S IV
Suite de la première croisade.
Les chroniques arabes , très-dëfectueuses pour les e'vc'nemens qui précèdent, le sont encore plus pour ceux qui suivent; il suffira donc d'en offrir une courte analyse.
An 493 [É099] et années suivantes. Telle était, selon Kemal-cddin., la terreur qu'avaient inspirée les succès des Francs, que le prince d'AIep, nomme' Redouan , craignant une invasion de leur part, fit enlever les récoltes d'une partie de ses sujets. Le pays fut bientôt en proie à la famine , et la terre resta sans culture. Dieu suscita vers le même temps une épidémie qui fit des ravages , sur-tout parmi les Arabes de la contrée. Pour comble de maux, Kedounn , ayant voulu recouvrer les villes qu'il avait perdues, fut battu , et les chrétiens s'emparèrent de toute la partie de sa principauté' qui avoisinait Antioche. Les Francs vinrent même former le siège d'AIep ; à leur téte se trouvaient Boe'mond etTancrède : ils ne lurent éloignes que par la nouvelle d'une irruption faite par les Turcomans sur les terres posse'de'es par les chrétiens vers le nord de la Syrie.
La ville de Malatia, ou de Mc'litène, appartenait à cette époque à un prince arménien appelé' Gabriel. Ce prince, ayant e'te attaque' par un chef des Turcomans nomme' Kemeschtekin (l) , implora le secours des croises. On lit dans lbn-alatir, que Boe'mond accourut avec cinq mille hommes. Le combat s'engagea dans le territoire de Marasch ; mais les chre'tiens furent vaincus et Boe'mond fait prisonnier.
En ce moment, de nouvelles armées de croise's traversaient l'Asie mineure pour se rendre en S3*rie. lbn-alatir
(l) Ce chef était fils d'un homme qui avait été maître dVcoïc chex les Turcomans, et qui avait reçu de là le titre persan de danischmend on docteur. Le lits fut appelé en conséquence le Jlts du docteur, Ibndaniacbmend , mots dont les autetrrs chrétiens ont fait par corruption Doniman.
rapporte que sept comtes francs s'avancèrent pour délivrer Boemond. Ils se rendirent a un château où commandait le fils de Kemeschtekin et l'y assie'gèrcnt. Kemeschtekin arriva sur ces entrefaites et leur livra combat. Pendant qu'on en était aux mains, quelques troupes qu'il avait placées en embuscade, tombèrent sur les chrétiens. II en pe'rit, suivant l'auteur, trois cent mille, et il ne s'en sauva que trois mille, qui étaient blesses et qui profitèrent des ténèbres de la nuit. Après ce succès, Kemeschtekin se rendit maître de Malatia (l). Ibn-alatir fait encore mention d'un corps de trois cent mille chrétiens qui e'tait commande par le comte de Saint-Gilles, et qui fut battu par Kilig-arslan , sultan d'Icône. A l'en croire, le comte ne se sauva qu'avec trois cents hommes.
Pendant que ces e'venemens se passaient au nord de la Syrie, les chrétiens s'emparaient de Caïfa, dans le voisinage d'Acre, de Cesare'e, d'Arsouf et d'autres villes. Ils voulurent entrer également dans Gibie', situe'e sur la côte, au nord de Tripoli; mais, suivant Ibn-alatir, celui qui y remplissait les fonctions de cadi et qui exerçait toute l'autorité, eut recours à l'artifice suivant. Par ses ordres , les chrétiens de la ville écrivirent aux Francs pour offrir de leur livrer une tour qu'il désigna. Les Francs envoyèrent trois cents de leurs guerriers. Les chrétiens montèrent l'un après l'autre à l'aide de cordes; mais, arrives sur le rempart, ils trouvèrent, au lieu d'amis, le cadi, qui, à mesure qu'ils paraissaient, leur faisait couper la tête. Néanmoins , comme les Francs revinrent plusieurs fois a la charge , le cadi se retira avec ses richesses à Bagdad , et les habitans se donnèrent au prince de Tripoli.
Les Francs s'étaient empares d'Edesse, sur l'invitation des Arméniens qui composaient presque toute la population de la ville. Cette année, ils se rendirent maîtres de la ville de Saroug, située dans le voisinage, et en ce moment possédée par Sokman, fils d'Ortok, qui, au milieu du desordre
(l) Si Ton en croit Abouifarage dan* sa Chronique syriaque , le prince de Malatia , après avoir appelé les chrétiens , les avait trahis, d'accord en cela avec d'autres princes arméniens du voisinage, et ainsi il avait été cause de sa propre ruine. Le récit d'Aboulfaragc se trouve démenti par celui de Guillaume de Tyr et d'Albert d'Aix. Voyez aussi le témoignage de Mathieu d'Edesse.
gênerai, était parvenu à se former une principauté' en Mésopotamie.
Sur ces entrefaites, Godefroi , roi de Jérusalem, mourut Ibn-alatir dit, par erreur, qu'il avait e'te' atteint d'une (lèche en allant attaquer la ville d'Acre. Baudouin, son frère, comte d'Edesse, qui lui succe'da, ne tarda pas a remporter une victoire sur les troupes d'Egypte : l'action eut lieu entre Jaflfa et Ramla. Les Égyptiens étaient commandes par un chef nomme Saad-eddaule'. Les astrologues avaient prédit à Saadeddaule' qu'il mourrait d'une chute, c'est-à-dire, d'une chute de cheval. Nomme' plus tard gouverneur de Berytc, dont le terroir est pierreux , il avait fait enlever les pierres de peur d'une chute; mais, dit l'auteur, cette précaution ne servit de rien contre le de'cret de Dieu. Dans le combat dont nous parlons, Saad-eddaule tomba dans sa fuite avec son cheval et se tua (l).
An 495 [ 1102 ]. Cette anne'e, au rapport d'Ibn-alatir, le comte de Saint-Gilles , qui n'avait pu se sauver qu'avec trois cents hommes dans sa marche à travers l'Asie mineure, fut attaque à son passage devant Tripoli par les troupes de cette ville, ainsi que par celles de Damas et d'Emessc. Saint-Gilles opposa cent de ses soldats aux Tripolitains , cent aux guerriers de Damas et cinquante à ceux d'Emessc ; il ne garda avec lui que les cinquante autres. Les troupes d'Emcsse plièrent d'abord; celles de Damas firent de même; restaient encore les Tripolitains, qui se défendaient avec courage. Le comte de Saint- Gilles se précipite sur eux avec tout son monde et en tue sept mille. Alors il tenta de faire le siège de Tripoli. Les habitans des montagnes voisines et les paysans, qui étaient presque tous chrétiens, vinrent se joindre à lui. Mais bientôt il se contenta d'une somme d'argent et de quelques chevaux que lui donna le prince de Tripoli, et se porta vers Tortosc, qui ouvrit ses portes.
Vers le même temps , Bocmond recouvra la liberté , moyennant cent mille pièces d'or, et la délivrance de la fille de Bagui-sian , ancien prince d'Antioche, laquelle e'tait toujours retenue captive entre les mains des chrétiens.
(l) Sur les opinions astrologiques des Orientaux , on peut consulter notre Description des Monumcns musulmans du cabinet de M. le duc de B laças , t. II , p. 365 et suit.
La présence de Boe'mond rendit le courage aux chre'tiens d'Antioche.
Ce qui favorisait sur-tout les chre'tiens , c'est l'esprit de désunion qui régnait parmi les musulmans. Cette année, Genah-eddaulé , prince d'Emesse, qui, suivant la remarque d'Ibn-giouzi , était brave et zélé pour la cause de l'islamisme, fut poignarde' un vendredi, en allant à la mosquée, par trois baténiens ou assassins déguisés en derviches. Kcmal-eddin rapporte que Redouan , avec lequel Genah-eddaulé avait été long-temps en guerre , et qui protégeait ouvertement les baténiens , fut soupçonné d'avoir machiné sa mort.
Les ennemis les plus redoutables pour les Francs étaient les souverains de l'Egypte. Afdal , visir du calife , envoya une nouvelle armée en Syrie pour venger les échecs précédens. L'armée était commandée par son fils. Les deux partis en vinrent aux mains aux environs de Ramla. Les chrétiens ayant été battus , Baudouin se cacha au milieu des broussailles et se retira ensuite dans Ramla (l). Le fils d'Afdal s'avança jusqu'à un château voisin , où s'étaient enfermés sept cents chrétiens, et s'en empara. Quatre cents chrétiens furent mis à mort; les autres envoyés en Egypte. Le fils d'Afdal forma alors la résolution d'aller attaquer Jérusalem, ou du moins .fallu. Mais pendant qu'il délibérait, il arriva par mer une grande multitude de pèlerins chrétiens qui venaient pour visiter Jérusalem. Baudouin les engagea à se joindre à lui. Le fils d'Afdal retourna alors en Egypte. En vain le père envoya un nouveau détachement de trois mille hommes de cavalerie; en vain il fit partir une flotte qui vint jeter l'ancre devant JafFa : les dissensions qui s'élevèrent parmi les chefs rendirent cette expédition inutile.
En ce moment, d'après la remarque d'Ibn-alatir et de Kemal-eddin , les Francs étaient en possession de Jérusalem et de toute la Palestine, à l'exception d'Ascalon; en Phénicie, il ne leur manquait plus que Tyr et Tripoli; du côté d'Antioche , ils s'avançaient jusque sur les terres de la principauté d'Alep, et Redouan leur payait un tribut annuel de sept mille pièces d'or et de dix chevaux; en Mésopotamie, ils occupaient Édesse et Saroug.
(l) Si Ton en croit Ibn-giouzi , les musulmans avaient mis le feu aux broussailles, et Baudouin en sortit à moitié brûlé.
Suite du môme sujet. — Entrée des rhrt'tiens dans Tripoli.
An 497 [JJ04 ]. Cette année, ies Francs essayèrent de prendre Haran, en Mésopotamie, qui était alors en proie à des divisions intestines. Cet événement est ainsi raconte' par Ibn-alatir. u Boémond , prince d'Antiocbe , Tancrède et Baudouin , comte d'Edesse, marchèrent contre Haran avec leurs troupes. A cette nouvelle, Socman , iils d'Ortok, prince de Maridin, dans le voisinage, et Gekermisch, qui,. depuis deux ans, avait succède' à Kerboga dans la principauté de Moussoul, firent trêve à leurs querelles particulières et jurèrent d'agir de concert pour la cause de Dieu. Socman avait avec lui sept mille cavaliers turcomans, et Gekermisch trois mille cavaliers turcs, curdes et arabes. Ils s'avancèrent contre l'armée chrétienne, et campèrent sur les bords duBaJikh, non loin del'Euphrate. Les deux armées en étant venues aux mains, les musulmans feignirent d'abord de prendre la fuite et se laissèrent poursuivre jusqu'à une certaine distance.; puis, faisant tout d'un coup volte-face, ils tuèrent les chrétiens comme ils voulurent. Ceux-ci étaient alors fort éloignés de leurs bagages ; les Turcomans se portèrent de ce coté et les prirent sans résistance. Pendant ce temps , Boémond et Tancrède se tenaient à l'écart, sur le revers d'une montagne, pour attaquer les musulmans par derrière, lorsque le combat serait échauifé. Quand ils virçnt leur armée défaite et les bagages pris, ils demeurèrent à la même place, et attendirent jusqu'à la nuit pour prendre la fuite; mais en fuyant, ils furent poursuivis par les Turcomans (les mimes qui avaient déjà pris les bagages de l'armée chrétienne ) , et ne se sauvèrent qu'Avec six cavaliers seulement; tous les autres furent tués ou faits prisonniers. Les Turcomans prirent même Baudouin, et Le conduisirent à la tente de Socman, leur chef, qui était aussi en ce moment à la poursuite de l'ennemi
n Quand les soldats de Gekermisch furent de retour, et qu'ils se virent les mains vides, tandis que les Turcomans avaient fait un riche butin , ils dirent à leur chef ; « De * quelle réputation allons-nous jouir auprès des nôtres, et
iO BIBLIOTHEQUE
» des Turcomans, si ceux-ci ont tout le butin? n Gelcermisch se laissa persuader, et, pour avoir sa part du butin, il alla enlever Baudouin de la tente où il était prisonnier. Socman , à son retour, fut très-irrité de cette violence. Ses gens voulaient courir aux armes ; il les en empêcha et leur dit : * Les musulmans ne goûteraient pas toute la joie qu'ils n doivent avoir de notre victoire , s'ils apprenaient qu'il » s'est élevé des dissensions parmi nous. J'aime mieux re- » tenir ma colère , que d'exposer l'islamisme aux insultes » des chre'tiens. n En même temps , il fit apporter les armes et les e'tendards des Francs ; il fit revêtir leurs habits à ses troupes , et se porta en toute hâte vers le château de Schihan , vers le comte' d'Edessc. La garnison crut d'abord que c'étaient les chre'tiens qui revenaient vainqueurs; elle sortit à leur rencontre, et fut massacre'e. Pendant ce temps, Gekermisch était aile' s'emparer de Haran , et de là s'e'tait porte' vers Edesse. II assiégea quinze jours cette ville et revint enfin à Moussoul, emmenant avec lui le comte Baudouin prisonnier. Ce comte se racheta plus tard, au prix de trentecinq mille pièces d'or, et donna la liberté' à cent soixante prisonniers musulmans. II pe'rit en tout près de douze mille chre'tiens dans cette expédition, n
Avant d'aller plus loin, nous devons insister de nouveau sur l'état de défectuosité' où nous sont parvenues fa plupart des chroniques arabes. L'époque dont nous traitons ici est stérile en evenemens importans. Quel moyen de donner m de petits faits l'intérêt qui leur manque? Le peu qu'en rapportent les auteurs arabes est si incomplet et si confus , qu'on a le plus souvent beaucoup de peine à savoir ce qu'ils, veulent dire. En gênerai, nous relèverons de préférence les faits de quelque importance, soit en eux-mêmes, soit par les rapports qu'ils ont avec le récit des auteurs chre'tiens. Seulement, nous ferons observer que, comme les auteurs que nous allons mettre à contribution n'ont pas par-tout eu soin de marquer les années, il ne nous a pas toujours été possible de fixer les dates. Nous allons laisser parler Kemaleddin.
a La même année , quand Redouan apprit la défaite de l'armée chre'tienne au-delà de l'Euphrate , il envoya aux musulmans qui habitaient les villes de la principauté' d'Alep, occupées par les Francs , l'ordre d'égorger les chrétiens ; ce qui fut exécuté. C'est ainsi qu'il rentra dan* ses anciennes
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possessions. Ou n'épargna que ceux qui ne firent pas de résistance, qu'on emmena à Alep, charges de chaînes. La tranquillité' se rétablit dans le pays, et les musulmans, à qui la crainte avait fait prendre la fuite , retournèrent dnns leurs foyers. Redouan poussa même ses courses jusqu'aux portes d'Ântioche. Boemond n'e'tant pas en état de s'y défendre, à cause du desastre de Haran, se détermina ù aller chercher du secours dans son pays , et laissa Tancrède pour gouverner Antioche. Tancrède était déjà charge' de la défense du comte' d'Edesse, en l'absence de Baudouin, qui était toujours prisonnier. »
An 498 [ 1105]. Kemal-eddin ajoute que les Arméniens de la ville d'Artah , dans la principauté' d'Antioche , Iasse's du joug des Francs, se révoltèrent cette année, et se donnèrent à Redouan. Tancrède , instruit de cette rébellion , accourut pour reprendre Artah ; il battit Rcdonan , puis il s'avança contre Alep, mettant tout ù feu et à sang.
La même anne'e, au rapport d'Ibn-movassar , tandis que ces e'venemens se passaient au nord de la Syrie, Afdal, visir d'Egypte, prit à sa solde un grand nombre d'Arabes et envoya en Syrie une nouvelle armée commandée par son fils. Il avait, écrit à Togdekin , qui, depuis la mort de Deecac , et pendant que son fils e'tait encore en bas âge , était atabec ou re'gent de la principauté' de Damas , pour lui proposer de s'unir ensemble contre les Francs. Togdekin e'tait alors occupe' à soumettre un de ses e'mirs, qui entretenait des intelligences avec les cbre'ticns. II se contenta d'envoyer quelques troupes au secours de l'armée égyptienne. L'action eut lieu entre Ascalon et Jalla. Les musulmans furent défaits et le commandant d'Ascalon fut tue'.
An 499 [ H 06 J. A cette époque la Syrie e'tait en proie à de violentes divisions , et plusieurs des chefs qui y commandaient se livraient à leurs passions tyranniques. On lit dans Kemal-eddin, sous la date de cette anne'e, qu'un certain Kalaf, commandant d'Apame'e , devenu odieux à tout le monde par ses brigandages , fut tue par des bate'niens ou assassins. La mort de Kalaf avait été machinée par quelques habitans d'Apame'e, entre autres par un bate'nien de la ville , appelé Abou-taher. A la nouvelle de ce meurtre, Tancrède s'avança contre Apamc'e, et leva sur les habitans une somme d'argent. Comme il se retirait, un des fils de Kalaf vint le joindre avec quelques troupes, et t engagea à retourner sur
ses pas pour prendre ia ville. Tancrède attaqua donc de nouveau Apame'e, et la prit par capitulation (1).
Ce fut cette même année que mourut le comte Raymond de Saint-Gilles. Aboulfe'da rapporte que u ce comte , après s'être empare' de Gible, e'tait aile' encore une fois assiéger Tripoli. Il bâtit tout auprès un château avec des maisons à l'en tour : mais, dans une sortie, les assièges y mirent le feu; le comte, que Dieu maudisse! fut surpris sur un toit par les flammes et tomba avec la charpente. Il mourut au bout de dix jours; son corps fut porte à Jérusalem pour y être enseveli.» Le siège de Tripoli fut néanmoins continue', et la ville réduite à une grande misère.
Tant de revers avaient jeté' l'abattement dans l'esprit des princes musulmans de Syrie. On lit dans Ibn-giouzi que Togdekîn et le prince de Tripoli e'erivirent plusieurs fois à ce sujet au sultan de la Perse, pour l'instruire des pertes de l'islamisme. Le sultan résolut enfin d'envoyer en Syrie une puissante arme'e, compose'e de troupes turques; un certain Giavali Sacva en avait le commandement : mais cette expédition ne changea rien à l'état de la Syrie. Le sultan voulait profiter de cette expe'dition pour punir Gekermisch, prince de Moussoul, dont il e'tait mécontent. II ordonna à Giavali de commencer la campagne par chasser Gekermisch , et occuper lui-même la principauté' de Moussoul à sa place. Aussitôt Gekermisch prit les armes et voulut se maintenir par la force. Comme il fut vaincu et tue', son fils eut recours à Kilig-arslan , prince d'Icône (2). Kilig-arslan s'avança donc avec son arme'e en Mésopotamie. Dans l'action qui eut lieu non loin du Kabour, il fut de'fait, et se noya dans sa fuite, en voulant traverser le fleuve à la nage. L'armëe du sultan prit ensuite Moussoul. Là se termina cette expédition (3).
« Cependant, continue Ibn-giouzi, les Francs étaient toujours devant Tripoli. Celui à qui appartenait alors cette
(l) Albert d'Aix est entre dans de longs détails sur cet événement. Voyex son Histoire, liv. x , chap. 17 etsniv.
(t) C'est le même Kilig-arslan qui avait cause' tant de maux aux croises dans leur passage à travers l'Asie mineure.
(3} Kilig-arslan, au rapport du même auteur, avant de se rendre en Mésopotamie , avait laisse* quelques troupes en Asie mineure , pour y faire, de concert avec les Grecs, ia guerre aux Francs. H ajoute même que ces troupes remportèrent de grands succès sur les
ville s'appelait Facr'elmolc - ibn-ammar. Comme il n'était pas en état de repousser les chrétiens, il se rendit à Damas avec des richesses considérables , dans le dessein d'implorer l'appui deTogdekin. Delà il alla à Bagdad, afin de demander du secours au sultan et de lui faire connaître l'état déplorable de 4a Syrie. Le sultan promit d'envoyer bientôt une nouvelle armée contre les chrétiens. Ibn - ammnr retournait plein d'espérance : tout-à-coup son cousin, Abou-menakeb, qui commandait en son absence dans Tripoli , se révolta, et fit arborer l'étendard égyptien. Le visir'Afdal fit partir en raûme temps un e'mirqui, prenant possession de Tripoli , s'empara des femmes d'Ibn-ammar, de ses enfans, et les envoya en Egypte. »
An 502. [H09 ]. « Toutes les forces chrétiennes e'taient en ce moment rassemblées devant Tripoli. Le fils de Raymond de Saint-Gilles attaquait cette ville par mer avec soixante vaisseaux, pendant que Tancrède et Baudouin , roi de Je'rusalem, l'attaquaient par terre. Les assièges attendirent longtemps une flotte égyptienne : ils perdaient enfin toute espe'rance, lorsque la flotte d'Egypte parut à la vue de la ville; mais à chaque fois qu'elle essayait d'entrer, elle e'tait repousse'e par les vents contraires. Les Francs, faisant alors un dernier effort, emportèrent la ville et la livrèrent au pillage. Le lendemain, la flotte s'avança jusqu'à l'entrée du port: jamais on n'en avait vu d'aussi considérable. Comme elle trouva la ville prise, elle regagna le large etretourna en Egypte. »
Un autre auteur arabe, nomme Novaïri, dit , en parlant du siège de Tripoli , que ce fut le peuple qui plaça momentanément cette ville sous l'autorité' du calife d'Egypte, et que ce qui le porta à cette action, c'est qu'Abou-menakeb, qui y avait le commandement, un jour qu'il avait réuni les principaux de la ville chez lui, tua un des assistans qui l'avoit repris dans son discours. Là-dessus , le peuple se saisit de lui et l'enferma; puis demanda du secours au visir d'Egypte. Novaïri ajoute qu'à l'arrive'c de la flotte égyptienne, celui qui la commandait s'appropria les richesses de la ville , et ôta aux habitans ce qui faisait leur de'fense. Les habitans
chrétiens occidentaux, et quelles s'en retournèrent dans leurs provinces chargées des preseus de l'empereur de ConsUntinopIe. II existait donc k cette époque un traité d'alliance entre l'empereur Alexis et les musulmans.
étaient décourages et abattus par la longueur du sie'ge. Ils n'avaient plus d'espoir que dans l'Egypte, lorsqn'on vit entrer un vaisseau dans le port : tous crurent qu'il venait à leur secours. II en sortit un homme qui dit (l) : « Le calife a appris
* qu'il y a dans Tripoli une esclave fort belle, qui convient à
• son service. II nous a commande delà lui amener; envoyez- » lui aussi du bois d'abricotier ; il en veut faire des luths pour » ses concerts de musique. « A ces mots , les habitans virent qu'il n'y avait plus de salut pour eux ; les esprits s'abattirent et la ville fut prise.
Ce même Novaïri a parle' du zèle qu'avait la famille dlbnammar pour les sciences. Cette famille était depuis longtemps maîtresse de Tripoli. Elle commença d'abord par y exercer l'autorité' de cadis ou juges , sous les califes égyptiens, et s'y rendit ensuite indépendante, en se transmettant le pouvoir de père en fils. Ces princes avaient forme à Tripoli une riche bibliothèque , compose'e de plus de cent raille volumes. C'est ce qui a tait dire à Elmacin que Tripoli e'tait à cette e'poque une ville remplie de savans (S).
Ibn-giouzi , après avoir raconte' la prise de Tripoli , dit que Baudouin et le fils de Raymond de Saint Gilles profitèrent de ce succès pour e'tendre leurs conquêtes dans les contrées voisines. Ils allèrent attaquer Beryte, de concert avec les Ge'nois , qui avaient avec eux quarante vaisseaux. Cette ville fut soumise; ensuite Baudouin alla attaquer Sidon. Les habitans lui payèrent une somme d'argent, et il retourna à Jérusalem. Quelque temps après, Gervais, comte de Tibe'riade, fut battu par Togdekin , et fait prisonnier avec plu-
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