‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 43 sur 88 · S XLIII · texte numérisé non relu

S XLIII

Suite des conquêtes de Saladin.

Suite de l'année 584 [1188.] Ibn-alatir reprend ainsi: « Saladin se porta ensuite contre la forteresse de Berzié, située dans le voisinage d'Apamée, dont elle n'est séparée que par le lac forme par l'Oronte et les sources qui descendent des montagnes voisines. Les musulmans avaient beaucoup à souffrir du voisinage de cette place. Saladin se présenta avec ses machines pour l'attaquer; mais jugeant qu'un tel siège, conduit d'après les règles ordinaires, serait fort long, il résolut de brusquer l'attaque. Par ses ordres, l'armée fut divisée en trois corps , qui devaient se relever sans interruption. Le premier corps s'avança sous la conduite du prince de Singar ; quand il fut fatigué , le second le remplaça; celui-ci était composé de Ja garde du sultan , et il combattit avec beaucoup de valeur. L'air était alors fort chaud et les soldats soutiraient beaucoup de la soif. Saladin, pour les animer, mit l'épée à la main; son neveu Taki-cddin en fit autant. On combattit ainsi jusqu'à midi; et au moment que les soldats, harassés de fatigue, commençaient à se mirer,

Saladin accourut pour les retenir; en même temps le troisième corps s'avança pour prendre part au combat. Le mouvement se communiqua au premier, qui venait de se reposer. Toute l'armée fondit à-la-fois sur les chrétiens, les culbuta et entra avec eux dans la place. En vain les chrétiens essayèrent de gagner le haut de la citadelle. Quelques prisonniers musulmans qui s'y trouvaient enfermes, les ceps aux pieds, entendant le cri de victoire de leurs frères, y repondirent. A ces Cris, les chrétiens s'imaginèrent que les prisonniers avaient rompu leurs chaînes, et ils s'offrirent eux-mêmes prisonniers. La place fut aussitôt saccagée et c'vacue'e (l). a Le seignettl de Berzie' avait e'te, au milieu du tumulte, charge de chaînes avec sa femme et ses enfans, et les soldats se les e'taicnt tous partages. Saladin se hâta de les racheter et les renvoya en liberté , charges de presens. »

Ihn-alatir ajoute que le sultan en usa ainsi à cause que la femme du seigneur de Berzie était sœur de la femme du prince d'Antiochc; or la princesse, ajoute l'auteur, avait lait part au sultan de plusieurs avis qui l'intéressaient, et elle le mettait au courant des projets des Francs. Les chrétiens M trahissaient donc les uns les autres et hâtaient leur propre ruine.

Le sultan se rendit ensuite au pont de fer ou Pont-Ferrat sur 1 Oronte,non loin d'Antiochc. Au rapport d'Kmad-cddin , il eut un moment l'idée d'attaquer cette ville; il y renonça, aimant mieux Commencer par les places voisines.

On lit dans Ibn-alatir qu'il se porta devant Darbessac, où il arriva quelques jours après. Darbessac était une place très-

(l) Marin , dans son Histoire de Saladin, t. II , p. 1 1 \ , a suppose que Saladin arriva le premier sur les remparts, et que, pareil au grand Alexandre, il sauta tout seul dans la place ; ce qui, ajoute-t-ii , frappa les chrétiens d'une telle admiration, qu'ils mirent aussitôt bas les armes. Mais Boha-cddin , qui sert de guide à Marin , n'a pas précisément dit cela. 11 se contente de dire que Saladin mena lui-même ses troupes à l'assaut, et qu'après avoir fait quelques pas, il h'arréta avec elles pour pousser un grand cri ; après quoi il rourut vers les remparts suivi de ses soldats. Là les musulmans poussèrent un nou- \< .m cri et chargèrent tous à-la-foi* et comme un seul homme, lioliaeddin ajoute que la montagne où dominait le château avait plus de cinq cents coudées de haut, et que, lorsque les gens du pays voulaient citer une ville forte, ils nommaient Berzie.

forte, appartenant aux templiers. Elle Ht d'abord une vive résistance , dans l'espoir d'être secourue par le prince d'Antioche. Ne recevant aucun appui, elle finit par ouvrir ses portes. Les chrétiens sortirent avec les habits qu'ils avaient sur eux , sans pouvoir emporter rien de plus. Ils se retirèrent à Antioche.

Boha-eddîn, qui se trouva à ce siège, rend hommage à la bravoure des Francs. II atteste avoir vu de ses yeux les assièges eu butte aux traits des assaillans , et demeurer sur la brèche aussi fermes qu'un mur. II dit que quand l'un d'eux tombait un autre prenait sa place (l).

Ibn-alatir reprend ainsi : « Après cette conquête, Saladin proposa d'aller attaquer Bagras. Cette place et celle de Cosse'ir étaient les seules qui restassent au prince d'Antioche. Les avis furent d'abord partagés ; les uns conseillaient cette expédition , les autres s'y opposaient « Bagras , dirent ces «derniers, était presque aux portes d'Antioche; assiéger • l'une c'était assiéger l'autre : il faudra que la plus grande » partie de l'armée soit en observation devant Antioche ; n nous n'aurons plus assez de forces pour attaquer Bagras. » Cependant Saladin persista dans son dessein : seulement il laissa la plus grande partie de l'armée en observation devant Antioche. La situation de Bagras était si escarpée , que les | machines n'y pouvaient atteindre. Déjà l'on commençait à désespérer du succès, lorsque la porte de la forteresse s'ouvrit. Un député venait demander à capituler : le sultan lui remit sur-le-champ un drapeau qu'on arbora sur les remparts ; les habitans obtinrent sûreté et la place fut occupée, n

II ne restait plus à prendre qu'Antioche. Le sultan en eut un instant l'idée; mais Boémond, prince de cette ville, se hâta de demander une trêve, offrant de mettre en liberté tous

(t) A cette occasion , Marin , dans son Histoire de Saladin, t. II , p. 115, suppose que Boha-eddin, tout cadi ou homme de loi qu'il était, monta lui-même sur la brèche avec les soldats qu'il commandait. Rien de semblable ne se trouve dans le texte. Cependant Marin observe avec raison qu'en Orient les savans et les gens de loi manient quelquefois l'épéc. II est possible que Boha-eddin Tait fait lui-même; car il dit plus bas, en parlant du siège de Saint-Jean d'Acre, page lot du texte imprimé , qu'il décocha lui-même quelques traits aux chrétiens.

les musulmans qui étaient captifs entre ses mains. Saladin y consentit, de peur de mécontenter ses e'mirs. En effet, les émirs représentèrent avec force le besoin qu'avaient les troupes de repos. La vérité* est que Saladin e'tait arrête par la mollesse de ses soldats, et sur-tout des troupes auxiliaires de la Mésopotamie, qui soupiraient après le retour dans leurs foyers. La trêve entre lui et le prince d'Antioche fut de huit mois, à partir du 1er de tisrin ou novembre, jusqu'au mois de iar ou juillet (1). Boemond , prince d'Antioche, e'tait alors le plus puissant seigneur chrétien de la Palestine : outre Antioche , il possédait le comte de Tripoli , que le dernier comte lui avait laisse , étant mort sans enfans.

Tout étant ainsi règle, l'année musulmane fut licencie'e et Saladin se rendit à Damas (î). Il avait retenu auprès

(l) Cette trêve ne regardait que les domaines particuliers du prince , et il e'tait libre à Saladin d'attaquer les autres provinces chrétiennes. II y a plus : si Ton en croit Ibn-khalecan , dans ses Fies des Hommes illustres, à l'article Saladin, Boemond promit par le traité que si , dans l'intervalle des huit mois , il ne recevait aucun secours d'Occident, il se remettrait avec tout ce qu'il possédait a la discrétion de Saladin.

(s) Ibn-alatir rapporte qu'en chemin il visita par dévotion !e tombeau du calife Omar, fils d'Abd-alaziz , prince célèbre par sa piété. ■ II visita aussi le sebéik Saleh , homme de bien et craignant Dieu, qui par des actes tenant du prodige, s'était attiré l'admi ration générale. Le sultan était accompagné dans ce voyage par l'émir Ëzz-eddin Abou-foléita , prince de Médine, qui ne l'avait pas quitté dans toute cette guerre. Le regard de cet émir était pour lui une source de bénédictions, et sa présence un gage de bonheur. •

A ces détails, que nous n'insérons ici que comme pouvant servir à faire connaître l'esprit des musulmans de cette époque , Boha-eddin en ajoute «Tune autre espèce : « Saladin ayant eu occasion de passer dans le voisinage de Hamah , son neveu Taki-eddin , prince de cette ville , mit tout en œuvre pour l'engager à honorer cette ville de sa présence et à aller loger chez lui. Le sultan y consentit. II y eut à ce sujet un grand festin , et après le repas on donna le semât. » Le semât est une espèce de spectacle moitié' sacré, moitié profane, où figurent des musiciens , des musiciennes et des danseuses. On trouvera une description complète de ce genre de fêtes dans l'explication que nous avons donnée des sujets représentés sur un vase arabe fabriqué à Moussoul à l'époque des croisades , Description du Cabinet de M» le duc de Blacas , t. II, p. 425 et suiv.

de lui ses mameloucks et sa garde particulière ; et , , â quelqu'un lui conseillait de les renvoyer aussi dans leurs quartiers , il répondit : « La vie est courte et le terme en y* est incertain : les Francs ont encore entre les mains Kaa- »cab, Se h au bec, Carac et Seïed ; nous ne devons pas » mettre bas les armes que ces quatre places ne soient sou- » mises. Elles sont situées au milieu de nos nouvelles pron vinces; si nous les négligions, nous aurions lieu de nous » en repentir, n Sur ces entrefaites, Carac et Schaubec, ayant épuise toutes leurs provisions, ouvrirent leurs portes; ce fut Malek-adel, qui commandait de ce côte, qui en prit possession.

Il ne restait donc plus que Kaucab et Seïed. Saladin quitta Damas au milieu de ramadan ou mois de jeûne. Si Ton en croit Eraad-eddin , Seïed était devenu une place très-incommode aux musulmans. «C'était, dit-il, comme une poutre » dans l'œil de l'islamisme, n Seïed capitula après une courte résistance : les habitans se rendirent à Tyr.

Les guerriers chre'tiens enfermes a Tyr avaient fait tous leurs efforts pour arrêter les progrès du sultan. On commençait dès-lors à parler des immenses arméniens qui se formaient en occident, et il était très-important pour les Francs de conserver quelques places dans l'intérieur des terres, afin de pouvoir s'établir de nouveau dans le pavs Les chrétiens, au rapport d'Ibnalatir , se rassemblèrent en conseil et dirent : « Si les musulmans prennent Sëfed, ils » prendront aussi Kaucab. Alors c'en est fait de tout le pavs. » Hatons-nous d'envoyer du secours à la garnison, pour qu'elle n tienne jusqu'à l'arrivée de nos frères. » En conséquence les chrétiens de Tyr firent choix de deux cents hommes des plus vaillans et les envoyèrent ù Seïed ; mais en route ils furent surpris dans une embuscade, et tues ou faits prisonniers. Au nombre de ces derniers se trouvaient deux hospitaliers qui furent amenés au sultan. Le prince avait coutume de faire mourir tous les templiers et les hospitaliers qui tombaient entre ses mains; il ordonna donc de massacrer ces deux chevaliers. Alors un d'eux lui dit : a Je nau- » rais pas cru qu'en paraissant devant votre auguste pre-

* sence, et en voyant votre face, il pût nous arriver quelque

• mal. » Le sultan était prompt ù pardonner, et recevait volontiers les complimcns; il eut pitié des deux hospitalier et se contenta de les faire enfermer.

u Aussitôt après la conquête de Se'fed (1), le sultan tourna ses efforts contre Kaucab. On e'tait alors en hiver et les pluies rendaient ce siège fort difficile. Cependant, après un trèslong assaut, les musulmans parvinrent jusqu'à la première enceinte , et pe'netrèrent enfin dans la place. Les habitans se réfugièrent aussi à Tyr. »

Emad - eddin , témoin oculaire , rend ainsi compte du sie'ge de Kaucab : a Nous vînmes à Kaucab, et nous trouvâmes cette forteresse comme attache'e aux astres : on l'eut prise, à cause de son élévation , pour l'aire des aigles et le domicile de la lune. C'est là qu'habitaient les chiens aboyans et les loups perfides (S). Ils s'e'taient dit entre eux : u Pourvu qu'il » reste seulement un de nous , il conservera la maison des n hospitaliers et la préservera de l'infamie. Sans doute les - Francs reviendront dans ces contrées ; defendons-nous de » toutes nos forces. » Cependant les murs battus par nos machines commençaient à s'ébranler ; il se fit de larges brèches. La saison était dure, les pluies étaient abondantes; les torrens coulaient de toute part; le sol se couvrait de bouc; à tout moment il fallait rétablir les tentes ; les pierres se déplaçaient, les cordes se relâchaient, les tentes tombaient; Je ciel e'tait obscurci par les nuages : et pourtant, maigre' l'abondance des pluies, nous manquions d'eau bonne à boire. Les mulets tombaient sur le ventre; les chemins étaient glissans , et, quoique fort larges, ils étaient devenus comme étroits. Le sultan laissa

(î) L'historien Boha-eddin, qui accompagna Saladin an siège de Sefed, fait observer que ce prince avait donné une bien belle preuve de lèle en se mettant en route au mois de ramadan, temps, dit-il, où les musulmans ont coutume de se réunir en famille, et où celui qui est absent de sa maison ferait, s'il le fallait, un long voyage pour rejoindre les siens. « O mon Dieu ! s'e'crie l'auteur, c'est pour toi qu'il » se soumit à ce sacrifice ; c e'tait pour mériter tes bonnes grâces. • Moi-même, ajoute-t-il, je me trouvai à ce siège auprès de la personne du sultan. La première nuit, nous la passâmes toute entière occupés à dresser nos machines de guerre. Le matin, comme nous étions très-fatigués , je citai au sultan cette tradition si célèbre : Deux espèces d'yeux ne verront pas le feu de l'enfer : ceux qui veillent la nuit pour le service de Dieu , et ceux qui versent des larmes dans la crainte de ses jugemens. A ces mots, je vis le visage du sultan s'épanouir de satisfaction.

(«) L'auteur désigne ici les chevaliers de l'hôpital qui gardaient la place.

ses bagages au pied de la montagne, et se plaçant sur un lieu e'Ieve il commença à battre la forteresse. Matin et soir nous allions le saluer : enfin les mineurs s'avancèrent sous les murs et la place fut oblige'c de se rendre. »

Dès lors il ne resta plus aux chrétiens queTvr, Antioche, Tripoli et quelques autres places moins importantes : Saladin e'tait impatient de s'en rendre maître et de pre'venir les guerriers qui allaient arriver d'Occident; mais l'hiver e'tait dans toute sa violence , et il fallait attendre le retour de l'arme'e musulmane. Dans ces conjonctures, le sultan e'erivit à son frère Saif-elislam (l), gouverneur de l'Arabie. La lettre nous a ete' conserve'e par le compilateur des Deux Jardins ; la voici : * Kaucab était la demeure des hospitaliers et le séjour de » l'infidélité'; c'était la résidence ordinaire des grands-maîtres 9 de l'ordre et leur principale place de guerre. Nous avons at- » tendu long-temps pour l'attaquer, et ce siège a couronne tous n les autres. Maintenant les routes sont sures : nous sommes n maîtres de toutes les forteresses; il ne nous manque plus de » ce côte' que Tyr. Oh! si cette ville n'était secourue par les v chre'tiens d'outre- n i er , il y a long-temps qu'elle serait en » notre pouvoir, et que nous aurions dompte les rebelles qui n s'y trouvent. Dieu soit loue 2 ils ne sont pas dans une arche n qui puisse les de'fendre , mais plutôt dans une prison. Ils n sont comme morts, quoique vivans. Nous sommes venus n à Kaucab après avoir réduit Se'fed , qui appartenait aux n templiers. Carac et les autres places chre'tiennes sont aussi n en nos mains. Maintenant on n'entend plus dans le pays n les discours insensés des infidèles. Quand nous allâmes à n Kaucab, l'hiver de'ployait toutes ses rigueurs : le ciel était «obscurci par les nuages; les monts étaient couverts de n neige; les vallées retentissaient du bruit des eaux; lestorn rens débordes emportaient tout sur leur passage ; la "

n rendait les chemins difficiles, et l'homme lil n comme dans les entraves. Nous supportâmes avec courage n la fatigue de la route, et nous bravâmes à-Ia-fois l'ennemi n et la saison. Notre fortune l'emporta; Dieu connut nos in-

(i) Ce nom signifie le glaive de l'islamisme. Tous les musulmans d'un certain rang, comme on a pu déjà le remarquer, portaient, dans ces temps d'enthousiasme religieux , des noms et des titres qui déposaient de leur piété et de leur zèle.

m tentions et il nous seconda; il vit notre bonne volonté et il » favorisa nos travaux.

» II n'y a plus parmi les Francs que des chiens aboyans , n trompes par Satan. Si nous n'avions attaque' les chrétiens •» de toute part, ils seraient plus tard fondus sur nous comme y» des lions , et le mensonge aurait triomphé de la vérité.

* Voilà que nos frères d'Alexandrie et l'empereur de Consn tantinople (l), ainsi cjue les musulmans d'Afrique, nous » mandent que les chrétiens d'Occident, animés par la co- » 1ère, s'apprêtent à rallumer le feu des combats; que déjà » ils tirent l'épée. Les insensés ! ils remettront bientôt leur » Jpée dans le fourreau. Les partisans de l'erreur se coalisent k ensemble. Dieu les confonde! Aidés du secours divin, nous m les repousserons. Supplions le Seigneur d'affermir nos n cœurs et de nous tenir unis. Si nos coeurs étaient faibles, n et si nous nous divisions , nous serions perdus.

« Nous attaquerons cette année Antioche, et nous envern rons notre fils Taki-eddin (2) devant Tripoli. Quant à notre m frère Malek-adel , il restera en Egypte et veillera à sa dé-

* fense. On dit que l'ennemi veut faire une descente de ce n côté, et attaquer à-la-fois l'Egypte et la Syrie. Notre esprit

* ne sera en repos que lorsque notre frère Saif-elislam n sera entré en Palestine, et qu'armé de son épée il garn dera les villes que nous avons conquises et nous ouvrira » celles qui sont encore fermées. Il n'y a que les grands

* hommes qui soient appelés à de grandes choses ; il n'y a que i» les hommes d'honneur qui descendent dans l'arène. Quel n que soit le décret de Dieu , il aura son effet. Sa volonté *ur- » montera tous les obstacles. Il n'a qu'à vouloir, et il nous

* rendra vainqueurs de la plus grande multitude, lors même n que nous ne serions qu'en petit nombre. Se pourrait-il, en n effet, que Dieu nous eût ouvert tant de forteresses pour n nous les ôter, qu'il eut mis sous nos ordres une si grande » armée pour la disperser? »

Cette lettre peint parfaitement les espérances et les desseins de Saladin. On verra bientôt à quoi tous ces projets

(1) Le prince grec était alors allie' avec Saladin ; il sera question ci-dessous de cette alliance.

(*) Taki-eddin n était que le neveu d<- Saladin. Sans doute Saladin rappelle ici son fiU par un terme de tendresse.

aboutirent. En attendant , le sultan visita Ascalon et les autres villes de la côte qu'il avait conquises. Il e'tait à croire que les guerriers qui allaient arriver d'Occident commenceraient par les places maritimes, et Saladin se hâta de les mettre en état de défense; il mit une attention particulière à fortifier Acre. Il passa presque tout le reste de l'hiver dans cette ville.

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