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Défaite de Tannée chrétienne à Tibériade. — Etat de la "
principauté d'Aïcp.
An 507 [1113 J. Baudouin avait envahi la principauté de Damas, mettant tout à feu et à sang. A cette nouvelle, Togdekin implora l'appui de Maudond , prince de Moussoiil.
Leurs troupes réunies s'avancèrent sur les bords du Jourdain, et entreprirent d'abord le siège de Tibériadc.
On lit dans l'Histoire des Atabecs ou princes de Moussoul, que, dans une des attaques iivre'es contre Tibe'riade, l'illustre Zcngui, alors au service de Maudoud, et devenu depuis sî redoutable aux chre'tiens, se distingua par sa bravoure. Dans une sortie de la garnison, Zengui, avec une poigne'c de inonde, mit les chre'tiens en déroute, et les poursuivit jusqu'à (a porte de la ville , se croyant soutenu par sa petite troupe ; il vint même frapper la porte de sa lance. II ne cessa de provoquer les Francs, jusqu'à ce qu'enfin; ne voyant arriver personne pour le seconder, il retourna au camp, content de n'avoir reçu aucune blessure.
Cependant, au rapport d'Ibn-giouzi, tous les chrétiens s'étaient rassembles, cavaliers et fantassins , avec leurs chefs et leurs princes. On remarquait parmi eux le roi Baudouin , Josselin, seigneur de Tell-bascher, et autres. Les deux armées en vinrent aux mains au mois de moharram [juin 1113], près du lac de Tibe'riade; l'armée chrétienne fut complètement vaincue. Elle perdit, selon Ibn-giouzi, deux mille de ses plus braves guerriers. Baudouin lui-même courut de grands dangers et se sauva sans armes. Les cadavres ayant e'te' jete's dans le lac de Tibe'riade, l'eau fut toute rougic de sang, et il devint impossible d'en boire pendant quelques jours. Maudoud et Togdekin mandèrent cette grande victoire au sultan , et lui envoyèrent les prisonniers avec les têtes des morts.
L'auteur de l'Histoire des Atabecs reprend ensuite en ces termes : « Après la bataille, les Francs se retirèrent dans un vallon situe' au-dessous de Tibe'riade, et s'y rallièrent. Ce lieu était si e'troit , que l'armée musulmame ne put les y suivre. Sur ces entrefaites , ils reçurent du secours d'Antiochc et d'autres pays. Ce secours releva leur courage, et les mit en e'tat de se défendre. Ils se portèrent au haut d'une montagne , ayant les musulmans au-dessous et tout autour d'eux. Les deux armées restèrent dans le même endroit pendant vingtsix jours. Enfin les chaleurs extrêmes, et une position aussi désavantageuse dans des lieux bas, forcèrent ies musulmans de se retirer. Ils restèrent quelques jours à Beissan; après quoi, manquant de vivres, ils furent licencie's, à la . charge de revenir au printemps. Quant à Maudoud, il se rendit à Damas , comptant y faire quelque se'jour. Tous les ven-
dredis il allait à la mosquée pour y assister à la prière. Un jour, après qu'elle fut finie , il s'acheminait du côte' du parvis de ia mosquée, ayant sa main dans celle de Togdekin, lorsque tout-à-coup il fut assailli par un homme qui le frappa avec un couteau en quatre endroits différens. Maudoud fut transporte' au palais de Togdekin. II était en ce moment dans l'état de jeune, et, comme on le pressait de prendre de la nourriture , il repondit : ce J'aime mieux paraître devant Dieu • en état de jeune; je sens bien que c'est la même chose, que n je mange ou que je ne mange pas. n II mourut le même jour ; Dieu ait pitié' de lui ! On pre'tend que ce furent les oateniens qui commirent ce meurtre, par la crainte qu'il leur inspirait. Je croirais plutôt, dit l'auteur, que Togdekin aposta le meurtrier. Maudoud était un homme de bien , rempli de justice et d'une conduite en tout digne d'éloges. J'ai ouï dire à mon ^père qu'à la nouvelle de la mort de Maudoud, le roi de Jérusalem écrivit ces mots à Togdekin : a Un peuple qui s'ôte à soi-même son soutien, et cela un n jour de fête et dans le temple de son Dieu , mérite bien que ■ Dieu l'extermine de dessus la terre. »
An 507 [UI4]. Redouan, prinçe d'AIep, mourut dans ce même temps. Kemal-eddin est entre' dans quelques détails sur la mort de ce prince et sur les effets qui en résultèrent pour la principauté d'AIep. * Redouan , dit-il, ne fut pas regrette'. Sa vie criminelle et sa confiance dans la secte des bateniens l'avaient rendu odieux à tout le monde. Après sa mort, les habitans d'AIep firent main-basse sur les baténiens de la ville et pillèrent leurs biens. Redouan passait pour aimer l'argent : on assure qu'il laissa dans ses trésors pour la valeur de six cent mille pièces d'or, en argent, meubles, vases et effets de toute espèce. II fut remplacé par son fils Aïp- Arslan , âgé de seize ans. Ce jeune prince était surnommé le Muet, à cause de sa difficulté à parler ; ajoutez à cela qu'il était léger et de peu d'esprit. II supprima quelques-unes des charges imposées par son père; et par une imitation fort singulière, il fît mourir deux de ses frères, comme son père avait fait mourir les siens. Il avait confié la conduite des affaires à un eunuque du palais, nommé Loulou. Quand il en Tut temps, Roger, prince d'Antioche, vint demander le tribut qu'on lui payait tous les ans. AIp-Arslan l'acquitta de son argent, sans qu'il en coûtât rien à ses sujets. Il voyait cependant qu'il lui manquait un homme habile et ferme pour ré-
tablhr îe bon ordre dons la ville et parmi les troupes , et pour rendre à la principauté' d'Alep son ancienne prospérité. De l'avis de ses courtisans , il s adressa à Togdekin , qui fut frappe comme lui de la ne'cessitë de faire cesser les abus, et de mettre un frein à l'audace des chre'tiens. Togdekin vint donc à Alep avec ses troupes pour le seconder; mais comme ce jeune prince agissait en tout avec le'gèrete', Togdekin le quitta et s'en retourna à Damas. Alors le prince se livra à sa férocité' naturelle et aux plus infâmes de'bauches. Un jour il fit venir plusieurs émirs dans une partie du château où l'on
Ê renaît le frais pendant l'e'te'; quand il les vit tous auprès de li, il leur dit: « Eh! que diriez-vous maintenant, si je vous 0 faisais couper la téte? Nous sommes tes esclaves, re'pon- »» dirent les émirs, notre vie est en ta main, n Là-dessus ils tournèrent la chose en plaisanterie, et firent si bien par leur ton de soumission , qu'il les laissa sortir. Dans le nombre e'tait Malec, fils de Salem, maître du château de Giabar. En descendant de la citadelle, il gagna la porte de la ville et s'enfuit en toute hâte, n
An 508 [1115 7. Cette conduite d'Alp-Arslan aeheva d'irriter les émirs. L eunuque Loulou se concerta avec les principaux de la ville et étouffa le prince dans son lit. On mit à sa place un de ses frères, nomme' Sultan-Schah, âge' seulement de six ans. Cependant le de'sordre e'tait toujours le même; et comme on avait tout à craindre des chre'tiens d'Antioche, Loulou appela à son secours Togdekin et les princes voisins. Toutes ses démarches furent vaines. La vérité' est que les chefs de la contre'e n'e'taient pas fâches de voir les chrétiens maîtres du pays, pourvu qu'ils conservassent la même influence. Le pays fut bientôt e'puise' de ressources , parce que les Francs occupaient la meilleure partie du territoire , et que celle qui tenait encore était comme enchaînée par la crainte. On manquait sur-tout d'argent; et tel e'tait l'e'puiseraent du trésor, qu'il ne pouvait suffire à l'entretien des troupes. Loulou fut force' de vendre plusieurs villages, pour faire face aux dépenses courantes. A ces maux se joignirent encore les ravages d'un tremblement de terre. Alep , Haran , Antioche , Marasch et plusieurs autres villes de Syrie furent endommagées. m