‹ Bibliothèque des croisades (volume 3)Chapitre 7 sur 55 · XI · texte numérisé non relu

XI

Saite du même sajet — Pri«e de Tyr par les chrétieiM.

te Quelque temps après , continue toujours Kemâl^eddîn, Balac enleva par suprise le maudit Josseiin, avec Galeran, son cousin , et le neveu de Tancrède. Cet événement eut lieu aux environs de Saroug , près d'Edesse. Balac demanda à Josseiin et à son cousin de lui céder les places de leur domaÎDe; ils s'y refusèrent, et dirent : « Nous et nos châteaux, 9 BOUS sommes comme le chameau et son bat : quand le » chameau meurt, son bât sert à un autre. Ainsi donc , il est 9 à croire que nos provinces auront déjà passé entre les mains » d'un des ndtres. n

An 517 [1i2S], Le roi Baudouin, à la nouvelle de la mort dllgazr, s'était emparé de quelques places de la principauté d'Alep. Cette année , Soliman , maître de cette cité , fit la paix avec lui, et loi abandonna Atareb. Cette forteresse fiit rendue à son ancien seigneur, nommé sire Alan, qui la garda jusqu'à sa mort.

(i) Ou Bûlad, comme TappeMctit les Lvttns. (f) Voyez ce qtw Gaatier le eimncelter • dit de cette «mort , tome l,^ de la Bibliothèque des Croisades, page 1)3.

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• Vers ^e même temps, le roî mercba centre BrIoc, âa cite de i'Euphrate, pour délivrer Josselin et ses compagnons; mais il fot battu , et iui-méme fait prisonnier. Balac renfenna avec Jossetin et Gideran dans le château de Khartbert en Mésopotamie. Ensuite , profitant de l'état de faiblesse ou se trouvait la Syrie, il repassa l'Eupbrate, et prit Alep à Soliman y qu'il accusait d'agir trop mollement contre les Francs. II subjugua aussi quelques places de la principauté d'Antioche.

« Sur ces entrefaites , le roi Baudouin et les autres pri* aonniers cbrétiens , an moyen des intelligences qu'ils s'étaient ménagées dans Kbartbert, rompirent leurs chaînes et parvinrent à s'évaaer. Quand ils se virent libres , Josseiin prit la parole et dit : « Puisque nous voila hors de danger, je suis « <F|kvis de nous en dler avec xe que nous pourrons emj» porter. • Baudouin n'approuva pas cet avis, et préféra demeurer, afin de garder Khartbert; mais il permit à Josseiin de sortir , en lui faisant jurer de ne pas changer d'habits , de ne pas manger de viande, et de ne pas boire (1) autre part qu'à la messe (9) , qu'il ne fut venu les dâivrer. Dès que Balac apprit cette nouvelle, il retourna en toute hâte à Khartbert, tua tous les Francs et ceux qui avaient eu part à l'évasion des prisonniers, et n'épargna que le roi Baudouin , ainsi que It neveu de Tancrède et Galcran , qu'il fit enfermer dans Haran. Pendant ce temps , Josseiin s'était rendu à Jérusalem, pour appeler les chrétiens aux armes. Déjà il avait levé une armée et il était parvenu jusqu'à Tell-bascher, lorsqu'il apprit ie malheur arrivé à ses compagnons de captivité. Changeant alors de dessein , il vint dévaster les terres voisines d' Alep , et détruisit jusqu'aux chapelles des environs; ses soldats n'épai^crent même pas les tombeaux. En punition de cet attentat, le cadi Aboul-fadI (3), de concert avec les princi-

Cox d'Alep, fit convertir en mosquées plusieurs églises de vîQe ; on abattit les autels , et les portes furent disposées de façon qu'en y faisant la prière les musulmans fussent tournés du c6té de la Mecque. Trois églises changèrent ainsi de destination. Les chrétiens d'Alep n'eurent plus que deux

(i) De vin, sans doute.

(t) On cemnraniâitjdors sons les deex espèces.

(s) Le même qai avait wa^mé les mnsalmaos coatre Roger.

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églises à leur usage. Tout cela s'est makifenu jusqu'à nos

jours (l).

» Quelques mois après (vers le mois de novembre) , Josselin envahit de nouveau les terres d'AIep , et enleva plus de cinq cents chevaux qui paissaient dans le voisinage ; il emmena le gros et le menu bétail , détruisit les maisons , &c. Dans le même temps , le seigneur d'Atareb s'avança dit câté du sud| avec les troupes d'Antioche, et enleva trois cents chevaux dans les pâturages. Ainsi la cavalerie d'Alep se trouva sans chevaux (S). Josselin passa en Mésopotamie, et, tombant sur les Turcoroans et les Curdes, il leur prit dix mille chevaux , brebis , &c. 11 ouvrit même les tombeaux et dépouilla les morts de ce qui avait servi à leur sépulture. •

An ôiS [H24J, u Cette année , Balac essaya de s'emparer de la ville de Manbeg (l'ancienne Hiéropolis), quoigue appartenant aux musulmans. Déjà, celui qui y commancwit, nommé Hassan, s'était laissé enlever par surprise, lorsque son frère prit la défense de la place, et appela les chrétiens à son secours. Josselin arriva bientôt avec une armée de dix mille hommes , et livra combat a Balac. Les chrétiens furent battus. On assure que Balac chargea lui-même dans cette

f'ournée jusqu'à cinquante fois, frappant de l'épée et de ia ance, sans recevoir la moindre blessure. Ensuite, il retourna devant Manbeg, tout occupé de Dieu, et ne cessa la nuit suivante de lui rendre grâces de sa victoire. Le lendemain , ii fit massacrer tous les chrétiens qui étaient tombés en son pouvoir, et s'occupa aussitôt de chercher un lieu convenable pour y dresser ses machines de siège. Il marchait le casque en tête et tenant un bouclier à la main. Il avait eu un moment la pensée de laisser le soin du siège à un autre, et d'hier lui-même au secours de la ville de Tjr, alors vive^ ment pressée par les Francs. Pendant qu'il était rempli de ces idées, donnant des ordres en conséquence, une flèche partit des remparts qui le frappa à la clavicule gauche; il n'eut que le temps d'arracher le fer de ses mains, de cracher dessus et de s'écrier : u VoUà un coup qui tue tous les musul-

f 1) Kemal-eddin écrivait dans ïe xiii.« siècle de notre ère.

*9) A AIcp, il est d^usage d'abandonner les chevaux dans la campagne pendant une partie de Tannée. Ils n'ont pas d'autre nourriture que rherbe des champs. Voyes le Voyagt de Jean Thévenot ou Leponi, t. m » p. iso de Tédition în-lt.

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0 mans! n Ses coushis se partagèrent ses états. SôHtnan, fik cfflgazi , qui avait de'jà entre les mains Miafarekrn , devint maître des châteaux de Mésopotamie, au nonfbre de plils de cinquante ; et Timurtach , déjà maître de Maridin , eut en partage Alep. n

C'est dans ce même temps que Tjr tomba au pouvoir des chrétiens. On lit dans la chronique dlbn-Mojassar, sous la date de Tannée précédente, que les princes de Damas et de Monssoui , se voyant hors d'état de sauver cette ville » avaient envoyé une députation au calife d'Egyptiî pour Finstruire des progrès des Francs en Syrie , et lui demander du secours. Lies députés , arrivés à la porte du Caire dite la porte Foîouh ou des Conquêtes, mirent pied a terre et baisèrent la porte. De là ils s'avancèrent , toujours à pied , jusu'à la porte du palais , et la baisèrent aussi. Ils s'arrêtèrent e même à la porte du Fleuçe ; après quoi on les présenta au calife. Les troupes égyptiennes reçurent aussitôt l'ordre de se préparer a la guerre. On équipa une flotte de quarante vaisseaux, et il partit en même temps une armée de terre , qui sWrêta à Jaflfa , et y attendit pendant six jours les troupes de Damas, de Moussoul et d'Alep ;^n'en recevant pas de nouvelles, elle reprenait le chemin de FEgypte, lorsqu'elie fut attaquée par les chrétiens et défaite sans combattre. A l'égard de la flotte, elle aborda avec des munitions àTyr.

« Cette ville, comme le remarque Ibn-giouzi, obéissait àla-fois à deux chefs : l'un y commandait au nom du cidife d'Egypte; l'autre, et c'était Massoud , y commandait au nom du prince de Damas.. Ces deux chefs étaient en dissension. Le commandant égyptien profita de l'arrivée de la flotte pour faire arrêter Massoud et l'envoyer en Egypte. II ne vit pas qne Tyr n'avait plus d'autre espoir que dans le prince de Damas , et que l'insulter ainsi dans la personne de son lieutenant, c'était s'dter à soi-même sa dernière ressource.

« Les Francs, instruits de ces troubles, vinrent l'année suivante mettre de nouveau le siège devant Tyr. Le commandant recourut alors au gouvernement égyptien, mais en vain ; on lui fit réponse qu'il s'adressât au prince de Damas. Le visir déclara qu'il abandonnait Tyr àTogdekin , et envoya même à ce dernier un acte en bonne forme, pai* lequel il lui cédait la possession de la ville. Déjà fesjrivres commençaient a manquer dans la place, et les Iiabitans, n'espérant plus d'êtae secourus, se rendirent, obtenant sûreté pour leurs

IkQ VttUOTBEaUB

pfrsQQoei et leuri richesses , et U liberté de quitter la vîHe QU 4e rester. Togdel^u s'av^ça avec ses troupes en face 4es Francs. Les deux armées étaient sous les armes, laissant entre elles un espibce vide. Les habitans franchirent cet espace avec tout ce qu'ils purent emporter , sans ^re troublés dans leur marche , et allèrent s'établir à Damas et dans le reste de la contrée. Il n'était demeuré dans Tyr que les malades et les gens hors d'état de s'expatrier. 9

Pendant ce temps , le roi Baudouin avait été tiré de sa prison de Haran , pour être transféré à Alep. Kemai-eddin rapporte que « ce prince obtint sa liberté de Timurtach, mojenniLnt ia eession d'Atareb , Zerdena » Cafartab ^ Ezaz , toutes places voisines d'Alep , et d'une somme de quatre-vingt mille pièces d'or , dont vingt mille payables d'avance. Le roi î«ra d'£tre fidèle à s'a parole et sortit de prison. Une des conditions du traité portait qu'il serait d'abord remis à l'émir Abou-assaker , prince de Schaizar. Avant de se mettre en route, il parut devant Timurtach : ils mangèrent et burent ensemble 9 et Timurtach lui fit présent de la tunique royale , du bonnet d'or et des brodequins. On lui rendit même le obeval qu'il montait le four ou il fut fait prisonnier. Le roi monta dessus et fut conduit a Schaizar, ou il attendit l'arrivée des otages qui devaient servir de garans à ses promesses. C'étaient sa fille , le fils de Josselin , et autres personnes , en tout au nombre de douze. Enfin il livra à l'émir les otages avee lep vingt mille pièces d'or et fut mis en liberté. II s'en alla, que Dieu le maudisse! et oublia aussitât ses promesses. Il manda ces paroles à Timurtach : « Le patriarche , sans qui a je ne puis rien , a voulu savoir quelles étaient les conditions

• du traité. Quand il a su que je m'étais engagé à rendre »Ezaz, il s'y est opposé, et m'a commandé de n'en rien

• faire, disant qu'il prenait le péché sur lui. Je ne puis aller n contre ses volontés (!)•« Des députés furent envoyés de part et d'autre pour arranger cette affaire, mais inutilement.

^ (j^jJUm\ (5ôit Lj oJj^ ^ \jJL, 43^ ^^)l (^ôJI

f xn.

Siëge d'AIep par les Oirëtiens.

Suite de f année 548 [iift4 et iiftô]. Noos allons donner sur ce siège \% suite du récit de Remid-eddîn , auteur de FHistoire d'AIep , et natif de cette viBe.

A Le roi Baudouin « en recouvrant ia Iib.ertéy avait promis à.Timurtach de n'entretenir aucune relation avec Dobais, lequel y dépossédé par le calife ^e Bagdad de ses domaines sur le Tigre , cherchait à s'emparer d'Aiep et était en guerre avec Timurtach. Comme Baudouin refusa de satisfaire a ses engagemens , et que les négociations entamées à ce sujet avaient été vaines , Dobais en profita pour se lier d'intérêt avec ce prince et avec Josselin , comte d'Édesse. Ils s'unirent ensemble d'une amitié véritable (l). Il fut convenu entre eux que ia ville d'AIep, si l'on parvenait à s'en rendre maître, serait remise à Dobais, et que les Francs auraient son territoire. Quand Timurtach vit la mauvaise foi de Baudouin et les forcea redoutables auxquelles il dlait avoir afiaire, il se rendit dans ses états de Mésopotamie pour y lever de nouvelles troupes. L^roi ne tarda pas à arriver devant Aiep. Dans le néme temps, Dobais et Josselin partirent de Tell-t>ascher et vinrent se joindre à Baudouin en ravageant le coton , le millet et tout ce qui se trouvait sur leur passage. Bs avaient avec eux Sultan-schah, fils de Redouan, ancien prince de ia contrée. Baudouin s'établit du cdté du couchant, dans le lieu où se font les courses de chevaux,; Josselin se plaça sur le chemin d'Ezax et dans les campagnes qui le bordent à droite et à gauche. Pour Dobais et Sidtan-sehah, ils se déployèrent un peu à l'est des quartiers de Josselin. Les assiégeans formaient en toot trois cents tentes , dont deux cents appartenaient aux Francs , et les cent autres aux musulmans leurs aHiés. Ib coupèrent les arbres , ils détruisirent les chapelles , ils ouvrirent les tombeaux, dépouillèrent les morts , et se servirent des cercueils pour renfermer leurs vivres. A l'égard des cadavres qui n'étaient pas encore tombés en pourriture.

(i) L'aateor arabe est tout ëtoanë <|ae des mamlmans se soient aittés avec des chrétiens.

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ils leur liaient les pieds avec des cordes; puis, les traînant jusque sous les yeux des musulmans , ils disaient : Voilà votre prophète Mahomet, ou tel autre nom semblable. Les chrétiens ayant découvert un exemplaire de PAIcoran dans une des chapelles aux environs de la ville (l), montrèrent ce livre d'un air de triomphe; l'un d'eux imagina d'en arracher quelques feufliets et de les attacher sous la queue de son cheval. De temps en temps le cheval les couvrait d'ordures , et alors le chrétien de battre des mains et d'éclater de rire en dérision de l'islamisme. S'il tombait un musulman entre les mains des chre'tiens , il était renvoyé' à la ville , les mains coupées, et prive' des marques de sa virilité. Les assièges traitaient leurs prisonniers de la même manière , ou bien ils les pendaient; car ik faisaient de fréquentes sorties, et, s'avanf ant par ia porte de Ferac^ ils enlevaient les Francs sur le» chemins et jusque dans leurs tentes. On ne laissait pas de parler de paix , mais sans venir à un arrangement. La ville avait pour toute défense cinq cents hommes, commandés par le cadi Aboul-fadI, et se trouvait dans un état déplorable. On se déci<ki, continue Kemd-eddin, à députer a Timurtach , mon bisaïeul Abou-ganem-mohammed , cadi de la ville, avec d'autres personnes de marque, pour lui demander des secours. Les Francs firent courir après eu:^8ans pouvoir les atteindre. Ils ne laissèrent pas le lendemain de ori^ aux habitans qu'ils tenaient les députés entre leurs mains. A ces paroles , les assiégés perdirent tout courage , et les appreliensioas ne cessèrent qu'à la réception d'une lettre des députés qui annonçait leur heureuse arrivée. Us n'avaient pas trouvé Timurtach à Maridin : ce prince était alors à MiafarekÎB , occupé à prendre possession des états de son frère, qui venait de mourir. Les députés s'étant rendus

(l) Le mot mesched, que noot tradaisoos par chapelle, est proprement on oratoire hkû sur ia tombe de quelque musulman vënërë. On trouve de ces chapelles dans le voisinage de tontes les villes » en Perse et en Turquie ; on a soin d*y tenir des Alcorans à Tusage de ceite qui viennent visiter ce lieu , et qui ne manquent pas d'en lire quelques passages à Fintentron du mort. Quelquefois il s*y trouve atê personnes gagées pour en réciter tous les jours un ou plusieurs chapitres. On sait de plus qn il n*est permis qu'aux musulmans de toucher ce livre , et qu'ils ont pour lui an respect dont rien n'approche.

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aupm de lai , il taciia de les amuser et de gagner du temps, u Mais, lui dîsaient-ik , nous n'avons besoin que 9 de votre présence ; nous somines ea état de repousser » rennemi. * Sur ces entrefaites, arriva à mon bisaïeul une lettre de m<m grand-père, annonçant que les habîtans d'AIep en étaient réduits à se nourrir de chiens et de corps morts ; qu'ils étaient sans ressources et en proie à d'horribles maladies ; qu'on voyait souvent des malades à l'extrémité , qui , au premier son de la trompette , se levaient pour courir à l'assaut , comme des prisonniers à qui on attrait été leurs chaînes, et qui, après avoir repoussé l'ennemi, revenaient se mettre au lit. Cette lettre mit Timurtach dans une étrange colère : «Voyez ces gens-là, dit-il, comme ils m se jouent de moi \ ils disent qu'ils n'ont besoin que de ma 9 personne, et qu'ils ont assez de leurs propres forces; c'est 9 vouloir ma ruine , c'est vouloir me faire partager leur 9 misère , en m'engageant dans cette guerre avec aussi peu vide monde! » La-dessos, il fit arrêter les députés et les mit en prison. En cet état, ils n'avaient plus d'antre espoir que dans Borsaki , prince de Moussoul. Ils parvinrent a s'évader et se rendirent auprès de lui. Borsaki était alors grièvement malade. La nouvelle en étant arrivée à Dobais , il la fit annoncer à son de trompe à ses troupes, et des cris s'élevèrent de toute part pour rendre grâce à Dieu de cet événement. On cria même aux assiégés : Celui en qui vous mettez votre confiance, vient de mourir, A ces mots, les habitans frémirent, et pensèrent être su (loques de douleur. Cependant les députés se présentèrent à Borsaki et lui exposèrent le malheureux état des habitans d'AIep. Le prince en fat touché ( puisse le Seigneur lui avoir fait miséricorde ! ) , et répondit : « Hélas ! vous voyez l'état ou je suis ; mais si Dieu 9 me rend la santé, je fais vœu d'aller au secours d'AIep, 9 d'attaquer vos ennemis et de les repousser de vos ten*es. 9 En moins de trois jours, ajoutait mon bisaïeul, Borsaki n'eut plus de fièvre; il sortit de sa chambre, et ordonna à ses troupes de se disposer à partir. Les préparatifs ne furent pas longs. II se mit en marche ( Dieu ait pitié de lui ! ] avec une armée formidable. Arrivé sur le^ bords de l'Euphrate, il manda aux princes de Damas et d'Emesse de venir le joindre. A SQU approche , Dobais fit déployer ses étendards blancs , et se retira avec l'armée chrétienne. Aussitôt les habitans sortirent tous de la ville : les uns vinrent pilier le camp des

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atsiegeans ; les autres «lièrent à la rencontre de Borsaki oa se mirent à la poursuite de Fennemi. Borsaki poursuivît les chrétiens lentement, et, dès qu'ils furent à une certafaie distance , il donna ordre à ses troupes de revenir. Alors le cadi AbouI-fadI lui dit : « 0 notre maître! si nos troupes se 9 mettaient à leur poursuite, elles les prendraient sans peine, n à présent Qu'ils sont en désordre et entoures de toute part. • Le prince repondit : « O cadi I tu sais bien qu'il reste encore • assez d'ennemis dans le pays pour venii* à bout de vos 9 troupes et des miennes , si par mdheur Dieu nous avait 9 prépare une défaîte. J'en doute, reprit le cadi. Mais, répar- 9 tit le prince, où nous sauver maintenant, s'ils faisaient tout « à coup volte-face et qu'ils nous missent en déroute, tenant 9 répee levée sur la tète des musulmans ? au lieu qu'en les 9 laissant s'éloigner, nous ne courons plus de risque. Entrons 9 d'abord dans la ville ; mettons-la à l'abri de toute insulte ; 9 nous 7 rétablirons le bon ordre et la tranquillité ; après 9 cela , s'il plaît à Dieu , nous rassemblerons tout noire n monde, et nous irons à eux. n II entra donc dans Aiep et Foccupa avec sa citadelle. Il en répara les murailles , fit* cesser les exactions , diminua les charges, établit une bonne police, veilla au maintien de la justice, en un mot ne négii* gea rien pour faire le bonheur des habitans (l). n

Ibn-giouzi a aussi parlé du siège d'Alep ; mais il ne nous apprend rien de particulier , sinon que les Francs s'étaient bâti des maisons et des batelleries devant Alep, comme

date de courses

Gur j demeurer hiver et été. Il ajoute , sous la anée suivante , que le roi Baudouin fit faire des

(i) Kemal-eddin remsrqiie ensuite qne, pour cette tnntfe, les semmilfes k Aiep ne commencèrent qnVn is dn mois de sabat Le it da mois de sabst répond à la fin de janvier on au commencement de février; ce mois appartient au calendrier des Juifs, qai était aasiî ett usage ches les Chaldéens, et Test encore ches les chitStiens orientaux. Comme Tannée musalmane est lanaire et seulement de trois cent cinquante-quatre jours et qu'elle n*a pas de mois intercdaiias , elle commence chaque année à une époque différente , par rapport à nous , qui suîtous Tannée solaire. Voilà pourquoi les paysans des contrées musulmanes, dont les trayaux sont nécessairement en rapport avec Tordre des saisons et f e cours annuel du soleil , ont été obligés d'adopter Tannée solaire dans tout ce qui concerne fagrieuttnre. En Syrie, ils se serrent de Tannée Jatre, et en Egypte, de Tannée cophte , qui était celle des anciens Egyptiens.

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jusqu'aux portes de Damas , et battit Togdekin, non loiil de cette Tme. Il pénétra aussi en Arabie , dans la contrée appelée la valliè de Motse,

An 5i9 [H25]. Remal-eddin reprend ainsi : à Borsali rendit la liberté aux otages chrétiens qui étaient restes dans Schaizar, moyennant la somme de quatre-vingt mille pièces d'or. Puis , se joignant à Togdekin , pHuée de Damas , il vint mettre le siège devant Cafartab, qui ouvrit Èes portes. De là II se porta vers Ezaz ; mais , pendant qu'il était devant ses murailles , il fut attaqué par les Francs et mis en déroute. Alors Borsaki fît la paix avec les chrétiens et reprît le chemin de Mousson! , où il arriva à la fin de Tannée 5^0. Le ven* dredi qui suivit son arrivée , il se rendit à la mosquée pouf j faire la prière ; mais , au moment qu'il s'avançait vers là chaire , au milieu d'une grande foule , il fut assaiUi par huit baténîens déguisés en derviches, et, midgre sa eotte dé maille et ses gardes , fut percé de plusieurs coups de coutefcu. Qn le transporta chez lui, et il expira le même jour. Leil. baténiens furent tiiés sur la place , hormis un seul ,^ qui /cfchappa par la fuite. Ce batenien était originaire d'Ezaz. Quand sa mère apprit que Borsaki était mort, ef que lei meurtriers avaient péri , die crut que son fils était dtl , nombre ; et voilà que se livrant à la joie , elle se frotta leè yeux de collyre (1), et se laissa aller publtqueihent aux transports de la plus vive idégresse. Tout à coup , elle roit arriver son fils plem de santé. Alors sa joie se change eti tristesse, elle s'arrache les cheveux et se hoircit le visage (9).

n Borsaki avait vu daïis son sommeil , la nuit précédente , une troupe de chiens qui s'étaient jetés sur lui. Il en avait

(l) Cest une poudre noire dont les Femmes en Orient se teignent les sourcils et !es paupières.

(s) Il paraît que cette femme partageAit les aflVeux tirincipes de la iccte des baténiens. Sa \ott venait de f opinion où elle était qtte •on fils, par cet assassinat, avait dû attsr tout droit au paradis, dans on iiea de délices. Aussi, quand eile eut. été détrompée, elle d«l être au désespoir. On pourrait comparer cette douleur à celle de U femme Spartiate qui pleura en voyant arriver son fils sain et sauf du combat; avec cette différence pourtant que , dans fa femme Spartiate, la résignation maternelle était produite par Tamour de Ta patrie, au lieu que , dans latttre , il n*y avait que du fanatisme et de fesprit de secte.

se BUUOTHkQUB

tué (dusieurs sans cependant pouvoir se garantir toot-à-l de leurs morsures. Le lendemain il raconta Àa TÎsion à ses familiers, qui, tous, lui conseillèrent de ne pas sortir de quelques joiirs. « Mais, répondit^il , pour rien au monde 9 je ne ine dispenserais d'assister à la prière du Tendredi. s Çn effet, ce prince (Dieu ait pitié' de lui ! ) était dans Fnsage d'assister le vendredi à la prière avec le peuple. 9

Le méoie auteur rapporte le trait suivant dans ses Vies des hommes illustres : u Borsaki était un homme juste et craigi^ant Qieu, d'une grande douceur de caractère, et très-bon pour les gens qui l'entouraient. On tient d'un de ses serviteurs, qu'il consacrait une partie de la nuit à la prière, et Îu'il s'acquittait de l'ablution sans avoir besoin du ministère 'un autre. Une nuit d'hiver, pendant que nous étions à Monssoul, ajoutait ce serviteur, je le vis sortir de sa chambre, en caleçon et avec un simple manteau ; il tenait à la main un vase de cuivre, et s'acheminait vers lé Tigre pour y puiser de l'eau et j faire son ablution» En le vojant, je courus à lui pour hii prendre le vase des mains; il me repoussa et me dit : u Va , mon ami , retourne dans ta chambre , de peur d'avoir «froide «Je tins bon, et voulus lui arracher le vase des mains : .vains efforts ; il se défendit et me fit retourner à ma demeure. 0 .

,An 522 [1128]. Cette année mourut TogdeLin , prince de Damas ; c'est lui qui avait défendu jusque-là cette cité contre les chrétiens. II eut pour successeur son fils Tag-el-moloucbourL La confusion ne tarda pas à se mettre dans ce pays, et le désordre fut surtout fomenté par les ismaéliens ou bâténiens et leurs adhérens. On lit dans Abouiféda que ces sectaires étaient protégés par le visir de Bouri , et qu'un de leurs chefs , appelé Abouloufa, en vint jusqu'à proposer aux Francs de leur livrer Damas , s'ils voulaient lui donner Tjr en échange. Les Francs j consentirent, et promirent de se trouver un certain vendredi devant Damas. Mais , dans l'intervalle , Bouri fut instruit du complot ; il fit venir le visir chez lui , et le tua de sa main. Il ordonna en même temps le massacre de tous les ismaéliens de la ville ;'et le peuple , qui les avait en horreur, en' tua plus de six mille. Cependant tes Francs arrivèrent au rendez-vous et formèrent le siège de la ville : on était alors au milieu de l'hiver ; comme ils rencontrèrent de la résistance, ils se retirèrent. Dans le même temps , un autre ismaelien , qui commandait dans

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Panées, iin« cette place aux chrétiens, et s'e'tabUt dans leurs provinces (l).

Pendant ce temps , vAiep n'était guère pins tranquille. On lit dans Kemateddin que Borsaki avait laisse deut fils, Massoud et un autre. Massoud prit possession d'AIep ainsi que de Moussoul, et se rendit auprès du sultan à Bagdad pour s'en faire donner l'investiture. Le sultan lui délivra à cet effet un diplôme avec lequel il reprit le chemin de la Sjrie. Mais peu de temps après, on le trouva mort dans son lit : qnelques-uos disent qu'il avait été empoisonné. Quoi qu'il en soît, Alep se trouva de nouveau dans la. confusion, et un certain Kotlog profita du désordre pour s'emparer de l'autorité. On rapporte que l'usurpateur eut soin , avant de monter à la citadelle , de s'informer de l'heure propice mai^

3 née par les astres. La suite fit voir qu'il s'était trompa 'heure ; car s'étant rois ù tyranniser tout le monde , le peuple prît les armes et^l'assiégea dans la citadelle. En valu Josselin Tint sur ces entrefaites; on lui remit une sonime d'argent ppur l'engager à se retirer. Les habitans d'Alep .tenaient toujours Kotlog assiégé : déjà ils avaient appelé les musulmans des environs à leur secours, lorsque Zengui, qui venait cTétre investi par le sultan de la principauté de Moussoul , fit mettre ses troupes en marche et devint souverain d'Alep.

De ZcDgai et de sa puissance.

On n'a vu jusqu'ici que troubles et anarchie parmi les puissances musulmanes de Syrie , d'Egypte et de Mésopotamie. Le calife de Bagdad en était réduit à ses seules prières. L'empire des sultans de la Perse était divisé et sur le penchant de sa ruine. Depuis la mort de Malek-schah , les princes Selgioukidcs avaient été presque continuellement en guerre , soit pour se disputer la couronne , soit pour étouffer des rebellions sans cesse renaissantes. Le même désordre régnait en Egypte. Par-tout les Francs dominaient. Tout-àcoup apparut un homme habile à la guerre, grand politique,

(i) Voyei, sur cette expédition, Guillaume de Tjr, lib. xiii, cap. S6.

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sévère et exact à rendre la piitice à ses peuples; ami de l'ordre dans ses états , prompt à entreprendre sur ceux des autres. Cet homme est Zengnî. li s'éleva en peu de temps à une grande puissance. Ce qui i'aida sur-tout aans'ton élévation et le rendit supérieur à ses voisins, c'est que, maigre ses crimes et ses perfidies, il eut l'art d'inteVesser les musulmans à sa cause. Il fut regardé comme le défenseur de l'islamisme c^ontre les chrétiens. II fut le premier qui resserra les Francs dans leurs domaines, et leur prit même une partie de leurs conquêtes^ II fut fameux par ses exploits, fameux encore par son fils Noureddin. Zengut est celui que nos vieilles chroniques appellent Sangtnnus,

Suite de tannée 522 [1128], Il est dit dans PHistoire des Atabecs que Zengui était fils d'Acsancar, ancien maître d'Aiep, et qu'il n'avait que dix ans lors de la mort de son père, trois ans avant l'entrée des chrétiens en Sytxe. Il fit ses premières armes sous Kerboga et Gek^rmisch, princes de Moussoul; il servit plus tard sous Maudoudet Borsaki; en un mot, se trouva à presque toutes les guerres qui furent faites contre les chrétiens. Il fut ensuite élevé au commande» ment de Vaset et de Bassora sur le Tigre, et enfin arriva par degrés a la principauté de Moussoul et d'Alep.

L'auteur de l'Histoire des Atabecs, près d'entrer dans le détail du règne de Zengui, s'exprime ainsi (i) :

u Avant de présenter l'histoire du règne de Zengui, nous retracerons d'abord l'état de faiblesse et de misère des musulmans, et la puissance des infidèles. Au moment où Zengui prit possession àes provinces , les Francs avaient étendu leurs conquêtes, multiplié leurs armées, répandu la crainte, établi la tyrannie, manifesté leur malice, dévoilé leur méchanceté, excité leur convoitise, et porté leurs invasions dans les terres de l'islamisme. Enhardis par la faiblesse des musulmans, ils ne cessaient de les attaquer , les persécutaient de toutes les manières, les inquiétaient, les tourmentaient, les exterminaient. Les étincelles de leur cruauté s'étaient répandues dans les contrées, et les peuples étaient environnés de leurs violences et en proie à leurs ravages. Les étoiles du bonheur de l'islamisme s'étaient abaissées

(t) Ce ptmge, dans roriginsl, est en prose rimée, et dans le style que nous pourrions appeler poétique.

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sons llionfe^ii, et le cid de m gloire s'était fendu; le soleil de ses destinées se caeliiùt ééxts les nuages; les drapeaux de l'infidélité se <iépIoyaieat sur les provinces musulmanes, et les victoires de i impiété accablaient les disciples de la foi. et L'empire des Francs s'étendait, à cette époaue, depuis Maridin et Schaiketan en Mésopotamie, jusqu à Qarisch , sur les frontières d'Egypte; et cie toutes les provinces de Sjrîe, AIep« Émesse, Hamah et Damas, avaient pu seules se soustraire à leur joug. Leurs troupes s'avançaient dans le Diarbecr jusqu'à Amide, sans laisser en vie ni adorateurs de Dieu, ni ennemis de l'erreur; et dans le Créziré jusqu'à Rassain et Niaîbe , sans laisser aux habitans ni effets ni argent A l'égard des musulmans de Racca et de Haran, ils étaient exposés à l'oppression et à la faiblesse, victimes de la barbarie et de la violence. Chaque jour les infidèles machinaient leur perte, troublaient leur repos, les jetaient dana la misère. Enfin , ils les réduisirent à in- Toqaer la mort et le trépas, et à envier le sort de ceux qui reposent dans les tombeaux. Hormis Rahaba et le désert, les chemins qui mènent à Damas étaient infestés de leun brigandages. Les niarchands et les vovageurs étaient obligés de s'enfoncer dans les précipices et les solitudes , en proie à la lassitude, à la fatigue, à la douleur, ou bien de mettre leur fortune et leur vie à la merci des Arabes. Le mal s'accrut, et la chose en vint au point que les infidèles ioh* posèrent un tribut et des taxes à toutes les villes voisines , à quoi eelles-ci se soumirent pour se préserver de leurs dévastations. Non contons de cela, ils envoyaient à Damas visiter les esclaves exposés au marché. S'il s'en trouvait de Grecs, d'Arméniens, en un mot, de chrétiens d'origine, ils leur donnaient le choix de rester esclaves ou de retourner dans leur patrie, an sein de leur famille, au milieu de leurs frères. Ceux donc qui voulaient rester, en étaient les maîtres; et ceux qui voulaient s'en aller, les Francs les prenaient avec eux. En faut-il davantage pour donner une idée de la fubiesse et de rabaissement des musulmans , de la puissance et de l'orgueil des infidèles-^ Quant à Alep, ils avaient leur part des revenus de son territoire, jusqu'au moulin situé a la porte des Jardins, à vingt pas seulement de la ville. Pour le reste de la Syrie , la situation des habitans était enoore plus déplorable. Lors donc que le Dieu très-haut eut jelé les yeux sur les princes mitaulmans , et

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qu'il eut tu Petat de, me'pris oà était tombe'e la religion véritable;'lorsqu'il eut reconnu ioi chefs horft d'état de prendre la défense de sa religion et trop faibles pour protéger ses adorateurs, lorsqu'il eut considéré la barbarie de ses ennemis, leur inhumanité, les calamités et les désastres qui affligeaient les fidèles, il s'attendrit sur l'islamisme et ses disciples , et résolut de faire cesser Tétat d'avilissement , l'esclavage et le deuil où ils étaient plongés. Il résolut de susciter contre les chrétiens un homme capable de les punir de leurs attentats et d'en tirer une juste vengeance. II voulut foudroyer \es. démons de la croix , comme il avait foudroyé ses .anges rebelles (1), déterminé à les détruire et à les anéantir. Aussitôt il chercha de i'oeil dans sa chère troupe de braves et dans l'élite de ses guerriers aussi sages qu'ardens , et il n'en vit pas de plus propre à ses desseins que le martyr Ëmad-eddin Zengui; il n'en vit point qui eut un cœur plus inébranlable , une vofonté plus ferme, une lance plus irrésistible et plus pénétrante; ainsi donc, il lui remit la porte des forteresses et le gouvernement de son peuple. 9

Rien ne prouve mieux que ce passage à quel point la puissance des chrétiens d'Orient s'était accrue, et combien ils s'étaient rendus redoutables aux nations musulmanes (9).

Le même auteur raconte ensuite l'élévation de Zengui à la principauté de Moussoul :

«Massoud, fils de Borsaki, n'ayant laissé en mourant qu'un frère en bas âge, celui qui était chargé de la conduite du jeune, prince, envoya deux députés à Bagdad pour demander au sultan l'investiture de la principauté de Moussoul en faveur de cet enfant. Les députés étaient le cadi Boha-eddin et un nommé Salah-eddin. Etant a Bagdad , ils firent la connaissance d'un certain Nassir-eddin , ami de Zengui, lequel les engagea à demander Zengui pour prince. Les députés allant

(i) Sur le dernier point, on peut consulter notre Description des Monumens musulmans du cabinet de M, le duc de Blacas, 1. 1 , p. 131^.

(s) Ce passage y si on le considère sous le point de yne littéraire , a encore un intérêt de pins ; on y trouve plusieurs ïàé^é qui n ont pas été dédaignées par le Tasse. On n'a qu*à lire le premier chant de la Jérusalem déUi^rée, à Tendroit où le poCte nous représente Dieu abaissant ses regards sur Farniée chrétienne, et cherchant de Tteil le chefillustra qui, devait arrtcbcr la ville sainte ao joug des infidèles.

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trouver le vistr du sultan , hii* dirent : u Tu sais que-ia Mëso- » potamie et la Syrie sont en f^oie aux ravages des Francs. 9 Depuis la mort deBorsaki, Taudace des chrétiens n'a plus 9 de bornes. Celui qui nous gouverne est un enfant; il nous « faut de nécessite un homme ferme et habile à la guerre , « qui puisse repousser l'ennemi. Nous te faisons connaître » i'e'tat des choses , afin qu'il n'arrive rien de fâcheux a l'isl»n misme et aux musulmans ; car c'est nous qui serions cou* n pables aux yeux de Dieu , et qui encourrions les reproches 9 du sultan. 9 Le visir ayant rapporte ces paroles au sultan , le prince demanda quel était i'e'mir qu'on jugeait le plus propre a la défense des musulmans. Les députes indiquèrent ZenguL Le sultan approuva ce choix , d'autant plus qu'il connaissait Zicngui, sa bravoure , ses talens et sa prudence. Aussitôt il fit venir les députés , et régla avec eux le tribut (1) que lui paierait Zengui ; il fit ses conditions. Après quoi on rédigea le diplôme d'institution , et Zengui fut déclare prince de Moussoul. n

L'auteur arabe continue en ces termes :

m A cette époque, les Francs^ que Dieu maudisse, étaient maîtres d'Édesse, de Saroug, et antres places en Mésopotamie» Les habitans de Haran avaient beaucoup à souffrir de leur voisinage, faute de troupes suffisantes et de maître en état de les défendre. Quand ils apprirent l'élévation de Zengui, rétablissement de son autorité dans la principauté de Moussoul, et l'amour de ses sujets pour lui, ils prirent courage, et, se souvenant des paroles de l'Alcoran, ils reconnurent qui! leur venait du secours de Dieu, et que la victoire était proche.. Ils envoyèrent donc offrir à Zengui de se soumettre à lui, et le supplièrent d'honorer leur ville de sa présence. Ce prince le fit avec empressement, assurant les habitans de sa protection, et flattant leurs espérances. Ensuite il écrivit à Josseiin, comte d'Edesse, et lui demanda une trêve de courte durée, voulant, avant tout, achever de soumettre les états dépendant de la principauté de Moussoul, en Syrie et en Mésopotamie; voulant aussi reparer les maux qui, depuis long-temps, affligeaient ses

(l) Cétait'Ie droit de vasselage. Mais en quoi consistait ce droit? tfcait-ii en argent, ou de toute antre natnre? C^t ce que Tanteur arabe ne dit pas.

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sajeUy et pcNureir, d'une manière stable , à la subsittaiice de aet troupes y en ieuc assûniant des terres particulières (des bénéfices militaires), enfin mettre d'abord ses guerriers à i'epreuTC pour juger de leur z^e et de leur bravoure. Il était sur-tout impatient de passer i'Euphrate, et de subjuguer Alep et le reste de la Syrie; il fit donc son arrangement avec Josselîn , comme il l'avait désire, et se trouva en peu de temps au terme de ses souhaits.

« Les Francs, que Dieu confonde, avaient réduit à la dernière faiblesse les musulmans de Syrie : ils ne cessaient de faire des courses sur leurs terres, et tenaient le pays comme assiégé, sans rencontrer ni opposition ni obstacle. Leurs

Kétentions ^accrurent , et ils n'aspiraient à rien moins qu'a ntière conquête de la Syrie , bien éloignés de penser à ce que le Dieu très-haut avait décidé dans les décrets de sa providence, à la vengeance qu'il était près de tirer de leurs attentats, au triomphe qu'il allait donner à l'islamisme, aux consolations qu'il devait verser dans le cœur des fidèles , et à la sécurité qui allait succéder à l'état d'angoisse.

ft Dès que les habitans d'Alep entendirent parler deZengui, ils lui envoyèrent des députés pour le toucher de compassion et implorer son appui. Zengui passa donc l'Euphrate et se porta sur Alep. Les habitans vinrent au-devant de Inî , et firent éclater en le voyant une joie et un plaisir dont Dieu seul peut se faire une tdée. Avouons que si Dieu n'avait fak aux musulmans la ffrâce de leur donner Zengui pour maître , c'en était fait de Ta Syrie. Jusque là, les Francs avaient trouvé dans Togdekin un obstacle à l'entier succès de leurs entreprises. C'est lui qui , au siège d'Alep, et en d'autres occasions , leur avait opposé de la résistance et les avait forcés à la retraite. Comme Dieu permit cette année qu'il mourut , le pays était à la veille de se trouver sans défense. On vit alors se vérifier cette parole de notre prophète : Monfmys ne demeurera jamais sans ami de Dieu et sans proieeteur de Im religion. Le Seigneur n'abandonna pas les musulmans; il mit à leur tête Zengui , que Dieu sanctifie son ame. Lors donc Que ce prince fut maître d'Alep , il y fit quelque séjour. Il y établit une bonne police, et s efforça de réparer les maux causés par les invasions continuelles des chrétiens, j»

L'année suivante , selon Kemal-eddin , Zengui alla faire sa cour au sultan , et se fit donner Tinvestiture de toutes les provinces occidentales (la Syrie). Le sultan aurait mieux

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Aime remettre la Syrie à Dobais ; mais le calife s'y opposa, vu que Dobais s'e'tait rendu indigne de cette faveur par son alliance avec tes chrétiens. Ainsi Zengui régna à-Ia^fois sur Moussool et Âlep.

Prei^iérei entreprises de Zengoi.

An 523 [1129]. Zengui commença d'abord par chercher à se fortifier en Syrie. II fit cette année l'acquisition d'un homme qui lui fut plus tard très-utile. On lit dans Kemaleddin qu'un émir extrêmement brave, nomme Savar on Asvar, quitta cette anne'e le service du prince de Damas pour entrer dans celui de Zengui. Ce prince lui confia le gouvernement d'Alep , et bientôt cet e'mir devint formidable aux chre'tiens.

Zengui .n*etait pas scrupuleux dans les moyens qu'il employait pour s'agrandir. Kemal-eddin rapporte le trait suivant : « La même année , Zengui vint de Moussoul en Syrie, et envoya demander du secours à Bouri, prince de Damas , comme pour faire la guerre aux chrétiens. Bouri lui envoya son fils Souneg, qui commandait dans Hamah. Zengui le reçut très-bien ; mais tandis qu'ib faisaient route ensemble, il le fit arrêter ainsi que ses émirs, et desarma son escorte. En même temps il s'avança sur Hamah , qui se rendit sans résistance. A cette nouvelle , Ksrcan , prince d'Emesse , vint lui offrir une somme d'argent pour se faire oeder Hamah. Zengui parut y consentir; il prit l'argent, et remit la ville à Kircan , un vendredi au matin. La prise de possession de Kircan fut annoncée au son des trompettes; à nûdîy la prière fut faite en son nom , et , dès que le soir fut venu, Zengui se saisit de lui, et marcha contre Émesse. Il ne cessa, pendant quarante jours, d'attaquer cette plaoe sans pouvoir la prenais. De temps en temps , pour effrayer les assiégés, il faisait étendre Kircan sur un sac de paille, et le faisait battre de verges , ou lui infligeait quelque autre peine du même genre. Voilà comment Kircan fut puni dès cette vie d'une partie de ses crimes ; car c'est lui qui avait porte Zengui à cette injustice, et voilà comment Dieu lui fit expier sa faute, n

Notre auteur a négligé de dire ce qu'aurait mérité Zen-

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gui pour expier la tienne. Ibn-Giouzi est le seul qui fasse observer quà la nouvelle de la manière é^t^r de Zengui avec le fils de Bouri, les princes voisins eclatèi^ent en in|ures et en malédictions contre lui , et le prirent en honneur.

An 524 [1130]. Cette anne'e, au rapport d'AbouUeda, Zengui alla attaquer Atareb, dont la garnison chrétienne inquiétait les habitans d'AIep , et faisait des courses jusqu'à leurs portes. L'armée chre'tienne étant venue au secours de la place , Zengui interrompit le sie'ge et mit les Francs en fuite. Un grand nombre de chre'tiens furent faits prisonniers , et le nombre des morts fut consideVabfe. Zengui retourna ensuite devant Atareb » et , j entrant de force , fit raser la citadelle, qui ne se releva plus de ses ruines.

Zengui e'tait favorisé dans ses entreprises par les divisions qui s'élevèrent alors parmi les chrétiens. Boémond, qui régnait sur Antiocbe, était encore fort jeune, et sa mère, fille du roi Baudouin , avait toute l'autorité. Cette princesse , au rapport de Kemal-eddin , tenta de s'emparer de f autorité , au préjudice de son fils. Heureusement le roi Baudouin , en qudite de protecteur d'Antioche j accourut avec ses troupes et rétablit le bon ordre.

An Ô2Ô [1131]. Cette année et les années suivantes ne furent marquées par aucun événement important. On se borna de part et d'autre ^à se surprendre et à se piller. Cétait Josselin, comte d'Edesse, qui attaquait Savar, et Savar qui attaquait Josselin ; ou bien les Turcomans qui venaient du fdnd de la Mésopotamie sur les terres de Tripoli, pour y commettre des déprédations. Ils battirent même dans une rencontre le comte de Tripoli , et l'assiégèrent dans le château de Barin. D'un autre coté, les chrétiens du royaume de Jérusalem venaient ravager les terres de Damas , et les guerriers de Damas envahissaient les campagnes de Tîbériade, d'Acre et de Nazareth. Ces derniers s'emparèrent de Panéas, et s'en retournèrent à Damas, menant leurs prisoBniers liés avec des cordes, et portant les tètes des morts au bout de leurs piques.

Ibn-alatir rapporte encore, sous la date de l'an 530, ou 1 1 35 de J. C. , que les garnisons musulmanes d'AIep et de Hamah dièrent ravager les terres de Laodicée, et en emmenèrent neuf mille personnes , hommes , femmes et enfans. Ils enlevèrent de plus cent mille pièces de bétail , telles que chevaux, mulets, oœufsi moutons, ânes, £io. La Syrie

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fut remplie de prisonniers chrétiens et de bestiaux , ce qui, ajoute Fauteur, causa une joie générale. Il dit aussi, en parlant des deVostations commises sur le terriroîre. d'Acre et de Tiberiade, que les Francs en eurent comme Us bras cassés.

An 531 [1137]: Ibn-olatir continue ainsi : a Zencui attaqua cette anne'e Borin , située dans le voisinage de Hamali , et l'une des plus fortes places chrétiennes; et comme les Francs s'avançaient pom* la secourir, il marcha à leur rencontre et en ht un grand carnage. Après la bataille , les de*^ bris de l'armée, chrétienne se réfugièrent dans Borin , où il les tint assises, en leur eoupapt toute communication au dehors (l). Ce fut au point qu'ils ne purent recevoir aucu^p nouvelle de leur pays., tant la garoe s'y faisait avec exactitude (3). ....

u Cependant les.. prêtres et les. moines parcouraient les villes et les campagnes pour appeler les chrétiens i^ux armes. Ib dirent que si Barin se rendait, Zengui s'emparerait aisément des autres places chrétiennes , et irait attaquer Jérusalem, entreprise que les musuhnans avaient plus à cœur ' qu'aucune autre. Les Francs se rassemblèrent donc , et il arriva ce que nous allons raconter» Les guerriers qui defen^ daieUt Barin, avaient d'abord mqntre de ia resolution ; maïs comme ils ne s'étaient pas attendus à soutenir un siège , ils manquèrent bientôt de vivres , et offrirent de: capijtujfer. Zengui rejeta d'abord leur demande. Apprenant ensuit^ que les Francs avaient assemble de nouvelles forces,,., et venaient à lui , il se contenta de cinquante mille pièces. 4'or;, et laissa sortir les assièges. Les chrétiens étaient à peine dehors , qu'ib connurent l'approche de Içurs frères : ils jeurenjt alors du regret d'avoir livre Barin ; mais leur repentir venait un peu tard. Les babitans des environs,, ajoute Tauteur,

\ • '..i.i'iK'.i

(f) An nombre de eenxquite râîigièreikt.dans^Barili>.ëttit le

roi de MrQMiem, Pouiqnes^ comte d* Angers, ieqael est noi^mëtpcr

Kemal-eddw jf^, (>m^ pa» cormptioii au mot eomtê d'Angle. CTest «ans doute la même penMNme que .f historien arménien Malbieo dlSdette appelle Conta^a. Voyez les Notices et Extraits des manuscriis de la Bibliothèque du Roi, tom. ix , p. 993.

(%) En effet, si Ton en croit l'aitear 4#> Vffis faine, deAi A^a^ees, Zengni avait établi une .discipline très-séy^^ parmi ses troupes , et telle qaon nco connaissait pas d'ci^emple avant lui, /

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àVaient beancoup i sottflSrir da voisinage de Barin ; mais dès ce moment, ils parent yrrre tranquilles, les cites se repeo* (lièrent et les revenus s'accrurent.

m Zengui prit aussi Cafartab et Marra aux Francs. Un des plus beaux traits de sa vie , c'est sa conduite envers Marra. Lorsque les Francs s'emparèrent de éette ville (en 491 }, ils s'approprièrent les biens des habitans. Cette année les anciens propriétaires , ou ceux qui avaient berite de leurs droits, se présentèrent à Zengui, et demandèrent à rentrer dans leurs proprie'te's. Zengui leur dit de montrer leiirs titres. '«Nous n'en avons point, repondirent-ils ; quand les Francs n vinrent ici, ils prirent nos biens et détruisirent no4 titres, s Alors il envoya chercber les registres d^Alep; et tous ceux qui y étaient mentionnes comme imposes pour un bien quelconque , furent remis en possession dé ce bien. Cest la un trait vraiment digne d^un roi! *

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