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(s) Novaïri remarque ensuite que celui qui avait conquis Tripoli s'appelait Sardani (Jourdain , neveu de Raymond) , et qu'il avait déjà pris possession de la ville , lorsqu'on vit arriver tout-k-coup par mer un fils de Raymond, nommé Bertrand, accompagné de plusieurs serviteurs de son père. En vain Jourdain voulut se maintenir dans sa conquête : les troupes sue déclarcren. contre lui , et Hertrand fut reconnu comte de Tripoli. On peut comparer ce passage de Novaîr avec le récit de Fo'irher de Chartres, dans Bonftars , pag. 4*0.
si ours de ses officiers : il offrit vainement de se racheter; on l'envoya en présent au sultan avec ses compagnons (l). Ensuite fe roi de Je'rusalem fit la paix avec Togdekin , et se fit céder .quelques petites villes de la Cœiesyrie et des provinces voisines de Damas.
Vers ce même temps, selon Kemal-eddin, s'éleva une querelle entre Tancrede, re'gent de la principauté d'Antioche, et Josselin, seigneur de Tcll-bascher , sur les bords de l'Euphrate. Josselin se ligua avec Giavali , prince de Mousson I , et Tancrede avec le prince d'AIep. Au milieu de l'action , tandis que les deux partis en étaient aux mains , Giavali tomba sur les Francs, ses allies, et les extermina. Les troupes de Tancrede e'prouvèrent aussi de grandes pertes, et presque foute l'armée chrétienne fut de'truitc (S).
(t) Albert à" A ix rapporte, au contraire, qu'il fut conduit à Damas, où il mourut, percé de flèches, au milieu de la place publique.
(2) Ce que dit ici Kemal-eddin sur la querelle entre Tancrede et Josselin , est assez conforme au récit de Guillaume de Tyr et d'Albert d'Aix. Ces deux auteurs rapportent que Tancrede , qui avait gouverné quelque temps le comté (TEdesse en l'absence de Baudouin du Bourg, témoigna ensuite de la répugnance à rendre à ce prince ses états, quand il se fut racheté des mains des musulmans ; et que telle fut l'origine des dissensions qui s'élevèrent entre Tancrede d'un côté et Baudouin avec Josselin de l'autre. Mais Aboulfarage, dans sa Chronique syriaque , assigne à ces divisions une cause qui, si elle était vraie, justifierait tout-à-fait les chefs des chrétiens. Si Ton en croit Aboulfarage, Baudouin, après le combat de Haran en 497, fut emmené à Moussoul, et y demeura prisonnier, jusqu'à ce qu'enfin Giavali , prince de cette ville, lui rendit la liberté, moyennant une somme d'argent et la promesse de le secourir dans toutes ses guerres. Comme, sur ces entrefaites, Giavali et Redonan se firent la guerre, le second appela à son secours Tancrède , son allié; en même temps, Giavali réclama l'appui de Baudouin et de Josselin. Et voilà comment les chrétiens tournèrent leurs armes les uns contre les autres. Selon Aboulfarage, Tancrède avait mis tant de bonne foi dans ses relations avec Baudouin, qu'il consentit à payer une partie de sa rançon. Le même auteur parle ensuite d'un avantage remporté par Tancrède sur Josselin, seigneur de Tell-bascher. Guillaume de Tyr a fait mention de ce fait, lib. xu, cap. s.
i vi.
Le sultan de Perse envoie ses armées conlre les Fraues.
An 504 [Mi ]. Au milieu de ces succès varies, il est cependant facile de voir que les chrétiens avaient l'avantage. Toute la Syrie était alors en proie à la discorde et à la faiblesse. Les longs troubles qui Pavaient désolée pendant la décadence des califes d'Egypte et au moment de l'établissement des princes selgioukides dans la contre'e, y avaient produit deux espèces de divisions bien funestes , les divisions religieuses et les divisions politiques. De là cette animosite des esprits, et l'audace des bateniens ou assassins, qui, d'abord simples partisans de la doctrine e'gytienne, finirent par se porter à toute sorte de crimes, et formèrent un parti très-puissant On a du voir par ce qui précède combien ces bateniens furent utiles aux succès des chrétiens. Une autre cause qui leur fut encore très-avantageuse, c'était la situation politique des princes musulmans de Syrie. Tous ces chefs étaient originairement dependans du sultan de Perse ; ils tenaient leur autorite' de ce prince, et leurs e'tats relevaient de son domaine; ils étaient re'ellement ses feudataires. Malheureusement pour les sultans de Perse, ils furent, depuis le commencement des croisades , presque toujours occupes à se de'fendre contre des rebellions domestiques. Les chefs profitèrent de ces troubles pour se rendre presque inde'pertdans. II est vrai qu'ils recoururent quelquefois au sultan , comme le seul capable par sa puissance de les prote'ger contre les Francs; mais le moment du danger passe, ils reprenaient leurs sentimens de méfiance. Ils firent plus : ils s'allièrent plusieurs fois avec les chrétiens, et s'en firent un appui contre le sultan. Ce n'est pas que les musulmans, leurs sujets , fussent tous indifférons à une telle conduite ; ceux sur-tout qui suivaient la doctrine du calife de Bagdad, regrettaient l'autorité du sultan, et ils n'eussent pas mieux demande' que de voir ses troupes occuper la Syrie et chasser les Francs du pays. Ce fut justement cette raison qui porta quelques-uns de ces chefs à favoriser de tout leur pouvoir les bateniens , et il se remettre à eux du soin de leur propre défense, comme les ennemis naturels du calife et du sultan. Ce qui justifiait
en quelque sorte leurs craintes, c'est que les sultans, sous prétexte de combattre les chrétiens et de faire ce qu'ils appelaient la guerre sacrée, avaient manifeste plusieurs fois l'intention de reunir toute la Syrie à leur domaine, ou du moins d'en remettre les principautés à des feudataires plus soumis. Par exemple , au moment que les chre'tiens assiégeaient Tripoli, Togdekin, régent de la principauté' de Damas, eut un moment, selon Ibn-giouzi, la pensée de porter du secours à cette ville; il se mit même en route pour aller instruire le sultan de l'état de la Syrie et le presser d'envoyer du secours aux musulmans ; mais en chemin il apprit que le sultan voulait lui ôter Damas pour en investir un autre, et làdessus il retourna chez lui , sans s'inquiéter du danger qui menaçait Tripoli. Un motif semblable retenait Redouan , prince d'Alep : aussi il aima mieux se laisser dépouiller d'une partie de ses domaines par les princes d'Antioche, et leur payer un tribut annuel, que de se remettre entre les mains du sultan. La même contusion régnait dans les provinces musulmanes de la Mésopotamie qui auraient pu inquiéter le comte' d'Edesse. Voyons quelles furent les entreprises successives du sultan pour faire cesser ce desordre.
On lit dans Kcmal-eddin que le sultan de Perse ordonna à Socman , prince de Khclat, dans la grande Arme'nie, et a Maudoud, qu'il venait de nommer prince de Moussoul, de se mettre en marche avec leurs troupes. Ilgazi , prince de Maridin , se joignit à eux avec ses Turcomans, et ils allèrent tous ensemble former le sie'ge d'Edesse. Les Francs l'ayant appris, suspendirent leurs querelles particulières et oublièrent leurs torts re'ciproques. Baudouin, Tancrède et le fils de Raymond de Saint-Gilles se réconcilièrent et marchèrent prompte ment au secours d'Edesse. A leur approche, les musulmans abandonnèrent le siège. Apprenant ensuite que les Francs se disposaient à quitter Edesse pour retourner eo Syrie , ils se mirent à leur poursuite et en surprirent plusieurs, qu'ils massacrèrent sur la rive orientale de l'Euplirate. De là ils retournèrent vers Edesse, puis se dispensèrent (1).
(l) Voyez, sur cette expédition, Guillaume de Tjr, (ib. xi , cap. 7» et le récit de Mathieu d'Edesse, auteur arménien , dans la Bibliothèque des Croisades, t. 111.
98 HIBI.IOTHÈQUE
Ibn-giouzi s'exprime sur cette expédition ii-peu*prèt> tle la même manière; puis il ajoute que le roi Baudouin, en revenant des rives de l'Euphrate, se porta de nouveau vers Sidon. Les habitans lui députèrent le cadi et les notables de la ville, pour demander la vie sauve; ils l'obtinrent, et se retirèrent à Damas , sans être troubles dans leur marche.,
Kemal-eddin reprend ensuite en ces termes : « Quand Redouan eut appris le massacre des chrétiens de l'autre côte' de l'Euphrate, il se hâta de conqueVir les places de sa principauté' qui avaient ete soustraites à son obéissance. Il poussa même ses courses jusqu'aux portes d'Antioche. Comme il existait un traite' de paix entre lui et cette ville, les habitans lui écrivirent pour lui faire des reproches à ce sujet, et lui rappeler ses sermens. Cependant Tancrède était revenu de son expédition d'Edessc, et il alla attaquer Atareb. II dressa contre la place plusieurs machines , parmi lesquelles était un bélier d'une grandeur colossale. Le bruit qu'il faisait s'entendait d'un demi - parasange ( d'une lieue ) à la ronde. Quand la brèche fut assez large, Redouan offrit à Tancrède vingt mille pièces d'or s'il voulait se retirer. Tancrède s'y refusa, car Atareb e'tait hors d'état de faire une longue résistance : une partie de la garnison passa du côte' des Francs , et ceux qui restaient écrivirent à Redouan pour l'instruire de leur situation. Ils placèrent la lettre sous l'aile d'un pigeon ; mais en volant le pigeon fut atteint d'une flèche : il tomba aux mains des Francs, et la lettre fut remise à Tancrède. Ce fut
1>eu de temps après que la place ouvrit ses portes. La capituation fut respecte'e, et les musulmans purent sortir en liberté'. Enfin Redouan obtint la paix de Tancrède, moyennant la somme de vingt mille pièces d'or et dix chevaux. Atareb e'tait une place importante et d'une grande ressource pour la ville d'Alep.
u Quelque temps après, Tancrède tint réclamer le tribut que lui payait Redouan. Non content de cela, il exigea que les femmes des paysans musulmans d'Atarcb, qui avaient pris la fuite pendant qu'il faisait le sie'gc de cette place, et qui s'e'taient re'fugie'es dans Alcp, fussent renvoyés dans leurs foyers. On lui accorda tout. Bientôt après, cette cite' fut de'sole'c par la famine, et Redouan oblige' de vendre une partie de ses domaines à vil prix, soit pour fournir aux besoins du trésor, soit peut-être pour retenir ses sujets dans le pays , à la garde de leurs propriétés. Dans cette conjoncture , plu-
sieurs se rendirent à Bagdad , avec le dessein d'appeler les musulmans aux armes. Là, les jours de vendredi, tt l'heure de la prière, ils se répandaient dans les mosquées, pleuraient, gémissaient en invoquant le secours des soldats de l'islamisme, et troublaient par leurs cris les pre'dicateurs dans les chaires; les chaires mêmes furent mises en pièces au milieu du tumulte; et le sultan se vit a la fin force', pour faire cesser ces de'sordres, d'envoyer de nouveau ses armées à la guerre sacre'e. »
Mais cette expe'dition futsansresuItatconsiderabIe. il est dit dans Kemal-eddin que Maudoud, prince de Moussoul, s'empara d'abord de quelques places chre'tiennes en Mésopotamie, et que de là il vint attaquer Tell-bacher , de concert avec Ahmcd-yel le Curde et Socman, prince de Khelat dans la grande Arménie. La division ne tarda pas à se mettre parmi les chefs; presque tous songèrent à leurs inte'rêts particuliers, et montrèrent bien peu de zèle pour la cause de l'islamisme. Socman mourut sur ces entrefaites , et les chefs se dirigèrent vers Alep pour engager Redouan , prince de cette ville, à se joindre à eux. Redouan , au grand scandale de ses sujets, s'y refusa, et les chefs indignes de'vastèrent les campagnes d'Alep. Ensuite ils se portèrent du côte' de Marra. Là plusieurs d'entre eux se laissèrent corrompre par Redouan, et s'en retournèrent en Mésopotamie. II ne restait plus que Maudoud et Togdekin. Ils se rendirent tous deux sous les murs de Schaizar sur l'Oronte, où l'arme'e chrétienne s'était rassemblée ; et après de petits combats livres départ et d'autre, ils se retirèrent. Ainsi se termina cette expédition. y. : 1
An 505 [1112], Ces diyisions nuisirent beaucoup aux princes musulmans de Syrie. Kemal-eddin nous apprend que Redouan était tombe' dans une telle faiblesse, qu'il offrit à Tancrède de lui payer un tributannuel de vingt mille pièces .d'or, s'il voulait faire avec lui un traite d'alliance. Tancrède demanda qu'on lui remit de plus la ville d'Ezaz; et le traite n'eut pas lira.
- Jl paraît qu'en effet Tancrède avait porte la principauté d'Antioche à un haut degré de puissance. On lit dans Ibngiouzi que ce prince ne cessait d'e'tendre ses conquêtes , qu'il alla jusqu'à Tarse en Cilicie, et soumit au tribut Schaizar et plusieurs autres contrées.
La même supe'rioritc' se faisait remarquer chez les chre'-
tiens du royaume de Jéruraiem. Ibn-giouzi rapporte que le roi Baudouin étant aile attaquer Ascnlon , le gouverneur égyptien fut contraint de lui donner une somme d'argent pour l'engager à se retirer. Alfad, l'ayant appris, envoya quelques troupes à Ascaion; mais le gouverneur leur refusa l'entrée de la ville, écrivant à Baudouin pour lui demander son appui ; il appefc même trois cents chrétiens arméniens , et leur confia la défense d'Ascalon. Les habitans furent si indignés de cette conduite, qu'ils tuèrent le gouverneur et envoyèrent sa tête en Kgypte (l).
On apprit vers ce même temps que le roi Baudouin se disposait à attaquer Tyr. « Les 'habitans , dit Ibn-giouzi , se hâtèrent d'écrire à Togdekin pour implorer son secours, parce qu'ils ne comptaient plus sur l'appui du gouvernement égyptien. Togdekin fit aussitôt partir quelques troupes, et s'avança lui-même vers Panéas, pour faire diversion et inquiéter l'armée chrétienne.
» Baudouin arriva devant Tyr avec toutes ses forces. Les chrétiens étaient campés sur le rivage et recevaient leurs provisions deSidon dans des barques. Ils construisirent deux tours énormes, dont la plus grande avait plus de cinquante coudées de haut, et la seconde plus de quarante. Les assiégés lancèrent contre ces tours du naphteet de la poix bouillante et brûlèrent la plus petite. Ils durent en cette occasion leur salut à un homme expérimenté dans l'art de la guerre. Cet homme, à l'aide d'un bélier qu'il construisit , repoussa les assaillans et brûla enfin la grande tour. Alors les Francs perdirent tout espoir et se retirèrent ; mais avant de commencer leur retraite, ils mirent le feu aux barques rassemblées sur le rivage et à toutes leurs provisions do siège Togdekin entra alors dans la ville, et les habitans, touchés de ses secours, voulurent se soumettre à lui; il (es en remercia et dit :« Je l'ai » fait pour l'amour de Dieu; cela me suffit; je ne demande ni «château, ni argent. Si l'ennemi revient vous attaquer, » comptez sur moi et sur mes troupes. »
An 506 [ 11 13 1. C'est vers ce temps que mourut Tancrède, qui gouvernait depuis quelques années la principauté d'A ntioche. Au moment de sa mort, si l'on en croit Aboulfeda ,
(î) Voyez, pour plus de détails, Albert d'Aix, hv. xi, et ioiv.
il se disposait à envahir la petite Arménie. II fut remplace par Roger, (ifs de sa sœur, et Redouan continua de paver à celui-ci un tribut de dix mille pièces d'or, comme il le faisait à Tancrède.
Tyr avait du son saiut aux secours envoyés par Togdekin. Les habilans, dit Ibn-giouzi , furent si touches des services de Togdekin , qu'ils résolurent de se mettre entre ses mains, ïfs lui envoyèrent un député ù ce sujet, lui annonçant qu'ils étaient de nouveau menaces par les Francs. Un lieutenant de Togdekin , nomme' Massoud, vint aussitôt s'enfermer dans Tyr, avec ses troupes. Cependant cette ville continuait d'être sous l'autorité' du calife d'Egypte. Tout s'y passait comme à l'ordinaire. Togdekin écrivit ces paroles au visir Afdal : a Les Francs étaient venus attaquer Tyr; les habitans se sont * adressés à moi i et je les ai assistés de ma personne , de mon n argent et de mes troupes. Ils viennent encore de me den mander du secours; je n'ai pas balancé a le leur accorder. n Mais, dès qu'on enverra de l'Egypte des forces suffisantes »> pour les défendre, mes troupes évacueront la ville, »
Togdekin reçut peu de temps après la réponse du visir. Afdal le remerciait des secours qu'il avait donnés a Tyr; il disait dans sa lettre que cette action lui avait causé autant de joie que de reconnaissance. Il envoya «n même temps une Hotte à Tyr avec de l'argent et des munitions. Le commandant était chargé de plusieurs habits d'honneur destinés à Togdekin, ù son fds, à ses émirs et à Massoud. Massoud lit ensuite la paix avec le roi Baudouin. L'ordre se rétablit dans la contrée, les routes devinrent sures et les marchands purent circuler librement.
Ce fut peu de temps après que Baudouin, renonçant à attaquer Tyr, fit une invasion dans le Hauran et les terres de la principauté de Damas, et provoqua ainsi une guerre qui devint funeste aux chrétiens.