‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 24 sur 88 · S XX · texte numérisé non relu

S XX

Suite des guerres de Noureddin contre les chrétiens.

Suite de V année 543 [ 1148 ]. « Après la levée du sie'ge de Damas, dit Ibn-alatir, un seigneur franc, nomme' le Jils a* Alphonse (l), venu avec l'empereur d'Allemagne, et qui descendait de Raymond de Saint-Gilles, voulut à ce titre s'emparer de Tripoli. Le comte de Tripoli, à cette nouvelle , envoya demander du secours à Noureddin. Les musulmans venant donc attaquer le seigneur franc dans un château nommé Arima, où il s'était fortifie, prirent le château et le rasèrent. La même année, Noureddin surprit les Francs dans un lieu nomme' Yagra. II en prit et tua plusieurs, et

fi) C'est ce même Alphonse qu'Aboulfarage a confondu avec îe roi de France.

envoya une partie du butin et des prisonniers en présent à son frère le prince de Moussoul, au calife de Bagdad, au sultan Massoud et autres.

Pendant que ces e've'nemens se passaient en Syrie, une flotte de deux cent cinquante voiles, au rapport d'AbouIfe'da, partit des ports de ia Sicile, sous la conduite d'un officier nomme' Georges, et aborda à Mahadia (l) , sur les côtes d'Afrique. Depuis six ans cette viile était en proie à la plus horrible famine , et une partie des habitans , force's de s'expatrier, avaient cherche' un refuge dans les contrées voisines. A la première apparition de la flotte, Hassan, qui régnait sur la contrée, prit ia fuite avec ce qu'il put emporter, et la ville se soumit sans re'sistance. Georges traita les habitans avec humanité, et rappela , par ses bons traitemens, la plupart de ceux qui avaient ete' chasses par la misère.

An 544 [1149], Nourcddin, selon Ibn-alatir, pene'tra cette année sur les terres d'Antioche, et vint faire le sie'ge du château de Harem. Ce château défendait la principauté d'Antioche, du côte d'Alep. Noureddin détruisit ses fabourgs et dévasta les campagnes voisines. De là, il se porta contre la forteresse d'Anab, où il exerça les mêmes ravages. Raymond , prince d'Antioche, e'tant venu l'y attaquer, fut battu et resta même parmi les morts.

Ibn-alatir rapporte de ce Raymond , en preuve de sa force prodigieuse , qu'il ployait un e'trier de fer en deux , et qu'un jour, passant à cheval sous une voûte à laquelle pendait une chaîne, il se prit avec les mains à la chaîne, et serra en même temps les flancs du cheval d'une telle force, ^u'il l'empêcha de bouger. II ne laissait qu'un fils en bas âge, nomme' Bohêmond. Sa veuve Constance se remaria, pour avoir quelqu'un en état de tenir le timon des affaires et de marcher à la tête des troupes, en attendant que le jeune prince put gouverner par lui-même. Ce second mari s'établit à Antiochc, et prit les rênes du gouvernement. II se nommait Renaud de Châtillon, qui devint plus tard seigneur de Carac et d'autres lieux. II en sera parle' plusieurs fois dans la suite (2).

(l) Mahadia est la ville que les auteurs chrétiens du temps appellent Africa.

(t) Aboulféda fait observer que ce mariage lui valut l'autorité' et le titre de prince, ou yr^*'

An 546 [1151], Cette année, les colonies chrétiennes d'Orient éprouvèrent un nouvel e'chec. Déjà Zengui avait chassse' (es Francs de toute la Mésopotamie : son fils Noureddin les de'pouilla de toutes les places qu'ils occupaient encore vers le nord de la Syrie. Ces places faisaient partie de l'ancien comte' d'Édesse, qui par-la fut entièrement réduit au pouvoir des musulmans.

* Josselin , ancien comte d'Édesse, dit Kemal-eddin , sVtait fait remarquer entre tous les seigneurs chrétiens par sa ge'ne'rosite' et son courage. Un jour il remporta une victoire sur Noureddin , et s'empara de son e'cuyer et de ses armes. Après le combat, il envoya les armes à Massoud, prince d'Icône , et beau-père de Noureddin, avec ces mots : • Voilà les armes du mari de votre fille; sous peu: je vous enn verrai quelque chose de mieux, » Noureddin fut très-sensible à cette insuite et n'eut pas de repos qu'il ne se fût venge'. Il aima mieux recourir à la ruse , sachant bien que , s'il attaquait Josselin à force ouverte, il rencontrerait de grands obstacles. S adressant donc aux Turcomans , il leur promit une grande recompense s'ils le lui amenaient mort ou vif. Les Turcomans enlevèrent Josselin à la chasse et le remirent à Noureddin (l). Ce coup de main valait une victoire , et les effets s'en firent sentir dans toutes les provinces chrétiennes. Noureddin entra sur les terres de Josselin et lui prit en quelques anne'es toutes les villes qui lui restaient, telles que Tell-Bascher , Aintab, Ezaz, Ravendan, Maras et autres. En vain les Francs essayèrent de le traverser dans ses conquêtes. Dans un combat livre' près de Dalouc (2) , ils furent mis en de'route. »

Voici le portrait que fait de Josselin l'auteur de VHistoire des Atabecs : u C'était un diable enrage' et l'ennemi mortel de l'islamisme. C'est lui qui menait les Francs au combat, tant il avait de prudence et de bravoure, tant il était ennemi de la religion musulmane et barbare envers ses disciples. Toute la chrétienté se ressentit de sa ruine ; tous les chre'tiens eurent à ge'mir de sa captivité'. Ses provinces se trouvèrent sans défense, ses frontières sans protecteur, et les musulmans les prirent sans re'sistance. C'était un homme

(i) Voyex sur cet événement le re'cit de Guillaume de Tyr. (l) Dalouc est la ville que Guillaume de Tyr appelle Tutupa.

ruse et perfide, se jouant de la sainteté des sermens et de (a foi des traites. Autant de fois que Noureddin traita avec lui , et qu'il se fia à ses promesses, cet impie les viola. Mais ses artifices et sa perfidie retombèrent sur lui; car la perfidie est une arme funeste pour ceux qui s'en servent, n

Voilà plusieurs anne'es qu'il n'a e'te' question de l'Egypte : ce pays était toujours en proie aux divisions et a l'anarchie , et trop malheureux pour songer à inquiéter les chrétiens. Ceux-ci, de leur côte, avaient trop à craindre de Zcngui et de Noureddin pour s'attirer ce nouvel ennemi sur les bras. Cependant comme, vers ce temps, les Francs firent une irruption sur les côtes d'Egypte , le visir égyptien , au rapport d'Ibn-Moïassar, envoya sur les côtes de Syrie une grande Hotte qui exerça les plus grands ravages, tuant ou enlevant tous les chrétiens qui se trouvaient sur son passage, n

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