‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 6 sur 55 · BIBUOTHEQDB · texte numérisé non relu

BIBUOTHEQDB

Leurs troupes reunies s'avancèrent sur les bords du JourdaiO| et entreprirent d'abord le siège de Tibe'riade.

On lit dans THistoire des Atabecs ou princes de Moossoul, que, dans une des attaques livre'es contre TibeViade, i'iilustre Zengui , alors au service de Maudoud , et devenu depuis si redoutable aux chrétiens, se distingua par sa bravoure. Dans une sortie de la garnison, Zengui, avec une poignée de monde, mit les chrétiens en déroute, et les poursuivit jusqu'à la porte de la ville , se croyant soutenu par sa petite troupe ; il vint même frapper la porte de sa lance. II ne cessa de provoquer les Francs , jusqu'à ce qu'enfini ne voyant arriver personne pour le seconder, il retourna au camp, con-

.tent de n'avoir reçu aucune blessure.

Cependaiat, au rapport d'Ibn-^giouzi , tous les chrétiens s'étaient rassemblés, cavaliers et fantassins, avec leurs chefs etleurs princes. On remarquait parmi eux le roi Baudouin , Josselin, seigneur de Tell-bascher, et autres. Les deux ar* mées en vinrent aux mains au mois de moharram [juin 1113], près du lac de Tibériade ; l'armée chrétienne fut complète* ment vaincue. Elle perdit, selon Ibn-giou^i, deux mille de ses plus braves guerriers. Baudouin lui-même courut do grands dangers et se sauva sans armes. Les cadavres ayant été jetés dans le 1^ de Tibériade , l'eau fut toute rougie de sang, et il devint impossible d'en boire pendant quelques jours. Maudoud et TogdeLîn mandèrent cette grande victoire au sultan , et lui envoyèrent les prisonniers avec les têtes

.des morts.

L'auteur de PHistoire des Atabecs reprend ensuite en ces termes : « Après la bataille, les Francs se retirèrent dans un vallon situé au-dessous de Tibériade, et s*y rallièrent Ce lieu

' était si étroit , que l'armée musulmame ne put les y suivre.

! Sur ces entrefaites, ils reçurent du secours <l'Antioche et d'autres pays. Ce secours releva leur courage, et les mit en état de se défendre. Ils se portèrent au haut d'une montagne , ayant les musulmans au-dessous et tout autour d'eux. Les deux armées restèrent dans le même endroit pendant vingtsix jours. Enfin les chaleurs extrêmes , et une position aussi désavantageuse dans des Keux bas, forcèrent les musulmans de se retirer. Ils restèrent quelques jours à Beissan;

s après quoi, manquant de vivres, ils furent licenciés, à la

. charge de revenir au printemps. Quant à Maudoud, il se rendit à Damas , comptant y faire quelque séjour. Tous les veh-

DBS CROUULDES. 33

dredis il allait à la mosquée ponr.j assister à la prière. Un jour 9 après qu'elle fut finie , il s'acheminait du cdte du parvis de la mosquée I a/ant sa main dans celle de TogdeLin, lors* que tout-à-coup il fut assailli par un homme qui le frappa •TOC un couteau en quatre endroits difierens. Maudoud rat transporté au palais de Togdekin. II était en ce moment dans l'état de jeune, et, comme on ie pressait de prendre de la nourriture , il répondit : ce J'aime mieux paraître devant Dieu • eo état de jeune; je sens bien que c'est la même chose, que n je mange ou que je ne mange pas. n II mourut le même

t'our; Dieu ait pitié de lui! On prétend que ce furent lea ^aténiens qui commirent ce meurtre, par la crainte qu'il leur inspirait. Je croirais plutdt, dit l'auteur, que Tofde- ^ kin aposta le meurtrier. Maudoud était un homme de bien ^ ' rempli de justice et d'une conduite en tout digne d'éloges. J'ai puï dire à mon père qu'à la nouvelle de la mort de Maudoud, le roi de Jérusalem écrivit ces mots à Togdekin : « Un peuple qui s'ote à soi-même son soutien, et cela un 9 jour de fête et dans le temple de son Dieu , mérite bien que n Dieu l'extermine de dessus la terre. «

An507 [iii4]. Redouan, prince d'AIep, mourut dans ce même temps. Kemal-eddin est entré dans quelques détails sur la mort de ce prince et sur les effets qui en résultèrent pour la principauté d'AIep. « Redouan , dit-il, ne fut oas regretté. Sa vie criminelle et sa confiance dans la secte des bate'niens l'avaient rendu odieux à tout le monde. Après sa mort, les habitans d'AIep firent main-basse sur les batéoîens de la ville et pillèrent leurs biens. Redouan passait pour aimer Pargent : on assure qu'il laissa dans ses trésors pour la valeur de six cent mille pièces d'or, en argent, meubles, vases et effets de toute espèce. Il fut remplacé par son fils AIp- Arslan, âgé. de seize ans. Ce jeuoe prijnce était surnommé le Muet, à cause de sa difiiculté à parler ; ajoutez à cela qu'il était léger et de peu d'esprit. Il supprima quelques-unes des charges imposées par son père ; et par une imitation fort singulière, il fit mourir deux de ses frères, comme son père avait fait movrir les siens. Il avait confié la conduite des aimaires à un eunuque du palais , nommé Loulou. Quand il en Tut temps, Roger, prince d'Antioche, vint demander le tribut qu'on lui payait tous les ans. Alp-Arslan Facquitta de son argent, sans qu'il en coûtât rien à ses sujets. Il voyait cependant qu'il lui manquait un homme habile et ferme pour ré-

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tablir fe bon ordre dans Ea rille et parmi les trottpes , et pour rendr^e à la principauté d'AIep son ancîeniie prospérité. De FaTÎs de ses courtisans , il s adressa à Togdekin , qui fut frappe comme lui de la nécessité de faire cesser les abns, et de mettre un frein à l'audace des chrétiens. Togdekin vint donc à Alep avec ses troupes pour le seconder; mais comme ce jeune prince agissait en tout avec légèreté, Togdekin le

S'ruitta et s en retourna à Damas. Alors le prince se livra à sa érocité naturelle et aux plus infâmes débauches. Un jour i! fit venir plusieurs émirs dans une partie du château oà l'on

i)renait le frais pendant Pété ; quand il les vit tons auprès de ui, il leur dit: « Eh ! que diriez-vous maintenant, si je vous « faisais couper la tête? Nous sommes tes esclaves, répon- « dirent les émirs, notre vie est en t^ main, n La-dessus ils tournèrent la chose en plaisanterie, et firent si bien par leur ton de soumission , qu'il les laissa sortir. Dans le nombre était Malec, fils de Salem, maître du château de Giabar. En descendant de la citadelle, il gagna la porte de la ville et s'enfuit en toute hâte, n

An 508 [11151. Cette conduite d'AIp-Arslan acheva d'irriter les émirs. L eunuque Loulou se concerta avec les principaux de la ville et étouffa le prince dans son lit. On mit à sa place un de ses frères , nommé Sultan-Schah , âgé seulement de six ans. Cependant le désordre était toujours le même; et comme on avait tout à craindre des chrétiens d'Antioche, Loulou appela à son secours Togdekin et les princes voisins. Toutes ses démarches furent vaines. La vérité est que les chefs de la contrée n'étaient pas fâchés de voir les chrétiens maîtres du pays , pourvu qu'ils conservassent la même influence. Le pays fut bientât épuisé de ressources , parce que les Francs occupaient la meilleure partie du territoire , et que celle qui tenait encore était comme enchaînée par la crainte. On manquait sur-toutM'argent; et tel était l'épuisé^ ment du trésor, qu'il ne pouvait suffire à l'entretien des troupes. Loulou fut forcé de vendre plusieurs villages, pour faire face aux dépenses courantes. A ces maux se joignirent encore les ravages d'un tremblement de terre. Alep , Haran , Antioche , Marasch et plusieurs autres villes de Syrie furent endommagées. »

S trm.

NoQteVea atteqnes da sultan de PerM.

An 509 [1H5]. Quand la nouvelle des maux qui affligeaient Alep et ia Syrie fut arrivée aux oreilies du sultan , il cmt qu'il était de son devoir d'envoyer une nouvelle armée contre les chrétiens. Ce prince, selon Ibn-giouzi (l), avait envoyé, dès Tannée précédente, son fils Massoud en Syrie , pour y appeler les musulmans aux armes. Tous les émirs et les princes de Syrie et de Mésopotamie reçurent ordre de se mettre en marche avec leurs troupes ; mais Pesprit de jalousie fut cause que cette expédition eut encore moins de succès que les précédentes. Le sultan avait remis le commandement suprême de Farmée à un émir nommé Borsaki , Ju'îl venait d'élever à la principauté de Moussoul. Ce choix épint à quelques chefs. Agazi , prince de Maridhd , bien loin «le venir au lieu du rendez-vous, leva Pétendard de la révolte et attaqua Borsaki à force ouverte. Le même désordre n^ait en Syrie. Togdekin , régent de Damas , n'avait va les préparatifs de cette guerre qu'avec effroi, craignant que le sultan ne voulut , sous ce prétexte , envahir la Syrie , et le chasser lui-même de Damas. Dans cette idée, il fit alliance avec Ilgazi et les princes chrétiens. Us promirent fous de faire cause commune dans cette guerre. L'idarme avait aussi gagné Loulou , régent de la principauté d'AIep.

Loulou , au rapport de Kemal-eddin , était dans une situation singulière. Quelque temps auparavant, il avait fait oflirtr au sultan de lui remettre Alep : ce n'est pas qu^I a^t sincèrement; mais il espérait abuser le sultan et se ménager son amitié. Tout-à-coup on lui annonce que le sultan va enfin envoyer une armée en Syrie ;- aussitôt il commence à craindre

Îu'on ne veuille lui âter Alep , et il se jette dans le parti de 'ogdekin. Ainsi presque tous les états de Syrie, musulmans et chrétiens, se réunnrent pour repousser Parmée du sultan. Cependant cette armée fut bientôt en état de se mettre en

(l) Le r^it cfe Kemal-eddiii et dlbn-gionzi est si confus ponr «elle partie, que nous avons cra devoir nons borner k prteater leors idées , sans nons astreindre k ane traduction exacte.

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campagne. Boraaki et le fils du sultan , qui la commandaient , passèrent l'Eophrate et se dirigèrent vers Alep : quand ils surent que cette ville leur était contraire , ils tournèrent d'un autre câte et attaquèrent Hamah , qui ouvrit ses portes. Pendant ce temps , Togdekin et les Francs , commandes par Roger, 4>rince d'Antioche, rassemblèrent leurs forces , et vinrent se placer à Apamee , sur l'Oronte. Borsaki s'avança de ce c6te', et campa à Schaizar, également sur l'Oronte. Les deux armées se trouvèrent ainsi en présence sans oser en venir aux mains. Togdekin évitait une action gënérale^ et retenait l'ardeur des Francs , de peur que si i'armee du sultan était vaincue , les Francs ne profitassent de cet avantage pour achever de subjuguer la Syrie, ou que, si elle était victorieuse., elle ne lui enlevât la principauté' de Damas.

L'armée du sultan montrait la même répugnance à combattre. Selon Ibn-giouzi , les chefs qui la commandaient avaient espère , en prenant part à cette guerre , agrandir leurs domaines ; car ils avaient eu moins en vue de détruire les chrétiens^ que de s'enrichir de dépouilles. Mais ils ne tardèrent GIS à être de'trompe's. Ils reçurent ordre du sultan de remettre amali, dont ils s'étaient empares, à Kircan, prince d'Emesse ; le sultan exigeait même qu'on remit à Kircan tout ie pays qu'on soumettrait. Dès ce moment, les chefs refusèrent de combattre, a De quoi nous servira-t-il de prendre 9 des villes, se disaient-ils, s'il les faut toutes remettre à Kir- « can. 9 Ainsi les deux armées finirent par se disperser. Togdekin retourna a Damas. Les chrétiens rentrèrent dans leurs I>rovinces. L'armée du sultan se divisa. Une partie repassa 'Euphrate ; l'autre , et c'était la plus nombreuse , resta sous les ordres de Borsaki , et se repandit du cote' de Marra et de Cafartab, pour piller. Roger, prince d'Antioche, en fut averti; aussitôt il tomba sur cette troupe en de'sordre, et Jui tua plus de trois mille hommes. Le reste reprit le chemin de la Mésopotamie, dans un état de'plorable. Quand le sultan apprit ce oésastre , il s'écria : u Je savais bien qu'une entre* « prise confiée à Borsaki ne pouvait être heureuse (l) ! «

(l) Voyei, sur cette exp<^dition , le récit de Gautier le chancelier, tome I de la Bibliothèque des Croisades, page 107 et snivaDtes. Cest le même Borsaki qui est appelé mal à propos JBurso, Borsêquin, &c. par les anteurs chrétiens.

Ibn^iouzi continue ainsi : « Togdekin. fut très-sensible à ce malheur et i-esolut cTen tirer vengeance. Comme les Francs se fortifiaient dans Rafafiie , du câte' de Tripoli , pour étendre de là leurs courses , il alla attaquer cette place. Mais afin de mieux couvrir son dessein , il fit semblant de se porter- d'un autre coté. Tout-à-coup il arrive devant Rafanie', s'en empare et revient à Damas ^ charge de butin , et faisant porter les têtes des morts devant lui. Une mavque aussi insigne de la faveur de Dieu, jointe à sa justice et à hi douoeur de son gouvernement, n'apaisèrent pas ses ennemis^à la cour du sultan. Plusieurs se déchaînèrent contre lui et voulurent achever de le perdre. En vain il avait envoyé au sultan et au calife les têtes des chrétiens, leurs chevaux, leurs armes; en vain ii demanda pardon ie sa faute [son ancienne idliance avec les chrétiens];, on rejeta ses excuses, et les plaintes continuèrent comme auparavant Ses amis de Bagdad l'en instruisirent. II se décida à se rendre lui-même en cette ville avec des presens dignes du sultan et du calife. A son approche , les grands et les officiers de la cour s'avancèrent à cheval au-devant de lui. Il fit son entre'e en grande pompe et reçut un accueil distingue'. II. obtint son pardon et reçut un habit d'honneur. Il demanda qu'on l'investit de la principauté de Damas (l); il obtint toutes ses demandes, et partit avec la promesse qu'on, enverrait bientôt une nouvelle ar« mee à la guerre sacrée.

f9 En effet , l'anne'e suivante, Borsaki se mit de nouveau en marche pourla Syrie. Togdekin alla le joindre et fit preuve de zèle pour le bien de l'islamisme.. Comme le comte de Tripoli venait de faire une irruption sur le Cœles jrie , ils marchèrent contre lui, et, l'attaquant de nuit, ils lui tuèrent trois mille hommes et firent un pareil nombre de prisonniers. Aprèsce succès, Borsaki repassa l'Euphrate, et Togdekin s'en retourna à Damas, a

An â/f [11 18], Cette année, mourut le roi Baudouin, frère de Godefroi. On lit dans Aboulfeda qu'il avait fait une invasion sur les terres d'Egypte et s'était avance' jusqu'à Farama^ sur le bord de la mer. Il prit cette ville et la livra aux

« (i) Jiuqne-Ik Togdekin n*avait en le commandement de cette ville qu'au nam du 6U de Deccac , ancien prince de la contre'e. On voit qn*en Orient les fiefs étaient amovibles à cette époque.

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flammes avec ses mosquées , grandes et petites. Sur ces entrefiikesy étant tombe' malade ^ H reprit le chemin de la Pales* tîne, et mourut en route , avant d ariver à Eiariscfa. Ses gens ouvrirent son corps et déposèrent ses entraîDes au lieu ou^ dît Aboulféda, on voit encore un cippe ou tombeau de pierre. Son corps fut transporté à Jérusalem et enseveli dans réglise du Saint-Sépulcre. Cest du nom de ce prince que le terrain sablonneux situé dans le désert , sur la route de Syrie , est encore appelé les Sables de Baudouin. Le peuple, ajoute Fauteur y croit que ce tas de pierres est le tombeau de ce prince : c'est une erreur; il renferme seulement ses entrailles (1). Baudouin eut^pour successeur son cousin Baudouin-Dubourg , comte d'Edesse.

On lit sous fa même date , dans Kemal-eddin , que Loulou , régent de la principauté d'Âlep, fut assassiné par ses propres serviteurs. Ils furent portés à cette action par Borsaki, et ne firent rien que par son ordre. Borsaki accourut aussitôt pour prendre possession de la ville ; mais il fut prévenu par un certain Yarouctasch , que soutenaient ligazi , et Roger, prince d'Antioche.

Kemal-eddin parie ensuite assez au long des troubles qui affligèrent Alep, de la chute d'Yarouctasch, des diverses tentatives faites pour le remplacer. II résulte de son récit ,

?iue cette principauté était tour à tour, ou même à-Iaois, en butte aux ravages des chrétiens d'Antioche et de Tell-Bascher, ainsi que des musulmans de Damas, d'Emesse, de Moussoul et de Maridin en Mésopotamie; que c'était à qui aurait ses dépouilles : en attendant, les campagnes d'AIep n'étaient plus cultivées ; tout le pays était désolé par la famine, et les habitans en proie à {a

misère.

Kemal-eddin ajoute même que Roger essaya d'envahir la principauté d'AIep , en pleine trêve. U raconte ensuite comment les habitans d'AIep, lassés de leurs divisions, se donnèrent à Ilgazi, prince de Maridin. Dans le même temps, Roger et les Francs d'Antioche s'emparèrent de la place d'Ezaz, et tout le territoire d'AIep se trouva exposé à leurs

(i) Voyez, sur ia mort de Baudouin et la transfation de son cœur, le r^it curieux d'Albert d'Aix, tome i, pag. 80 et Si de ia BibUo" tkèque des Croisades,

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courses. Ces détaib n'apprenant rien de bien iateressant| Doas passerons tout de suite à ia guerre que s'attira le prioce d'Antiochey et dans laquelle il périt.

Six.

Défaite et mort de Roger, prince d*AntiocIie.

An 5é3 [liW]. Ici nous traduiriijis le récit de Remal* eddin. a Cette année , Ilgazi repassa en Mésopotamie pour en amener de nouvelles forces , et appela les musulmans et les Turcomans aux armes. Les guerriers accoururent en foule. Ilgazi se vit bientôt à la tête de quarante mille hommes, et reprit le chemin de la Syrie. A son arrivée prèf deTell-bascher, les habitans d'AIep vinrent se plaindre.^ lui des maux que leur causait la garnison cbre'tienne d'Ata« reb. Aussitôt il se dirigea contre cette place. .

j» Cependant Roger avait rassemblé les Francs, les Armé* niens et toutes les troupes de ses états. II se porta .en toute bâte vers Belat, près des gorges de Sarmeda, au nord d'Atareb. Les émirs et les chefs de l'armée musulmane demandèrent à £^rands cris le combat. Ilgazi était d'avis d'attendre l'arrivée de 'J'ogdekin , prince de Damas , afin de se concerter avec lui sur le parti à prendre ; mais les émirs ne voulurent souflrir aucun délai , et proposèrent d'attaquer les chrétiens sur-le-champ. Alors Ilgazi leur fit promettre de combattre les chrétiens a outrance, de leur résister. de pied ferme, et de donner, s'il le fallait, leur vie pour la gloire de Dieu ; tous le jurèrent avec enthousiasme. Laissant donc les tentes et les bagages à Keuesrin, ils partirent incontinent, et arri« vèrent sur le soir à une petite distance de l'armée chrétienne. On était au vendredi 16 de.rébi premier [fin de juin]. Les Francs étaient en ce moment occupés à rebâtir un château qui domine sur la t&ur des Scorpions^ et croyaient l'firmçe musulmane arrêtée devant Atareb ou quelque autre place voisine. Les musulmans passèrent la nuit sans se faire voir. Dès que le jour parut, ils déployèrent lueurs étendards, et entourèrent l'ennemi de tout côté. Un cadi d'AIep , nommé AbouUfadI , parcourait les rangs pour animer les guerriers au combat^ il était monté sur.une cavale , et (enaif; une lance a la main. Qudques soldats , en le voyant., couçurcnt du mç';

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pris pour lai : « Est-ce donc , se dîreiit*ils , pour cet homme » à bonnet que nous sommes venus si loin (1)? » Le cadî s^avança à la tête des bataillons et fit aux guerriers un discours énergique qui anima leur cœur et enflamma leur courage. Ses paroles eurent un effet surprenant, et tirèrent des larmes de tous les jeux. Déjà un corps de musulmans tournait Pennemi et s'emparait de ses bagages; Dieu se déclara pour Fislamisme : les chrétiens , forces de plier, retournèrent vers leurs tentes et furent massacres. Les Turcs chargèrent tous à-Ja-fois et comme un seul homme, et montrèrent une grande bravoure. La multitude des traits tombait comme une nuée de sauterelles. Les cavaliers francs en furent accables; les fantassins et les vdets de l'armée en furent meurtris et moulus; tous les chrétiens furent tues ou faits prisonniers. Roger pe'rit en combattant L'armée musulmane ne perdit

3' ne vingt hommes, et à peine il se sauva vingt chrétiens du esastre. Quelques chefs seulement s'échappèrent par la fuite ; quinze mille chrétiens furent tues sur le champ de bataîAe. L'action avait commence un samedi vers l'heure de midi ; tout-à-coup , et à la même heure , la nouvelle se re'pandit dans Alep d'une victoire éclatante; un grand bruit se faisait entendre du côté d'Occident; mais ce ne fut que vers le soir qu'on vit arriver des guerriers qui avaient pris part à Faction. #

f> Les paysans de la contrée recueillirent les cadavres et les brûlèrent. Dans les cendres d'un seul cavalier chrétien on trouva les fers de quarante lances.

« Cependant Ilgazi s'établit dans la tente de Roger; il j fit apporter le butin et le partagea à ses troupes, ne se réservant que les armes pour les envoyer en présens aux princes des contrées musulmanes. Parmi les prisonniers était un homme d'une haute stature et fameux par la vigueur de son bras; celui qui le conduisait était un petit homme, tout débile , et dont les armes n'étaient pas plus grandes que lui. Dès que le prisonnier parut, les Turcomàns se mirent i rire. « N'as-tu pas honte, lui dirent-ils, de t'étre laissé 9 prendre par ce nain, étant armé comme tu l'étais? Devant » Dieu, repondit le géant, ce n'est pas lui qui m'a pris.

ce

(i) Les gens de loi, dans ie Levant, ont un grand bonnet, et ee mot, dans la bouche de ces soldats, était on terme de mépris.

9 n*est pas là mon maître : o^est un homme très-grand , plus f» grand qae moi , et d'une force étonnante , qui m'a remis » à celui que vous voyez. li était habille de vert y et son 9 cheval était de la même couleur (l). «

9 Ensuite l'armée musulmane se repandit dans les terres de la principauté d'Antioche et j fit de grands ravages. La nouvelle du nudheur arrive à l'arme'e chrétienne n'y était pas encore coiinuey et tout le monde était dans la sécurité. Le butin fut immense ; il n'j eut pas de Turc qui ne revint de cette expédition les mains pleines,

» Les chrétiens essuyèrent , peu de temps après, un nouvel échec : un corps de troupes turques surprit le roi Baudouin, ainsi que le comte de Tripoli, qui venaient au secours d'Antioche, et les battit. Les Francs se sauvèrent dans les montagnes. Mais pendant que les Musulmans allaient attaquer Artah, Baudouin s'introduisit dans Antioehe et en prit i»ossession. II se fit livrer par sa sœur, veuve de Roger, es trésors et les richesses qui lui restaient encore; il s'empara des biens de ceux qui avaient péri dans la bataille; il maria leurs veuves , leva de nouvelles troupes , et appela tous les guerriers aux armes. Si Ilgazi était arrivé avant lui auprès d'Antioche, nul doute qu'il ne l'eut prise sans peine.

« Pendant ce temps , Ilgazi fit sa jonction avec Togdekin , et ils allèrent de concert assiéger Atareb, qui ouvrit ses portes. 21erdena se rendit pareillement. Mais , tandis que la garnison se retirait à Antioehe, ainsi que le portait la capitulation , elle fut surprise dans sa marche par les Turçomans, massacrée en partie, et entièrement dépouillé^.

« A la première nouvelle du danger qui menaçait Zerdena, le roi Baudouin s'était mis en marche pour venir à son secours : il rencontra l'armée d'IIgazi près de Danit , ignorant

(l) Li*aoteiir veut dire que le guerrier chrëtieti avait e'të pris , non par un mortel , mais par un ange venu exprès du ciel. Les auteurs mnsidmans font souvent mention d'apparitions de ce genre , et racontent dTune manière tout-à-fait semblable la prise d'Abbas , oncle de Mahomet, par les troupes de son neveu, au combat de Bedr. Voyez la Vit de Mahomet, par Gagnier, t. ii, p. 40; ce qui prouve

2 ne le trait rapporte ici n*est que la copie de Tancien. A Tëgard de \ couleur verte du oav^ier céleste , c'est en génénX tdie que les mniulmans attribuent aux milices du ciel.

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encore la prise de Zerdena. Son armée se compoeait d'une nombreuse infanterie et de quatre cents cavaliers, formant en tout deux cents tentes. Dans Faction qui s'engagea, le seigneur de^J^erdena commença par battre les troupes de Damas et d'Émesse qui lui étaient opposées , et courut ditcâte de Zerdena pour y introduire quelques secours. Trouvant cette ville au pouvoir des musulmans, il retourna au champ de bataille et n'y vit plus personne. L'armée chrétienne avait été mise en fuite , et les musulmans l'avaient poursuivie jusqu'aux portes de Hab.

9 A leur retour, il s'engagea un nouveau combat , où le seigneur de Zerdena fut aussi mis en déroute. Ce seigneur, autrement dit le comte Lépreux, s'appelait Robeit. Eu fuyant, il tomba de cheval ^ et fut conduit par les gens du pays à Ilgazi, aux portes d'Alep. Ugazi le renvoya àTogde* kin , qui le massacra de sang-froid. Ensuite Ilgazi se fit amener les prisonniers : il miia part les seigneurs de villes, les chefs, le député de l'empereur des Grecs, et le petit nombre de ceux qui étaient en état de racheter leur vie; ils payèrent leur rançon et furent mis en liberté. Restait encore une trentaine de prisonniers; comme ils n'avaient pas le moyen d'offrir une rançon, on leur coupa la tête. L'expédition étant ainsi terminée , Ilgazi repartit pour Maridin , afin d'en amener de nouvelles forces. «

Aboulféda n'a rien dit de particulier sur cette guerre, sinon que les poètes célébrèrent dans leurs vers la victoire dllgazi. Le distique suivant fut composé a cette occasion. Le poëte s'adresse à Ilgazi :

a Ordonne ce qu'il te plaira, et ta volonté sera faite; ta 0 partages avec le créateur notre confiance.

» L'Alcoran a triomphé par ton appui , et l'Evangile pleure 9 la mort de ses enfans. »

Ainsi se termina cette expédition , qui devint funeste à toutes les colonies chrétiennes d'Orient. La principauté d'Antioche ne s'en releva pas. Pendant ions-temps on verra les rois de Jérusalem être sans cesse obliges de s'y transporter pour la protéger contre les incursions des musulmans aAIep et de la Mésopotamie. Plus tard , quand Antioche aura des princes en état de combattre , ou ils seront malheureux dans toutes les guerres, ou bien ils n'y prendropt aucune

fiart II est évident qu'avec Roger étaient morts leé meiteurs soldats d'Antioche , et qu'il ne fut plus possible de

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les remplacer. Les auteurs arabes n'ont fait nulle part cette remarque, et nous la faisons ici pour l'intelUgeDce de leur récit (1).

Suite de ia même guerre.

An 514 [11^0]. Kcmal-eddin reprend en ces termes : ' • Après la défaite de Roger , plusieurs princes musulmans de Syrie , tels que ie maître de Schaizar et autres , croyant l'occasion fayorable, s'étaient emparés de quelques places de la principauté d'Antioche. Le roi de Jérusalem reconquit les ▼iiles perdues et pousia ses courses fort ayant dans les terres «FAIep. Dans le même temps , Josselin , qui était seigneur (TEdesse et de Tell-bascher, attaqua la principauté d'AIep, du cAté du nord et de l'orient. Les troupes d'AIep usèrent aussi de représailles; et, se jetant sur les terres d'Antioche , elles y mirent tout a feu et à sanç.

9 De son cdté, Ilgazi passa de nouveau l'Euphrate , et revint en Syrie avec de grandes forces. D'abord , il entreprit le siège de Tell-bascber et d'Ezaz , sans permettre à ses Turcomans de se répandre dans les campagnes. Ensuite il s'avança contre Antioche, puis se retira sans avoir rien fait Les Turcomans firent fdors éclater leur mécontentement : ils avaient espéré, dans cette campagne, comme l'année précédente , de faire un riche butin , et ils se trouvaient à la fin de l'expédition sans avoir soumis de place, ni trouvé à piller. En voici la raison : c'est que les prisonniers francs qui s'étaient rachetés l'année précédente, avaient bien recommandé à leurs frères de se tenir sur leurs gardes. Ilgazi , irrite contre ses Turcomans , et voulant les couvrir d'ignominie, leur fit couper la barbe (9). Aussitôt Parmée se

(l) On fera bien d'ailleurs de lire la relation écrite par Gautier^ chancelier de Roger, qui se tronvait k cette expédition, et qui fut fait prisonnier (tome i.*' de la BibUothèque des Croisades, p. 105 et soiv. ). Gantier s'est beanoonp e'tendn snr ies atrocités txerdêeê envers les vaincns. Nons renvoyons à ce qn'il en a dit.

(s) Cétait le plus grand châtiment qn il pût leor infliger. Voyct les Annales d*Abonlfëda , tome I , p. S9d , avec ia note de Reiske.

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débanda, et Ilgazî, hors d'e'tat de poursuivre la guerre , fut force de convenir avec les chrétiens d'une trêve qui devait durer jusqu'à la fin de i'annee. Par ce traite, llgazi céda quelques petites villes aux chre'tiens , après quoi il retourna en Mésopotamie (1).

9 Cependant les campagnes se repeuplaient à la faveur de la paix , et les cœurs pouvaient se livrer à la sécurité', lorsque le maudit Josselin vint ravager de nouveau les campagnes d'AIep. On était en pleine paix; il disait pour prétexte qu'on lui avait enlevé un de ses gens et qu'on l^i refusait satisfaction. Il prit jusqu'aux vieillards des deux sexes et aux malades, et les laissa nus sur les chemins, où ils périrent tous de froid. Le commandant d'AIep écrivit à ce sujet à Baudouin : 6 Ilgazi, lui disait-il, a laisse ce pays sans défense , 9 parce qu'il se fiait à votre parole. » Baudouin fit re'ponse qu'il n'avait pas d'ordres à donner a Josselin ; et les ravages, continuèrent comme auparavant. Ensuite les Francs d'An-, tioche prirent aussi les armes ; et après avoir deVasté le teiTitoire de Schaizar, ils demandèrent au maître de cette place le tribut qu'ils en recevaient tous les ans. Le prince y consentit , s'ils voulaient rendre le butin qu'ils venaient de faire; mais les chrétiens s'y refusèrent, et le maître de Schaizar leur livra la somme qu'ils demandaient, pour obtenir une trêve qui devait durer jusqu'à la fin de l'année.

n Pendant ce temps, Ilgazi ne s'occupait guère de la prin-

(l) Kemid-eddin fait mention au même endroit d*ane particalaritë qui pourra donner une idée de Te'tat des revenus d'AIep : « Les » habitans, dit-il, 8*ëtant plaints a Ilgazi du rétablissement de plu- » sienrs charges imposées par Redouan et inusitées sous les gouver- V nemens précédens, fe prince se fit présenter un état des taxes » payées par Alep , et il fut reconnu quelles se montaient annuelle- » ment à la somme de douze miile pièces d*or. II commanda de les « re'duire , et Tordonnance expédiée dans cette occasion fut transcrito • sur une table qu'on cloua k la porte de la grande mosquée. »

II est probable que ces douze mille pièces d'or étaient levées sur la ville d'AUp seulement et indépendamment de son territoire ; sans cela , comment les princes d'AIep auraient-ils pu payer, en de ceftaiês temps, des tributs annuels de dix mille pièces cTor et même de vingt mille , comme nous les avons vos faire envers Tancrèdc , r^enl d'An tioche? La principauté toute entière n'aurait pas suffi à cette charge.

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oipaute (TAIep.Le pays se couyrit de ruines , et les Franiss en subjuguèrent la meilleure partie, 9

An 5iô [Hièl], « Cette année , Baudouin s'avança jusqu'aux portes d'AIep , et enleva les bestiaux répandus aux environs. Âlep était alors sous le gouvernement de Soliman y fils dligazi : son père lui ayant mandé de renouveler le traité avec les Francs, à quelque prix que ce fut, il abandonna aux chrétiens la partie septentrionale de la principauté d'AIep, aussi bien que la moitié des terres situées autour de la ville. Les chrétiens avaient aussi demandé qu'on leur cédât Atareb ; Ilgazi j consentit; mais la garnison refusa de livrer cette place , qui resta aux musulmans.

m Ce fut vers ce même temps que Thogril, sultan de la Perse, alla faire la guerre aux Géorgiens et à leur roi David. Ilgazi fit partie de cette expédition, ainsi que Dobais, fils de Sadaka , prince de Hilla sur le Tigre. Les Géorgiens , ayant attiré l'armée musulmane dans leurs montagoes , en firent un grand carnage (l).

« Sur ces entrefaites, Soliman , fils d'IIgazi , qui gouvernait Alep, se révolta contre son père. Les Francs profitèrent de ce désordre pour étendre leurs conquêtes. Le roi Baudouin s'avança même vers Alep ; et comme Soliman lui fit demander la paix, il y mit pour condition la cession d'Atareb, dont il convoitait depuis long-temps la prise, a Vous ne n pouvez ignorer, dit-il au député, que Soliman n'est pas en n état de défendre Atareb contre moi, sur-tout à présent que n j'ai construit dans ses alentours des châteaux qui l'envin ronneat de toute part. On peut dire que cette ville res- 9 semble en ce moment a un cheval qui a perdu l'usage de 9 ses pieds de devant, et qu'on nourrit d'orge , dans res|>oir 9 de le guérir et de le venare avec avantage : l'orge finit par 9 manquer, le cheval meurt, et le maître n'a plus ni orge 9 ni cheval. 9 Baudouin attaqua donc Atareb , mais saiis succès.

9 Peu de temps après , Ilgazi réduisit son fils à l'obéissance, et donna le gouvernement d'AIep à un de ses neveux, nommé aussi Soliman ; puis , renouvelant le traité f^vec les

(1) Gantier le chancelier a parie de cette expédition ; et H paraît, d*après son récit , qne ie roi David avait des gnerriers d'Oocident à son aenrice.

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FraacSy pour iin an Mijdement , H repMM eti MÎMopotaAiie, et reTÎnt l'année suivante avec de nouvelles forces, acoompaf;ne d'un antre de ses net^ux nommé Balac (1) , rautre d'un ^nd nombre de châteaux du côte de Malatia, an nord de la Sjrie.

« Sur ces entrefaîtes , il mangea un jour avec excès de la viande, de la chair de brebis, du melon et autres fruk»; son ventre s'enfla; il se sentît la poitrine oppressée, et se décida à aller à Alep pour s'y faire traiter. Dès qu'il se trouva mieux, il se mit en route pour Maridin , et mourut en chemin (3). Son flis S<4iman lui succéda dans Miafarekin; son second fils, Timurtach, dans Maridin; et son neveu Soliman, dans la ville d'AIep. Togdekin s'était aassi trouvé à cette expédition avec Balac. Le premier retourna à Damas, et f autre dans les terres de sa dépendance, jf

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