XLI
Saladin assiège Tyr. — II est repousse'.
Suite de f année 583 [ novembre 1187]. Ibn-alatir fait observer que la ville de Tyr, quoique des plus fortes et des plus importantes de la Palestine, eût été d'abord prise, si Saladin l'avait attaquée tout de suite après la bataille de Tiberiade; elle était alors sans défense. «Malheureusement, dit-il, le sultan s'exagéra la force de ses murailles et crut devoir commencer par les places voisines; et quand il revint pour l'attaquer, il rencontra des obstacles insurmontables. En vérité' on ne peut aller contre le décret de Dieu. »
Vers le temps de la bataille de Tiberiade, un Franc d'occident, nommé le Marquis, que Dieu maudisse (9) ! s'était
(i) Ces deux lettres ont e'té rapportées par le compilateur des Drux Jardins. Comme elles n'offrent rien de particulier, nous tes passons sous silence.
(t) Cest le fameux Conrad , marquis de Montferrat.
mis en mer avec quelques marchandises pour venir commercer en Syrie. 11 se présenta à l'entre'e du port d'Acre, au
moment où cette ville venait de tomber au pouvoir des musulmans. II ne tarda pas à s'apercevoir d'un changement : il n'entendit pas le son des cloches; les habitans lui parurent autrement habilles qu'à l'ordinaire; tout cela lui donna des soupçons, et il s'arrêta dans l'attente de quelque nouvelle. D'ailleurs, l'air était calme et il ne pouvait se remettre en mer. Aidai, fils de Saladin , avait alors le gouvernement d'Acre. Afdal avant fait demander au marquis ce qu'il voulait, il commença par questionner le députe, et apprit de lui la défaite de l'armée chrétienne, la prise d'Acre et des villes voisines; il apprit aussi que Tyr et Ascalon tenaient encore. Alors il lit semblant de se resigner et de vouloir débarquer dans le port avec ses marchandises (l) , et pria le députe d'en aller demander la permission. Sa demande avant ete' accordée, il en fit une seconde, puis une troisième, jusqu'à ce qu'enfin le vent ayant change, il remit à la voile et aborda à Tyr. Tyr renfermait à cette époque une multitude innombrable; cette ville avait servi de refuge aux habitans d'Acre, de Beryte, et de la plupart des places de la côte prises par Saladin : mais les chrétiens manquaient de chef, et n'avaient avec eux aucun homme exerce' dans l'art de la guerre; telle était leur frayeur, que déjà ils pensaient à écrire à Saladin pour lui demander à se rendre. L'arrivée du marquis releva les cœurs abuttus. Il se lit livrer la ville en souveraineté , et les habitans lui prêtèrent serment de fidélité'. Le marquis était un diable incarné pour l'artifice et le courage. Il fortifia Tyr avec le plus grand soin; il fit creuser de nouveaux fosses , repara les murs, sépara la presqu'île où est bâtie la ville du continent, et fit de Tyr une espèce d'île inaccessible au milieu des eaux (9).
(î) Cette proposition n'était qu'une feinte, et le marquis Conrad renaît , non pour faire le commerce , mais pour se signaler par quelque exploit. Cependant les auteurs arabes ont tous pris Conrad pour an
riche marchand.
(s) On aura une ide'c du bon effet des mesures du marquis Conrad et du grand nombre de chrétiens qui s'étaient réfugies à Tyr, par le* expressions dont se sert Émad-eddin : « CeUe ville était devenue le siège des fraudes des infidèles, le nid de leurs perfidies , l'asile de* fugitifs et le refuge des vagabonds. Le marquis était le plus perfide
y Googl
* Saladin arriva devant Tyr le 19 de ramadan [mois de novembre], et campa près d'un ruisseau dans le voisinage. Son intention, pour le moment, n'e'tait que d'examiner les environs de la place, en attendant l'arrive'e de toutes ses troupes. Le 92 , il transfera son camp sur une montagne voisine , pour mieux diriger de ce lieu e'Ieve' les travaux du siège. Les postes furent distribues à l'armée, et chaque division eut ses heures particulières pour combattre. L'attaque commença sur-le-champ; mais les Francs, favorises par leur position, auraient pu faire face à une multitude innombrable. La ville ressemblait à une main avancée dans la mer, et ne tenant que par le bras ù la terre. C'était sur ce bras que devait se porter tout l'effort du combat. Les musulmans employèrent les pierriers, les balistes, les catapultes, et les autres machines de guerre. Les fils de Saladin, son frère Malek-adel , son neveu Taki-eddin , avancèrent tour-à-tour ; leur exemple fut suivi par les émirs: mais les assie'ge's, montant sur des barques et d'autres petits bàtimens, se montraient ù- la-fois sur les deux cotes de l'isthme, et repoussaient les assaillans; leurs traits s'avançaient d'un côte de l'isthme à l'autre. En vain le sultan lit venir une flotte de dix vaisseaux d'Acre pour éloigner les navires chrétiens et assiéger Tyr par mer et par terre: un maiin qm* les équipages de cinq vaisseaux musulmans places ù l'entrée du port étaient endormis , les assièges les attaquèrent à ('improviste et s'en emparèrent; les vaisseaux qui restaient n'e'taient plus en état de fermer l'accès aux navires chre'tiens , et ils reçurent ordre de se rendre à Be'ryte. En roule, les chre'tiens les poursuivirent et les obligèrent d'echouer sur la côte; ainsi cette flotte ne fut d'aucune utilité. Vers le même temps, les assièges firent une sortie hors de l'isthme et livrèrent aux musulmans un combat terrible (l).
* Alors le sultan assembla ses émirs pour leur demander conseil. Les avis furent partages. Les uns dirent qu'il valait mieux se retirer à cause des pertes énormes essuyées par i'arme'e et du découragement gênerai; ils prétendirent que
pi le plus redoutable des Francs , le plus adroit des loups de Tyr, le plus impur de ses chiens et le plus ruse qui se pnt imaginer.*
( i) Les événement sont ici racontés d'une manière fort incomplète; c'est dans les auteurs chrétiens qu'il faut chercher un récit plus
S9i BIBLIOTHÈQUE
l'hiver étant proche , un plus long retard pouvait rendre la retraite désastreuse. «Vous prendrez du repos, dirent-ils au » sultan; vous en ferez prendre à vos troupes; et lorsque le n printemps sera venu, nous nous rassemblerons de nouveau; » nous recommencerons le siège ; nous achèverons de soun mettre les places chrétiennes. n Tel fut l'avis des riches, qui craignaient que le sultan ne leur demandât de l'argent ; car le trésor était épuise, et il n'y restait pas une dragme. D'autres soutinrent, et avec raison, qu'il valait mieux poursuivre le siège, a Tyr, dirent-ils, est devenu le principal boun levart des Francs : hâtons-nous de nous en rendre maîtres. 9 Alors nous n'aurons plus rien à craindre des chrétiens » d'Occident, et nous prendrons facilement ce que les Francs n possèdent encore (l). n Le sultan, indécis, resta encore un moment; mais ceux qui avaient opine pour la retraite refusant de le seconder, il fut force' de se retirer. On était alors à la fin de schoual [commencement de décembre]. Les troupes musulmanes reçurent congé jusqu'au printemps; les guerriers de MoussquI et de la Mésopotamie rentrèrent dans leurs foyers; ceux d'Egypte et de Syrie suivirent le même exemple; et Saladin resta seul avec sa garde dans Acre.
Telle fut l'issue du fameux siège de Tyr. On ne peut nier que, sans la résistance qu'opposa le marquis, c'en était fait de cette ville, et avec elle du reste des colonies chrétiennes. Ibn-alatir accuse ici Saladin de légèreté' et d'imprévoyance, u Saladin , dit-il, n'aimait pas les longues entreprises : sa coutume , quand un siège durait trop long-temps , était de se dégoûter et de s'occuper d'autre chose. Aussi , toutes les villes qu'il conquit, il les prit en quelques jours. A la vérité', au sie'ge de Tyr, ce furent les troupes musulmanes qui se rebutèrent les premières ; mais Saladin seul était coupable d'imprévoyance. N'est-ce lias lui qui avait laissé aller à Tyr les habitans d'Acre, de Jérusalem et d'autres villes? N'est-ce pas lui qui avait donné aux chrétiens !e temps d'envoyer demander des secours en Occident et d'en recevoir une re'ponse
(l) Dans Fetat où se trouvaient les colonies chrétiennes , l«nr seul espoir devait être dans l'Occident; et le port de Tyr était un a*Hr ouvert aux flottes d'Europe : il était donc de Tintérét de Saladin d'v entrer le pins tôt possible , afin cTétcr aux chrétiens cette dernière ressource.
favorable? En effet, les Francs d'Occident avaient recommande à leurs frères de conserver Tyr comme un lieu de rendez-vous pour les troupes qu'ifs allaient envoyer, et cette réponse avait ranime' leur courage. Nous montrerons, s'il plaît à Dieu, par la suite, quel fut le résultat d'une telle conduite. C'est afin que l'on sache que le chef d'un état ne doit pas ainsi négliger le succès de son entreprise. II est bien plus glorieux de savoir décider la fortune en sa faveur, et de ne pas rester au-dessous par son courage, que de triompher par la témérité' et par une fausse hardiesse , et d'être justifie par le succès aux yeux de la foule (l). »
Saladin, pendant son séjour à Acre, s'occupa des préparatifs de la campagne prochaine. Dans ce même temps, il fit e'erire à ses païens et à tous les princes voisins, de longues lettres où il retraçait en style pompeux et déclamatoire les e'vënemens de cette guerre. Ces lettres ont ete' conserve'es par le compilateur des Deux Jardins. D'autres sont citées dans l'Histoire des patriarches d'Alexandrie. Celles-ci , adressées aux gouverneurs des provinces d'Egypte, se terminent ordinairement par une invitation aux musulmans de se livrera la joie, de remercier Dieu de ses bienfaits, d'illuminer, de tapisser les rues, &c. Ces usages, pratiques en Orient ainsi que chez, nous, s'y retrouvent encore. Dans ces sortes d'occasions, on fait apparaître les corps des arts et métiers et les milices : la foule défile dans une marche solennelle; toute la population se livre à l'ale'grcsse (2).
(i) Ces paroles sont si singulières, snr-tout dans la bouche d'un auteur arabe , qu'il sera bon de donner le texte.
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(î) Voyez les Voyages de Jean Thevenot, t. III, p. 1 1 9 etsuiv. Voyez aussi le Tableau de l'empire ottoman , par Mourndgca cfOhsson, t. IV, p. 408 etsuiv., et les Annales d'Aboulfcda, t. IV, notes de Rriske , n° 419.
S XLIL
NouYcIIes conquêtes de Saladin sur les chrétien*.
An 584 [ 1188]. Dès que l'hiver fut passe', Saladin se remit en campagne. En ce moment , toute la Palestine était soumise, depuis la ville d'Acre jusqu'aux bords de la Mer Rouge. II ne restait plus aux chrétiens , de ce côte et dans l'intérieur des terres, que Sefed, Carac, Schaubec et Kaukab. Kaukab appartenait aux hospitaliers , Sefed aux templiers ; l'une et l'autre place étaient voisines de Tibe'riade. Pour Schaubec et Carac, elles étaient situées aux environs de la Mer Morte. Le sultan, suivant Ibn-alatir, eut vivement désire' s'emparer de ces villes avant de se porter plus au nord ; mais jugeant à leur situation avantageuse que le sie'ge en serait long, il laissa le soin de l'attaque de Kaukab à un de ses émirs. Malek-adel eut ordre d'observer les villes de Carac et de
j Schaubec : pour lui, il se rendit à Damas, où il reçut des lettres de fe'Iicitation des divers princes de l'Orient. Il écrivit de tout côte' pour q^u'on pressât la marche des troupes. Le rendez- vous ge'neral e'tait la campagne qui avoisine le lac d'Émesse. Le premier arrive fut Émad-eddin , prince de Singar et de Nisibe en Mésopotamie ; vinrent ensuite les troupes de Moussoul et des autres contrées musulmanes.
Le prince de Singar est celui que Saladin avait dépouille' quelques anne'es auparavant de la principauté' d'Alep. L'his-
' torien Emad-eddin rapporte qu'après avoir fait dresser ses tentes, le prince invita le sultan à venir honorer son camp de sa pre'sence. Saladin y consentit, et fixa au prince un autre jour pour le recevoir à son tour. Les deux souverains se firent mutuellement des pre'sens et se témoignèrent une affection sincère. Comme on était alors dans la saison des abricots, Saladin en fit venir de Damas, qui servirent à égayer l'entrevue. Ces fruits , sur les assiettes , brillaient, dit l'auteur, comme des étoiles; on les eut pris pour des boules d'or natif, et le'clat qu'ils jetaient ressemblait à celui des fruits peints sur les drapeaux du sultan (t). On servit aussi de la neige
(l) Saladin avait adopté pour couleur la couleur jaune; c'était aussi celle de ses mameloucks et de ses gens, et ses drapeaux étaient de la même couleur.
mêlée avec du miel. Les deux princes eurent ensemble des entretiens fréquens , soit à pied , soit à cheval , sur les opérations de cette guerre.
L'armée ne tarda pas à se rassembler, et le sultan se porta,
non loin de la ville de Tripoli, vers le château des Curdes. « Je me trouvais alors à l'armée, dit Ibn-alatir (l). Le sultan, après s'être arrêté deux jours devant le château des Curdes , alla ravager les campugncs de Tripoli. Sur ces entrefaites, on vit arriver celui qui servait de cadi ou juge aux musulmans de la ville de Giblé, dans la principauté d'Antiorhe : ce cadi était un homme d'un grand sens, qui jouissait de beaucoup de crédit auprès du prince d'Antiochc. II venait offrir à Saladin de lui faire livrer Giblé et plusieurs autres villes du voisinage. Aussitôt le sultan se porta vers le nord. En chemin il occupa Tortose, qui ne fit aucune résistance (9). 11 restait encore deux tours dans le voisinage: l'une se rendit et fut sur-le-champ démolie ; l'autre étant défendue par les templiers, Saladin ne crut pas devoir l'attaquer et se remit en marche. Sur sa route était la forteresse de Marcab; ce château appartenait aux hospitaliers, et passait pour imprenable: Saladin n'osa pas en entreprendre le siège. Cependant la montagne où s'élève Marcab domine le chemin de Giblé; d'un coté de la route, à gauche, est la mer; à droite est la montagne : ce chemin est si étroit que deux hommes n'y peuvent passer de front. En ce temps là il était venu de Sicile une flotte chrétienne de soixante vaisseaux commandée par un chef nommé Margarit : ce chef, étant instruit de la
(l) Ccst aussi à la nu*me époque que l'historien Boha-cddin, que nous citerons de'sormais fort souvent, s'attacha à la personne de Saladin.
(5) Boha-eddin rapporte que Tortose fut enlevée par surprise. La veille. Saladin «attendant à l'effet de l'attaque inopinée qu'il méditait, avait dit : Demain nous dînerons à Tortose. Au bruit que cet événement occasionna , les valets et les ouvriers qui étaient occupés à dresser les tentes, accoururent aussi pour prendre part au pillage; en un moment, tous les gens de farinée furent dans la ville. Marin rend ainsi ce passage (tome II de son Histoire de Saladin , page 100) : » Après la prise de Tortose , Saladin avant demandé qu'on lui servît à manger, on lui répondit que tous les domestiques et les officiers de cuisine l iaient dans la ville occupés à piller. // faut espérer, répliqua-t-il en souriant , qu'ils nous apporteront le dîner de nos ennemis. •
marche du sultan , vint se placer à la hauteur de Marcab ,
pour couper le passage à l'armée musulmane. Saladin fut oblige de faire placer le long de la route, du côte' du rivage , des archers qui fermassent l'accès aux chrétiens. Enfin il arriva, précédé du cadi, devant Gible, qui ouvrit ses portes. En vain les chrétiens essayèrent de se défendre dans la citadelle ; le cadi, par ses représentations et ses menaces, les engagea à se soumettre. Dans ces conjonctures, les hahitans des montagnes voisines vinrent faire leur soumission. Ce fut un événement très-heureux pour le Millau ; car ces montagnes étaient inaccessibles, et les chemins qui y mènent impraticables. Les chrétiens y avaient construit un château nommé Kesratl, qui interceptait les communications de Hamah avec la mer ; les musulmans ayant pris possession du château, les communications furent rétablies.
» Le sultan se porta ensuite à Laodicée, et trouva la ville abandonnée. Les chrétiens s'étaient retirés dans deux châteaux situés sur une montagne voisine ; le cadi de Giblé parvint encore à leur faire peur et les engagea à descendre. Laodicée était une ville bien bâtie et ornée de beaux édifices; on y voyait des marbres de toute espèce : les musulmans détruisirent tous les édifices, sur-tout les églises, et emportèrent les marbres. Saladin donna Laodicée à son neveu Taki-eddin , prince de Hamah , avec ordre d'y faire les réparations nécessaires.
«Tandis que Saladin était encore à Laodicée, l'amiral Margarit se présenta avec sa flotte à l'entrée du port. Margarit fut si indigné du peu de résistance fait par les hahitans, que dans sa colère il menaça de massacrer tous ceux d'entre eux qui tomberaient entre ses mains. Les hahitans, eflrave's, se mirent sous la protection du sultan, s'obligeant a lui payer un tribut annuel. Ils obtinrent à cette condition de rester dans la ville. Cependant Margarit fit demander une entrevue à Saladin. En le voyant, il baisa la terre par respect et parla à-peu-près ainsi: «Vous êtes un sultan plein de » bonté et de générosité : les maux que vous avez causés aux n chrétiens les ont réduits à l'humiliation. Laissez-les en paix » et ils seront vos esclaves; ils combattront sous vos ordres. n Avec leur appui, vous soumettrez des cités et des rovaumes; » mais avant tout, il faut leur rendre les villes qu'ils ont per- ■• dues; sans cela il viendra d'Occident des forces auxquelles n vous ne pourrez, résister. » Saladin répondit qu'il s'inquié-
tait fort peu des guerriers d'Occident : a Qu'ils viennent, yy ajouta-t-il, et ils subiront ce qu'ont subi leurs frères, la f mort et la captivité', n A ces mots , le commandant Margarit fit un signe de croix et se retira (l).
» Le sultan, ayant mis ordre aux affaires de Laodice'e, se porta contre la forteresse de Sohioun. Cette forteresse e'tait situe'e sur le prolongement d'une montagne, entourée dans presque toute sa circonférence d'une vallée profonde qui se rétrécissait en quelques endroits. Du côte' où la forteresse e'tait accessible, on avait creuse un fosse' très-profond et pratique' trois enceintes l'une dans l'autre. Les musulmans firent jouer toutes leurs machines à-Ia-fois, et parvinrent jusqu'à la première enceinte; ils franchirent successivement la seconde, puis la troisième, et enfin les assièges capitulèrent aux mêmes conditions que la ville sainte.
9 Quelques jours après, Saladin alla devant le château de Becas, qu'il trouva abandonne; de là il se rendît devant la forteresse de Schogr, place si heureusement située que tous les efforts de l'arme'e musulmane furent d'abord vains. Aussi un e'mir dit : «Je crois que ce château est un de ceux de qui n Dieu dit : Ils ne pourront les prendre , quelque effort qu'ils n fassent. » Saladin répondit par cet autre passage de l'AIcoran : u Enfin il nous vient du secours de Dieu, et la victoire est y* proche, » En effet, le sultan prononçait à peine ces mots, qu'on vit paraître tout-à-coup un chrétien du haut de la forteresse, lequel demandait à traiter. Les chrétiens sollicitèrent un délai de trois jours, passe' lequel ils promettaient, s'ils n'étaient secourus, de se rendre. Déjà ils avaient écrit au prince d'Antioche, dont ils dépendaient, pour l'instruire du danger qui les menaçait; comme ils ne reçurent pas de réponse, ils ouvrirent leurs portes. La ve'rite' est que Dieu avait rempli les chrétiens de frayeur; sans cela ils auraient pu tenir un temps infini, n
Sur ces entrefaites, Daher, fils de Saladin, occupa Ser-
(î) Emad-eddiu fait tenir ce discours à Saladin : « Dieu nous a
• ordonné de faire régner la justice sur la terre ; nous obéirons à ses > ordres. Notre devoir est de faire la guerre aux infidèles : Dieu noua
• a mis en possession de lenr pays; et quand toute la terre se réunirait
• contre nous , pleins de confiance dans le Seigneur, nous irions aux
• ennemis sans nous inquiéter de leur nombre. »
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mu h ii.' , et permit aux habitans de rester moyennant un tribut annuel. Ces villes dépendaient de ia principauté d'Àntioche, ce qui affaiblit beaucoup le prince de cette ville, a Ce qu'il y eut de fort singulier, ajoute Ibn-alatir, c'est que toutes ces places furent prises un jour de vendredi , dans l'espace de cinq semaines. Gloire à Dieu , qui a rendu facile ce qui était difficile! »
Boha-cddin remarque sur ce même sujet que les musulmans choisissaient de préférence, pour monter à l'assaut , les jours de vendredi, jours consacrés par les disciples de Mahomet a la prière. « Une circonstance si singulière, ajoute-til , est un signe manifeste que Dieu exauçait les vœux faits en ce jour par les fidèles à la mosquée, et une preuve du bonheur du sultan ; puisque Dieu lui ouvrait les portes des forteresses le jour où les bonnes œuvres doublent de prix. C'est assurément le seul exemple qui existe de conquêtes faites toutes un vendredi. Jamais on ne vit rien de semblable ?