S VIII
Nouvelles attaques du sultan de Perte.
An 509 [ 1115]. Quand la nouvelle des maux qui affligeaient Alep et la Syrie fut arrivée aux oreilles du sultan , il crut qu'il était de son devoir d'envoyer une nouvelle armée contre les chre'tiens. Ce prince, selon Ibn-giouzi (l), avait envoje', dès Fanne'e précédente, son fils Massoud en Syrie, pour y appeler les musulmans aux armes. Tous les e'mirs et les princes de Syrie et de Mésopotamie reçurent ordre de se mettre en marche avec leurs troupes ; mais l'esprit de jalousie fut cause que cette expe'dition eut encore moins de succès que les pre'ce'dentes. Le sultan avait remis le commandement suprême de l'armée à un e'mir nomme' Borsaki,
3u'il venait cPe'Iever à la principauté de Moussoul. Ce choix e'plut à quelques chefs. Kgazi , prince de Maridin , bien loin de venir au lieu du rendez-vous, leva l'étendard de la re'volte et attaqua Borsaki ù force ouverte. Le même désordre régnait en Syrie. Togdekin , re'gent de Damas , n'avait vu les préparatifs de cette guerre qu'avec effroi, craignant que le sultan ne voulût, sous ce prétexte, envahir la Syrie, et le chasser lui-même de Damas. Dans cette ide'e, il fit alliance avec Ilgazi et les princes chre'tiens. Ils promirent tous de faire cause commune dans cette guerre. L'alarme avait aussi gagne' Loulou , re'gent de la principauté' d'Alep.
Loulou , au rapport de Kemal-eddin , e'tait dans une situation singulière. Quelque temps auparavant, il avait fait offrir au sultan de lui remettre Âlep : ce n'est pas qu'il agit sincèrement; mais il espe'rait abuser le sultan etseme'nager son amitié'. Tout-à-coup on lui annonce que le sultan va enfin envoyer une arme'e en Syrie ; aussitôt il commence à craindre qu'on ne veuille lui ôter Alep , et il se jette dans le parti de Togdekin. Ainsi presque tous les e'tats de Syrie, musulmans et chrétiens, se re'unirent pour repousser l'arme'e du sultan. Cependant cette arme'e fut bientôt en état de se mettre en
(l) Le récit de Kemal-eddin et d'Ibn-giouii est si confus pour cette partie, que nous avons cru devoir nous borner à présenter leurs idées , sans noup astreindre à une traduction exacte.
campagne. Borsaki et le fils du sultan, qui la commandaient, passèrent l'Eu pli rate et se dirigèrent vers Alep : quand ils surent que cette ville leur e'tait contraire, ils tournèrent d'un autre côte' et attaquèrent Hamah , qui ouvrit ses portes. Pendant ce temps , Togdekin et les Francs, commandes par Roger, .prince d'Antioche, rassemblèrent leurs forces, et vinrent se placer à Apame'e, sur l'Oronte. Borsaki s'avança de ce côte', et campa à Schaizar, également sur l'Oronte. Les deux armées se trouvèrent ainsi en présence sans oser en venir aux mains. Togdekin e'vitait une action générale^ et retenait l'ardeur des Francs , de peur que si l'armée du sultan e'tait vaincue , les Francs ne profitassent de cet avantage pour achever de subjuguer la Syrie, ou que, si elle e'tait victorieuse , elle ne lui enlevât la principauté' de Damas.
L'armée du sultan montrait la même re'pugnance à combattre. Selon Ibn-giouzi , les chefs qui la commandaient avaient espère', en prenant part à cette guerre, agrandir leurs domaines; car ils avaient eu moins en vue de détruire les chre'tiens, que de s'enrichir de de'pouilles. Mais ils ne tardèrent pas à être de'trompe's. Ils reçurent ordre du sultan de remettre Hamah, dont ils s'e'taient empares, à Kircan, prince d'Emesse ; le sultan exigeait même qu'on remît à Kircan tout le pays qu'on soumettrait. Dès ce moment, les chefs refusèrent de combattre, u De quoi nous servira-t-il de prendre » des villes, se disaient-ils, s'il les faut toutes remettre à KJr- » can. «» Ainsi les deux arme'es finirent par se disperser. Togdekin retourna à Damas. Les chrétiens rentrèrent dans leurs provinces. L'année du sultan se divisa. Une partie repassa ï'Euphrate; l'autre, et c'était ia plus nombreuse, resta sous les ordres de Borsaki , et se re'pandit du côte' de Marra et de Cafartab, pour piller. Roger, prince d'Antioche, en fut averti; aussitôt il tomba sur cette troupe en desordre, et lui tua plus de trois mille hommes. Le reste reprit le chemin de la Mésopotamie, dans un e'tat déplorable. Quand le sultan apprit ce de'sastre , il s'ecria : « Je savais bien qu'une entre- » prise confiée à Borsaki ne pouvait être heureuse ( l) ! »
(l) Voyez, sur cette expédition , le récit de Gautier le chancelier, tome I de la Bibliothèque des Croisades, page 107 et suivantes. C'est le même Borsaki qui est appelé' mal k propos Burso, Borsequin, &c. par les auteurs «. lu mens.
DBS CROISADES. 3?
Ibn-giouzi continue ainsi : a Togdekin fut très-sensible à ce malheur et résolut d'en tirer vengeance. Comme les Francs se fortifiaient dans Rafanie' , du côte' de Tripoli , pour étendre de là leurs courses, il alla attaquer cette place. Mais afin de mieux couvrir son dessein , il fit semblant de se porter d'un autre coté. Tout-ù-coup il arrive devant Rafanie', s'en empare et revient à Damas, charge de butin, et faisant porter les têtes des morts devant lui. Une marque aussi insigne de la faveur de Dieu, jointe à sa justice et à la douoeur de son gouvernement, n'apaisèrent pas ses ennemis à la cour du sultan. Plusieurs se déchaînèrent contre lui et voulurent achever de le perdre. En vain il avait envoyé' au sultan et au calife les têtes des chrétiens , leurs chevaux , leurs armes ; en vain il demanda pardon de sa faute [son ancienne alliance avec les chrétiens]; on rejeta ses excuses, et les plaintes continuèrent comme auparavant. Ses amis de Bagdad l'en instruisirent. 11 se décida à se rendre lui-même en cette * ville avec des presens dignes du sultan et du calife. A son approche, les grands et les officiers de la cour s'avancèrent achevai au-devant de lui. II fit son entre'e en grande pompe et reçut un accueil distingue'. II obtint son pardon et reçut un habit d'honneur. Il demanda qu'on l'investît de la principauté de Damas (t)j il obtint toutes ses demandes, et partit avec la promesse qu'on enverrait bientôt une nouvelle armée à la guerre sacrée.
» En effet, l'année suivante, Borsaki se mit de nouveau en marche pour la Syrie. Togdekin alla le joindre et fit preuve de zèle pour le bien de l'islamisme. Comme le comte de Tripoli venait de faire une irruption sur le Cœle'syrie , ils marchèrent contre lui, et, l'attaquant de nuit, ils lui tuèrent trois mille hommes et firent un pareil nombre de prisonniers. Après ce succès, Borsaki repassa l'Euphrate, et Togdekin s'en retourna à Damas, n
An 511 [litS], Cette année, mourut le roi Baudouin, frère de Godefroi. On lit dans Aboulfe'da qu'il avait fait une invasion sur les terres d'Egypte et s'était avance jusqu'à Farama, sur le bord de la mer. II prit cette ville et la livra aux
% (l) Jusquc-lk Togdekin n'avait eu le commandement de cette ville quau nom du Gis de Deccae, aueien prince de la contrée. On voit qu'en Orient les 6efs étaient amovibles à cette époque.
flammes avec ses mosquées , grandes et petites. Sur ces entrefaites, étant tombé malade, il reprit le chemin de la Palestine, et mourut en route, avant d'ariver à Elarisch. Ses gens ouvrirent son corps et déposèrent ses entrailles au lieu où, dit Aboulféda, on voit encore un cippe ou tombeau de pierre. Son corps fut transporté à Jérusalem et enseveli dans l'église du Saint-Sépulcre. C'est du nom de ce prince que le terrain sablonneux situé dans le désert , sur la route de Syrie , est encore appelé les Sables de Baudouin. Le peuple, ajoute l'auteur , croit que ce tas de pierres est le tombeau de ce prince : c'est une erreur; il renferme seulement ses entrailles (1). Baudouin eut pour successeur son cousin Baudouin-D u bourg , comte d'Edesse.
On lit sous la même date , dans Kemal-eddin , que Loulou , régent de la principauté d'AIep, fut assassiné par ses propres serviteurs. Ils furent portés à cette action par Borsaki , et ne firent rien que par son ordre. Borsaki accourut aussitôt pour prendre possession de la ville ; mais il fut prévenu par un certain Yarouctasch , que soutenaient Ilgazi , et Roger, prince d'Antioche.
Kemal-eddin parle ensuite assez au long des troubles qui affligèrent Alep, de la chute dTarouctasch , des diverses tentatives faites pour le remplacer. Il résulte de son récit , que cette principauté était tour à tour, ou même à-Iatois, en butte aux ravages des chrétiens d'Antioche et de Tell-Bascher , ainsi que des musulmans de Damas, d'Émesse, de Moussoul et de Maridin en Mésopotamie; que c'était à qui aurait ses dépouilles : en attendant , les campagnes d'AIep n'étaient plus cultivées ; tout le pays était désolé par la famine, et les habitans en proie à ia misère.
Kemal-eddin ajoute même que Roger essaya d'envahir la principauté d'AIep , en pleine trêve. Il raconte ensuite comment les habitans d'AIep , lassés de leurs divisions , se donnèrent à Ilgazi, prince de Maridin. Dans le même temps, Roger et les Francs d'Antioche s'emparèrent de la place d'Ezaz, et tout le territoire d'AIep se trouva exposé à leurs
(l) Voyez, sur ia mort de Baadouin et la translation de son cœur, le récit curieux d'Albert cTAix, tome I, pag. 80 et Si de la Bibliothèque des Croisades.
courses. Ces détails n'apprenant rien de bien intéressant, nous passerons tout de suite à la guerre que s'attira le prince d'Antioche, et dans laquelle il périt.
s. ne
Défaite et mort de Roger, prince d'Antioche.
An 5/3 [W9J. Ici nous traduirons le re'cit de Reniai* eddin. « Cette année, Ilgazi repassa en Mésopotamie pour en amener de nouvelles forces, et appela les musulmans et les Turcomans aux armes. Les guerriers accoururent en fouie. Ilgazi se vit bientôt à la tthe de quarante raille hommes, et reprit le chemin de la Syrie. A son arrive'c prêt de Tell-bascher, les habitans d'Alep vinrent se plaindre à lui des maux que leur causait la garnison chrétienne d'Atareb. Aussitôt il se dirigea contre cette place. .
n Cependant Roger avait rassemble' les Francs, les Arme'niens et toutes les troupes de ses e'tats. II se porta en toute hâte vers Belat, près des gorges de Sarmeda, au nord d'Atareb. Les émirs et les chefs de l'armée musulmane demandèrent à grands cris le combat. Ilgazi était d'avis d'attendre l'arrivée de Togdekin , prince de Damas, afin de se concerter avec lui sur le parti à prendre; mais les émirs ne voulurent souffrir aucun délai , et proposèrent d'attaquer les chrétiens sur-le-champ. Alors Ilgazi leur lit promettre de combattre les chrétiens à outrance, de leur résister de pied ferme, et de donner , s'il le fallait, leur vie pour la gloire de Dieu : tous le jurèrent avec enthousiasme. Laissant donc les tentes et les bagages à Kencsrin, ils partirent incontinent, et arrivèrent sur le soir à une petite distance de l'armée chrétienne. On était au vendredi 16 de rebi premier [fin de juin]. Les Francs étaient en ce moment occupes a rebâtir un château qui domine sur la tour des Scorpions, et croyaient l'armée musulmane arrêtée devant Atarcb ou quelque autre place voisine. Les musulmans passèrent la nuit sans se faire voir. Dès que le jour parut, ils déployèrent leurs e'tendards, et entourèrent l'ennemi de tout côte'. Un cadi d'Alep, nomme Aboul-fadl , parcourait les rangs pour animer les guerriers au combat ; il e'tait monte sur une cavale , et tenait une lance à la main. Quelques soldats , en le voyant , conçurent du rae-
pris pour lui : « Est-ce donc , se dirent-ils , pour cet homme n à bonnet que nous sommes venus si loin (1)? n Le cadi s'avança à la tête des bataillons et fit aux guerriers un discours énergique qui anima leur cœur et enflamma leur courage. Ses paroles eurent un effet surprenant , et tirèrent des larmes de tous les yeux. Déjà un corps de musulmans tournait l'ennemi et s'emparait de ses bagages; Dieu se déclara pour l'islamisme : les chrétiens, forces de plier, retournèrent vers leurs tentes et furent massacres. Les Turcs chargèrent tous à-la-fois et comme un seul homme, et montrèrent une grande bravoure. La multitude des traits tombait comme une nue'e de sauterelles. Les cavaliers francs en furent accables; les fantassins et les valets de l'armée en furent meurtris et moulus; tous les chre'tiens furent tues ou faits prisonniers. Roger périt en combattant. L'arme'e musulmane ne perdit que vingt hommes, et à peine il se sauva vingt chre'tiens du désastre. Quelques chefs seulement s'e'chappèrent par la fuite ; quinze mille chre'tiens furent tues sur le champ de bataille. L'action avait commence' un samedi vers l'heure de midi; tout-à-coup, et ù la même heure, la nouvelle se repandit dans Alep d'une victoire éclatante; un grand bruit se faisait entendre du côte d'Occident; mais ce ne fut que vers le soir qu'on vit arriver des guerriers qui avaient pris part à l'action. «
n Les paysans de la contre'e recueillirent les cadavres et les brûlèrent. Dans les cendres d'un seul cavalier chre'tien on trouva les fers de quarante lances.
n Cependant Ilgazi s'e'tablit dans la tente de Roger; il y fit apporter le butin et le partagea à ses troupes, ne se réservant que les armes pour les envoyer en pre'sens aux princes des contre'es musulmanes. Parmi les prisonniers e'tait un homme d'une haute stature et fameux par la vigueur de son bras; celui oui le conduisait e'tait un petit homme, tout débile , et dont les armes n'e'taient pas plus grandes que lui. Dès que le prisonnier parut, les Turcomans se mirent à rire, u N'as-tu pas honte, lui dirent-ils, de t'étre laisse' » prendre par ce nain, e'tant arme comme tu l'étais? Devant p Dieu, répondit le ge'ant, ce n'est pas lui qui m'a pris, ce
(1) Les gens de loi, dans le Levant, ont un grand bonnet, et ce mot, dans la bouche de ces soldat», était an terme de mépris.
» n'est pas là mon maître : c'est un homme très-grand , plus » grand que moi, et d'une force étonnante, qui m'a remis » à celui que vous voyez. II était habille de vert , et son » cheval était de la môme couleur (l). »
» Ensuite l'armée musulmane se repandit dans les terres de la principauté d'Antioche et y fît de grands ravages. La nouvelle du malheur arrive à l'armée chrétienne n'y était pas encore connue, et tout le monde e'tait dans la sécurité'. Le butin fut immense; il n'y eut pas de Turc qui ne revint de cette expédition les mains pleines.
n Les chrétiens essuyèrent, peu de temps après, un nouvel échec : un corps de troupes turques surprit le roi Baudouin, ainsi que le comte de Tripoli, qui venaient au secours d'Antioche, et les battit. Les Francs se sauvèrent dans les montagnes. Mais pendant que les Musulmans allaient attaquer Artah, Baudouin s'introduisit dans Antioche et en prit possession. Il se fît livrer par sa sœur, veuve de Roger, les trésors et les richesses qui lui restaient encore; il s'empara des biens de ceux qui avaient pe'ri dans la bataille; il maria leurs veuves, leva de nouvelles troupes, et appela tous les guerriers aux armes. Si Ilgazi e'tait arrive' avant lui auprès d'Antioche, nul doute qu'il ne l'eût prise sans peine.
n Pendant ce temps, Ilgazi fît sa jonction avec Togdekin, et ils allèrent de concert assiéger A tare b , qui ouvrit ses portes. Zerdena se rendit pareillement. Mais, tandis que la garnison se retirait à Antioche, ainsi que le portait la capitulation , elle fut surprise dans sa marche par les Turcomans, massacrée en partie, et entièrement dépouillée.
n A la première nouvelle du danger qui menaçait Zerdena, le roi Baudouin s'e'tait mis en marche pour venir à son secours : il rencontra l'arme'c d'Ilgazi près de Danit, ignorant
(l) L'autour veut dire que le guerrier chrétien avait e'tc' pris , non par un mortel , mais par un ange venu exprès du cici. Les auteurs musulmans font souvent mention d'apparitions de ce genre , et racontent d'une manière tout-k-fait semblable la prise tTAbbas , oncle de Mahomet, par les troupes de son neveu, au combat de Bedr. Voyez la Fie de Mahomet, par Gagnier, t. II, p. 40; ce qui prouve que le trait rapporté ici n est que ia copie de l'ancien. A l'égard de la couleur verte du cavalier céleste , c'est en général celle que les musulmans attribuent aux milices du ciel.
encore la prise de Zerdena. Son armée se composait d'une nombreuse infanterie et de quatre cents cavaliers, formant en tout deux cents tentes. Dans l'action qui s'engagea, le seigneur de Zerdena commença par battre les troupes de Damas et d'Émesse qui lui étaient opposées, et courut du cote' de Zerdena pour y introduire quelques secours. Trouvant cette ville au pouvoir des musulmans, il retourna au champ de bataille et n'y vit plus personne. L'armée chrétienne avait e'te' mise en fuite , et les musulmans l'avaient poursuivie jusqu'aux portes de Hab.
n A leur retour, il s'engagea un nouveau combat , où le seigneur de Zerdena fut aussi mis en déroute. Ce seigneur, autrement dit le comte Lépreux, s'appelait Robert. En fuyant, il tomba de cheval, et fut conduit par les gens du pays à Ugazi, aux portes d'Alep. Ilgazi le renvoya àTogdekin, qui le massacra de sang-froid. Ensuite Ugazi se fit amener les prisonniers : il mit à part les seigneurs de villes, les chefs, le députe de l'empereur des Grecs, et le petit nombre de ceux qui étaient en état de racheter leur vie; ils payèrent leur rançon et furent rais en liberté'. Restait encore une trentaine de prisonniers; comme ils n'avaient pas le moyen d'oflfrir une rançon, on leur coupa la téte. L'expe'dition e'tant ainsi terminée, Ugazi repartit pour Maridin , afin d'en amener de nouvelles forces, »
Aboulfe'da n'a rien dit de particulier sur cette guerre, sinon que les poètes célébrèrent dans leurs vers la victoire d'IIgazi. Le distique suivant fut compose à cette occasion. Le poète s'adresse à Ugazi :
a Ordonne ce qu'il te plaira, et ta volonté sera faite; tu » partages avec le créateur notre confiance.
» L'Alcoran a triomphe' par ton appui , et l'Evangile pleure " la mort de ses enfans. »
Ainsi se termina cette expédition , qui devint funeste à toutes les colonies chrétiennes d'Orient. La principauté d'Antioche ne s'en releva pas. Pendant lonç-temps on verra les rois de Jérusalem être sans cesse obliges de s'y transporter pour la prote'ger contre les incursions des musulmans d'Aïep et de la Mésopotamie. Plus tard, quand Antiochc aura des princes en état de combattre , ou ils seront malheureux dans toutes les guerres, ou bien ils n'y prendront aucune part. II est évident qu'avec Roger étaient morts les meilleurs soldats d'Antioche , et qu'il ne fut plus possible de
les remplacer. Les auteurs arabes n'ont fait nulle part cette remarque , et nous la faisons ici pour l'intelligence de leur récit (1).
Suite de la même guerre. *
An 514 [ 1120 ]. Kcmal-eddin reprend en ces termes : a Après la défaite de Roger, plusieurs princes musulmans de Syrie, tels que le maître de Schaizar et autres, croyant l'occasion favorable, s 'étaient empare's de quelques places de la principauté d'Antioche. Le roi de Jérusalem reconquit les villes perdues et pouséa ses courses fort avant dans les terres d'Alcp. Dans le même temps, Josselin, qui était seigneur d'Edesse et de Tell-bascher, attaqua la principauté' d'Aïep, du côte' du nord et de l'orient. Les troupes d'Aïep usèrent aussi de représailles; et, se jetant sur les terres d'Antioche, elfes y mirent tout à feu et à sang.
-De son côte, Ilgazi passa de nouveau I'Euphrate , et revint en Syrie avec de grandes forces. D'abord, il entreprit le siège de Tell-bascher et d'Ezaz , sans permettre à ses Turcomans de se répandre dans les campagnes. Ensuite il s'avança contre Antioche , puis se retira sans avoir rien fait. Les Turcomans firent alors éclater leur mécontentement : ils avaient espère' , dans cette campagne , comme l'année précédante , de faire un riche butin , et ils se trouvaient à la fin de l'expédition sans avoir soumis de place, ni trouve' à piller. En voici la raison : c'est que les prisonniers francs qui s'étaient rachetés l'année pre'ce'dente, avaient bien recommande' à leurs frères de se tenir sur leurs gardes. Ilgazi, irrite' contre ses Turcomans, et voulant les couvrir d'ignominie, leur fit couper la barbe (2). Aussitôt l'armée se
(l) On fera bien d'ailleurs de lire la relation e'erite par Gautier» chancelier de Roger, qui se trouvait à cette expédition, et qui fut fait prisonnier (tome l.« de la Bibliothèque des Croisades, p. 105 et suiv. ). Gautier s est beaucoup étendu sur les atrocités exercées envers les vaincus. Nous renvoyons à ce qu'il en a dit.
(s) C était le plus grand châtiment qu'il pût leur infliger. Voyez les Annales d'Abouiféda , tome I, p. 293 , avec ia note de Rciske.
débanda, et Ilgazi, hors d'état de poursuivre la guerre, fut force de convenir avec les chrétiens d'une trêve qui devait durer jusqu'à lu fin de l'année. Par ce traite, Ilgazi céda quelques petites villes aux chrétiens, après quoi il retourna en Mésopotamie (l).
• Cependant les campagnes se repeuplaient à la faveur de la paix , et les cœurs pouvaient se livrer à la sécurité', lorsque le maudit Josselin vint ravager de nouveau les campagnes d'Alep. On e'tait en pleine paix; il disait pour prétexte qu'on lui avait enlevé' un de ses gens et qu'on lui refusait satisfaction. II prit jusqu'aux vieillards des deux sexes et aux malades, et les laissa nus sur les chemins, où ils périrent tous de froid. Le commandant d'Alep écrivit à ce sujet à Baudouin : u Ilgazi, lui disait-il, a laisse' ce pays sans défense, » parce qu'il se liait à votre parole. » Baudouin fit re'ponse qu'il n'avait pas d'ordres à donner à Josselin ; et les ravages continuèrent comme auparavant. Ensuite les Francs d'Antioche prirent aussi les armes; et après avoir de'vasté le territoire de Schaizar, ils demandèrent au maître de cette place le tribut qu'ils en recevaient tous les ans. Le prince y consentit , s'ils voulaient rendre le butin qu'ils venaient de faire; mais les chrétiens s'y refusèrent, et le maître de Schaizar leur livra la somme qu'ils demandaient, pour obtenir une trêve qui devait durer jusqu'à la (in de l'année.
» Pendant ce temps, Ilgazi ne s'occupait guère de la prin-
(1) Kemal-eddin fait mention au même endroit (Tune particularité qui pourra donner une ide'e de l'état des revenus d'Alep : « Les ■ habitans, dit-il, s'étant plaints à Ilgazi du rétablissement de plu-
• sieurs charges imposées par Redouan et inusitées sous les gouver-
• nemens préeédens, le prince se lit présenter un état des taxes
• payées par Alep, et il fut reconnu qu'elles se montaient annuelic-
• ment à la somme de douze mille pièces d'or. 11 commanda de les » réduire , et l'ordonnance expédiée dans cette occasion fut transcrite » sur une table qu'on cloua a la porte de la grande mosquée. •
Il est probable que ces douze mille pièces d'or étaient levées sur la ville d'Alep seulement et indépendamment de son territoire; sans cela , comment les princes d'Alep auraient-ils pu payer, en de certains temps, des tributs annuels de dix mille pièces <Tor et mime de vingt mille, comme nous les avous vus faire envers Tancrcde, régenl cTAntiochc? La principauté toute entière n'aurait pas suffi à cette charge.
ripante d'Alep. Le pays se couvrit de ruines , et les Francs en subjuguèrent la meilleure partie. »
An 515 [1121]. * Cette année , Baudouin s'avança jusqu'aux portes d'Alep, et enleva les bestiaux répandus aux environs. Alep était alors sous le gouvernement de Soliman, fils d'IIgazi : son père lui avant mande' de renouveler le traite' avec les Francs, a quelque prix que ce fut, il abandonna aux chrétiens la partie septentrionale de la principauté' d'Alep, aussi bien que la moitié' des terres situées autour de la ville. Les chre'tiens avaient aussi demande' qu'on leur ce'dàt Atareb : Ilgazi y consentit; mais la garnison refusa de livrer cette place , qui resta aux musulmans.
» Ce fut vers ce même temps que Thogrii , sultan de la Perse, alla faire la guerre aux Géorgiens et a leur roi David. Ilgazi fit partie de cette expédition , ainsi que Dobais , fils de Sadaka, prince de Hilla sur le Tigre. Les Géorgiens, ayant attire' l'armée musulmane dans leurs montagoes , en firent un grand carnage (l).
n Sur ces entrefaites, Soliman , fils d'ilgazi , qui gouvernait Alep, se révolta contre son père. Les Francs profitèrent de ce desordre pour e'tendre leurs couquétes. Le roi Baudouin s'avança même vers Alep ; et comme Soliman lui fit demander la paix, il y mit pour condition la cession d'Atareb, dont il convoitait depuis long-temps la prise. « Vous ne n pouvez ignorer, dit-il au députe, que Soliman n'est pas en » état de de'fendre Atareb contre moi, sur-tout à présent que •» j'ai construit dans ses alentours des châteaux qui l'envi- » ronnent de toute part. On peut dire que cette ville res- ■ semble en ce moment a un cheval qui a perdu l'usage de
• ses pieds de devant, et qu'on nourrit d'orge , dans l'espoir » de le gue'rir et de le vendre avec avantage : l'orge finit par «manquer, le cheval meurt, et le maître n'a plus ni orge
• ni cheval. » Baudouin attaqua donc Atareb , mais sans succès.
« Peu de temps après , Ilgazi re'duisit son fils à i'obeissance, et donna le gouvernement d'Alep à uji de ses neveux, nomme' aussi Soliman; puis, renouvelant le traite avec les
(t) Gautier le chancelier a parlé de cette expédition ; et iî paraît, <f après ton récit, que le roi David avait des guerriers d'Occident à «on service.
Francs, pour un an seulement, il repassa en Mésopotamie, et revint Tannée suivante avec de nouvelles forces , accompagne' d'un autre de ses neveux nomme' Balac (1), maître d'un grand nombre de châteaux du coté de Malatia, au nord de la Syrie.
n Sur ces entrefaites , il mangea un jour avec excès de la viande , de la chair de brebis , du melon et autres fruits ; son ventre s'enfla; il se sentit la poitrine oppresse'e, et se décida à aller à Alep pour s'y faire traiter. Dès qu'il se trouva mieux, il se mit en route pour Mari dm , et mourut en chemin (3). Son fils Soliman lui succéda dans Miafarekin; son second fds, Timurtach , dans Maridin ; et son neveu Soliman, dans la ville d'Alep. Togdekin s'était aussi trouvé à cette expédition avec Buiac. Le premier retourna à Damas, et l'autre dans les terres de sa dépendance. »
Suite du même sujet. — Prise de Tyr par les chrétiens.
u Quelque temps après , continue toujours Kemal-eddin , Balac enleva par suprise le maudit Josselin, avee Galeran, son cousin, et le neveu de Tancrecle. Cet événement eut lieu aux environs de Saroug , près d'Édesse. Balac demanda à Josselin et à son cousin de lui céder les places de leur domaine; ils s'y refusèrent, et dirent: « Nous et nos châteaux, n nous sommes comme le chameau et son bât : quand le m chameau meurt, son bât sert à un autre. Ainsi donc , il est » à croire que nos provinces auront déjà passé entre les mains n d'un des nôtres, »
An 517 [1123 ]. Le roi Baudouin, à la nouvelle de la mort d'IIgazi, s'était emparé de quelques places de la principauté d'Alep. Cette année, Soliman, maître de cette cité, fit la paix avec lui, et lui abandonna Atareb. Cette forteresse fut rendue à son ancien seigneur, nommé sire Alan, qui la garda jusqu'à sa mort.
(l) Ou Balad , comme rappellent les Latins, (î) Voyez ce que Gautier le chancelier a dit de cette mort, tome I.cr de la Bibliothèque des Croisades , page iî3.
« Vers ce même temps, Je roi marcha contre Balac, du côte de l'Euphrate , pour délivrer Josselin et ses compagnons ; mais il fut battu, et lui-même fait prisonnier. Balac renferma avec Josselin et Galeran dans le château de Khartbert en Mésopotamie. Ensuite , profitant de l'état de faiblesse où se trouvait la Syrie, il repassa l'Euphrate, et prit Alep à Soliman , qu'il accusait d'agir trop mollement contre les Francs. II subjugua aussi quelques places de la principauté tPAntioche.
» Sur ces entrefaites, le roi Baudouin et les autres prisonniers chrétiens , au moyen des intelligences qu'ils s'e'taient ménagées dans Khartbert, rompirent leurs chaînes et parvinrent à s'évader. Quand ils se virent libres , Josselin prit la parole et dit : « Puisque nous voilà hors de danger, je suis n d'avis de nous en aller avec 'ce que nous pourrons cmn porter. » Baudouin n'approuva pas cet avis , et préféra demeurer, afin de garder Khartbert; mais il permit à Josselin de sortir, en lui faisant jurer de ne pas changer d'habits, de ne pas manger de viande, et de ne pas boire (1) autre part qu'à la messe (2) , qu'il ne fut venu les délivrer. Dès que Balac apprit cette nouvelle , il retourna en toute hâte ù Khartbert , tua tous les Francs et ceux qui avaient eu part à l'évasion des prisonniers, et n'épargna que le roi Baudouin , ainsi que le neveu de Tancrède et Galeran , qu'il fit enfermer dans Haran. Pendant ce temps, Josselin s'était rendu à Jérusalem pour appeler les chrétiens aux armes. Déjà il avait levé une armée et il était parvenu jusqu'à Tell-bascher, lorsqu'il apprit le malheur arrivé à ses compagnons de captivité. Changeant alors de dessein, il vint dévaster les terres voisines d'Alep, et détruisit jusqu'aux chapelles des environs; ses soldats n'épargnèrent même pas les tombeaux. En punition de cet attentat, le cadi Aboui-fadI (3), de concert avec les principaux d'Alep, fit convertir en mosquées plusieurs églises de fa ville; on abattit les autels, et les portes furent disposées de façon qu'en y faisant la prière les musulmans fussent tournés du côté de la Mecque. Trois églises changèrent ainsi de destination. Les chrétiens d'Alep n'eurent plus que deux
(l) De vin, sans doute.
(s) On communiait alors sous les denx espèces.
(j) Le même qui avait animé les musulmans contre Roger.
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églises à leur usage. Tout cela s'est maintenu jusqu'à nos jours (1).
n Quelques mois après ( vers le mois de novembre) , Josselin envahit de nouveau les terres d'Alep, et enleva plus de cinq cents chevaux qui paissaient dans le voisinage ; il emmena le gros et le menu bétail, détruisit les maisons, &c. Dans le même temps , le seigneur d'Atareb s'avança du côte' du sud, avec les troupes d'Antioche, et enleva trois cents chevaux dans les pâturages. Ainsi la cavalerie d'Alep se trouva sans chevaux (2). Josselin passa en Mésopotamie, et, tombant sur les Turcomans et les Curdes , il leur prit dix mille chevaux, brebis, &c. 11 ouvrit même les tombeaux et dépouilla les morts de ce qui avait servi à leur sépulture. »
An 518 [il 241. u Cette année, Balac essaya de s'emparer de la ville de Manbeg (l'ancienne Hieropolis ) , quoique appartenant aux musulmans. Déjà, celui qui y commandait, nomme Hassan, s'était laisse' enlever par surprise, lorsque son frère prit la défense de la place, et appela les chrétiens à son secours. Josselin arriva bientôt avec une armée de dix mille hommes, et livra combat à Balac. Les chrétiens furent battus. On assure que Baiac chargea lui-même dans cette
{"ourne'e jusqu'à cinquante fois, frappant de l'e'pée et de fa ance, sans recevoir la moindre blessure. Ensuite, il retourna devant Manbeg, tout occupe de Dieu, et ne cessa la nuit suivante de lui rendre grâces de sa victoire. Le lendemain , il fit massacrer tous les chrétiens qui étaient tombés en son pouvoir, et s'occupa aussitôt de chercher un lieu convenable pour y dresser ses machines de siège. Il marchait le casque en tête et tenant un bouclier à la main. Il avait eu un moment la pensée de laisser le soin du siège à un autre, et daller lui-même au secours de la ville de Tyr, alors vivement pressée par les Francs. Pendant au'il était rempli de ces idées, donnant des ordres en conséquence, une flèche partît des remparts qui le frappa à la clavicule gauche; il n'eut que le temps d'arracher le fer de ses mains, de cracher dessus et de s'écrier : u Voilà un coup qui tue tous les musul-
(1) Kemal-cddin écrivait dans le xm.e siècle de notre ère.
(2) A Alep, il est d'usage d abandonner les chevaux dans la campagne pendant une partie de l'année, lis n'ont pas d'autre nourriture que l'herbe des champs. Voyez le Voyage de Jean Thévenot au Levant, t. m , p. 1 30 de l'édition in-lf .
n m ans! » Ses cousins se partagèrent ses e'tats. Soliman, fils d'Hgazi , qui avait de'jà entre les mains Miafarekin , devint maître des châteaux de Mésopotamie, au nombre de plus de cinquante; et Timurtach, déjà maître de Maridin , eut en partage Alep. »
C'est dans ce même temps que Tyr tomba au pouvoir des chrétiens. On lit dans la chronique d'Ibn-Moyassar, sous la date de Tannée pre'ce'dente , que les princes de Damas et de Moussoui , se voyant hors d'état de sauver cette ville , avaient envoyé' une de'putation au calife d'Egypte pour l'instruire des progrès des Francs en Syrie, et lui demander du secours. Les députés , arrives à la porte du Caire dite la porte Fotouh ou des Conquêtes , mirent pied à terre et baisèrent la porte. De là ils s'avancèrent, toujours à pied , jusqu'à la porte du palais , et la baisèrent aussi. Ils s'arrêtèrent de même à la porte du Fleuve ; après quoi on les pre'senta au calife. Les troupes e'gyptiennes recurent aussitôt l'ordre de se préparer à la guerre. On équipa une flotte de quarante vaisseaux, et il partit en même temps une arme'e déterre, qui s'arrêta à Jaffa , et y attendit pendant six jours les troupes de Damas, de Moussoui et d'Alep; n'en recevant pas de nouvelles, elle reprenait le chemin de l'Egypte , lorsqu'elle fut attaquée par les chrétiens et défaite sans combattre. A l'égard de la flotte, elle aborda avec des munitions à Tyr.
n Cette ville, comme le remarque Ibn-giouzi , obéissait àla-fois à deux chefs : l'un y commandait au nom du calife d'Egypte; l'autre, et c'était Massoud , y commandait au nom du prince de Damas. Ces deux chefs étaient en dissension. Le commandant égyptien profita de l'arrivée de la flotte pour faire arrêter Massoud et l'envoyer en Egypte. Il ne vit pas
Ke Tyr n'avait plus d'autre espoir que dans le prince de imas, et que l'insulter ainsi dans la personne de son lieutenant, c'était s'àter à soi-même sa dernière ressource.
«Les Francs, instruits de ces troubles, vinrent l'année suivante mettre de nouveau le siège devant Tyr. Le commandant recourut alors au gouvernement égyptien, mais en vain ; on lui fit réponse qu'il s'adressât au prince de Damas. Le visir déclara qu'il abandonnait Tyr àTogdekin , et envoya même à ce dernier un acte en bonne forme, par lequel il lui cédait la possession de la ville. Déjà les vivres commençaient à manquer dans la place, et les habitans, n'espérant plus d'être secourus, se rendirent, obtenant sûreté pour leurs
personnes et leurs richesses , et la liberté' de quitter la ville ou de rester. Togdekjn s'avança avec ses troupes en face des Francs. Les deux armées étaient sous les armes, laissant entre elles un espace vide. Les habitans franchirent cet espace avec tout ce qu'ils purent emporter, sans être troubles dans leur marche , et allèrent s'établir ù Damas et dans le reste de la contrée. Il n'était demeuré dans Tyr que les malades et les gens hors d'état de s'expatrier. »
Pendant ce temps , le roi Baudouin avait été tiré de sa prison de Haran , pour être transféré à Alep. Kemal-eddin rapporte que « ce prince obtint sa liberté de Timurtach, moyennant la cession d'Atareb, Zerdena, Cafartab, Ezaz, toutes places voisines d'Alep , et d'une somme de quatre-vingt mille pièces d'or , dont vingt mille payables d'avance. Le roi jura d'être fidèle à sa parole et sortit de prison. Une des conditions du traité portait qu'il serait d'abord remis à l'émir Abou-assaker , prince de Schaizar. Avant de se mettre en route, il parut devant Timurtach : ils mangèrent et burent ensemble, et Timurtach lui fit présent de la tunique royale, du bonnet d'or et des brodequins. On lui rendit même le cheval qu'il montait le jour ou il fut fait prisonnier. Le roi monta dessus et fut conduit à Schaizar, ou il attendit l'arrivée des otages qui devaient servir de garans à ses promesses. C'étaient sa fille, le Gis de Josselin, et autres personnes, en tout au nombre de douze. Enfin il livra à l'émir les otages avec les vingt mille pièces d'or et fut mis en liberté. Il s'en alla, que Dieu le maudisse! et oublia aussitôt ses promesses. Il manda ces paroles à Timurtach : u Le patriarche, sans qui m je ne puis rien , a voulu savoir quelles étaient les conditions
* du traité. Quand il a su que je m'étais engagé à rendre »Ezaz, il s'y est opposé, et m'a commandé de n'en rien
* faire, disant qu'il prenait le péché sur lui. Je ne puis aller n contre ses volontés (l). » Des députés furent envoyés de part et d'autre pour arranger cette affaire , mais inutilement.
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