‹ Bibliothèque des croisades (volume 5)Chapitre 2 sur 10 · NOUVELLE · texte numérisé non relu

NOUVELLE

Par le p. LABBE (1).

Cette collection nous offre quatre chroniques seulement qui puissent occuper une place dans notre Bibliothèque, savoir : les chroniques de Hugues de Flavigni, de Rouen ,

(i) Nova BIblîotheca inanuscriptorain Ubrorum , antiquitatis prœsertim Francicx monanienta , nunc primùm ex inanuscriptis variarum biblio" hecaram codicibus eruUi , copios^ ac plenà raana reprsesentaas ; operà et sludlo Pbilîppi Labbe ( Parisils , iGS; , a vol. ia-fol.)

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de MaiUczais et de GeofFroi. Nous en rendrons un compte rapide , parce que prsque tous les détails qu'elles nous don -^ nent sur les croisades , se trouvent répétés par les auteurs dont nous ayons déjà présenté l'analyse.

Chronique de Hugues de Flaingni, de 1 002 ^ 1 1 02. — L'annaliste , tout en faisant l'histoire de son monastère , indique les principaux événemens qui ont eu lieu soit en Orient soit en Occident. Ce qu'il dit sur les guerres saintes ne nous apprend rien ; en parlant du pèlerinage de Richard de Normandie , Hugues de Flavigni nous fournit des détails curieux que nous allons faire connaître. « Richard, dit l& » chroniqueur, entreprit le pèlerinage à la tête de sept cents » hommes. Uy avait dans cette troupe deux saints (le père » et le fils ) : l'un se nommait Humbert, l'autre Godefroi^ » C'était une apparition miraculeuse qui avait porté Hum- » bert à faire son pieux voyage. Il était depuis long- temps » retenu dans son lit par une paralysie , lorsque le duc Ri- » chard partit pour son pèlerinage. Dans ce même moment n un ange lui apparut. Allez à Jérusalem , lui dit-il ; Dieu » vous l'ordonne. — Gomment pourrai-je exécuter cet ordre, » puisque je ne puis marcher ? — N'importe, préparez tout » ce qui est nécessaire , répartit Fange. » Alors Humbert,, s'adressant à son fils , lui dit : « Va préparer tout ce dont. » j'aurai besoin ; car je veux aller à Jérusalem : tu vien- M dras avec moi. » En effet , le fils prépara tout ce qui était nécessaire au saint voyage. Alors le père se leva sans effort,, se dirigea sur le pont qui était situé près de la ville ; dès. qu'il eut ihonté sur son cheval , toutes ses douleurs dispa-. rurent. Lorsque la troupe de Richard eut traversé l'IUyi-ie , elle arriva dans le désert : elle y éprouva toutes les horreura de la soif; mais, par la miséricorde de Dieu, les pèlerins, découvrirent une fontaine. Bientôt un nouveau miracle vint encore les étonner, et réveiller toute leur reconnaissance envers DicM. Le duo, ayant recueilli dans un vase une certaine quantilé d'eau , le porta à sa bouche ; mais quels, fuirent l'étonnement et la reconnaissance du duc en voyant l'eau se changer en vin, même à une seconde expérience ! Alors tous les pèlerins burent ce vin , et rendirent grâces à Dieu : Omnes biherunt vinuni et Domino grattas egerunt. L'historien de Flavigni rapporte, sous la date de 1099, des phénomènes célestes qui annonçaient la défaite des années musulmanes ; à l'année 1 1 00 , il parle d'une assemblée de prélats, abbés, etc., où l'excommunication fut prononcée contre les chrétieAS qui n'avaient poiQt accompli le \qùk\ 4u pèlerinage.

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Chronique de Rouen, — En parlant de la croisade d'en-» ians , qui eut lieu en 1215, Fannaliste de Rouen s'exprime en ces tenues : « Une multitude d'enfans des deux sexes ayant à leur tête des jeunes gens et quelques vieillards , parurent avec des étendards , des croix et des encensoirs ; ils s'en allaient de province en province , entrant dans les villages et les châteaux , et chantant à haute voix et en français : Seigneur, exaltez la chrétienté, et rendez-nous la vraie croix. Ce mouvement extraordinaire fut regardé comme le présage d'un grand événement ; en effet , ajoute le chroniqueur, peu de temps après , le Saint-Père envoya des légats à toute la chrétienté, et bientôt une armée dont le nombre n'est connu que de Dieu seul, se mit en marche pour aller combattre les ennemis du fils de Dieu. » La sixième guerre sacrée , l'expédition du roi de Navarre , et les deux croisades de Louis IX , sont brièvement racontées dans la chronique de Rouen.

Chronique de Maillezais. — La chronique de Saint- Maixent ou de Maillezais^ que Baronius cite souvent à cause de l'exactitude qui règne dans les dates , raconte les événemens de la première croisade jusqu'à l'année 11 20 ; mais les détails qu'elle donne sont très-communs , et l'ordre chronologique en fait tout le mérite.

Chronique de Geoffroi, moine de Saint-Martial de Limoges» — Geoffroi , abbé du Yigeois , s'est attaché surtout à suivre l'histoire du Limousin ; elle commence au i*ègne du roi Robert, et finit en 1 184.

En parlant de la prise de Jérusalem , Geoffroi rapporte u'un certain Grégoire , surnommé Bechada, du château es Tours , guerrier de profession, homme d'esprit, peu versé dans la connaissance des lettres , fit en un gros volume l'histoire de la première croisade , dans Tidiôme vulgaire , afin de mettre le peuple à portée de connaître les glorieuses aventures des conquérans de la Palestine. Grégoire, qui chérissait avant tout l'exactitude et la vérité, employa douze ans à l'exécution de cet ouvrage. De peur que son histoire ne tombât dans f oubU ou le dédain , l'auteur eut soin de consulter auparavant Tévéque d!Eurtor§e et le normand Gaubert. Le chroniqueur ajoute que le Seigneur du château des Tours , où était né ce Grégoire dont il est ici question , se signala à la prise de Marrah dans la première croisade. Au sujet de la prise d'Edesse, qui donna lieu W l'expédition de Louis YIÎ et de Conrad , GeoffiH)i s'exprima

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en ces termes : « Baudouin, prince d'Edesse (1), avait M souillé par ses embrassemens la fille d'un habitant de la » ville , qui lui avait été donnée en garantie pour une dette. » Le père de la jeune fille , pour venger cet outrage , résolut » de livrer Ëdesse et de perdre le prince. En efifet , la veille M de Noël y dans cette nuit heureuse qui vit naître le prince » de la paix, Edesse devint le théâtre du carnage et des » plus horribles profanations. Baudouin, cet exécrable ty- » ran qui , par son crime , avait attiré tant de misères , se » sauva dans ces désastres ; mais il ne put sei sauver de la n damnation éternelle. » L'abbé du Yigeois , en racontant la seconde croisade , déplore les iniquités de l'armée chrétienne qui rendirent inutiles les travaux de deux monarques d'Occident.

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