‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 10 sur 88 · OBSERVATIONS PRELIMINAIRES. XXV · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRELIMINAIRES. XXV

faits très-importans. Il est certain que certaines parties de cet ouvrage sont cTun grand intérêt. En téte on trouve, en lettres d'or, le nom d'un des fils et successeurs de Kélaoun , à qui apparemment l'ouvrage avait appartenu. Mais , dans le cours du volume , l'auteur renvoie à des événemens qu'il avait racontés long - temps avant le XIIIe siècle de notre ère; d'un autre côté, H fait mention de princes qui n'ont régné que dans le XVe siècle (1). On peut induire de là que le titre et la préface n'ont été mis qu'après coup, et que c'est ici un volume dépareillé. Ces supercheries sont communes dans un pays où l'on ne fait guère usage que de livres écrits à la main , et où les manuscrits ne portent ni pagination ni titres courans. H en était de même en Europe, dans le moyen âge. Pour nous, ne connaissant pas au juste le nom de l'auteur, nous l'avons cité sous celui d'Yaféi.

Gémal-eddin (Mohammed Ibn-salem), auquel on doit des renseignemens précieux sur la première croisade de S. Louis, était né à Hamah en Syrie, Tan 1207, et fut pendant long-temps cadi de cette ville. En 1243 , lorsque les Kharismins envahirent la Syrie et la Palestine , il se retira en Égypte*-H s'y trouvait encore lors de l'invasion de S. Louis. Comme H était logé dans la maison du gouverneur du Caire, et que ce gouverneur fut plus tard chargé de négocier avec le roi , il fut à portée de recueillir des notions exactes sur les événemens de cette époque. En 1260, il fut envoyé par le sultan Bibars en ambassade auprès de Mainfroi, fils naturel de l'empereur Frédéric II, et roi de Naples et de Sicile. Il passa plusieurs années en Italie, vivant dans l'intimité avec Main-

Ci) Voyea, dan» le volume arabe , a l'an 650 de l'hégire.

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froi. A son retour, il se fixa dans sa patrie et mourut en 1298, revêtu des fonctions de cadi des cadis.

L'historien Aboulféda , qui avait étudié sous Gémaleddin , en fait un grand éloge. « C'était, dit -il, un homme d'un mérite distingué, et qui se fit une belle réputation par ses vastes connaissances dans la dialectique, la géométrie, l'astronomie, la jurisprudence et l'histoire. Je l'ai beaucoup fréquenté a Hamah , et c'est iui qui m'aplanit les difficultés qui m'arrêtaient dans ia lecture d'Euclide. »

Gémal-eddin avait composé plusieurs ouvrages , dont les principaux sont : 1° une histoire générale, commençant probablement avec l'islamisme ; 2° une histoire du sultan Malek-saleh, le même qui régnait en Egypte au moment de l'invasion de S. Louis; 3° une histoire des Ayoubites ou princes de la maison de Saladin , intitulée Remède contre le chagrin (l).

L'ouvrage que nous avons cité sous le nom de Gémaleddin, consiste dans un volume sans frontispice, qui, placé à la suite des six volumes d'Ibn-alatir, était censé faire partie de la chronique de Thabari (2). H commence à l'année 635 de l'hégire [1237 de notre ère], c'est-à-dire, sept ans après l'époque où finit le dernier volume d'Ibn-alatir. Les premières pages portent encore les traces de la violence, et ce n'est qu'après les deux tiers du volume que l'auteur est appelé par son nom. Là, un nouvel écrivain, nommé Ali Ibn-abd-alrahim , et qui était employé dans les bureaux de la secrétairerie d'état des princes de Hamah , prend la parole, et déclare que l'auteur s'était arrêté là ; et que bien que

(0 ljjjSZ)\ çjsu ■ y oyez Abouifeda, Annales moslemici, 1. 1 , p. 458 ;'t. V, p. ità et suiv.

(î) Voyez ci-devant, p. xiij.

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l'auteur fût encore en vie, il a jugé convenable de continuer son travail. II reprend donc le récit de Gémaleddin, elle poursuit jusqu'au temps où il écrivait, c'est-àdire , vers la fin du XIIIe siècle.

Auquel des ouvrages de Gémai-eddin doit se rapporter le volume dont il est ici question? Nous l'ignorons. Peut-être est-ce la dernière partie de l'histoire des Ayoubites. Du moins il est certain que, dans toute la première partie, il n'est guère parlé que des princes de cette famille.

A l'égard du mérite littéraire de l'ouvrage, la rédaction en est fort négligée : Gémai-eddin est d'une diffusion rebutante ; ses idées s'offrent presque sans ordre ( 1 ). La manière d'ibn -abd-alrahim est encore plus défectueuse : fauteur oublie les faits les plus importans pour s'occuper de détails sans intérêt ; l'un et fautre récit cependant nous ont été d'une grande utilité.

Aboulféda (Émad-eddin Ismael) était issu du même sang que Saladin , par la branche des Ayoubites qui régnait sur Hamah. Fidèle aux exemples que ses ancêtres lui avaient laissés, . on le voit, dès loge de douze ans, assister, en 1284 , à la prise du château de Markab sur les chrétiens (2). Il se trouva en 1289 à la prise de Tripoli ; enfin , Tannée suivante, il contribua à la conquête de Saint-Jean-d'Acre et à fentière destruction des colonies chrétiennes. Après diverses vicissitudes, Aboulféda fut investi de la principauté de Hamah. H mourut, âgé de soixante ans, en 1331.

Les nombreux ouvrages d'Aboulféda attestent ses

(!) On trouvera ci-après, p. 520 , note, un exemple de son peu de critique.

(î) Voyci ci-apre», p. :»i0.

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connaissances dans l'histoire, la géographie, tes mathématiques , l'astronomie. Celui qui nous intéresse en ce moment est intitulé Abrégé de F histoire du genre humain (l).

Cette chronique, composée dans un temps où les livres étaient rares, et où il fallait qu'un ouvrage tînt lieu de tous les autres, commence à la création du monde, et se termine au temps oii vivait l'auteur. La portion qui précède Mahomet, est traitée d'une manière trèsrapide; ce n'est qu'en avançant que les détails se multiplient, jusqu'à ce que l'auteur, arrivant à son temps, se livre à de longs développemens. Il résulte d'un plan aussi bizarre, commun du reste à nos chroniqueurs, et « même suivi quelquefois par les auteurs grecs du moyen âge, que les derniers siècles occupent une place hors de proportion avec celle des premiers.

Cette histoire est une compilation abrégée des principaux ouvrages historiques publiés antérieurement, et il serait difficile de déterminer ce qui appartient en propre à l'auteur. Il avoue lui-même qu'il en a pris la meilleure partie dans les annales d'Ibn-alatir ; et en effet, rl le copie souvent mot à mot. Toutes les portions n'en sont pas traitées avec le même soin. Vainement y chercherait-on des notions un peu étendues sur les dynasties musulmanes répandues dans l'Afrique et en Espagne. Le peu de mots que l'auteur dit sur les états chrétiens d'Occident prouve que la connaissance de ces pays lui

(0>âJi jU^I £ ->-axijJI qI**— • Voyez les Mon. orient, de la Bibl. du Roi, ancien fonds, n14 615 et 615 A , et fonds Saint- Germain, n°» 119 et loi. Ce dernier exemplaire est la copie même faite par l'auteur; quelques cahiers seulement qui manquaient ont été écrits par une autre main : ce n'est, au reste, qu'une première rédaction ; et cet exemplaire est plus précieux par les souvenirs qu'a laissés fauteur, que par l'usage qu'on en peut faire.

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était à -peu- près étrangère : quelquefois aussi il n'a pas recouru aux sources fes plus pures. On peut lui reprocher d'être moins exact sur les révolutions qui agitèrent rÀsie mineure, vers les temps des croisades, qu'Aboulfarage, qui avait écrit avant lui. Quanta la partie consacrée aux sultans mameloucks d'Egypte et de Syrie, l'auteur tait souvent les faits les plus importans, tandis qu'il se complaît dans des détails minutieux. On ne doit point perdre de vue que, sa principauté étant à la merci des monarques égyptiens, il ne pouvait sans danger présenter un tableau trop véridique des crimes qui ont souillé l'histoire de ces princes.

L'histoire d'Aboulféda passe cependant, et avec raison, pour le monument historique des Arabes le plus important qui ait été publié en Europe. La partie qui est postérieure à rétablissement de la religion musulmane, a été imprimée avec une traduction latine et des notes (l). Le succès qu'a obtenu l'ouvrage n'est pas seulement fondé sur la longue suite des siècles qu'il embrasse ; on ne peut refuser à l'auteur le mérite de nous avoir cogservé, sur bien des points, des faits que nous ne connaissons que par lui.

En 1797, T Académie de Goettingue, voulant rappeler Tattention sur des événemens qui faisaient presque Tunique pensée de nos pères au moyen âge, proposa de ^terminer en quoi consistaient les faits transmis par les écrivains arabes sur les guerres des croisades. Pour cela, elle voulut qu'on indiquât tout ce qui se trouve rapporté par Aboulféda, en l'accompagnant de ce qui avait été dit

(l) L'édition a paru à Copenhague, de 1789 à 1794 , en cinq volume* in-4°, sous le titre <F Annales moslemici. L'auteur de la traduction est le savant Reiske; celui qui a surveillé l'édition est le savaut M. Adler, qui y a fait quelques améliorations.

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