‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 41 sur 88 · S XL · texte numérisé non relu

S XL

Entrée de Saladin dans la ville sainte.

Saladin fit ensuite, avec ses troupes, son entrée dans

Je'rusalem (l). Emad-eddin rapporte que « ce jour fut pour les musulmans comme un jour de fête. Le suîlan fit dresser hors de la ville une tente pour y recevoir les félicitations des grands, des émirs , des sophis et des docteurs de la loi. Il s'y assit d'un air modeste et aVec un maintien grave : la joie brilv lait sur son visage; car il espérait tirer un grand honneur de la conquête de (a ville sainte. Les portes de sa tente restèrent ouvertes à tout le monde , et il fit de grandes largesses. Autour de lui e'taient les lecteurs qui recitent les préceptes de la loi , les poètes qui chantent des vers et des hymnes. On lisait les lettres du prince qui annonçaient cet heureux e've'nement; les trompettes les publiaient; tous les yeux versaient des larmes de joie; tous les cœurs rapportaient humblement ces succès à Dieu ; toutes les bouches célébraient les louanges du Seigneur, »

Une foule de savans et de deVots e'taient accourus des contrées voisines pour être témoins de la prise de Jérusalem. Ces musulmans, suivant la remarque de Boha-eddin , témoignèrent leur joie chacun à leur manière. L'historien Emad-eddin , qui depuis quelque temps était malade à Damas, rapporte lui-même qu'à la première nouvelle du siège de Je'rusalem, il ne se sentit plus de mal, et accourut en toute hâte pour prendre part à la joie commune. Il arriva le

les Orientaux e'taient pour ie moins aussi crédules que les Occidentaux. Consulte/, au reste notre Description du cabinet de M. le duc de Blut as, t. 11 , ],. 365.

(i) C'est à tort que Marin , dans son Histoire de Saladin, t. II , p. 8G , suppose que ce prince attendit, pour entrer, l'expiration du délai de quarante jours. A cette époque , il avait déjà fini de prendre possession de Jérusalem , et il s'était rendu devant Tyr pour en faire le siège. D'après le témoignage unanime des auteurs arabes, il quitta Jérusalem pour se rendre devant Tyr, le s 5 de schaban, ou commencement de novembre , moins d'un mois après le jour où Jérusalem capitula; ce qui suppose qu'il arait laissé à ses lieutenans le soin d» faire exécuter les conditions du traité. i

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lendemain de la capitulation. Comme il passait pour être fort éloquent, ses amis se pressèrent autour de lui pour lui demander des lettres qu'ils voulaient envoyer à leurs parens et à leurs amis. Le premier jour il en écrivit soixante-dix (1).

Pendant ce temps, les chefs des chrétiens évacuaient la ville. Ibn-alatir cite d'abord une princesse grecque , qui menait dans Jérusalem la vie monastique, et à qui Saladin permit de se retirer avec sa suite et ses richesses. Telle e'tait sa douleur, suivant l'expression d'Emad-eddin , que les larmes coulaient de ses yeux comme les pluies descendent des nuages. On vit ensuite paraître la reine de Jérusalem , dont le mari e'tait alors captif entre les mains du sultan , et qui alla le rejoindre à Naplouse; puis s'avança la veuve de Renaud, seigneur deCarac, dont le fils e'tait aussi prisonnier. La mère, en se retirant, demanda la liberté' de son (ils : le sultan v mit pour condition qu'on lui livrerait Carac (â). Comme cette condition ne fut pas remplie, sa demande fut rejeter. Enfin on vit sortir le patriarche, emportant avec lui les richesses des églises et des mosquées.

Le patriarche avait enlevé' tous les ornemens d'or et d'argent qui couvraient le tombeau du Messie. Voyant qu'il emportait ces richesses, l'historien Emad-eddin dit au sultan : « Voila des objets pour plus de deux cent mille pièces n d'or : vous avez accorde' surete aux chre'tiens pour leurs » effets, mais non pour les ornemens des églises. — Laisn sons-Ies faire, re'pondit le sultan ; autrement ils nous accun seraient de mauvaise foi. Ils ne connaissent pas le ve'ritable * sens du traite'. Donnons-leur lieu de se louer de la bonté

(l) Une chose qui, suivant les auteurs arabes, contribua beaucoup à augmenter l'enthousiasme des musulmans, c'est que le jour où Jérusalem se rendit, était justement Tanniversaire de celui où, à les en croire, Mahomet monta miraculeusement au ciei , conduit par l'ange Gabriel. Voyez a ce sujet notre Description des Monumens musulmans du cabinet de M. le duc de B laças f t. II, p. 84 et suit.

(i) La veuve de, Renaud avait eu ce fils de Honfrov de Thoron rod premier mari. Emad-eddin rapporte que Saladin fit venir ce jeune homme de Damas , où il était prisonnier, et lui permit de voir sa mère. Puis il les confia tous deux à des émirs qui devaient aller en leur nom se faire remettre Carac et Schaubec. Mais les chrétiens qui gardaient ces deux places refusèrent de les rendre, et le fils de Honfrov fut remis en prison. Quant à la mère , elle se réfugia h Tvr.

» de notre religion. » En conse'quence , on n'exigea du patriarche que dix pièces d'or , comme pour tous les autres.

Les chrétiens qui étaient en état de payer sortirent successivement de la ville. On avait place' aux portes des gens charges de recevoir le tribut. Ibn-ulatir se plaint de la cupidité' des émirs et de leurs subalternes , qui , au lieu de remettre cet argent au sultan , en détournèrent une partie à leur profit. « S'ils s'étaient conduits fidèlement, dit-il, le trésor eut e'te' rempli. On avait estime le nombre des chrétiens de la ville en état de porter les armes, ù soixante mille, sans compter les femmes et les enfans. En effet, la vdle était grande et la population s'était accrue des habitans d'Ascalon, de Ramla et des autres villes du^yoisinage. La foule encombrait les rues et les églises, et l'on avait peine a se faire place. Une preuve de cette multitude, c'est qu'un très-grand nombre payèrent le tribut et furent renvoyés libres. II sortit aussi | dix-huit mille pauvres , pour lesquels Balian avait donne' trente mille pièces d'orj et pourtant il resta encore seize mille chrétiens qui , faute de rançon , furent faits esclaves. C'est un fait qui resuite des registres publics, et sur lequel il ne peut pas rester d'incertitude. Ajoutez à cela qu'un grand nombre d'Iiahitans sortirent par fraude, sans payer le tribut. Les uns se glissèrent furtivement du haut des murailles ù l'aide de corde.-»; d'autres empruntèrent à prix d'argent des habits musulmans, et sortirent sans rien payer. Enfin quelques émirs réclamèrent un certain nombre de chrétiens comme leur appartenant , et touchèrent eux-mêmes le prix de leur rançon (l). Eu un mot, ce ne fut que la moindre partie de cet argent qui entra au trésor. »

11 avait e'te' stipule' que les chrétiens laisseraient en sortant leurs chevaux et leurs armes : aussi la ville s'en trouva remplie. Emad-eddin rapporte sur ce même sujet que les chre-

(i) Pour entendre ce fait, ii faut savoir que les chrétiens d'Orient de toutes les communions étaient et sont encore en usage d'aller en pèlerinage à Jérusalem. 11 était donc facile à ceux des émirs qui possédaient des fiefs, de dire que certains chrétiens étaient de leurs sujets, et que c'était par hasard qu'ils se trouvaient à Jérusalem. Emad-eddin cite Modaffer-eddin , prince de Haran et d'Edesse , qaî, sous ce prétexte, se fi^remettre jusqu'à mille chrétiens , qu'il disait être des Arméniens d'Edesse. Le prince d'Elbiré sur l'Euphratc eu réclama pour sa part cinq cents.

tiens vendirent en partant leurs meubles et leurs effets; mais ce fut à. si bas prix, qu'ils semblaient les donner, ainsi qu'il est dit dans l'Alcoran :« O combien ils laissèrent alors de jar- • dins el de fontaines , de ebamps ensemence's , et de nobles » demeures, <jui faisaient leur jouissance, et que nous don- 9 nâmes en héritage à un autre peuple (l).»

Le chrétiens, en sortant, avaient la liberté' daller où ils voulaient : les uns se rendirent à Antiocbe et a Tripoli, d'autres à Tyr; quelques-uns en Egypte, où ils s'embaruèrent à Alexandrie pour les pays d'occident. Au rapport e l'bistoricn des patriarches d'Alexandrie, Saladin montra en cette occasion les égards et les sentimens les plus généreux. Il donna aux fugitifs une escorte qui les protégea sur toute la route ; ceux entre tiutres , au nombre de cinq cents, qui se rendirent à Alexandrie, furent defraves de toute dépense. Comme en ce moment il ne se trouvait pas à Alexandrie de navire qui put les emmener, ils attendirent une occasion favorable. Leur séjour en Egypte fut de plus de six mois. Saladin voulut qu'on fournît à tous leurs besoins, et paya même le prix de leur voyage, afin, disait-il » qu'ils s'en allassent contens. D'après son ordre , le gouverneur d'Alexandrie et ses agens se montrèrent pleins d'attention pour eux, et en eurent soin jusqu'à leur entier embarmicmeut (2).

A l'égard des chrétiens qui restèrent à Jérusalem, particulièrement de ceux du rite grec, qui ne furent nullement inquiètes, on lit dans lùnad-eddin qu'ils conservèrent leurs

• i ; Ce passage fait allusion à Pharaon et à ses soldats, qui, voulant poursuivre les Israélites dans la Mer Rouge, se noyèrent et furent prives de la vie heureuse qu'ils menaient en Egypte. L'Alcoran est rempli d'allusions semblables, et les écrivains musulmans ne manquent pas de 1rs tourner à l'avantage de leur religion. Voyez sourate xliv, vers. î4.

(?) Ces détails, si honorables pour Saladin , se retrouvent presque mot pour mot dans Bernard ïe trésorier. Voyez l'extrait de sa Chronique , Bibliothèque des Croisades. Bernard fait menti ou d'autres particularités qui, si elles sont vraies, donnent une bien mauvaise idée des chrétiens de cette époque. Peut-être Bernard a-t-il exagéré, comme il arrive presque toujours dans les temps d'anarchie et de désordre, où tous les partis ont quelque reproche à se faire , et où tous se rejettent la ftutc les uns sur les autres Voj ex son récit.

biens, à condition de payer, outre la rançon commune à tous, un tribut annuel. Quatre prêtres latins seulement eurent la faculté' de demeurer pour desservir l'église du Saint- Sepulcre, et furent exemptes du tribut, u Quelques ze'le's musulmans , poursuit l'auteur, avaient conseille à Saladin de détruire cette église, pre'tendant qu'une fois que le tombeau du Messie serait comble' et que la charrue aurait passe' sur le sol de l'e'glise, il n'y aurait plus de motif pour les chre'tiens d'y venir en pèlerinage; mais d'autres jugèrent plus convenable d'épargner ce monument religieux, parce que ce n'e'tait pas l'église, mais le calvaire et le tombeau qui excitaient la de'votion des chre'tiens, et que, lors même que la terre eut c'te' jointe au ciel, les nations chrétiennes n'auraient pas cesse' d'allluer à Jérusalem. Ils firent observer que lorsque le calife Omar, dans le premier siècle de l'islamisme, se rendit maître de la ville sainte, il permit aux chrétiens d'y demeurer, et respecta l'e'glise du Saint-Sepulcre. » L'auteur arabe ajoute que pourtant plusieurs tombeaux de princes et de capitaines francs, élevés près de la chapelle de la Sacra, furent renverse's par les vainqueurs.

Pour ce qui est du séjour de Saladin dans Jérusalem , le re'cit des Arabes n'est rempli qu^ de détails d'églises , de chapelles et de temples qui presque tous furent change's en mosque'es. Nous allons repc'ter ce qu'ils disent.

Ibn-alatir rapporte qu'un des premiers soins de Saladin fut de faire restaurer la mosque'e Alacsa, bâtie par le calife Omar, sur l'emplacement du temple de Salomon, et qu'il fournit pour cet objet des marbres, de Varient doré Je Conslantinoplc , et d'autres objets de prix. II ajoute que les musulmans, par suite de leur horreur pour les images, ne laissèrent pas le moindre vestige des figures que les chrétiens y avaient représentées.

De son côte , le cadi Mogir-eddin nous apprend que tous les princes de la famille de Saladin s'empressèrent de venir en ce lieu rendre hommage a Dieu. Malek-adel se distingua pardessus tous les autres. Son neveu Takieddin fit aussi une action très-belle : il se rendit avec une grande suite à la chapelle de la Sacra (l); et prenant lui-même un balai, il nettoya

(l) II y a environ deux cents ans que Dcshaye* a observe* que l< musulmans ont une grande dévotion a cette chapelle. » Ceux, dit-if ,

le sol de toute iimuondice ; ensuite il lava avec de l'eau les murs et les lambris, ù plusieurs reprises; puis il y passa de • i'eau de rose; et après avoir ainsi purifie' ce saint lieu , il distribua d'abondantes aumônes aux pauvres. Afdal et Azi* , fils de Satadin, suivirent le même exemple, et déposèrent leurs armes dans la chapelle, montrant par-là qu'ils n'avaient eu en vue dans cette guerre que la gloire de Dieu.

De plus, suivant Kmad-eddin , le sultan fit de'couvrir le mi lirai) de la mosquée (l), devant lequel les templiers avaient eleve' un mur, et qu'ils avaient converti en grenier àble', d'autres disent en un lieu d'aisance. Ce lieu devint un emplacement vaste et commode, où les musulmans pouvaient vaquer à la prière. Saladin y fit placer une chaire. « Le mrlirâb, poursuit Einad-eddin , fut purifie' : on étendit par terre de beaux tapis; on suspendit des lampes à la fbute, et on y lut les paroles descendues du ciel (l'AIcoran). La vérité' revint; le mensonge prit la fuite. L'AIcoran pre'valut; l'évangile fut banni. Tous nos rites se célébrèrent : on pria pour le calife et le sultan; les benedietions devinrent générales, et la douleur s'enfuit. Ce qui était cache fut découvert; les anciennes institutions furent renouvelées ; [es versets de l'AIcoran lus en public; les signes de notre religion arbores. On entendit la voix de ceux qui appellent à la prière; les cloches se turent. La foi exilée revint dans son asile : les derviches , les dévots, les grands, les petits, tous vinrent adorer le Seigneur; du haut de la chaire s'éleva une voix qui avertit le^ eroyans du jour de la résurrection et du jugement dernier. •>

Par-fà l'auteur fait allusion à la cérémonie qui eut lieu dans la mosquée, le premier vendredi qui suivit l'entrée des musulmans dans la ville sainte. On sait que les jours de vendredi la prière est pour les musulmans de précepte ; on sait aussi que ce jour-là, après l'office, le prédicateur monte en chaire pour faire aux assistans une espèce de prône.

* qui ont quelque aisance , fondent de qnoi entretenir après leur

• mort quelqu'un qui lise dans la chapelle l'AIcoran à leur intention. * Voyez l'Itinéraire de M. de Chateaubriant , t. II, p. 373, et Guillaume de Tyr, dans Bon gars , p. 7 4 8.

(l) Le mihrab est la partie de la mosquée qui se dirige du côte de la Mecque. Tous les musulmans, en faisant la prière, doivent être tournes de ce côte*.

Nous allons laisser parler l'auteur arabe , qui fut témoin de ce qu'il raconte.

u Le sultan n'avait encore de'signe' personne pour prêcher; quelques-uns disaient : u Plut à Dieu que je fusse charge' des «honorables fonctions d'imam! si j'avais ce bonheur, peu n m'importe qui les remplirait après moi. » Le vendredi matin, au point du jour, on se demandait: « Qui le sultan a-t-il yf nomme' pour prêcher? » Le temple e'tait plein ; l'asscmble'e attendait avec impatience; tous les yeux e'taient fixes sur la chaire; les oreilles e'taient attentives, et les cœurs vivement e'mus ; les larmes coulaient. On manquait de sie'ges pour la multitude des assistans; on se disait: « Heureux ceux qui ont » ve'cu jusqu'au jour où l'islamisme est ressuscite' ! Quelle belle »fête! quelle belle assemblée! que la dignité' d'imam est » glorieuse dans une pareille occasion! Quel règne que celui t) des Ayoubidcs! Y a-t-il eu dans les contrées musulmanes n une assemblée autant honore'e de Dieu?»

o Enfin le sultan ordonna au cadi Mohi-eddin-aboulmaalimohammed , fils de Zeki , de faire les fonctions de katib ou pre'dicateur. Cette de'claration re'pandit une sueur subite sur le front de ceux qui aspiraient au même honneur. Pour moi, dit l'auteur, je prêtai au cadi le vêtement noir que j'avais reçu en don du calife. Le cadi monta en chaire : le discours qu'il prononça excita notre admiration ; ses expressions étaient promptes et faciles ; il joignit la prière à l'exhortation , et l'exhortation à la prière ; il exposa les prérogatives et la sainteté' de Jérusalem ; il parla de la purification de la mosquée; il dit un mot sur la fuite des prêtres et le silence des cloches. Dans sa prière, il nomma le calife et le sultan, et termina son discours par un verset de l'Alcoran où Dieu ordonne la justice et les bonnes œuvres. Son discours fini (l) , il descendit de chaire et lit sa prière dans le mihrab , en commençant par les mots : u Au nom du Dieu clément et miséricordieux, n

u Ensuite le sultan fit fa prière daos la chapelle de la Sacra. Les assistans étaient ranges autour de lui, faisant des vumix pour l'éternelle dure'e de sa gloire. Tous les visages étaient tournes vers la Kibla, du côte de la Mecque; toutes

(l) Le discours nous a eu? conservé tout entier par Ibn-kbalecan dans yes Vies des Hommes illustres , à l'article Saladin. On en Uouyera un extrait dans Y Histoire des Croisades , t. II, p. 34 8.

les mains étaient élevées vers le ciel. Le sultan put entendre les vœux qu'on faisait pour lui.

m Les Francs avaient bâti une église au-dessus de la chapelle de ia Sacra. Cet édifice avait courbe la forme de la chapelle et altère' ses traces antiques. Les chrétiens avaient couvert la chapelle de peintures plus laides que la nudité même des pierres; ils y avaient élevé des statues. On y voyait un autel et des Iogemens pour les prêtres. Là était dépose' le livre des évangiles ; une coupole dore'e avait e'te' construite au-dessus de l'endroit marque' par l'empreinte du pied de Mahomet, et que les chrétiens disaient être la trace du pied du christ. La coupole e'tait supportée par des colonnes de marbre de la plus grande élégance. Le sultan fit tout rétablir dans son ancien e'tat , et la roche fut revêtue d'une grille de fer.

On lit au sujet de la roche, dans Ibn-alatir, a que les chrétiens l'avaient recouverte de marbre, et cela parce que plusieurs fois on avait surpris les prêtres détachant des morceaux de cette pierre pour la vendre , au poids de l'or, à leurs frères d'occident ; cette pierre passait pour porter bonheur. A leur retour , les chrétiens bâtissaient des églises et plaçaient ces fragmens sur l'autel principal. Tel fut le motif qui porta un des rois précédens à faire revêtir la roche de marbre , de peur qu'il n'en restât bientôt plus de trace; mais le sultan la fit découvrir et ordonnad'y tenir des exemplaires de l'AIcoran pour l'usage de ceux qui viendraient faire ia prière en ce lieu. Il y établit même des lecteurs de l'AIcoran , et affecta à leur entretien des biens considérables. Aussi l'islamisme reprit bientôt racine , semblable a un jeune arbre plein de vigueur. Personne, ajoute l'auteur, depuis le calife Omar jusqu'à Saladin , à qui Dieu fasse miséricorde, n'avait eu la gloire de prendre Jérusalem sur les chrétiens, n

« II fut ensuite question de placer une chaire dans la chapelle; on fit alors souvenir le sultan que vingt ans auparavant Noureddin en avait fait faire à Alep une très-bonne et très-solide , dans la vue de l'envoyer à Jérusalem , si jamais il en était maître; on ajouta que cette chaire avait coûte plusieurs années de travail, et qu'il n'existait rien de si beau dans rislaraisme. Saladin la fit dune apporter d'Alep et ia plaça dans un lieu convenable. C'était un monument de la pieté de Noureddin et une de ses meilleures œuvres. Dieu lui fasse miséricorde ! 9

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u 11 y avait sur la coupole de la Sacra une grande croix d'or. Le jour que la ville se rendit, plusieurs musulmans montèrent au haut pour l'abattre. A ce spectacle les veux des chrétiens aussi bien que des musulmans se tournèrent de ce côte. Quand la croix tomba, il s éleva un cri gênerai dans la ville et les environs : c'étaient des cris de joie de la part des musulmans, des cris de douleur et de rage de la part des chrétiens; le bruit fut tel, qu'on eut cru que le monde allait s'abîmer. *

Le cadi Mogir-eddin rapporte que S al ad in , après avoir rétabli le mihrab de la mosquée Alacsa, y fit placer une inscription en lettres d'or, qu'il dit avoir lue plus tard de ses yeux ; elle émit ainsi conçue : a Au nom du Dieu clément n et miséricordieux. Ce saint mihrab a été rétabli, et la mos- » que'e Alacsa, ouvrage de la pie'te' des fidèles, a été' restaurée » par ordre du serviteur et ami de Dieu , Joseph , fils d'Ayoub, » le victorieux Malek-nasser Saladin , lorsque Dieu lui ouvrit » les portes de la ville sainte , dans le cours de Fan née 583. Il n prie Dieu de lui faire la grâce qu'il soit reconnaissant de ce * bienfait, et de lui accorder une bonne part a ses bontés et à n sa miséricorde (t). »

De plus, au rapport d'Émad-eddin , Saladin établit dan* l egbse de Sainte-Anne un collège de faquirs de la secte de Scbaféi. Il s'y décida sur l'avis de plusieurs docteurs et gens pieux. La maison du patriarche, près de l'église du Saint- Sépuicre, fut donnée à une communauté de sophis. Le sultan assigna à ces deux étabhssemcns des revenus considé-

(t) Nous ignorons si cette inscription existe encore. Pour là commodité des personnes qui auraient à visiter la mosquée , nous eu donnerons le texte :

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râbles; il institua plusieurs fondations scmbiubles en faveur des autres communautés musulmanes. II établit aussi des collèges pour l'instruction delà jeunesse.

SaJadin distribuu tout le butin fait dans la ville sainte ù ses serviteurs. Les richesses qu'il donna en cette occasion furent immenses; et comme quelqu'un lui conseillait de reserver cet argent pour les cas imprévus, il repondit: «J'espère en n Dieu, qui ne trompe jamais. » Au moment de son entrée dans la ville, cinq mille musulmans s'y trouvaient retenus prisonniers. II leur donna à tous des vétemens, leur parla avec bonté, et les renvoya chez eux.

Sur ces entrefaites, le commandant de Sidon et de Béryte manda au sultan que les chrétiens se fortifiaient de plus en plus dans Tyr, et qu'il était urgent d'arrêter ces préparatifs. Saladin se hâta de mettre ordre aux affaires de la ville sainte : il adressa au calife de Bagdad une longue lettre, où il lui rendait compte de la victoire de Tiberiade et de ses brillantes conquêtes; il en écrivit une autre, sur le même sujet, à son frère Saif-elislam , gouverneur de l'Arabie (1). Cela fini, il se mit en marche.

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