‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 13 sur 88 · EXTRAITS DES HISTORIENS ARABES · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES HISTORIENS ARABES

Au moment où les croises parurent sur la scène , l'Orient présentait le spectacle du de'sordre. L'empire fonde' par les premiers successeurs de Mahomet était dissous, et des peuples venus du fond de la Tartarie occupaient la plus belle partie des contrées soumises par les Arabes. Les Turcs, autrement appelés Tureomans , passant l'Oxus sous la conduite des enfans de Selgiouk , s'étaient successivement empares de la Perse , de la Me'sopotamie , de la Syrie et de l'Asie mineure; en ce moment, ils menaçaient à-la-fois l'Egypte et Constantinople.

11 ne restait aux empereurs grecs que de faibles de'bris de leurs anciens domaines. Presque tous les pays situes au-delà du Bosphore reconnaissaient les lois de Mahomet; il en était de même des anciennes possessions des princes chrétiens d'Arme'nie et de Géorgie; les pays montagneux seuls avaient conserve' leur indépendance. Cependant la population des cites subjuguées par les musulmans était en grande partie chrétienne; les villes étaient habitées presque en entier par des chrétiens d'origine grecque, syrienne, arménienne et géorgienne. Les vainqueurs, habitues à la vie nomade, préféraient le séjour des campagnes , et y partageaient avec certaines tribus d'origine arabe la culture des bestiaux.

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D'un autre côte , la domination arabe se bornait presque à l'Egypte, à l'Afrique et à une partie de l'Espagne. Environ deux siècles avant les croisades, un aventurier, se disant issu de Mahomet par sa fille Fatime , était parvenu à mettre dans ses intérêts les musulmans d'Afrique , et un de ses descendans régnait encore sur les cotes d'Afrique, sur l'Egypte et une partie de la Syrie. A l'égard du calife de Bagdad, qui appartenait également, par Abbas, oncle de Mahomet, au sang du prophète, et dont les ancêtres avaient si long-temps règne sur les nations musulmanes , il était réduit à la seule puissance spirituelle, et les Turcs le lai* saient trembler jusque dans sa capitale.

Aux divisions politiques s'e'taient jointes les divisions religieuses. Les califes de Bagdad et ceux d'Egypte, se prétendant également seuls et légitimes pontifes, se traitaient réciproquement d'intrus et d'hérétiques , et les peuples s'étaient partages entre les deux compétiteurs. Les califes d'Egypte avaient en leur faveur les peuples qui reconnaissaient leur autorite' temporelle. Les califes de Bagdad triomphaient par-tout où avaient pe'ne'tré les armes turques. Les Turcs qui étaient partis de la Tartane sans connaître aucune religion positive, trouvant la doctrine des pontifes de Bagdad établie en Perse, l'adoptèrent sans hésiter, et leurs conquêtes successives lui donnèrent un nouveau crédit.

Au milieu de ces controverses , il s'était forme' diverses sectes dont il reste encore des traces. La principale était celle des ismaliens, autrement appelés bateniens, d'un mot arabe

3111 signifie secret, et assassins, d'un autre mot arabe oui . esigne une boisson enivrante. En effet, ces sectaires taisaient profession d'une doctrine indépendante de tout culte extérieur , et avaient recours à l'ivresse pour se mettre en eut de commettre les actions les plus horribles. Les ismaliens qui plus tard s'établirent dans les montagnes voisines de Tortose et de Tripoli , et dont le nom a servi depuis a désigner les plus grands attentats, étaient alors répandus dans toute la Syrie et dans les contrées voisines. D'abord attaches à la doctrine des califes d'Egypte, et ne pouvant se manifester au dehors , ils s'étaient crée une religion qui n'admettait pas de devoirs, et ils étendaient par-tout le trouble et l'effroi.

D'ailleurs , l'esprit de faction était devenu gênerai. C'est sous le sultan Malek-schah , trente ans seulement avant les croisades , que la puissance des Selgiookides avait acquis

son plus grand développement. Cest sous le règne de ce prince que les Turcs avaient envahi la Syrie et l'Asie mineure. Mais a sa mort, ses enfans se disputèrent l'autorité' , et l'esprit d'indépendance s'empara des commandans de province.

A l'arrivée des croises, Nicée, Icône et la meilleure partie de l'Asie mineure, ne reconnaissaient pas d'autres lois que celles du (ils d'un cousin de Malek-schah, à savoir, Kiligarslan , fds de Soliman. Une autre partie de l'Asie mineure, au nord de la Syrie, obéissait à un émir appelé Kemcschtekin.

Le désordre s'était communique' à la Mésopotamie, pays limitrophe du centre de la puissance des Selgioukides. Kerboga, nomme' par le sultan de Perse gouverneur de Moussoul , s'e'tait rendu presque indépendant; il en e'tait de même de la plupart des émirs du pays.

Mais nulle part l'esprit de licence n'avait fait plus de progrès qu'en Syrie. Dans cette contrée , il y avait presque autant de principautés que de villes , et chaque principauté était en guerre avec celle qui l'avoisinaît. Redouan et Deccac, fils de Toutousch, frère de Malek-schah, dominaient sur Alep et Damas. Bagui-sian commandait dans A ntioche.

Les provinces égyptiennes n'étaient pas plus tranquilles. Le calife du Caire vivait enferme' dans son palais , et le viair exerçait toute l'autorité'. Les Égyptiens étaient alors maîtres de Tyr, de Si don , d'Ascalon et des autres villes maritimes de Phénicie et de Palestine; ils étaient même parvenus, à l'aide du desordre , à rentrer dans Jérusalem. Mais le gouvernement avait perdu toute conside'ration , et les villes frontières étaient pour ainsi dire abandonnées à ellesmêmes.

Les auteurs arabes ne parlent pas des différentes troupes de croisés qui arrivèrent les premières à Constantinople et trouvèrent la mort dans les provinces qui avoisinent Nicée. A le'gard de l'armée conduite par Oodefroi et ses compagnons, ils se contentent de dire en quelques mots qu'elle prit Nicée, qu'elle remporta, dans son passage au travers de l Asie mineure, plusieurs avantages sur le sultan Kilig-arslan, fils de Soliman, et qu'elle pénétra en Syrie par les défilés de la Cilicie. Ce n'est que dès ce moment qu'ils commencent si entrer dans quelques détails sur les guerres que se firent les musulmans et les chrétiens d'Occident. Ils n'appellent

jamais ceux-ci que du nom de Francs, La gloire et les conquêtes de Charlemagne avaient eleve' ce nom au-dessus de tous les autres; il se re'pandit dans l'Orient et s'y conserve encore. II suffira donc d'avertir qu'on entend par cette dénomination les Français, les Italiens, les Anglais, les Allemands , les Danois et les peuples chrétiens d'Espagne ; en un mot, que toutes les nations de l'Europe s'y trouvent comprises, à la reserve des musulmans d'Espagne , des Grecs de Constantinople et des peuples sauvages du Nord, qui ne prirent jamais part aux croisades.

Arrivée des croises en Syrie. — Prise (TA mioche.

An 490 de Théâtre [ i 097 de J. C.J. Kemal-eddin , auteur de l'Histoire d'Alep , après avoir parle des divisions qui re'gnaient à cette époque entre les divers princes des villes de Syrie, ajoute qu'ils avaient fait trêve à leurs querelles particulières, et qu'ils s'e'taient tous tournes contre Genaheddaule, prince d'Emesse, lorsque l'on commença a entendre parler de l'approche des Francs. A cette nouvelle, Baguisîan, prince d'Antioche, dit : a Je ferai mieux de retourner » à Antioche et d'y attendre les Francs. » Là-dessus les confédérés se séparèrent.

Kemal-eddin continue ainsi : « A peine Bagui-sian fut-il de retour à Antioche, qu'il apprit que les Francs étaient entres dans Belane, à peu de distance d'Antioche, et avaient mis cette ville au pillage. Il envoya aussitôt ses deux fils appeler du secours de toute part. L'un alla à Damas , à Emesse et auprès des tribus arabes qui occupaient les campagnes voisines ; le second s'adressa aux Turcomans , à Kerboga, prince de Mousson I , et aux maîtres des régions situées à l'orient de la Syrie. Tous les musulmans furent invites à prendre la défense de l'islamisme.

n Tout-à-coup une flotte chrétienne de vingt-deux vaisseaux 1 , venant de l'île de Chypre, aborda à Laodicee, saccagea cette ville et se remit en mer.

» Les Francs étaient entres en Syrie du côte du septen-

(l) Cette floue était composée de pirates flamands.

{non. On estimait leur nombre à trois cent vingt mille hommes. Dès le S du mois de schoual [mois de septembre], ils attaquèrent Bagras et étendirent leurs courses sur le territoire d'Antioche. Cette ville fut bientôt menacée ellemême. Aussitôt les forteresses et les places voisines, habite'es en grande partie par des chrétiens , se soulevèrent et e'gorgèrent les garnisons musulmanes. C'e'tait l'effet de la mauvaise conduite de Bagui-sian et de son gouvernement tyran uique. Les chrétiens arrivèrent devant Antioche le 28 du mois, n

An 491 [1098 deJ. C.J. C'est toujours Kemal-eddin qui parle. « Au commencement de cette année, les Francs envoyèrent un détachement de trente mille hommes pour ravager la principauté d'Alep. En ce moment, Deccac , prince de Damas , s'avançait avec le fils de Bagui-sian et les troupes de Syrie au secours d'Antioche. Il prit avec lui une partie de l'armée, et, tombant sur les Francs, il en tua un grand nombre. Quant au fds de Bagui-sian , il avait quitte' l'armée et e'tait aile implorer le secours de Redouan , prince d'Afep. Redouan lui fournit quelques troupes; Socman,fiIs d'Ortok, ancien maître de Jérusalem , y joignit les siennes. Le fils de Bagui-sian retournait avec ces renforts vers Antioche, lorsqu'il rencontra un corps de chre'tiens qui, bien qu'inférieurs en nombre , le mirent en fuite et le poursuivirent jusqu'aux portes d'Alep.

* Les Arméniens qui habitaient Harem, entre Alep et Antioche, crurent l'occasion favorable pour secouer le joug des musulmans. Ils vinrent même faire des courses sur le territoire d'Alep ; mais ayant été surpris par les troupes du pays, on les conduisit à Alep, où ils furent tous massacres au nombre de plus de quinze cents.

«Les Francs, que Dieu maudisse! étant arrive's devant Antioche , avaient creuse' un fossé entre eux et la ville : leur dessein e'tait de se garantir des attaques de la garnison , qui faisait de fréquentes sorties. Bagui-sian envoya demander du secours de tous côtés. Déjà Kerboga avait rassemblé des forces considérables et venait de passer l'Eu pli rate (l). Tous les princes de Syrie, si l'on excepte Redouan, allèrent le

(l) II avait avec lui, selon Abonlfarage, cent mille hommes de

{oindre. Dans le nombre, on remarquait Deccac} prince de Damas ; Genah-eddaulé , prince d'Emesse ; Socman , fils d'Ortok, et Vatab, fils de Mahmoud, chef de quelques escadrons d'Arabes nomades. L'armée musulmane se trouva rassemblée à la fin de gioumadi second [mois de mai] dans les environs d'Alcp, et se mit aussitôt en marche vers An~ tiochc.

« II y avait dans cette ville un homme connu sous le nom de Zerrad , ou faiseur de cuirasses; on l'avait prépose' à la garde de l'une des tours. Cet homme, voulant se venger de Bagui-sian , qui lui avait enlevé' ses richesses, e'erivit à un des chefs de l'armc'e chrétienne appelé' Boémond ces paroles : « Je suis dans telle tour; je te livrerai Antioche, si tu 9 me promets avec la vie telle et telle chose. • Boemond souscrivit à tout; mais il se garda bien de parler de cette correspondance aux autres chefs. L'armée chrétienne était commandée par neuf chefs , à savoir : Godefroi , le comte Baudouin son frère, Boémond, Tancrède fils de la soeur de Boemond, Raymond de Saint-Gilles et autres. Boemond les fit assembler et leur dit : « Si nous prenons Antioche, qui » en aura la souveraineté'? » Là-dessus il s'éleva un vif débat, et chacun voulut être maître de la ville. Alors il reprit : « Que chacun de nous commande le siège pendant » une semaine, et que la ville soit au pouvoir de celui sous n le commandement de qui elle aura été prise. » Tous se rangèrent de cet avis. Quand le tour de Boémond fut venu, le faiseur de cuirasses , que Dieu maudisse ! jeta une corde aux soldats de ce prince. On était alors dans la nuit du jeudi 1er de regeb [commencement de juin]. Ils escaladèrent les murs ; ceux qui arrivèrent les premiers aidèrent aux autres ; et dès qu'ils furent en nombre suffisant , ils attaquèrent les sentinelles et les massacrèrent. Voilà comment Boémond prit Antioche. Quand le jour parut, les Francs se disposèrent à se répandre dans la ville. Au bruit qui s'éleva, Bagui-sian s'imagina que la citadelle aussi était au pouvoir des chrétiens; il sortit aussitôt de la ville avec quelques fuyards, et courut quelque temps n'ayant plus qu'un de ses gens avec lui. II tomba de cheval; cet homme le releva; il tomba encore , cet homme l'abandonna ; un moment après un bûcheron arménien passa près de Bagui-sian , lui coupa la téte et la porta à Antioche.

n On ne saurait décrire le nombre des musulmans qui

souffrirent eo ce jour le martyre. Les Francs pillèrent la ville et réduisirent les musulmans qui vivaient encore en servitude. 9

Tel est le récit deJtemal-eddin. Un autre écrivain, appelé' Ibn-giouzi, nous apprend de plus que Bagui-sian,à la nouvelle de l'approche de l'armée musulmane, avait fait sortir tous les chrétiens d'Antioche. A en croire cet auteur, ce fut par une fenêtre grillée que les croises s'introduisirent dans la ville ; et celui qui la leur ouvrit se nommait Firouz. Baguisian, ajoute-t-il , s'enfuit précipitamment, abandonnant sa famille et ses biens; mais à peine fut-il à une certaine distance , qu'il eut du regret d'être parti si vite. II descendit de cheval, se jeta de la poussière sur la tête, versa des larmes et se frappa la poitrine; puis il fut tue par un bûcheron arménien.

Enfin un auteur cite' par Ibn-giouzi, et nomme' Abou-yali, prétend que ce furent quelques habitans d'Antioche qui , pour se venger des mauvais traitemens de leur prince , livrèrent une tour aux Francs à prix d'argent. Le même auteur ajoute qu'environ trois mille musulmans se retirèrent dans la citadelle et se préparèrent à s'y défendre.

Combat auprès d'Antioche. — Défaite des Musulmans

Nous allons de nouveau laisser parler Kemal-eddin. « Cependant les chefs de l'armée musulmane étaient déjà arrives à Artah. Un de leurs de'tachemens surprit les Francs au pont de fer qui est sur POronte, et les tailla en pièces. Ils s'approchèrent ensuite d'Antioche; et apprenant que la citadelle tenait encore, ils reprirent courage; ils arrivèrent devant cette ville un mardi 6 de regeb (1). Les Francs s'y trouvèrent assièges. En même temps, Kerboga se mit en communication avec la citadelle, et y fit entrer un de ses lieutenans pour la commander ; mais la division ne tarda pas à se mettre dans l'armée musulmane. Une haine implacable existait entre Deccac, prince de Damas, et son frère Redouan , prince d'Alep. C'est pour cela que ce dernier n'avait

(l) Cétait quelques jours seulement après que les chrétiens y étaient entrés.

pas pris part à cette expédition. Deccac ayant découvert que Kerboga et Redouan s'envoyaient de fréquens messages , craignit pour lui-même et se mit sur ses gardes. Dans le même temps une partie des Turcs et des Arabes se prirent de querelle; plusieurs Turcomans même se demandèrent à l'instigation de Redouan (l). On finit pourtant par se mettre d'accord , et il fut résolu qu'on viendrait s'établir dans la plaine auprès d'Antioche. Les musulmans se déployèrent devant la porte de la mer, et creusèrent un fossé entre eux et la ville. Pendant ce temps, les Francs, en proie à la disette, étaient réduits à se nourrir de cadavres et des animaux qu'ils pouvaient se procurer. Le 26 de regeb, ils sortirent en armes. Les uns étaient d'avis de les faire rentrer ; les autres proposaient de n'en laisser sortir qu'un petit nombre à-la-fois, afin de les tuer les uns après les autres (i). Comme on se croyait sur de vaincre, on négligea de s'arrêter à aucune mesure. Au moment ou l'armée s'ébranla , les Turcomans y mirent le désordre, de manière qu'elle s'enfuit sans combattre. Les Francs crurent d'abord que c'était une ruse; ils s'abstinrent de poursuivre les musulmans, et cette erreur fut le salut de tous ceux à qui Dieu voulait conserver la vie. Kerboga se voyant seul avec une partie des troupes , abattit ses tentes et se dirigea du côte d'Alep. Il n'avait péri aucun homme de marque; le carnage ne tomba quç sur des volontaires, des valets et des goujats de l'armée. Mais les effets , les provisions de bouche et les bagages qu'on abandonna aux chrétiens, se montaient à des sommes immenses. Tous ceux qui dans la retraite s'écartèrent du gros de l'armée, furent dépouillés par les Arméniens du pays.

» Après cette victoire, les Francs attaquèrent la citadelle et la reçurent à composition. Le commandant fut retenu dans la ville, et la garnison escortée jusqu'aux confins de la principauté d'Alep, où elle fut attaquée par les Arméniens du pays et détruite en partie. Quant à Kerboga, à son arrivée près d'Alep, il reçut de Redouan les secours qui lui étaient nécessaires et continua sa marche vers Moussoul.

(l) Aboulféda fait mention <Tane nouvelle circonstance : il dit que Kerboga en osa mal avec les émir», et les traita avec hanteur, ce qui les indisposa contre lui.

(l) Suivant Aboulfarage , Kerboga les laissa tous sortir, afin, disait-il, qu'il n'en put échapper aucun.

Les troupes de Damas et des autres villes de Syrie rentrèrent aussi dans leurs provinces , et toute l'armée musulmane se trouva disperse'e. »

Écoutons maintenant !e récit dlbn-giouzi : u Les princes musulmans, dit-il, unirent leurs forces et vinrent tous ensemble assiéger les Francs dans Antioche. A l'égard d'Afdal, premier ministre du calife d'Egypte (l), il n'envoya aucune troupe. J'ignore pourquoi, ajoute-t-il, car ii avait de l'argent et des hommes en abondance. Les Francs se trouvant presses dans Antioche et re'duits à se nourrir de feuilles d arbre, le comte de Saint-Gilles, homme adroit et plein d'artifice, imagina !a ruse suivante, de concert avec un moine. Le moine enfouit une lance dans un certain lieu; après quoi il dit aux Francs : « J'ai vu en songe Jesus-Christ, qui m'a dit : y» Il y a dans tel endroit une lance sous terre; cherchez-la; m si vous la trouvez, vous serez vainqueurs; car c'est la » lance dont j'ai été percé. En conséquence, jeûnez pendant n trois jours, adressez à Dieu vos prières et faites des au- 9 mônes. » Au troisième jour, les Francs se rendent avec le moine au lieu désigne: ils se mettent à creuser et trouvent la lance. A cette vue, ils crient au miracle, ils jeûnent, font des aumônes , sortent contre les musulmans et les mettent en de'route. »

Ibn-giouzi cite encore le te'moignage d'Abou-yali , qui ne peut s'empêcher de s'e'tonncr que des hommes re'duits à la dernière extre'mite' eussent défait les musulmans, réunis en nombre infini, et soutenus de toutes les ressources possibles.

Aboulfarage a e'galement dit quelques mots sur l'e'tonnante victoire remportée par les croises , avec cette différence qu'il l'attribua^ non à la découverte d'une lance, mais à celle du bâton qui servait à l'apôtre S. Pierre (8).

(l) L'auteur donne à Afdal le titre d'émir algioiousc h rfot^ Jtr*K ou chef de» armées; c'est le titre qu'Albert d"Aix a écrit par cor-

(s) Telle est la Tersion bTAbouIfarage dans sa Chronique arabe ; dans sa Chronique syriaque, au contraire , H n'est plus question de biton, mais des clous qui servirent à crucifier Jésus-Christ. Ces deux versions peuvent être également vraies. Les auteurs latins rapportent qu'après le succès prodigieux de la découverte de la lance, il y eut une foule d'autres découvertes du même genre.

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