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Noureddin occupe Damas et toute la Syrie.
Suite de l'année 549 [1154]. Depuis long-temps Noureddin avait forme' le dessein de s'emparer de Damas. « Ce qui avait augmente' son impatience de soumettre la capitale de la Syrie, dit l'auteur de l'Histoire des Atabecs, c'est la prise d'Ascalon par les Francs. Pendant le sie'ge de cette ville, Noureddin s'affligeait de ne pouvoir la secourir. Damas l'aurait arrête' sur son passage, et tous les autres chemins lui e'taient fermés au travers des provinces chrétiennes : il savait d'ailleurs que les Francs ne souhaitaient rien tant que de s'emparer de Damas.
devoir les reproduire ici. « Cependant les émirs égyptiens avaient vu la mort d'Adei avec peine; et comme Assamé passait pour être fauteur du crime, ils résolurent de s'en défaire. Assamé en fut instruit, et, pont les prévenir, il dit à Abbas : « Comment peux-tu souffrir » plus long-temps les propos qu'où tient sur le compte de ton fils
■ Nasr?Le bruit court parmi le peuple que ie calife a pour lui une » passion honteuse. » Ces paroles firent de la peine à Abbas. Sur ces entrefaites, le calife fit don à Nasr d'une belle terre aux environs du Caire. • II me semble, dit Assame', que la réparation n'est pas pro-
• portionnée à l'injure. — Mais que faire? demanda Abbas. — Le
• voici, reprit Assamé : « Le calife va de temps en temps trouver ton
■ fils Nasr secrètement à sa maison. La première fois qu'il y retour-
• nera,que ton fils ne le tue-t-il? » Une nuit donc que le calife s'y rendit, déguisé, et avec deux eunuques seulement, Nasr le tua et enterra son corps dans une fosse , sous une table de marbre. Il tua aussi l'un des deux eunuques; mais l'autre parvint à s'échapper. Cependant, dès que le jour parut , le visir monta à cheval et se rendit au palais, demandant à parler au calife : on lui répondit qu'il était sorti la veille et qu'il n'était pas encore rentré. Pendant ce temps, arriva le second eunuque , qui annonça la mort du calife. Alors Abbas appela les deux pri \cea ses frères, Gabriel et Youssouf, et leur dit : C'est vous qui avez tué le calife. Ils eurent beau s'en défendre et prendre Dieu a témoin de leur innocence ; le visir fit venir le cadi et les gens de loi, qui, sur son témoignage, condamnèrent les deux princes à la mort. Ils furent massacrés sur la place et sous les yeux mêmes du fils du calife. C'était un enfant à peine âgé de cinq ans, qu'on proclama sous le titre de Faîez-billah. On remarqua que pendant que les officiers du palais le montraient au peuple, il était encore tout tremblant et avait peine à se soutenir. A l'égard d'Abbas , H se crut hors d'affaire ; mais l'événement tourna contre son espérance :
Déjà, n'ayant plus que du mépris pour celui qui en était maître, ils faisaient des courses sur son territoire, et avaient impose' un tribut aux habitans. Tous1 les ans il venait , de leur part, un homme charge' de faire la levée du tribut, et si quelque esclave chrétien se trouvait expose' au marche', on lui laissait la liberté' de s'en retourner dans son pays. Les habitans de Damas prirent le parti de se soulever, et assiégèrent Mogir-eddin dans la citadelle; mais, comme ils craignaient que les Francs ne profitassent du desordre pour achever de les subjuguer , ils durent se borner à tourner leurs regards vers Dieu, à lui adresser leurs vœux, et à le prier de les sauver d'un péril si imminent. Dieu exauça leur prière, et choisit pour les délivrer le plus cher de ses serviteurs, celui
les gens du palais avaient été indignés de la mort du calife et jurèrent de le venger. D'un autre côté, les émirs prirent Abbas en horreur à cause de son humeur sanguinaire : il se forma contre lui un considérable; la guerre civile s'alluma dans le Caire; et la calife, recourant à Télaï, gouverneur de Soïouth dans la Egypte , l'obligea à prendre la fuite.
■ Abbas s'enfuit avec son Gis et Assamé, emportant avec lui de grandes richesses, et se dirigeant du côté de la Syrie. Sa maison au Caire fut livrée au pillage, et la tante du calife écrivit au commandant chrétien d'Ascalon pour l'engager à faire courir après lui. Abbas, abandonné d'Assamé et de son escorte, fut pris et conduit à Ascalon. Les chrétiens le tuèrent et livrèrent son fils à prix d'argent à Télaî, qui le fit mourir et fit attacher son corps au gibet à la porte du Caire. Ainsi délivré de tout compétiteur, il prit la dignité de visir avec le titre de Malek-saleh ou roi excellent , tua ou bannit les principaux émirs , et ne garda plus de ménagement pour personne. »
Guillaume de Tyr a aussi parlé de la mort du calife , de celle d'Abbas , qu'il nomme H abois , et de son fils Nasr, qu'il appelle Nosereddinus , c'est-à-dire \ > reddin. Voici comment il s'exprime au sujet de ce dernier, lib. xvm, cap. 9 : • C'était un homme plein d'audace, jouissant d'une grande réputation de bravoure, et répandant par son seul nom la terreur. Il resta quelque temps entre les mains des templiers , soupirant après le moment de recevoir le baptême , et connaissant déjà les lettres latines (Hueras romanas). Déjà même il était instruit des principaux mystères de la religion chrétienne, lorsqu'il fut vendu aux Egyptiens, ses ennemis, au prix de soixante mille pièces d'or. On lui lia les pieds et les mains avec des chaînes de fer; on le mit dans une cage de fer portée à dos de chameau, et, dès qu'il fut arrivé en Egypte, ses ennemis se jetèrent sur lui et coupèrent son corps par morceaux. •
qui menait la vie la plus pure, en un mot Noureddin, roi
Î'uste de nom et de fait (l). Dieu inspira donc à Noureddin a pense'e de soumettre la capitale de la Syrie, et lui en aplanit les difficultés. Une fois de'cide', Noureddin ne songea plus qu'aux moyens d'exécuter son dessein. II pensa que s'il attaquait Damas à force ouverte, il ne pourrait y entrer, attendu qu'à son approche Mogir-eddin appellerait les Franoi et implorerait leur secours. Remarquez, en effet, que la conquête de la Syrie par Noureddin devait être le plus grand malheur qui pût arriver aux chrétiens; car, si jusque-là Noureddin prenait leurs châteaux et leurs forteresses , que ne ferait-il pas quand il serait maître de toute cette belle contrée ? A ce motif se joignait l'horreur de Noureddin pour l'effusion du sang musulman ; ce sang e'tait à ses yeux d'un prix inestimable , par un effet de sa bonté', de sa justice et de la douceur de son caractère. Ainsi, tout bien considère, il aima mieux recourir à la ruse. »
Voici de quelle manière il s'y prit, selon Ibn-alatir , et l'on avouera que les moyens n'étaient pas bien délicats : « Noureddin s'adressa d'abord au prince de Damas lui-même, et chercha, à force d'artifices, à se le concilier par des presens et des marques d'amitie'. Il y réussit. Alors il entreprit de faire pe'rir par differens moyens tous les émirs du prince qui auraient pu , par leurs talcns , mettre obstacle à ses desseins. De temps en temps il écrivait au prince : Tel émir (qu'il désignait par son nom ) s'est adressé à moi, en s' offrant à me livrer Damas. Aussitôt, sans plus d'informations, Mogir-eddin déposait cet emir de sa place et le dépouillait de ses biens. Quand il ne lui resta plus d'emirs, Noureddin s'avança sur Damas. Déjà il s'était ménage' des intelligences parmi la milice et les habitans. II les avait gagnes sans peine; car tout le monde l'aimait pour sa justice , sa pieté et la douceur de son gouvernement. En vain, à la nouvelle de sa marche, Mogir-eddin se hâta d'écrire aux Francs , et leur offrit de l'argent avec Baalbec, s'ils venaient le délivrer. Ils arrivèrent, mais trop tard. Noureddin s'etant fait ouvrir les portes de Damas par les milices, entra sans coup ferir, et les Francs s'en retournèrent accables de douleur. Pour Mogir-eddin , il se sauva dans la citadelle, puis consentit à recevoir Émesse
(l) Ce prince avait le litre de Malck adei ou roi pftff.
• en échange. Mais comme il cherchait de nouveau à se faire un parti à Damas, Noureddin lui ôta Émesse, et il s'en alla à Bagdad./»
On lit dans la compilation des Deux Jardins, que « Noureddin, en entrant dans Damas, assembla chez lui les principaux habitans, les cadis, les gens de loi et les marchands, pour les instruire de ses bonnes intentions. Il chercha, par ses discours , à se les attacher et à leur donner de belles espérances : aussi leur joie fut au comble. lis se répandirent en louanges et en vœux pour la personne du prince, et remercièrent le seigneur d'un si heureux événement. Noureddin re'digea, sur ce sujet , une de'claration , qui fut lue le vendredi, après la prière, dans toutes les mosquées. Le peuple fut dans le ravissement; on n'entendait par-tout que prières et vœux adresses au Dieu très-haut, pour qu'il voulut bien accorder un long règne à leur nouveau maître et glorifier toutes ses entreprises, n
An 552 [J/57], Cette année, toute la Syrie fut ébranlée par un tremblement de terre. Hamah, Schaizar, Tripoli, Antioche, &c. eurent leurs murs renverses, d'autres leur citadelle. Noureddin se hâta de reparer ses places endommagées, et lit faire en même-temps des courses sur les terres des Francs, pour les obliger à rester sur leur territoire. Plusieurs habitans périrent dans les ruines de leurs maisons. Aboulfeda rapporte d'un maître d'e'cole de Hamah, que tous ses écoliers disparurent dans une secousse, tandis qu'il était absent, et qu'à son retour il ne se présenta aucun parent pour demander de leurs nouvelles : pères et fils, tous avaient été enveloppe's dans le même desastre.
Ibn-Moyassar parle, sous la même date, d'une violation de la trêve faite avec l'Égypte par les Francs. Le visir, indigne, envoya une armée chargée de ravager les terres de Gaza et du Jourdain. Dans le même temps, une Hotte croisa devant Be'ryte et sur toute la côte , enlevant les navires chrétiens. Un vaisseau chre'tien , charge' de pèlerins, ayant fait naufrage près du port d'Alexandrie, les pèlerins furent envoyés au Caire.
L'année suivante, une nouvelle armée égyptienne, composée de quatre mille hommes , commit de grandes dévastations sur le territoire chrétien. Ces ravages s'étendirent jusqu'aux portes de Jérusalem. Un députe' ayant e'te' envoyé par Noureddin au calife, le visir le renvoya avec des pre'sens con-
side'rables, consistant en armes et autres objets de fa valeur
de trente mille pièces d'or. Il lui remit de plus soixante et dix mille pièces d'or en espèces, pour aider Noureddin à soutenir la guerre sacrée. Le visir accompagna ce présent d'une lettre écrite de sa main , contenant quelques vers de sa façon, par lesquels il cherchait à embraser Noureddin d'une nouvelle ardeur contre les chrétiens. A la lin, les Francs envoyèrent solliciter la paix auprès du calife. Il vint aussi un députe' de l'empereur de Constantinople, qui demandait une Hotte pour l'opposer à celle du roi de Sicile.
Vers ce même temps, la Hotte égyptienne enleva le frère du roi de Chypre. Il fut traite avec beaucoup d'égards , et envoyé en présent à l'empereur de Constantinople.
Pendant que ces evenemens se passaient en Egypte, Noureddin attaquait les chrétiens par terre. 11 faisait publier partout la guerre sacrée : des jeunes gens, des volontaires, des gens de loi , des sophis , vinrent en fouTc se ranger sous ses drapeaux. La conquête de Paneas fut l'objet de cette guerre. Cette forteresse fut tour-à-tour prise et reprise. Dans un combat qui eut lieu entre Paneas et Tiberiade, les chrétiens eurent le dessous: ils perdirent leurs bagages, et Noureddin conquit une tente mngnilique. Celte victoire, dit le compilateur des Deux Jardins , fut éclatante et célèbre. Li s prisonniers francs furent conduits à Damas. Sur chaque chameau , on avait mis deux cavaliers chrétiens des plus braves, avec un étendard déployé; à cet étendard étaient attaches la peau et les cheveux enlevés aux têtes des morts. Les chefs allaient aussi à cheval, couverts de la cuirasse, le casque en tête et portant un drapeau à la main. Les fantassins, au contraire, marchaient à pied, les mains liées avec des cordes, trois à trois ou quatre à quatre. Ils arrivèrent dans cet état à Damas. Une multitude de vieillards, de jeunes gens, de femmes et dVnfans sortirent de la ville pour jouir de ce spectacle. C'etait.unc grande laveur de Dieu pour les musulmans, dit l'auteur arabe : aussi, tous appelaient Noureddin leur sauveur, et le comblaient de bénédictions.