‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 54 sur 88 · LXX · texte numérisé non relu

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Nouvelles guerres des chrétiens et des musulmans.

An 593 [ 1197 de J. C. et années suivantes ]. A l'expiration du traite fait entre Saladin et le roi d'Angleterre, les deux nations le renouvelèrent. Tout-à-coup, suivant Ibn-alatir, l'ëmir musulman qui commandait à Be'ryte fit des courses sur les navires chrétiens : en vain les Francs se plaignirent à Malek-aziz et à Malek-adel de cette violation de la paix; ils n'obtinrent aucune satisfaction. Alors ils s'adressèrent à leurs frères d'Occident et leur dirent : « Si vous ne vous hâtez de m nous prêter secours, nous sommes perdus, et nous serons m chasses des villes qui nous restent encore, n

Le compilateur des Deux Jardins rapporte que les Francs s'adressèrent de préférence à l'empereur d'Allemagne

(t) Malek-adel n'est qu'un titre honorifique qui signifie roi juste ; •on véritable nom était Abou-bekr, et son surnom Saïf-eddin ou épée de la religion , dont les auteurs chrétiens du temps ont fait par corruption Safadin; de la même manière que de Salah-eddin ou bonheur de la religion, ils ont fait Saladin. Cette multitude de noms et de surnoms jette une grande confusion dans l'histoire orientale.

( Henri VI), alors maître de la Sicile , qui était le plus à portée de les secourir. Ce prince était fils de celui qui s'était noye' dans l'Asie mineure; comme le corps de son père n'avait pu être dépose à Jérusalem , ainsi que le portaient ses dernières volontés , ses os étaient demeures à Tyr : dans cette occasion , les chrétiens , pour toucher l'empereur, lui écrivirent ces mots : u Nous conservons encore à Tyr les restes de » votre père; ces précieux restes attendent qu'on vienne les » tirer de leur prison pour les porter à Jérusalem ; ce ne sera - qu'alors qu'ils jouiront du repos. Profitez du moment, pen- » dant que les musulmans sont en querelle les uns avec les » autres. »

a En conséquence, reprend Ibn-alatir, les chrétiens d'Occident s'armèrent, particulièrement les sujets de l'empereur d'Allemagne, et abordèrent en Syrie. Ils étaient conduits par un prêtre (1). A la nouvelle de cette invasion , Malek-adel craignit de ne pouvoir défendre la Syrie, et réclama l'appui du sultan d'Egypte et des princes de la Mésopotamie. En attendant, il rassembla toutes ses forces et se porta contre Jaffa, qu'il prit et livra au pillage. Les chrétiens cjui étaient en marche pour secourir la ville , avant appris à Cesarée qu'elle avait été prise et saccagée, retournèrent sur leurs pas et allèrent attaquer Béryte. Ce qui avait ralenti leur marche et les avait empêchés d'arriver à temps au secours de Jaffa, ce fut la mort tragique du comte Henri, leur roi , lequel étant à Acre tomba d'un lieu élevé et se tua. Cette mort occasionna d'abord quelque trouble.

« Cependant les chrétiens s'étant portés contre Béryte, Malek-adel s'avança du même côté. Comme il craignit de ne pouvoir sauver cette ville, il ordonna de la démanteler. On n'épargna que la citadelle, parce que l'émir qui la commandait s'engagea à la défendre. Les chrétiens battirent , près de Sidon, l'armée musulmane qui leur disputait le passage, et le lendemain entrèrent sans coup férir dans Béryte : ensuite ils s'avancèrent vers Tyr, où Malek-adel faisait faire des dégâts, puis allèrent former le siège de Tebnin. Teboin est le nom d'une place très-forte , située dans le voisinage, sur les bords

(l) Les croises avaient pour chef un évéqnc nommé Conrad, chancelier de l'empereur. Cest de là qu Aboulfaragc, dans sa Chronique syriaque , le déligne par son titre de chancelier.

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de la mer. L'armée chrétienne était toujours commandée par le même prêtre. Le siège fut pousse avec beaucoup de vigueur; bientôt même la garnison demanda à se rendre ; mais tandis que les députes musulmans étaient au camp des Francs pour régler les conditions de la capitulation , un chrétien de Syrie leur dit : u Gardez-vous de céder; ce prêtre

* vous traiterait en prisonniers et vous ferait mourir; prenczn donc garde à vous! •> Dès ce moment, les assiégés résolurent de se défendre jusqu'à la mort En vain les attaques recommencèrent; comme on apprit , sur ces entrefaites , que Malekaziz allait arriver d'Egypte avec de grandes forces , les Francs se retirèrent. Quelque temps après, on entra en pourparler et la paix fut renouvelée pour trois ans. Par ce traité, les chrétiens conservèrent Béryte. »

Voilà tout ce que les auteurs arabes nous apprennent sur cette croisade, longuement racontée par les auteurs chrétiens. Le compilateur des Deux Jardins dit que les chrétiens se retirèrent de devant Tebnin , à cause de la nouvelle qu'ils reçurent alors de la mort de l'empereur d'Allemagne. De son cote, l'historien des patriarches d'Alexandrie attribue cette retraite aux pluies et aux torrens qui, suivant lui, incommodèrent beaucoup l'armée chrétienne.

On a vu que Malek-aziz n'eut qu'une faible part à l'issue de cette guerre ; cependant ses courtisans et ses sujets ne laissèrent pas de le recevoir, à son retour, comme un triomphateur. Aboulféda rapporte ces deux vers qu'on fit en l'honneur du prince :

«La victoire et le butin sont attachés à tes pas; c'est là

* l'escorte d'un général plein de gloire.

« Nul doute que Joseph ne t'ait légué sa chemise; le sang ■ qui en découle en atteste suffisamment l'origine. »

Ces vers font à-Ia-fois allusion au patriarche Joseph et à Saladin, appelé Joseph ou Youssouf, et montrent l'opinion ou étaient les musulmans que le fils de Saladin , par son éclatant triomphe contre les chrétiens, s'était montré digne de marcher sur les traces de son père.

Sur ces entrefaites, les chrétiens de la Palestine, au rapport d'Ihn-alatir , ayant besoin d'un chef, nommèrent, à la place du comte Henri, Amaury, roi de Cypre et frère de Guy de Lusignan. Amaury épousa la veuve du comte Henri , et régna à-la-fois sur la Palestine et l'île de Cypre. C'était, dit Ibn-alatir, un prince sage et ami du repos.

Vers le même temps, Malek-aziz, sultan d'Egypte, étant mort, Malek-adel, qui était déjà maître de Damas, prit le gouvernement de l'Egypte au nom du fils d'Aziz en bas âge; puis, jetant le masque, il déposa cet enfant et prit luimême le titre de sultan. Par-là il reunit dans ses mains presque toutes les provinces possédées par Saladin. Des fils de Saladin , il n'y eut que Daher qui se maintint à Àlcp. Cest ce qui a fait dire à Ibn-alatir que rarement les chefs de dynastie, et ceux qui se fraient les premiers le chemin du trône , transmettent le pouvoir à leurs enfans; qu'il vient ordinairement un frère ou un autre qui s'empare de tout; et qu'ainsi justice est faite, même dès cette vie, des crimes de l'ambition.

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