‹ Bibliothèque des croisades (volume 4)Chapitre 7 sur 88 · XVJ OBSERVATIONS PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

XVJ OBSERVATIONS PRELIMINAIRES

H résuite des dernières paroles, que ce n'est guère que sur les dernières années du règne de Saladin qu'on doit s'attendre à des détails abondans et nouveaux. En effet, l'auteur a passé rapidement sur l'origine de lelévation du sultan et ïa manière dont ce prince arriva à ce degré de puissance qui étonna l'Orient; son récit même n'est pas exempt d'erreurs. Ces lacunes et ces inexactitudes peuvent tenir à deux causes. Boha-eddin ayant été, à ce qu'il parait, le premier à mettre par écrit la vie de Saladin, n'a bien connu que ce qu'il avait vu lui-même; de plus, cette partie de la vie du sultan donnant lieu à plus d'un reproche, il n'a pas été fâché de la passer sous silence ; car il ne dissimule pas l'intention où il était de faire ressortir le plus qu'il était possible la piété du sultan , son amour de la justice , ses autres vertus. On dirait qu'il a voulu établir un contra*e entre la vie grave et dévote de Saladin et celle de ses premiers successeurs : aussi , même pour Fépoque qu'il décrit en détail , lorsqu'il se présente quelque fait peu honorable pour son héros , il a laissé à d'autres ie soin de le faire connaître.

Un autre inconvénient, c'est que l'ouvrage est rédigé avec la plus grande négligence. On voit que c'est une première esquisse , et que l'auteur ne parle des événemens qu'au fur et à mesure qu'ils se présentent à son souvenir. Tout est présenté pêle-mêle, et dans un style àïa-fois incorrect et barbare. L'édition imprimée ayant été faite sur un seul manuscrit, on pouvait croire qu'une partie de ces défauts provenait de l'ignorance du copiste; mais nous avons eu communication des variantes d'un autre manuscrit recueillies par D. Berthereau, et ces variantes ne portent que sur des choses légères.

Il n'en est pas moins vrai que la relation de Bohaeddin est l'ouvrage capital à consulter pour les guerres de Saladin contre les chrétiens ; aussi a-t-elle été mise

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à contribution par Ibn-alatir lui-même et fes écrivains arabes postérieurs.

Émad-eddin (Mohammed), secrétaire particulier de Saïadin, naquit à Ispahan, dans la Perse, en 1 125 de J. C. Ii étudia successivement à Bagdad et à Bassora, et embrassa la carrière des emplois publics. D'abord secrétaire de Noureddin , prince de Damas et d'AIep , ii ne tarda pas à attirer l'attention de Saïadin ; et Noureddin étant mort, Saïadin le prit à son service. C'est lui qui rédigea la plus grande partie de la correspondance du sultan avec le calife de Bagdad et les autres princes de son temps. Mais, à la mort de Saïadin, Emad-eddin perdit tous ses emplois : il s'occupa alors de la composition de ses ouvrages, et mourut à Damas en 1201.

Émad-eddin parait avoir eu un caractère noble et généreux. Dans une des expéditions de Saïadin contre les chrétiens, le sultan, ayant fait plusieurs prisonniers, ordonna de leur couper k tête; il voulut même que les hommes pieux et dévots de son armée se chargeassent de cette exécution : pour Emad-eddin , ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, il refusa de souiller ainsi ses mains ; il se contenta de demander le plus jeune des prisonniers, qu'il fit élever auprès de lui (l).

On est redevable à Émad-eddin de deux ouvrages relatifs aux exploits de Saïadin contre les chrétiens. Le premier est intitulé l'Eclair de la Syrie (2), c'est-àdire, histoire des conquêtes du sultan dans la Syrie, la Palestine et la Phénicie, et il a dû être considérable ; mais il ne nous est point parvenu , et nous ne le connaissons

(l) Voyez ci-après, page 181.

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fjue par les extraits qui en ont été faits par les chroniqueurs pïus récens.

Le second, qui a ie même objet, porte le titre de Modèle de C éloquence de Kos , relativement à la conquête de Jérusalem (l). Kos est ïe nom d'un évêque arabe qui vivait au temps de Mahomet, et qui passait pour l'homme ïe plus éloquent de son temps (2) ; c'est comme si l'auteur eût dit : Ouvrage qui , par son élégance, rappelle la gloire des anciens temps. En effet, Émad-eddin n'a rien négligé pour mériter les suffrages de ses contemporains. Malheureusement le goût na jamais été bien pur en Orient, et il ne Tétait guère davantage à une époque d'ailleurs remarquable par les monumens historiques qu'elle a laissés. L'auteur s'occupe plus des mots que des choses, plus de la forme que du fond ; de manière qu'un livre qui, par l'importance du sujet et la position de l'écrivain , était susceptible du plus haut intérêt, tombe sans cesse des mains, et ne laisse que le regret de tant de soins inutiles. L'ouvrage commence aux préparatifs de Baladin contre Jérusalem, et se termine à la mort du sultan et au partage de ses états entre ses enfans(3). Nous nous sommes bornés aux réflexions de l'auteur relatives aux grands événemens ; en un mot , à ce qui , par la position personnelle d'Émad-eddin , appartenait à l'histoire elle-même.

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(s) Voyez Pococke, Spécimen historiœ Arabum , p. 1 es, et Harin , édition de M. Silvestre de Sacy, p. 376.

(3) Vojex les Manuscrits arabes de la Bibliothèque du Roi, nm 7 14 et suivans. Schultens a public an échantillon de cet ouvrage , avec une traduction latine , à la suite de son édition de Boha-cddin. II existe nn troisième ouvrage historique d'Emad-eddin ; c'est une histoire de la dynastie des sultans seigioukides de Perse. Voyez les Manuscrits orientaux de la Bibliothèque du Roi, fonds Saint- Gtnnain, n° 3î7.

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