‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 5 sur 88 · X OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

X OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Ibn-alatir (Ezz-eddin Ali) , né dans la ville de Geziré, sur les bords du Tigre, en l'année 1 1 60 de J. C, était fils d'un émir au service des princes de Moussoul. Jeune encore , il alla se fixer dans cette cité. On était alors au moment de la lutte engagée entre Saîadin et les colonies chrétiennes de Syrie. Saladin eut l'art de faire de sa cause particulière l'affaire de la religion musulmane; et bientôt cette guerre religieuse entraîna dans sa querelle tous les princes mahométans de Syrie et de Mésopotamie. Ibn-aïatir, ainsi que les troupes de Moussoul , y prit une part active, et partagea les périls et les succès de l'islamisme. Il nous apprend lui-même qu'il fut témoin des victoires de Saladin, et des événemens qui, à partir de Tannée 1182, réunirent la plus grande partie des colonies chrétiennes sous les lois de f Alcoran. Un de ses frères servit la même cause avec zèle , et plus tard fut chargé de gouverner la principauté de Damas, sous le fils aîné de Saladin. Quant à fauteur , il paraît qu'après la conclusion de la paix entre Saladin et Richard , roi d'Angleterre , il renonça entièrement aux affaires , pour ne plus s'occuper que de la composition de ses ouvrages.

Ibn-aiatir s'était toujours montré avide d'apprendre. Dans ses voyages précédens , et dans les diverses fonctions qu'il eut à remplir, il n'avait négligé aucune occasion d'accroître ïa masse de ses connaissances ; à son retour à Moussoul, il s'entoura de livres, mit ses matériaux en ordre, et fit de sa maison le rendez-vous des curieux de la ville et des étrangers qui aimaient à s'instruire. II mourut en 1233, peu de temps après la croisade de Tempereur Frédéric II.

Il reste deux ouvrages historiques d'Ibn-alath* , auxquels nous avons fait de nombreux emprunts. Le premier est une Histoire des Atabecs, maison de princes

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qui, s élevant vers les çommencemens des croisades, s'emparèrent successivement de Moussouï, d'Aïep, de Damas , et qui , partagés en plusieurs branches , se maintinrent avec plus ou moins d'éclat jusqu'au XIIIe siècle ; le second ouvrage est une Histoire universelle , depuis la création du monde jusqu'à l'année 1231.

L'Histoire des Atabecs, par laquelle l'auteur paraît avoir débuté, renferme des détails extrêmement pré- * deux sur l'origine et le développement de la puissance de ces princes. Les Atabecs sont ainsi appelés de deux mots turcs, qui signifient père du prince. Ils jouissaient de toute la plénitude de l'autorité souveraine, et pourtant ils se disaient les vassaux et les ministres d'un fantôme de prince de la maison des Selgioukides (l). Comme le père d'Ibn-alatir occupait un emploi auprès d'un des Atabecs, le fils s'est étendu avec une espèce de complaisance sur tout ce qui pouvait accroître la gloire de cette maison : mais, arrivé à l'année 1 173, lorsque Saladin , qui avait les plus grandes obligations à la même famille , s'empara sur elle de Damas et de toute la Syrie, il ne peut contenir son ressentiment, et il déclare qu'il n'aura pas la force de retracer des événemens aussi déplorables. Dès ce moment, l'ouvrage n'est presque plus qu'une table chronologique, et elle cesse d'offrir de l'intérêt (2).

(l) Voyez ci-après , p. 85.

(s) V Histoire des Atabecs forme un petit volume in-4°. Voyez le catalogue des manuscrits arabes de la Bibliothèque du Roi , ancien fonds, n° 818. La copie paraît avoir subi des interpolations; car a l'année 559 de l'hégire [1 164 de J. C], à propos des çommencemens de Saladin , ii est question des sultans mameloucks circassiens , qui n'ont régne en Egypte que dans le XVe siècle de notre ère. On trouve une notice fort étendue, mais quelquefois inexacte, de cet ouvrage, par Degoignes, dans le tome I du recueil des Notices et

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A Tégard de l'Histoire générale , c'est le récit, année par année , de tout ce que la muse de l'histoire avait conservé de notable chez les musulmans ; c'est peut-être en son genre l'ouvrage le plus remarquable que nous aient laissé les Arabes. L'auteur l'a intitulé Chronique complète (l). On y trouve non-seulement tous les événemens de quelque importance, mais les détails qui servent à les mettre sous un plus grand jour : on voit, en le lisant , que l'auteur a recueilli les notions historiques éparses dans une foule de chroniques; qu'il a lu les mémoires particuliers, et qui! a eu communication des correspondances politiques de Saladin et des autres souverains de la même époque. Cet esprit de recherche , cet amour de la vérité, lui ont acquis la plus grande réputation en Orient ; les écrivains arabes sont unanimes dans l'éloge qu'ils font de son érudition ; et Aboulféda n'a pas craint d'avouer qu'il lui avait emprunté la meilleure partie de son récit (2).

Malheureusement la Bibliothèque du Roi ne possède que la dernière partie de cet ouvrage : cette portion, composée de six volumes , commence à l'an 772 de notre ère, et finit un peu avant la mort de Fauteur. C'est dans cet espace de temps qu'ont eu lieu les guerres des croisades. Mais ia plupart des volumes sont mutilés.;

Extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. II existe une autre Histoire des Atabecs, dont l'auteur mourut vers ï'an 1200 de notre ère , et qui est citée par Hadji-khalfa. Cet auteur était originaire d'Alcp et se nommait Emad-eddin Ibn-alatir.

(0 Voyez les manuscrits orientaux de la Biblio-

thèque du Roi , supplément arabe.

(2) A la fin , cependant, Ibn-alatir ne conserve plus la même cri* tique et la même précision : on voit que, mettant successivement par e'crit les c'vënenicns de son temps qui arrivaient à sa connaissance, il ne se donnait pas le temps de les confronter entre eux ; aussi se répètel-il souvent et se contredit-il quelquefois. /

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quelques-uns n'ont ni commencement ni fin. Presque immédiatement après le récit de la première croisade , on rencontre une lacune de trente ans ( 1 ).

On ne trouve nulle part le nom d'Ibn-alatir ; le titre lui-même est en partie effacé et altéré. Un faussaire , croyant donner au livre plus de valeur, avait cherché à le faire passer pour l'ouvrage d'un autre auteur arabe très-fameux , mais antérieur de trois siècles , nommé Thabari; et c'est sous le nom de Thabari, ou de Fafix Thabari, qu'on l'avait souvent cité. Mais l'ouvrage porte en lui-même la preuve de sa véritable origine. Dans le cours du récit , l'auteur désigne la ville de Géziré comme sa patrie ; il nomme ses frères dans les diverses fonctions dont Hs ont été chargés ; enfin , dans les endroits où Aboulféda cite lbn-alatir comme témoin oculaire des événemens qu'il raconte, ces mêmes passages se retrouvent dans la Chronique complète , et l'auteur y parle à la première personne.

Boha-eddin (Aboulmahassen Youssouf Ibn-scheddad) naquit à Moussoul en 1 1 4 5 de J. C. L'étude de l'Alcoran et des traditions musulmanes, celle de la théologie et de la jurisprudence , appelèrent tour-a-tour son attention. II se rendit ensuite à Bagdad , alors séjour des lettres et des sciences, et s'y livra à la carrière de l'enseignement. On était à l'époque des grands succès de Saiadin contre les chrétiens ; Jérusalem venait de retomber au pouvoir de l'islamisme. Boha-eddin, qui en ce moment faisait le pélérinage de la Mecque et de Médine, jugea l'occasion favorable pour visiter la ville sainte. Saiadin , excité par

(i) M. Schulz a vu l'ouvrage complet dans les deux bibliothèques de Constantinople, dites de Raghib-pacha et A'Athif. Voyri ïe Nouveau Journal asiatique, janvier t8«8, p. 78.

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sa grande réputation , l'appela auprès de lui et le nomma cadi de l'armée , ensuite cadi de Jérusalem ; il le chargea encore dune mission importante auprès du calife de Bagdad et de divers princes de la Mésopotamie. Dès ce moment, Boha-eddin ne quitta plus Sa lad in : il était encore auprès du sultan lorsque celui-ci mourut, et c'est lui qui nous a fait connaître ses derniers momens. Après la mort de Saladin , Boha-eddin s'attacha au service de s&i troisième fils, le prince d'Aîep. Il fut nommé cadi de cette ville; et du fruit de ses économies, il fonda un collège où les sciences furent enseignées avec beaucoup d'éclat. Il mourut en 1235, et fut enterré dans une chapelle qu'il s'était fait construire.

ma-eddin avait composé deux ouvrages d un haut intérêt pour l'histoire des croisades : le premier était un Traité de la guerre sacrée , c'est-à-dire , de la guerre à faire à tous les peuples qui ne professent pas la religion musulmane. On sait que le prophète de la Mecque , d'abord persécuté dans sa patrie et hors d'état de lutter contre ses ennemis, avait dans le commencement recommandé la patience à ses disciples : enhardi par ses succès , il décida qu'il était permis de repousser la violence par la violence ; enfin , se voyant à la tète d'un petit empire , il fit un devoir pour tous les croyans de propager, par tous les moyens possibles, la nouvelle religion. Dans un siècle où la chrétienté s'était d'elle-même levée en armes contre l'islamisme, il n'est pas étonnant que les musulmans rappelassent avec une nouvelle énergie la doctrine de leur prophète. Boha-eddin recueillit, dans son Traité de la guerre sacrée, tous les témoignages de Mahomet relatifs à cet objet, et montra les devoirs et les récompenses d'une action si sainte. H nous apprend lui-nu me que, dans sa première entrevue avec Saladin, il s'empressa de lui faire hommage de cet écrit; que le

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