‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 65 sur 88 · LXXXVII · texte numérisé non relu

LXXXVII

Gouvernement des sultans mameloucks. — Invasion desTartare*.

An 648 [1250 de J. C] et années suivantes. Après la mort du sultan Touran-schah et l'e'Ie'vation de Scbegereddor au trône, les émirs, au rapport d'Abouifeda, s'étaient empresses d'instruire les autorites de Syrie de tout ce qu'ils avaient fait; ils leur enjoignirent de se conformer à ce qui venait d'avoir lieu : mais les Syriens, loin d'obéir, levèrent l'étendard de la re'volte, et se mirent sous la dépendance de

(l) Il a été parlé de ce point de jurisprudence canonique, cidessus , p. 370 , à propos d'une conversation de Saladin avec l'historien Boha-eddin. Sans doute l'émir Hossam-eddin donnait à entendre par-là qu'il regardait l'expédition du roi comme une entreprise insensée. Quant à ce qu'il dit des dangers de la mer , tout cela est relatif an pèlerinage de Jérusalem , qu'il supposait être l'objet principal de l'expédition du roi ; car il remarque que chez les musulmans on n'est pas d'accord sur le plus ou moins d'obligation du pèlerinage de la Mecque. Les uns croient que lorsqu'on n'a pas d'autre voie que celle de la mer, on en est dispensé, vu les dangers de la route ; les autres soutiennent que, puisqu'il n'y a pas d'autres moyens de remplir le précepte, il faut s'y résigner, attendu que le plus souvent on en revient sain et sauf. Voyez le Tableau de l'empire ottoman , par Monradgea d'Ohsson, t. III, p. 61, édition in-8°; voyez aussi le Journal asiatique, t. IX, p. 83 et 90.

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Malek-nasser , prince d'AIep , lequel prit aussitôt le titre de sultan.

De leur côte', les e'mirs égyptiens, gouvernes par une femme, ne tardèrent pas à se livrer à l'esprit de sédition; on fut oblige' de confe'rer le titre de sultan à Aybek ieTurcoman, et on lui fit e'pouser Scheger-eddor. Comme Tordre ne se rétablissait pas , on lit choix d'un jeune, prince du sang de Saladin, appelé Moussa, auquel on remit l'autorité' souveraine. Sous le nouveau sultan, Aybek fut re'duit de nouveau au titre d'atabek et de commandant des troupes. Pendant ce temps, Malek-nasser se faisait reconnaître a Damas et à Alep, et il s'élevait un troisième sultan au midi de la Syrie; c'était le jeune Moguit , qui avait été salué par la garnison de Gaza et des places voisines. Les émirs égyptiens, désespérant de rétablir le bon ordre, prirent le parti de s'en remettre ù la décision du calife de Bagdad.

Cependant le sultan d'AIep avait levé de nombreuses troupes, et avait mis dans ses intérêts les princes de Hamah , d'Emesse et tous ceux qui étaient de la famille de Saladin. Comme il s'avançait vers l'Egypte, les émirs égyptiens prirent aussi les armes , et l'on en vint aux mains dans les environs de Gaza. Les Syriens eurent d'abord l'avantage ; mais, ayant poursuivi les fuyards avec trop d'ardeur, ils furent mis dans une pleine déroute; et les émirs égyptiens, qui s'étaient vus à la veille de périr, devinrent plus forts que jamais.

En ce moment, le roi de France était encore en Palestine, occupé à rebâtir quelques places chrétiennes. Les auteurs arabes rapportent que, tant que dura cette guerre , les émirs égyptiens et le sultan de Syrie sollicitèrent à l'envi son alliance. Suivant Yaféi , les premiers lui offrirent, s'il voulait se joindre à eux , la ville de Jérusalem et le reste de la Palestine; de son côté, le sultan de Syrie lui faisait des propositions très-avantageuses.

Enfin , au rapport de Makrizi , on mit bas les armes. Par un traité fait entre le roi et le sultan de Syrie, les chrétiens rentrèrent en possession de tous les pays situés entre le cours du Jourdain et la Mer Méditerranée. Ce traité devait durer dix ans dix mois dix jours. Par un autre traité, Malek-nasser et les émirs égyptiens se garantirent leurs possessions réciproques : le premier eut la Syrie et les autres l'Egypte. En attendant, comme on avait toujours à craindre quelque nouvelle invasion de la part des chrétiens d'Occident, on se dé-

cidaà raser Damiette, ville où se dirigeaient depuis longtemps les Hottes ennemies. Cette cite' fut renversée de fond en comble et les habitans s'établirent ailleurs. Quelques-uns élevèrent des cabanes sur les bords du fleuve , à quelque distance de l'ancienne Damiette, loin des bords de ïa mer. C'est ce qui donna naissance à la Damiette d'aujourd'hui.

An 655 [ 1257 dç J. C. ] et années suivantes. Cependant, Aybek le Turcoman avait repris le titre de sultan ; mais l'autorité' continuait à être entre les mains de Scheger-eddor tout se faisait par ses ordres ; et comme le bruit se re'pandit qu' Aybek songeait à s'affranchir de cette tutelle, elle Je fit étouffer dans un bain. Les émirs, indignes, se saisirent aussitôt de Scheger-eddor et la mirent à mort ; son corps fut jeté dans un fosse' où il devint la pâture des chiens. Le fils d'Aybek, encore en bas âge, fut proclame sultan ; mais enfin l'e'mir Kotouz s'empara du gouvernement et prit le titre de sultan.

C'est vers ce temps que les Tartares et les Mogoîs, sous la conduite d'Houlagou , petit-fils de Gengis-kan , après avoir envahi la Perse et l Asie-Mineure, s'avancèrent en Mésopotamie et menacèrent l'islamisme d'une ruine totale. Houlagou prit Bagdad et détruisit pour toujours l'empire des califes. La Mésopotamie et une partie de la Syrie ne tardèrent pasa recevoir ses lois. Jamais la cause de M ah omet n'avait couru un tel danger. Les Tartares, la plupart idolâtres, montraient du penchant pour le christianisme; aussi les chrétiens d'Arménie et de Syrie n'avaient pas hésite' à se joindre à eux.

On se fera une ide'c de l'orgueil des Tartares par la lettre suivante, envoyée par Houlagou aux habitans d'Alepjnous l'empruntons d'Aboulfe'da. u Vous ne pouvez, disait Hoûlagou n aux habitans, re'sister aux Mogoîs; nous n'en voulons dadn leurs qu'à votre sultan , et nous allons marcher contre lui. n En attendant, recevez deux commissaires de notre part; n l'un pour la ville, l'autre pour la citadelle. Si nous sommes m vainqueurs, le pays sera garanti et les musulmans prote- » ge's; si nous sommes vaincus, vous chasserez les commisn saires, vous les égorgerez, comme bon vous semblera.» Le commandant ayant refuse de se soumettre, les Tarrare? accoururent en armes et entrèrent dans la ville de force. Tout fut mis à feu et à sang : le carnage dura près d'une semaine; il n'y eut d'épargnes que ceux qui s'e'taient réfugie* dans la synagogue des juifs et dans certaines maisons que

DES CROISADES. 479 les vainqueurs avaient promis de respecter. A la nouvelle de ce desastre, Hamah se hâta d'envoyer ses clefs à Houlngou ; Damas et les autres villes de Syrie se rendirent également. En peu de temps, les Tartares occupèrent toute la Syrie jusqu'aux frontières d'Egypte.

An 658 [ 1260 J. Les chrétiens du pays applaudirent avec transport à ces evenemens. On lit dans Aboulfeda qu'à l'approche des Tartares, les chre'tiens de Damas , se croyant enfin affranchis du joug qui pesait depuis si long-temps sur eux , montrèrent la plus grande insolence, et insultèrent les musulmans jusque dans leurs mosquées (l); les Francs de Syrie manifestèrent les mêmes dispositions. Celui d'entre eux qui montra le plus de zèle fut le prince d'Anlioche, qui était en même temps comte de Tripoli : ce prince se rendit à Baalbek , pour se concerter avec les Tartares et consommer la ruine de l'islamisme; dans toutes les occasions, il ne cessa d'exciter l'ardeur des Tartares.

Cependant, le sultan Kotouz s'e'tait hâte' de rassembler toutes les forces de l'Egypte. Houlagou ayant e'te' oblige' de

(î) On lit le passage suivant dans Makrizi et Yafe'i : • L'an 658 de rhe'girc, Ilouiagou sVtant rendu maître de Damas, le gouvernement de la citadelle fut confie à un e'mir mogol qui favorisait extrêmement le christianisme. Les éveques et les prêtres étaient sans cesse auprès de Ini et en recevaient l'accueil le plus distingué; il visitait leurs églises et leur accordait ouvertementsa protection. Quelques chrétiens •'étant rendus auprès d'Houlagou, obtinrent de ce prince un diplôme qui leur garantissait toute sorte de privilèges et le libre exercice de leur religion. Munis de cet acte , ils entrèrent à Damas par la porte de Thomas , portant la croix élevée , chantant à haute voix des antiennes, et disant : Voici le triomphe de la véritable religion, de la religion du Messie. Ils avaient avec eux des vases remplis de vin , qu'ils versaient sur les habits des musulmans k la porte des mosquées; ils forçaient tous les marchands de se lever lorsque la croix passait, et accablaient d'insultes ceux qui refusaient d'obéir. Lorsqu'ils furent arrivés à l'église Sainte-Marie , un prédicateur, monté sur une estrade , prononça un sermon dans lequel il faisait un éloge pompeux du christianisme, et s'attachait à abaisser la religion musulmane et ses sectateurs. On commença à détruire les mosquées et les minarets qui se trouvaient dans le voisinage des églises. En vain les cadis et les gens de loi se rendirent à la citadelle pour porter leurs plainies au gouverneur; ils n'obtinrent aucune satisfaction, et furent chassés avec mépris. • Voyci les Mémoires géographiques et historiques sur l'Egypte, par M. Quatremèrc , tom. II , p. 3*0.

repasser l'Eu pli rate , Kotouz rentra en Syrie et attaqua les troupes t art arcs qui gardaient le pays. On était alors au vendredi 95 de ramadan [septembre]. L'action eut lieu dans les environs du Jourdain. Les Tartares , commandes par un lieutenant d'Houlagou nomme Ketboga, furent vaincus et oblige's de repasser l'Euphrate. Ainsi, la Syrie retomba au pouvoir de l'islamisme. Dans les premiers transports de leur joie, les musulmans se vengèrent des insultes qu'ils avaient reçues. A Damas, les maisons des chrétiens furent pillées, plusieurs églises détruites, et les chrétiens exposes à toute sorte d'outrages ; Makrizi rapporte même que plusieurs furent égorges et le reste mis en prison. Ensuite , quand le sultan fit son entrée dans la ville, on leva sur eux une forte somme d'argent.

î Lxxxvm.

Avènement du sultan Bibars — Sa politique envers les chrétiens.

An 659 [1260], Le sultan Kotouz, après sa victoire, s'était empresse de rétablir les choses dans leur ancien état. Il avait enfin repris le chemin de l'Egypte, lorsque arrive' aux sables qui la bornent du côte' de la Syrie, il fut assassine dans un endroit écarte. Ce meurtre fut l'ouvrage de Bibars-Bondoedar, le même qui avait déjà trempe' ses mains dans le sang de Touran-schah. Ce qui le porta à cette action , c'est qu'il avait demande le gouvernement d'Alep , et que le sultan le lui avait refuse'.

Abouifeda rapporte qu'après l'assassinat, Bibars et ses complices s'e'tant présentes , les mains encore dégouttantes de sang, au chef des e'mirs , celui-ci demanda qui avait commis le meurtre : * C'est moi, dit Bibars. — En ce cas, re'pondit » le chef des émirs, l'autorité' t'appartient. - Et Bibars fut aussitôt proclame sous le titre de Malek-dahcr , ou roi triomphateur. II avait eu d'abord l'intention de prendre celui de Malek-kaher , ou roi terrible; mais on lui fit observer que ce titre ne serait pas de bon augure.

Dès que'Bibars fut maître des affaires, il s'occupa des deux grands objets qui illustrèrent son règne; la ruine des chre'tiens de Svrie et l'abaissement des Tartares. Les Francs, à l'aide de la longue paix dont ils fouissaient depuis l'invasion du roi de France, et sur-tout à la faveur de la diversion des

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Tartares, avaient acquis un grand accroissement de forces. Le prince d'Antioche sur-tout avait étendu son autorite' sur les terres musulmanes voisines d'AIep, et ne cessait de menacer tout le nord de la Syrie : de leur côte' , les Tartares , quoique plusieurs fois repoussés, n'étaient rien moins qu'abattus , et attendaient l'occasion favorable pour rentrer en Syrie.

Le sultan résolut d'abord de mettre l'Egypte ù l'abri des invasions des Francs , et, dans cette vue, il fit fermer la bouche de la branche du Nil qui passe à Damiette. On a déjà vu que cette ville, dans la même intention , avait été entièrement rasée. Le sultan voulut ôter tout moyen aux vaisseaux chrétiens de pénétrer dans le cœur du pays. Ce fait est ainsi raconté par Makrizi : « On enfonça des troncs d'arbre dans le lit du fleuve, à l'endroit où il se jette dans la mer, et il devint impossible aux gros navires de le remonter. Encore aujourd'hui, poursuit Makrizi, les gros bâtimens qui viennent par mer ne peuvent franchir le passage j on est obligé de décharger les marchandises sur des barques particulières nommées germes (l), qui les transportent à la nouvelle Damiette : un gros bâtiment ne pourrait tenter le passage sans de grands dangers. La Damiette actuelle n'est pas à la même place que l'ancienne ; elle est plus éloignée de la mer (2) : elle commença par des cabanes de roseaux , et aujourd'hui elle est devenue une ville importante, commerçante, ornée de bains, de mosquées, de collèges, en un mot une des plus belles villes de Dieu qui se puissent voir (3). »

(0 fs*> PIurieI fj»-

(s) Quelques écrivains , pour avoir ignore ce fait , ont cru mal à propos qoe la distance qni existe entre la Damiette actuelle et la mer, provient en entier du limon que le Nil charie chaque année dans la mer, et Ià-dcssus ils se sont exagéré l'importance des alluvions. Voltaire avait déjà commis cette erreur dans la Philosophie de l'histoire; M. le baron Cuvier Ta répétée. Voyez son discours préliminaire sur les Monumens fossiles, p. 70 de la dernière édition.

(3) Si Ton en croyait Cardonne {Extraits des Chroniques arabes relatives à S. Louis, et publiés à la suite de la Vie de S. Louis, par Joinville, édition de 1769 , p. 544 ), Bibars, non content de ces précautions , aurait fait construire un pont ou plutôt une chaussée de plus de trente lieues de long, depuis Kalioub aux environs du (.'aire jusqu'à* Damiette , et cela a6n de pouvoir, en tout temps, secourir

Ensuite Bibars s'occupa à se faire des alliés chez les chrétiens d'Occident, et ù s'instruire par leur moyen de tous les projets de ses ennemis. Dans cette vue, il envoya une ambassade à Manfred ou Mainfroi, qui avait succède' à Frédéric II, dans le royaume de Naples et de Sicile, et qui , par ses querelles avec le saint siège , était tout dispose' à favoriser I islamisme. Celui qu'il choisit pour cette mission est l'historien Gémal-eddin, le même que nous avons si souvent cité. Ge'mal-eddin rapporte lui-même qu'il fut très-bien accueilli, et que non-seulement Mainfroi lui permit de rester auprès de lui , mais qu'il l'admit dans sa socie'te'. Ge'mal-eddin parle avec admiration du cre'dit dont les musulmans jouissaient à la cour de Mainfroi : ce prince en avait un grand nombre à son service, et leur témoignait en toute occasion la plus grande confiance ; on proclamait dans son camp la prière, et F islamisme y était publiquement professé (l).

cette ville, même au moment du débordement du Nil , lorsque l'Egypte est submergée sous les eaux. Ce n'est pas le Bibars du temps des croisades qui fit construire cette chaussée , mais un autre Bibars surnommée Giaschnéguir, lequel régnait en 708 de l'hégire [ 1,308 de J. C.]. Voyex la Description géographique et historique de l'Egypte, par Makriii, tom. III, article des Chaussées, ou, comme d les appelle, des

(l) Comme le récit de Gémal-eddin peut être curieux , nous le donnerons ici en enuer; nous l'empruntons cTAbouIféda , qui avait étudié sous Gémal-eddin et qui lui a consacré une notice particulière dans son histoire. Voyez les Annales moslemici, t. V, p. 147. Cest Gémal-eddin qui parle : « Mainfroi m'accueillit avec bonté et me

• permit de rester auprès de lui dans la Pouille. J'eus occasion de » remarquer en lui beaucoup de mérite et un goût naturel pour les » sciences intellectuelles; il possédait parfaitement les dix traités

• cTEuclide, et c'est pour lui que je composai mon traité de logique, » que j'intitulai pour cette raison Y Impérial. Non loin de la vrile que » j'habitais se trouvait Luceria (dans la Capitanate), ville entièrement » peuplée de musulmans, que Frédéric avait fait venir de SicHe. » (Voyex les Annales de Mura ton , à l'année 1224, et le Journal ■ asiatique, t. I , p. 40, 41 et 49. ) On y fêtait le vendredi, et f'isla- » misme s'y montrait à découvert; la plupart des officiers de Mainfroi » étaient musulmans. La ville que j'habitais n'était qu'à cinq journées

• de Rome.

» A l'époque où je quittai Mainfroi , le frère du roi de France » (Charles d'Anjou) et le pape , qui est comme le calife des Francs, » s'étaient ligués contre lui. Le pape l'avait excommunié, l'accusant

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Un autre auteur arabe, Yafe'i, rapporte que Bibars, pour mieux s'attacher Mainfroi , fui envoya en présent une girafle et quelques prisonniers tartares, avec leurs chevaux de race mogole. Ces relations entre le sultan et Mainfroi durèrent jusqu'à fa mort de ce dernier; Makrizi en fait mention plusieurs fois. Après Mainfroi, Bibars essaya d'en établir de nouvelles avec son successeur, Charles d'Anjou, lequel lui envoyait de temps en temps des lettres, dans lesquelles il se disait son très-de'voue' serviteur.

II arriva alors un événement très-funeste aux chrétiens d'Orient, et qui remplit Bibars de joie; ce fut la chute de l'empire fonde par les Latins à Constantinople , et l'expulsion des Francs de cette ville : cette révolution , maigre son importance, a peu attire l'attention des auteurs arabes; Aboulfarage est presque le seul qui , dans sa chronique arabe , soit entre' à cet égard dans quelques détails. Voici ce qu'il dit; on y verra quel esprit régnait alors chez les Grecs : « Des hommes très-savans dans l'avenir avaient pre'dit que celui-là chasserait les Francs de Constantinople et régnerait sur tout l'empire grec, qui renfermerait dans son nom les deux lettres de l'alphabet grec M et X. Or, on remarquait a cette e'poque, à la cour de Théodore Lascaris, empereur des Grecs de Nice'e, un patrice appelé Michel (MIXAEA) Palëologue,

• de pencher pour les musulmans ; c'était ce même motif qui avait fait

• excommunier son père Fre'de'ric II et son frère Conrad. » Gémal-eddîn rapporte ensuite un trait concernant la manière dont

Frédéric parvint à l'empire , trait qu'il dit tenir de la bouche même de Mainfroi , et qui pourtant paraît peu vraisemblable. « Frédéric, dit-

■ il, étant encore en bas Age lorsqu'il perdit son père (l'empereur

• Henri VI), ne jouit pas tout de suite* de l'autorité impériale; et

• quand il eut l'âge requis, plusieurs se mirent sur les rangs pour la

• lai disputer. Le pape fut choisi pour arbitre du différent : mais » Frédéric crut devoir recourir à la ruse; il feignit de renoncer a la » dignité impériale; et voyant chaqne prétendant en particulier, il

• promit de lui céder sa couronne , si Ton s'en remettait à sa décision.

• Lors donc que tons les prétendans se trouvèrent assemblés auprès

■ du pape , ses rivaux ayant déclaré qu'ils s'en remettaient à son

• choix, il prit pour lui la couronne impériale , qui avait été déposée

• au milieu de l'assemblée, et se la mit lui-même sur la téte, disant

• qu'il ne faisait que s'approprier l'héritage de ses pères; ensuite,

• profitant de l'étonnement des assistons, il sortit pour rejoindre ses

• troupes, et alla se faire reconnaître en Allemagne. »

homme habile et entreprenant Lascaris ne douta pas que ce ne fût l'homme en question et il le fit enfermer; il voulait même le faire mourir , et il n'en fut détourne que par les soumissions de Michel. Après la mort deThe'odore, Michel fut nomme tuteur de son fils : alors il n'eut plus qu'une pensée; ce fut d'accomplir la première partie de la prophétie. Comme il rencontra d'abord de la résistance, il résolut d'user de stratagème : il attendit que la division se fut mise entre les Vénitiens et les Ge'nois , qui se disputaient alors le commerce de l'Orient, et que toutes les forces vénitiennes qui e'taient à Constantinople se fussent rendues a Acre pour y combattre les Génois. De plus , pour achever d'affaiblir Constantinople et attirer les Francs d'un autre côte', H ordonna au commandant d'une de ses forteresses de faire semblant de se révolter et de vouloir leur livrer la place. Quand tout fut prêt, il passa le Bosphore avec son arme'e, et entra de nurt dans Constantinople, par une vieille porte qu'on avait néglige' de garder, et qui lui fut indique'e par un berger. Aussitôt l'empereur Baudouin et les Francs s'embarquèrent sur leurs vaisseaux , et la ville fut occupe'e sans résistance. »

Brbars regarda cet événement comme fort heureux pour l'islamisme. Suivant Makrizi, il se hâta de se mettre en relation avec Michel Pale'ologue, qui avait fini par s'emparer de l'autorité souveraine (l) , et de faire alliance avec lui. Michel, pour se l'attacher, re'tablit l'ancienne mosquée qui était à Constantinople, et Bibars se chargea de fournir les lampes, les voiles, les parfums, et tout ce qui pouvait servir à la splendeur du culte m ah orne tan. Ce fut ainsi que le sultan parvint à se fortifier au dedans et au dehors, et qu'il put enfin s'occuper sérieusement de ses grands projets contre les colonies chrétiennes de la Palestine.

(l) Au reste, ni Makrizi ni les autres auteurs arabes ne font mention de Palcologue ; ils n'appellent jamais le souverain de Constantinople que du nom de Lascaris, (JyjC^i I , sans doute parce que c'était au nom de ce jeune prince que Michel avait dabord entrepris se*

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