriers , les animant par sort exemple. Quand tout (ut prêt, Parmée se rassembla tout d'un coup devant Césarée. On était alors au jeudi 9 de gioumadi premier! ne février], et les habitans n'avaient fait aucun preparatif. L'attaque eut lieu le jour même. Les soldats , se faisant des espèces d'échelles avec les piquets de fer et les courroies de leurs chevaux , sautèrent dans les fossés et escaladèrent les remparts. En un moment la ville fut occupée , et les chrétiens se réfugièrent dans la citadelle : c'était un des châteaux les mieux bâtis et les plus forts de la Palestine ; le roi de France ( saint Louis), pendant son séjour en Palestine, l'avait fortifie avec beaucoup de soin ; il était entouré de tout câté de fossés baignés par les eaux de la mer ; les pierres qui avaient servi t\ sa construction étaient extrêmement dures , et s'enchâssaient les unes dans tes autres en forme de croix , ce qui les mettait à Pépreuve de la brèche et de la mine ; après même qu'on était parvenu à creuser sous le mur , ta partie supérieure restait suspendue et ne tombait pas. Pendant qu'on i'atta-

3 naît , Bîbars envoya dévaster les pays situés du cêté du ourdain , ainsi que les campagnes d'Acre. 9 Cependant les assauts ne discontinuaient pas. Le sultan sVtait établi en face de la citadelle, au haut d'une église, d'où il dirigeait les attaques. Quelquefois il ^avançait dans des machines roulantes et venait visiter lui-même ta brèche. Un jour on le vit , un'boudier & la main , combattre avec intrépidité, et à son retour avoir son bouclier hérissé de traits. Il ne cessait de donner lui-même l'exemple de la bravoure : quiconque se distinguait était sur-le-champ récompensé;

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plusieurs fois il distribua des robes d'honneur am émirs et aux soIdat8« A ia fin les chrétiens, lassés de tant d'effbrU, se rendirent moyennant la vie sauve. Le siège n'avait duré que quelques jours. La ville fut détruite ; les émirs et les soldais se partagèrent les travaux ; le sultan y prit part en personne, et il ne resta pas pierre sur pierre.

9 On dévasta aussi les environs; les arbres furent coupé, les maisons rasées. Quand tout fut détruit, le sultan se remit en marche et se porta contre Arsouf.

9 Arsouf est également située sur les bords de la mer; elle était aussi une des places fortifiées par ie roi de France (S. Louis). Le sultaii fit pratiquer deux chemins couverts

3ui conduisaient aux fossés de la ville et à ceux de la citaelle : son dessein était de combler les fossés; par ses ordres, on y jeta des pierres et des arbres tout entiers. Dans ce danger, les chrétiens firent de leur câté un chemin couvert josqui leurs fossés, et, avec de llniile et des matières inflammables, réduisirent ce bois en cendre. Alors le sultan fit constraire de nouvelles ouvertures et entreprit de combler les fosses avec de la terre. Des ingénieurs étaient sur les lieux pour mesurer le terrain; le sultan lui-même était au milieu des travailleurs , aidant à creuser la terre , u traîner les machioes, à apporter des pierres, et se distinguait entre tous par sod ardeur.

• J'ai vu , dit le cadi Mohi-eddin , auteur d'une Vie de Bibars, j'ai vu ce prince marchant seul et sans suite un bouclier à la main. Tentât il était dans les galeries couvertes, tantôt aux ouvertures qui donnaient sur les fossés, tantât sur les bords de la mer, d'où il lançait des traits aux navires chrétiens qui approchaient du rivage , tantôt dans des machines roulantes , tantât derrière les parapets, d'où il combattait de pied ferme , ou observait les efforts des siens, pour les récompenser. Un jour il lança trois cents traits de sa main ; une autre fois, il se plaça à une ouverture du chemin couvert > du côté des fossés, un aixà lamain. En vain les assièges s'avancèrent contre lui , armés de dards et de crocs pour le mettre en pièces ; rien ne put lui faire lâcher pied. Il avait s ses côtés un émir qui le fournissait de flèches et de pierres, avec lesquelies il tua deux cavaliers chrétiens. Pendant tout ie siège , il ne cessa d'aller et de venir au milieu des como^' tans, seul et sans suite, et ne voulant pas qu'on fit alteotioo a lui.

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« Un grand nombre de demches,.de dévots, de gens de loi y étaient accoums pour prendre part à cette conquête (l). Les yeux des gens de bien n'y étalent offusques par aucun sujet de scandde; le vin j était interdît, et il ne se passait rien de contraire aux bonnes mœurs. Des femmes honnêtes servaient de Peau aux soldats; on les voyait se presser autour des combattans, même au plus fort de Faction; telle était leur ardeur, qu'elles s'offraient d'elles-mêmes à aider an transport des machines. Aucun des officiers de la maison du sultan ne se dispensait du service; chacun, quand son tour était venu , se rendait à son poste , et tous rivalisaient de zèle et de bravoure. Enfin Passant commença, et le jour même Dieu ouvrit aux musulmans les portes de la ville. On était alors au 8 de régeb [fin d'avril]. La citadelle offrit aussitdt de se rendre , et l'on y vit flotter Pétendard musulman. Tout ce qui se trouvait dans la place fut abandonné aux soldats ; Bibars n'en prit rien pour lui ; ce qu'il se réserva , il en 1>aya la valeur : c'était afin d'encourager ses raerriers. Quand e partage fut terminé , on se mit à démolir fa ville : les émirs et les soldats eurent chacun quelque tour ou quelque pan de muraille. On employa à cet usage les chrétiens de la ville , qu'on avait chargés de chaînes , et ils détruisirent ainsi leur propre ouvrage, n

Tel e^t le récit de Makrizi. On lit de plus , dans V Abrégé de la vie de Bibars, qu'il y avait à ce siège un schéikh musulman, appelé i4/t le Fou, qui faisait grand bruit par ses vertus, et qui, étant tombé au moment de l'assaut en défaillance, recouvra ses esprit à l'instant où la ville ouvrit ses portes. Au rapport de l'auteur, on regarda cette défaillance comme une extase, et Pon attribua à l'efficacité des prières du schéikh le mérite de cette conquête. Le même auteur rapporte que les musulmans firent usage à ce siège d'une machine qui lançait sept ilèches à-la*fois.

Le siège d Arsouf ayait duré quarante jours; et dans tout cet intervalle, il ne s'était présenté aucune armée chrétienne:

(l) Cest en effet Fusage chez les musulmans d^ayoir dans leurs armées des derviches et des gens pfeuz pour attirer sur leurs entre-* prises les bénédictions du ciel et enflammer Pardeur des guerriers. Voyez le Tableau général de l'empire ottoman, t. II, p. S57 ; t. IV,

p. 677, et t. Vif, p. 40S.

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les faibles secours que reçut Anouf lui vinrent par mer, ce

aui était d'autant plus facile que le sultan n'avait pas encore e marine.

BîbarSy avant de s'éloigner, distribua à ses émirs les terres et les domaines dont il venait de s'emparer. Au rapport dlbn-férat, un émir» assisté du cadi de Damas, fut chargé de faire le relevé de toutes les terres , et on les ooncéda à ceux ui s'étaient le plus distingués. L'auteur arabe fait le tableau

toutes ces donations, ainsi que des noms des émirs qui j eurent part; on croirait lire quelques vieux actes du mojen âge, dans lesquels un roi féodal distribue à ses barons et à sa vassaux les fruits de ses conquêtes. L'auteur ajoute qu'il j eut autant de lettres de donation écrites qu'il y avait de donataires.

Après ces succès , Bibars retourna au Caire, où il fit ooe entrée triomphante. Toute la ville était tapissée : les prisonniers chrétiens marchaient devant lui, leurs drapeaux renversés, et portant au cou leurs croix mises en pièces ; tout le peuple prit part & ce spectacle.

Makrizi fait mention, à cette époque, d'un fait fort singulier, et nui montre l'enthousiasme qui s était empare des disciples de Mahomet C'est une espèce de fondation pieuse qui s'établit alors i Damas, et qui était destinée à fat rédemption des captifs musulmans : Fauteur de cette institution était Fémir Gemal-eddin, vic&roi de Damas. Makrizi rapporte qa^nn grand nombre de musulmans durent leur liberté à cet établissement : dans le nombre, on remarquait des femmes et des enfans ; les femmes furent envoyées à Damas, où l'on s'occupa de les marier conformément à leur condition.

Ibn-férat parle, à la même époque, de certaines liaisons d'amitié que Bibars forma avec divers princes chrétiens d'Occident, particulièrement avec le roi d'Arragon. Ces relations étaient l'effet de l'esprit de trafic et de commerce qui commençait à s'étendre plus que jamais, et qui finit par éteindre touta-fait l'esprit religieux des croisades.

S XCL

Snite des conquêtes de Biban. — II prend SéM*

An 664 [1È66]. Au mois de régeb [mai], le sultan pa^ tit du Caire pour la Syrie avec toutes ses forces; etcoinnie quelques-uns de ses émirs avaient mis du retard à le suivre,

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il les condamna à porter pendant trois jours des espèces de menottes aux mains (1). A son passage à Hébron , il ôta aux chrétiens et aux Juifs l'entrée du tombeau d'Abraham et de Sara, qu'ib pouvaient visiter jusque-là pour de l'argent Ibnférat fait à œ sujet les plus beQes i*e'flexionSy et dit que sans doute Dieu n'aura pas manqué de récompenser Bibars , dans le oid| d'une action si méritoire (9),

De là ie snltan , se répandant aans les campagnes voisines,

Ç>ussa ses ravages jusqu'aux portes d'Acre, de Tyr, de ripoii: tout fut mis à teu et à sang. En vain le comte de Tripoli prit les armes pour arrêter ces dévastations; il fut surpris du câté d'Emesse et mis en pleine déroute. Tout le territoire chrétien se trouva envahi et en proie à des maux horribles. Le butin , dit Makrizi, fut si grand, qu'on ne trouvait plus à vendre les vaches et les buffles. Enfin le sultan se porta contre Séfed avec toutes ses forces : ici nous laisserons parler Mabrizi.

« Séfed est située sur une hauteur, enfre la ville d'Acre et le lac de Tibériade. Par sa position , cette place domine les cam* pagnes arrosées par le Jourdain. E3Ie appartenait aux templiers. Le sultan arriva devant ses murailles comme à son ordinaire , c'est4-dire, sans être attendu ; ses troupes elles-mêmes ignoraient ou on les menait Le siéffe commença un lundi 8 de ramadan [ mois de juin]. Le sultan voulut prendre part en personne aux travaux. Comme ses machines, qu'il recevait de Damas , soit à dos de chameaux , soit sur des chariots , n'arrivaient pas assez promptement , et que les chameaux étaient fatigués de la route, il se mit lui-même en marche avec une partie de ses émirs et de ses soldats , et aida à traîner ces forteresses mobiles. Les autres, quand ils étaient fatigués , se reposaient; pour lui, il n'était Jamais fatigué. Les machines furent ainsi traînées depuis le Jourdain jusqu'à Séfed. Enfin, toutes les machines étant dressées, chaque émir reçut son poste particulier. L'attaque se poursuivit jusqu'à la fin du mois ; c'était celui du jeune. Le 30 du mois, comme le jeune allait finir y les émirs, suivant l'usage, se mirent en devoir de venir

(l) On lit dans le texte «rabe, ^jO ^^ , mots qai ne se trouyent pas dans les dictionnaires; c*est par conjectore qne nous les traduisons ainsi.

(t) Au reste , la défense de Bibars existe encore anjourd^ol.

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complimenter le sultan. Mais en roote , un d'entre eux ajant ete atteint d'une pierre lancée du haut des remparts , le sultan leur fit dire qu'il n'avait pas besoin de leurs compIimens,et

3ue chacun eut à rester à son poste. Défense fut faite, peaant la solennité' de la fin du jeune , de boire du vin , sous peine d'être pendu. Au contraire , cent pièces d'or furent pro> mises & quiconque détacherait les premières pierres des mon de la place. II ne voulait pas que ses gardes s'occupassent de lui. Dans l'assaut qui suivit, plusieurs musuknans moururent pour la défense de la religion ; mab quand il en périssait un, un autre prenait sa place. A câté on avait dressé une tente pour les blessés ; ils y trouvaient un médecin , un chirurgien, et tout ce dont ils avaient besoin pour être pansés. Pendant ce temps les assauts se succédaient sans cesse. Le 1 4 de schaban [ mois de juillet] , on en livra un qui dura depuis le lever du soleil jusqu'à midi, temps ou les troupes étaient dam Tusage de se reposer : comme elles se disposaient à se retirer, le sultan se mit dans une grande colère et leur ordonna de rester sous les armes. « Quoi ! leur dit-il , Pislamisme est en 9 danger, et vous voulez vous reposer. Restez à vos postes. * Ce jour-là, plus de quarante émirs furent arrêtés pour être partis trop vite, et on les chargea de chaînes. Cependant, comme leurs compagnons intercédèrent pour eux , le sultan se laissa fléchir et les renvoya , leur recommandant cependant de montrer désormais plus de zèle. L'assaut recommença à l'instant même; de toute part*oo entendit le brnit du tambour et d'une musique guerrière, Â la fin les assièges demandèrent à capituler; le sultan le leur accorda, à condition qu'ils sortiraient sans rien emporter en armes ni eo argent, et qu'ils ne détruiraient rien dans la place. Lorsqu'ils descendirent de la forteresse, le sultan se plaça à cheval a la porte pour les voir défiler. Les chrétiens, ayant été fouilles, furent trouva en faute et munis d'armes et de bijoux; on découvrit même parmi eux des captifs musulmans qu'ils em* menaient, sous prétexte que ces captifs avaient embrasse >e christianisme. Bibars regarda cette conduite comme une infraction à la capitulation, et sur-le-champ il fit descendre les guerriers chrétiens de cheval. On les mena hors de la ville, sur une colline, où ils furent gardés avec soin. Le lendemsini le sultan assembla ses émirs, et les félicita sur leur zèle; h leur fit des excuses sur la sévérité dont il avait usé envers quelques-uns d'entre eux, disant que c'était pour les mieu^

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animer à cette belle conquête. Ensuite 'd les fit monter a cheval ; et se portant sur la colline où étaient re'unis les chre'tiens, il leur fit trancher la tête : deux hommes seiifemcnt furent excepte's de ce carnage; Tun, parce qu'il avait servi de médiateur dans les conférences qui avaient eu iieu et qu'il s'était fait musulman; l'autre, parce qu'on le destina à porter la nouvelle de ce massacre aux chrétiens dès villes voisines. »

Telle est la manière dont Makrizi rend compte de la capitulation de SeTedet de la mort de la garnison. Comme cette derrière circonstance causa dans le temps une sensation extraordinaire, et qu'on en a fait, non sans raison, un sujet de reproche contre Bibars, il sera bon de faire connaître ce qu'ont dit les autres écrivains musulmans; on verra que leur propre récit ne justifie en rien l'action de Bibars.

Ibn-fetat, dont le récit se .rapproche le plus de celui de Makrizi , s'exprime ainsi : u Pendunt les négociations qui précédèrent la capitulation , le sultan crut devoir user d'ar- ' tifice. Il promit la vie à quelques chrétiens en particulier, et chercha ainsi à fomenter la division dans la garnison* Pour aigrir les esprits encore plus, il déclara qu'il n'en voulait qu'aux templiers, et que tous ceux qui n'appartenaient pas à cet ordre pouvaient sortir en surete'. A cette déclaration, 4|uinze des assièges sautèrent des remparts, et reçurent en recompense des robes d'honneur. Les templiers, se voyant trompes, rompirent les négociations et se battirent en désespères : à la fin cependant, comme leurs ressources étaient épuisées, ils envoyèrent demander à traiter de nouveau. Bibars s'j refusa; mais un de ses erairs prit sur lui de Jeur promettre la vie. Les assie'gës, se fiant à cette promesse, ouvrirent leurs portes. Le sultan refusa de reconnakre la capitulation ; et comme d'ailleurs ou vint a trouver les chrétien» en contravention , il ordonna de les mettre tous à oiort » ' '

Ibn-ferat ne dit rien de plus de cet e'mir qui s'engagea pour le sultan, et dont la parole fut désavouée; mais deux autres «uteors arabes, Ibn-Abd-alrahim et le continuateuv d'Eimacin y s'expriment beaucoup plus clairement ; voici- ce qu'ils disent ; « Le sultan , qui voulait à tout prix s'emparer de Sefed , était décidé à séduire les chrétiens par de belles promesses, sauf ensuite à violer sa parole. Lorsqu'il fut question de jurer, il imagina de mettre a sa place un émir qui. jurerait pour

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lui ; ce fuf l'emir Kermoun-a^^a qu'il choisît pour cet artifice. KeriDoun fut place sur un trdne , dans tout l'appareil de U rojaute et ayant les officiers du sultan autour de lui : le sultan lui-même était à ses c&tes , une epee à la main et dans l'attitude d'un ecuyer. Au moment où le députe chre'tien se présenta pour recevoir la parole du sultan , Kermoun jura d'un ton solennel. Le député se retira sans rien soupçonner de la ruse ; cependant la parole de l'émir n'en était pas moins vaine , et le sultan n'était pas obligé de la remplir : aussi n'hésita-t-il pas à se défaire des défenseurs de Séfed, au nombre d'environ deux mille hommes. »

Voici au reste un nouveau trait qui achèvera de montrer l'ame de Bibars toute entière ; nous l'empruntons du continuateur d^Eimacin. « Après le massacre des chrétiens, les habitant d'Acre, touchés de la mort de leurs frères, qu'ils regardaient comme des martyrs, envoyèrent demander leurs corps , disant qu'un tel dépôt ne pouvait que leur porter bonheur. Un député s'étant présenté à ce sujet au sultan, le prince , sans rien i*épondre , remit Paudience & un autre jour;

|>ttis, prenant avec lui une partie de ses troupes, il partit sur e soir, marcha toute la nuit, et arriva le lendemain matin aux portes d'Acre. Comme dn, ne s'attendait pas a cette attaque, il trouva les habitans répandus dans la campagne et vaquant à leurs aflUres : tout-à-coup le sultan fond sur eux l'épée à la main et tue tous ceux qu il rencontre ; un grand nombre de chrétiens perdirent ainsi la vie. Après cette action, Bibars partit comme un éclair et reprit le chemin defson camp. A son retour , il fit appeler le député d'Acre et lui dit : « Vous ve- 9 nies chercher ici des martyrs; vous en trouverez auprès 9 d'Acre ; nous venons d'en faire plus que vous n'en vouliez. » Après ces exploits, Bibars s'occupa de prendre possession de Séfed. Le butin fut distribué aux soldats. Une colonie, venue de Damas , s'établit dans la ville ; on y bâtit deux mosquées ; les fortifications furent réparées , et le sultan y Isissà une bonne garnison.

Bibars s'empara ensuite de Ramla, de Tebnin et de quelques autres places peu importantes. Durant tout le coursée ces conquêtes , nuUe armée chrétienne ne se présenta pour y mettre obstacle. Séfed appartenant aux templiers, les hospitalîers n'avaient eu garde de la secourir. Le prince d'Antioche, le seigneur de Tyr, tons ceux qui, par un concert générai , auraient pu retarder la chute des colonies chre*

tiennes, avaient montre la même îndiffeVence. dn ih dans Ibn-ferat que, pendant le siège de Sefed , le seigneur de Tjr, au lieu de prendre les armes , envoya prier le sultan de mettre un terme aux ravages qui se commettaient depuis quelque temps sur ses terres , représentant que la paix faite entre les Tyriens et les musulmans durait encore, et que d'ailleurs le sultan avait bien voulu le prendre sous sa protection. En effet y quelque temps auparavant, ce seigneur avait juré d'être l'ami des amis des musulmans, etPennemi de leurs ennemis; il avait promis de seconder le sultan dans toutes ses guerres. Mais le sultan répondit avec humeur que le seigneur de Tjr s'était dépouillé de tout droit à son amitié, en négligeant de l'aider à soumettre Acre , comme il s'j était engagé , et il fit continuer les ravages*

Vers le même temps, Bibars reçut un député des ismaéliens ou sectateurs du Vieux de la Montagne, qui occupaient les montagnes voisines de Tripoli. Ces sectaires étaient dans FusBge, pour leur propre tranquillité, de payer un tribut annuel à Tordre des hospitaliers ; ce tribut consistait en douze cents pièces d'or , cinquante mille boisseaux de blé et cinquante mille boisseaux d'orge t depub long-temps Bibars était résolu de mettre un terme à cette sujétion , qu'il re^^ardait comme honteuse pour l'islamisme. Au rapport de l'aforéviateur de Phistoire de ^a vie, les dépotés du Vieux de la Montagne étant venus lui faire leur cour, il Icfur dit : a Quoi! • vous disiez que jusqu'ici vous n'aviez payé le tribut aux n chrétiens quà cause de l'éloignement de mes troupes; et « maintenant que je Suis ici , vous continuez comme aupara- 9 vaut ! Cest nous plutAt qui aurions droit à ce tribut. Je n vois bien que je serai obligé de vous exterminer ; je finirai 9 par convertir vos châteaux en cimetières, n En même temps,il leur signifia qu'ib eussent à lui envoyer de Fargent et .des troupes , afin qu'ib partageassent avec faii les mérites de la guerre sacrée (1).

L'année suivante, an rapport de Makrizi, le grand maître

(i) L'anteor désigne les isanélieiis par le mot de gens àpoignards,

^|UEbICmJI (^^, ce qoi revient à notre ezpreMÎon ^assassins. Il est cnrieiix de voir qoe cette même dénomination ait passé dans les écrivains chinois» Voyea le Jouimmi astoHque, Bjtirati d'une rtlathn €hùmse, par M. Abet-Rémasat , t. II, p. 1 90.

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des liosphaiiers ayant envoyé demander la paix au sultan , il obligea ces religieux à renoncer au tribut que leur payaient les ismaeliens. II les fit renoncer encore à une somme de quatre mille pièces d/or que leur payaient tous les ans les villes de Hamaii et d'Emesse, pour être à Tabri de leurs incursions, ainsi qu'à d'autres charges qu'ils avaient imposées aux TÎUes musulmanes du voisinage. Les ismaeliens envoyèrent rcmei^ cier à ce sujet le sultan , et lui firent hommage de l'argent qu'ils remettaient auparavant aux chre'tiens. « Ce métal, lui «» dirent-ils, qui servait aux ennemis de l'islamisme, nous

\9f Toflrons au sultan , pour qu'il l'emploie au bien de la rer' 9 ligiott. o Makrizi est tout fier de cet événement , et fait

*Jr remarquer que l'on vit ainsi contribuer aux frais de la guerre

V sacrée et payer tribut au sultan , les mêmes hommes qui jadis

levaient tribut sur les califes et les maîtres du monde.

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