‹ Bibliothèque des croisades (volume 5)Chapitre 8 sur 10 · SECONDE COLLECTION · texte numérisé non relu

SECONDE COLLECTION

Les dix Ecrwams de V Histoire d'Angleterrt (1).

•Cette collection, de Roger Twisden, de la province de Kent, fut entreprise à la sollicitation de Cornélius Bee, libraire de Londres.

HisTOiRB DES Rois d'Angleterre, par Siméon de U«rham (2). — ♦ L'auteur de cette <:hronique ëtail Bénédictin et préchantre de Téglise de Durham. Il est compté parmi lessayàns qui ont vécu au milieu du xii^. siècle. ^Sous la date de 1096, il cite quelques-uns des princes qui.se croisèrent au' concile de Clermont et à la suite de ce concile. En perlant de l'assemblée qu'on tint à Rome en 1 125, et dans laquelle se trouvèrent trois cents évêques présidés par le pape , il rapporte^ entre autres décrets qui y furent rendu», le décret suivant : « Nous accordons la rémission de leurs péchés à ji ceux qui iront à Jérusalem pour défendre les chrétiens et- » travailler à la destruction des infidèles. Nous mettons sbus^ » la protection de saint Pierre et de l'Eglise ik)i¥iaine leura » maisons , leur famille et tous leurs biens , ainsi qu'il a étfi » statué par notre seigneur le pape Urbain. Quicoi^me Osera ]» donc endommager ou enlever ces biens pendant tout W » temps que durera l'absence: des propriétaires, qu'il soit ji excommunié. Nous ordonnons à ceux qui sont connus |>6ur » avoir porté la croix sur leur vêtement, comme devant » faire le voyage de Jérusalem ou d'Espagne , de reprendre » la croix et le chemin de leur pèlerinage dans VinterVaHé » de la Pâque prochaine à la Pâque de Tannée suivatit'e ; 3» autrement nous leur interdisons l'entrée de" l'église ;' et » nous défendons qu'on célèbre l'office divin dans leurs do- » maines , hors le baptême des enfans et le sacremenlf dës^ w niourans. »

Siméon à terminé sa chronique en 1 129, et Jean, prieur de l'église d'Hagulstade , l'a continuée jusqu'en 1 1 54. ''

Le continuateur ne fait qu'indiquer les évérieméns de" la seconde croisade , et ne dit rien des colonies chrétiennes en Orient. .. -

Abréviation de chroniques , Images d'histoires , pctr Raoul-

(i) Historiae Anglican» Sdrîptorcs decem, operà Rogeiî Twîsden. JLondiniy iGSa , 2 vol. in— foi,

(7.) Simepnîs Dnnelmensis Historîa de gestis regum Ancloranu' (Tom. It., col. 85.) T) o -^ ,

dcD{cet{\), — Raoul de Dicet, doyen de Londres , vécut 80US le roi Richard et sous le roi Jean. Plusieurs savans ont reconnu dans les ouvrages de Dicet une grande exactitude pour les dates; nous croyons que cette réputation n'est point méritée , surtout pour les événemens des croisades ,

Îui sont placés presque toujours par l'historien à de fausses ates.

Ces Abréi^iations de chroniques commencent à l'an 589 et finissent en 1 1 48. Les Images d'histoires, qui en sont la si|ite , reprennent à l'année 1148, et se terminent en 1199, au règne de Jean-sans-terre.

A la date de 1010, Raoul de Dicet donne des détails fort, singuliers sur le pèlerinage que Foulques comte d'Anjou fit alors à Jérusalem. Ces détails ont été rappelés dans le i^. livre de notre Histoire. Ils se trouvent aussi dans la chronique de Maillezais.

L'auteur , qui parle fort succinctement des événemens de la première croisade , dit , en racontant la bataille de Dory* lée , que Robert duc de Normandie fendit avec son épée la tête d une espèce de géant. Le coup terrible qu'il lui porta , partagea sa mâchoire , son cou et ses épaules jusqu'à la poitrine.

A l'occasion de la croisade de Louis YII en 1147 , l'auteur dit que le roi , persuade par saint Bernard , convoqua les grands de son royaume , qui se croisèrent avec lui , et il ajoute : f< On dressa aussitôt dans toute la France un rôle y» destiné à la levée d'un subside. Ni le sexe, ni le rang , ni j» la dignité , n'exemptèrent personne de donner des secours- 2> au roi. Aussi le voyage de ce prince fut-il le sujet de beau- » coup d'imprécations (2).

» Milon de Chevreuse , personnage distingué , poursuit » l'auteur , envoyé à Constantinople, en rapporta la lettre a» suivante de l'empereur :

»M^LNUEL, Jidèle Roi en Jésus-Christ, PorphyroQénète , » grand, sublime et courageux Empereur des Rcmains, M toujours auguste, au très-noble Roi des Français,

D Très-noble Roi , notre empire a reçu et lu la lettre

(i) Abbreviatîones ckronîcomm et Imagines historiarum , anctore Radulpho de Diceto. ( Tom. 1^', , col. 4^g. )

(3) Voyes ]e fragment historique rapporté dans la coUcctlon dtt Duchesne , p. ai(6 ne ce volume , par un moine de Tabbaye d» Flemi stir Loire.

DrS CROISADES. 52$

M envoyée par votre noblesse (1 ) , dans laquelle vous ave^ M écrit à notre empire que vous vous disposiez k prendre le » chemin de Dieu , et demandé à notre empire la liberté du n passage etFachat des provisions. Notre empire ayant connu i> votre intention , Va eue pour agréable et s'en est réjoui r • » car , croyez-le , il désirait depuis long-temps voir un » homme tel qu'est votre noblesse , et s'entretenir avec lui. » Si telle est la volonté de Dieu , que votre noblesse vienne , » elle sera très-bien reçue par notre empire. Que votre » noblesse ne craigne donc pas de rencontrer d'obstacle de >i la part de notre empire : car il recevra avec une grande Mf joie votre noblesse ; îl lui préparera la voie , lui facilitera » le passage et lui fournira toutes les provisions nécessaires. » Adieu. De la ville sauvée par Dieu, au mois d'août, indic- » tion IX. »

On peut comparer cette lettre avec celle qu'écrivit l'empereur au pape à l'occasiôi^ de la même croisade. Nous les avons textuellement rapportées , afin de faire connaître les formules employées par les empereurs grecs de Gonstantinople.

Kaoul de Dicet, dans son livre des Images d'histoires ^ • 600, raconte, sous la date de 1 1 78, la bataille livrée prè»' e Rama contre Saladin. Après nous avoir montré Odon , le grand-maître du Temple, suivi d'un petit nombre de ses compagnons , s'avançant comme un autre Macchabée au milieu des bataillons ennemis , et semant de cadavres le champ du combat , Raoul s'exprime en ces termes : « Sala- » din , témoin de tant d^exploits , fut frappé d'admiration ; » en voyant la foule de ses guerriers , les uns dispersés au ]> loin , les autres cherchant le salut dans la fuite , d'autres I» expirant sous le glaive , le sultan se hâta de fuir sur un » chameau rapide. »

Raoul place sous la date de 1184 deux lettres adressées au pape , l'une par Saladin , et l'autre par son frère , qu'il nomme Siphidin, Ce sont deux réponses faites au souverain pontife, qui avait écrit à ces princes musulmans. Elles ont pour objet l'échange des prisonniers chrétiens , échange auquel Saladin avait consenti , mais qu'il différait d'exécuter. Son frère promet au pape d'en faire avancer l'exécution.

Dans ce même temps , les chrétiens de Jérusalem envoyèrent d'un conmiim accord en Occident le patriarche , le grand-maître du Temple et le prieur des Hospitaliers , pour demander du secours. L'historien rapporte la lettre

( i) Les mots empire et noblesse sont employés dam c^Ue lettre comme des titres ou qualificalions.

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que k rot âe Jérusalem écrivit ensuite à set députés , qui lui avaient annoncé leur heureuse arrivée à Brindes. Dans cette lettre , le roi leur fait part des tentatives, de Saladin sur Iq château de Crac , et des ravages que ce prince a exercés dans les environs de Naplouse, de Sébaste et autres lieux.

Raoul rapporte que le roi d'Angleterre convoqua , Tannée suivante, les prélats et les barons âe son royaume. Dans cette assemblée , le roi engagea les fîdëles à secourir Jéru-^ salem. On mit en délibération s'il était convenable que le roi allât en personne dans la Palestine ; rassemblée fut d'avis qu'il devait rester dans son royaume pour réprimer les agitations intérieures et protéger l'Angleterre contre toute invasion.

L'auteur donne ensuite la lettre que les Templiers écrivirent à tous les chrétiens pour leur annoncer la funeste bataille dé Tibériade et le triste état de Jérusalem. Il raconte l'entrevue qu'eurent à Gisors en 1 188 les rois de France et d'Angleterre. On y convint que les croisés de France porteraient une croix rouge; ceux d^Angleterre, une blanche; et ceux du comté de Flandre , une verte.

<r Le roi d'Angleterre , après avoir pris la croix , poursuit » Raoul , envoya Richard Barre , archidiacre de Lisieux y n son familier , à l'empereur d'Allemagne , à celui de Gons- A tantinople et au roi Bêla de Hongrie , pour leur faire part » de sa résolution. » Raoul copie les lettres dont Richard Barre était porteur, et les réponses qu'il rapporta. Les trois princes louèrent le roi d'Angleterre du généreux desseinqu'il avait conçu , et lui promirent tous les secours et les bons offices qu'il pouvait désirer.

Raoul parle des événemens qui suivirent la prise de Jérusalem ; mais les détails qu'il donne ne répandent aucune lumière sur l'histoire de cette époque , et ne sont point d'accord avec le récit des chroniqueurs les plus dignes de foi. n dit , entre autres choses , que le comte de Tripoli , qu'il appelle BoJiemond, coupable de trahison, devint fou, et mourut quinze jours après la perte de la ville sainte. L'auteur transcrit la lettre que l'empereur Frédéric écrivit à Saladin ; mais il ne parle pas de la réponse du sultan. (Yojez Gautier Yinisauf. ) Il rapporte également la lettre de Conrad , fils du marquis de Montferrat , à l'archevêque de Gantorbéry , dans laquelle ce prince déplore la triste situation de Jérusalem et exhorte les rois et les peuples à délivrer le patrimoine de Jésus^-Christ. Cette lettre est datée de Tyr , le 12 des calendes d'octobre.

Après avoir parlé de l'avènement de, Richard h la cou-

ronne, Thistorieiiy qui interrompt sans cesse son récit pour transcrire des pièces diplomatiques, rapporte, à la date de 1189, une lettre de Thibauld (prœfectusj et de Pierre de Léon, adressée au pape. Raoul ne dit point quels étaient ce Thibauld et ce Pierre de Léon. Leur lettre parie des cornmencemens du siège d'Acre , de l'arrivée de Conrad marquis de Tyr à l'armée des assiegeans , et de plusieurs combats livres entre Saladin et les croises.

A la suite de cette lettre , on en lit une autre de Philippe roi de France à Richard roi d'Angleterre , pour lui témoigner son désir et sa resolution d'aller avec lui au secours de la Terre-sainte.

«Du moment , dît Raoul, qu'on eut pris la croix, on n leva en Angleterre une dime générale des biens meubles n pour être appliquée aji secours de Jérusalem. Cette levée 9 se fit avec une sorte de violence qui effraya le cierge et 9 le peuple. Sous le titre d'aumône, elle renfermait un esprit 9 d'exaction et de rapacité*9

L'historien transcrit ici les lettres des rois de France et d'Angleterre par lesquelles il est ordonne aux croises des deux pays de partir , sous peiné d'excommunication et d'interdiction, dans l'octave de Pâques, et défendu à qui que ce soit de faire aucun tort aux croisés pendant leur absence. Ces lettres sont datées de Nonancourt, le 30 décembre.

A l'occasion du mariage du marquis de Montferrat avec la sœur de la reine Sibylle , il dit que , le jour de ce mariage , le Boutillier de Senlis, neveu du comte de Clermont, fut fait prisonnier par les Sarrasins avec dix-sept chevaliers et quinze ecuyers à leur service y qui passaient ))our avoir participé à une union condamnée par les lois de f Eglise.

L'auteur copie une lettre de l'évéque de Salisbury adressée à l'évéque de Londres , dans laquelle le prélat anglais rend compte de quelques opérations du siège d'Acre , et de la diminution qu'éprouve l'armée chrétienne , a qui se console » et se soutient, dit-il, par l'espoir de la prochaine arrivée 9 des rois. 9

La croisade de Richard est racontée fort succinctement par l'historien ; tout ce qu'il dit sur les travaux des croisés est fort incomplet , et donne une bien faible idée de cette expédition.

A la date de 1 194 ^ il rapporte une bulle du pape Célestin , adressée à l'archevêque de Cantorbéry , à ses suffragans et aux églises de la province. Cette lettre a pour but de les inviter 4 exciter les peuples par des exhortations continuelles

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h prendre le signe de la croix , pour aller confondre et renverser les persécuteurs de la foi chrétienne ; elle accorde des indulgences à ceux qui partiront y et met tous leurs biens, sous la protection du saint-siége et des évéques diocésains. Elle est datée du 8 des calendes d'août , et de la cinquième année du pontificat de Celestin. L'ouvrage de Raoul de Dicet se termine à l'an 1199.

Chronique de Jean Bromton , abbé de Jorval (1). — Jean Bromton vivait vers la fin du xn.* siècle. II prit l'habit de l'ordre de Citeaux dès sa plus tendre îennesse , et dut à ses vertus et à son érudition le titre d'abbé de Jarvaux ou Jorval , monastère qui était dans le comté de Richemond. II a beaucoup écrit sui^ l'histoire , et a dédié ses ouvrages à son monastère. Sa chronique, dont nous donnons ici l'extrait, commence à l'an 588 , et va jusqu'à la mort de Richard I.®' en 1198. Bromton était contemporain de Vinisauf, et il s'est étendu comme lui sur l'expédition de Richard en Palestine : mais ni l'un ni l'autre ne se sont copiés; et comme ils rapportent à peu près les mêmes Faits , la comparaison qu'on peut faire de quelques parties de leur récit, peut ne pas être sans intérêt. Il y a d'abord entre eux cette différence, que Vinisauf a écrit comme témoin oculaire , puisqu'il était de l'expédition de Richard , au lieu que Bromton n'a écrit que sur des rapports qui lui ont été faits par des témoins. Aussi VinisauJF est-il plus abondant en détails et montre*!- il une connaissance plus approfondie des événemens et plus d'esprit d'observation ; son stjle est aussi plus animé. D'un autre câté , Bromton , moins enthousiaste que Vinisauf , paraît apporter plus de sang-froid et plus d'impartialité dans son récit : s'il loue , s'il admire les exploits de Richard et ses talens militaires,, il ne dissimule pas non plus ses défauts.

Nous devons ajouter que Vinisauf n'a écrit que pour faire l'histoire de la troisième oroîsade ; par conséquent , il a du s'étendre plus que Bromton , qui n'en a parlé que dans une histoire généride.

L'abbé de Jorval , en parlant de la première guerre sainte, se borne à en rappeler les principaux événemens , jusqu'à la prise de Jérusalem. Sous la date de 1129, il rapporte que , les habitans de la Terre-sainte ajan( offense Dieu par leur luxe et leurs rapines , Dieu les punit comme il est écrit au livre des Bois; car, la veille de la Saint-Nicolas, un grand nombre de chrétiens fut vaincu par un petit nombre

(1) Chronicon Johannit Bromton abbatis Jornatensis. ( T. I , c. 795. )

d'infidèles, quoique le contraire eût coutume d'arrirer auparavant.

Bromton n'est pas moins concis sur la seconde croisadeque sur la première , et ce qu'il en dit n'est pas exact. Sou» la date de 1 177 , il parle du pèlerinage de Philippe, comte de Flandre, et de Guillaume de Mandeville , comte d'Essex. « Ils se rendirent à Jérusalem , où ils se réunirent aux Tcm- » pliers et aux Hospitaliers , à Raimond , prince d'Antioclie , » et aux autres guerriers de la Palestine, pour faire le siège j> d'un château nommé Bara^h (Harenc). Saladin, soudau » du Caire, l'ayant appris , vint avec plus de cinq cent mille » hommes , tant à pied qu'à cheval ( nombre très-exag^éré), » sur les terres des chrétiens , et dressa ses tentes non loin » de Jérusalem. Les Templiers , les Hospitaliers , la milice » du roi de Jérusalem , qui gardait la ville , sortirent avec » le peuple et l'évêque de Bethléem , qui portait la vraie » croix, et allèrent à la r^contre des infidèles, qu'ils atta- » quèrent avec audace et qu'ils forcèrent à se retirer. Opiiis- » sance de Dieu! s'écrie Bromton ; ô vertu du Très^HmU I les » chrétiens vl étaient pas plus de vingt mille combattans contre M cinq cent mille infidèles , el cependant ils obtinrent la victoire % par la protection divine : car les infidèles virent descendre, » comme par une échelle , la milice du ciel, semblable à des » hommes armés ; cette milice venait au secours des chrétiens .- » les musulmans, ne pouvant résister aux guerriers célestes , n prirent promptement la fuite. Les fidèles, en les poursui- » vant, tuèrent plus de cent mille de leurs ennemis, et » firent un grand nombre de prisonniers. Saladin, s'échap- » pant avec des chariots et des chevaux, perdît dans ce » combat plusieurs de ses parens , de ses neveux et des chefs » de son armée. Les chrétiens retournèrent à Jérusalem » et remplirent tout le pays des dépouilles des ennemis tués. » Ce combat eut lieu le jour de la Sainte-Catherine, en 1 1 77, dans la plaine de Rama ; la plupart des chroniques le dési gnent sous le nom de bataille d Ascalon.

Arrivé à Tannée 1 184, l'abbé de Jorval s'exprime en ces termes au sujet de Saladin : « Saladin, fils du roi de Syrie et » de Mésopotamie , se leva, après la mort de son père, contre » les guerriers de l'Evangile. Il avait hérité du royaume de » Damas et des pays d'alentour. Comme il avait su se conci- » lier l'attachement de la milice des Turcs , à force d'habi- » leté et de puissance , Saladin passa en Egypte à la tête » d'une année qui se grossissait sur son passage , et prit \é >» chemin du Caire. Maître de la Lybie et do l'Arabie , ce

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n héros s'acquit un nom dont Téclat ëclipsa la gloire des I* grands de la terre. Après avoir conquis huit royaumes en jf courant , Saladin croyait avoir fait peu de chose , puisque ft les chrétiens possédaient encore Jérusalem , Antioche et fi les villes maritimes de Syrie ; c'est pourquoi , résolu de I* tourner toutes ses forces contre les fidèles , le Soudan ne rt chercha plus qu'à dévorer le peuple de Dieu, à faire disj» paraître de l'Orient l'étendard de la croix que le Christ y 1 avait planté lui-même, m Le chroniqueur raconte ensuite que Saladin ayant voulu entrer dans la Terre-Sainte • pour s'en rendre maître , les armées musulmanes furent chassées avec de grandes pertes , par les fidèles que commandait Philippe , comte de Flandre. L'année suivante, la colère céleste frappa le peuple chrétien livré à la corruption. Saladin, voulant se venger de la défaite qu'il avait essuyée l'année précédente , s'avança à la tête d'une armée innombrable , et Dieu qui résiste aux superbes per/nit que- les guerriers de la croix tombassent sous le glaive de Tennemi. m Alors , dit y* l'historien , il fut décidé que le patriarche de Jérusalem i» irait en Europe solliciter des secours pour résister au cruel » Saladin. C'était surtout auprès de l'illustre roi d'Anglefi terre, que le patriarche devait se rendre, parce qu'on y» attendait de ce monarque les secours les plus efficaces. Le »t patriarche vint donc trouver ce prince, quilui fit un accueil ft honorable. Il remit au roi des lettres du pape Lucius et ft les clefs de la ville sainte et du tombeau du Seigneur , et , y* de plus , l'étendard du roi de Jérusalem. Henri différa de » répondre jusqu'à ce qu'il fût de retour à Londres, où 91 il convoqua une assemblée. Lorsqu'après la prédication 9f du patriarche et de l'archevêque Baudouin plusieurs se fi furent croisés , Henri répondit qu'il ne pouvait laisser ses n états sans défense , exposés à l'invasion des Français , mais 9» qu'il fournirait de l'argent à ceux qui voudraient partir. 91 Cela n'est rien, lui dit le patriarche : nous demandons un rt prince, et non de l'argent. Presque toutes les parties du monde tt nous enverront de l'argent, mais aucune ne nous enverra n de prince; nous demandons donc un homme qui ait besoin 9* d'argent, et non dé l'argent qui ait besoin d'un homme, fi Le patriarche se retira , ainsi frustré dans son espérance. 91 Le roi le suivit jusqu'à la mer, comme pour le calmer, et 91 lui fit, selon sa coutume, beaucoup de caresses. Le pa- » triarche lui dit en le quittant : Jusqu'ici vous avez régné 91 glorieusement; fnais celui que vous avez abandonné vous n abofidotmera bientôt. Rappelez -- vous ce que le Seigneur

DBS CR0ISADB8. 735

39 VOUS a accordé et ce que vous avez fait en reoonnaissêmce, n Vous avez été infidèle au roi de France; vous avez tué n S, Thomas, et maintenant vous refusez d^ protéger les ff chrétiens. Le roi s'irritant de ces reproches, le patriarche n lui offrit sa tête , en lui disant : Faites de moi ce que vous n avez fait de Thomas ; j'aime autant être tué par vous en n Angleterre que de l'être par les Sarrasins en Stfrie, — Si n tous mes sujets, dit le roi, n'avaient qu'un corps et nepar^ n latent que par une seule bouche, ils n'oseraient me dire ce n que je viens d'entendre, — S* ils parlaient ainsi , reprit le pa-^ n triarche, cela ne m' étonnerait pas ; car ils ne vous aiment n point : ils n aiment que ce que vous possédez ; ils suivent J9 la fortune, et non l'homme, — Je ne puis, repartit le roi, mVff loigner, parce que mes enfans se révoltent quand je suis n absent, ^ Cela n'est pas étonnant, dit le patriarche ; car n ils sont venus du diable, et ils retourneront au diable. Le 9 patriarche s'embarqua et repassa en France. 9

Cette conversation fort singulière est rapportée aussi dans la chronique de Henri Knighton, écrivain postérieur.

L'abbe' de Jorvd rend compte des premiers combats livreV sous les murs d'Acre en 1189, combats dans lesquels Saladin fut tour-à-tour vaincu et vainqueur. Cet historien dit qu'il ar« riva, cette année, dans le port d'Acre, plus de cinq cents vais-^ seaux , outre une multitude de gfdcres et de corsaires. Il racont9^ ensuite l'expédition de l'empereur FredeVic avec les détails que nous avons déjà vus ; mais Bromton diffère des autres ,

historiens dans le récit qu'il fait de la mort de ce prince. **

ft L'armée chrétienne, dit-il, était alors partagée en deur n camps, l'un sous le commandement de l'empereur, Fautre ff sous celui de son fils. Un fleuve coulait au milieu. L'empeff reur voulut traverser ce fleuve à chevid, pour aller parler à » son fils qui était de l'autre côte'. Ceux qui l'accompagnaient n lui conseillèrent de ne pas s'abandonner imprudemment à f9 une rivière qu'il ne connaissait pas : mais, sans les écouter, n et oubliant sa dignité, il poussa son cheval , et , tombant dans- « Peau à la vue de son escorte , qui ne put idier à son secours , » il fut étouffe dans un moment. 9

L'auteur rapporte aussi la version la plas commune; puis il ajoute ces mots : « D'une manière ou d'une autre , l'empereur yf finit ainsi sa vie dans les ondes, n Après avoir raconte ce que devint l'armée sous la conduite du duc de Souabe, l'auteur parle de l'engagement que prirent, au mois de novembre de la même année, les rois de France et d'Angleterre, d'aller à JeVusalem. Puis il fait le récit du départ de ces deux princes,

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et trâoe mrnatîeaseinent Titineraire du roi Richard. Les deux rois, arrives à Messine , publièrent une ordonnance de police dont les dispositions sont assez curieuses pour être rapportées^ « 1.^ Les pèlerins qui mourront dans leur pèlerinage pour* 99 ront disposer de ieur armure, de leur équipage et de leurs iv chevaux, et, s^Issont ecclésiastiques, de leur chapelle et » de leurs livres : quant à ce qu'ils auront acquis pendant leur » pèlerinage, ils ne pourront disposer que d'une moitié ; l'autre » sera déposée dans les mains de personnes déléguées , pour » être appliquée aux besoins de la' Terre-sainte.

» 2.^ Personne, dans toute l'armée, ne jouera à aucune » espèce de jeu, excepte les chevaliers et les ecclésiastiques, » qui ne pourront perdre plus de vingt sous dans tout le » jour et dans toute la nuit. S'ils violent cette défense , ils » paieront cent sous par chaque sou qu'ils perdront au-delà » des vingt sous : cette amende sera appliquée aux besoins » de la Terre-sainte,

» Les rois joueront selon leur bon plaisir; et ceux qui n servent dans leur palais, pourront jouer jusqu'à vingt sous. » Les domestiques et autres serviteurs qui joueront entre eux, S9 seront battus de verges pendant trois jours , au milieu de » l'armée, à moins qu'ils ne veuillent se racheter d'après la » taxe qu'imposeront les dénommes ci-dessus. Les marins qui » joueront, seront, pendant trois jours, plonge's du haut du ff vaisseau dans la mer, à la manière des marins, à moins » qu'ils ne veuillent aussi se racheter d'après la même taxe.

» Un pèlerin qui pendant son pèlerinage aura fait un em- » prunt à un autre, sera tenu de le rembourser; mais, s'il f> a emprunte avant le pèlerinage , il ne sera pas tenu de » le rembourser pendant le voyage.

» 3.® Un marin qui se sera engagé, ou un domestique, » ou tout autre, les chevaliers exceptes, qui pendant le pelé- 39 rinage quitterait son maître , ne pourra être reçu au service » d'un autre , à moins que son maître n'y consente. Si quel- J9 qu'un le reçoit malgré le maître , il sera puni d'après le f> jugement des prélats et des barons. Si quelqu'un fait té- » mérairement quelque chose de contraire aux statuts qui » viennent d'être si solennellement réglés , qu'il sache qu'il tf est soumis à Texcommunication des archevêques et évêques 9 de toute l'armée, n

U fut statué en outre par le sei^eur roi d'Angleterre et les connétables, justiciers et maréchaux de son armée,

a Qu'aucun marchand, quel qu'il fut, ne pourrait acheta » du pain pour le révendre dans l'armée, non plus que de

DES CROISAMES. 737

» lafadne ou du ble, à moins que quelque étranger n'en art » apporte, et n^en ait fait du pain et ne l'ait garde pour U 9 transporter avec lui. II est de'fendu de rien acheter dans » la ville, ni hors de la ville, dans Tëtendue d'une lieue. Si » quelqu'un achète du ble et en fait du pain , il sera tenu de n payer un droit. Les autres marchands, quels qu'ils soient , » paieront un denier sur dix. Perso une. n'achètera de chair » morte pour la revendre, ni de béte vivante , à moins qu'il a ne la tue dans le camp.

9 Personne ne vendra son vin plus cher qu'après la pren mière criée. Personne ne fera de pain dont la valeur soit » de plus d'un denier. Tous les marchands peuvent vendre 9 dans une lieue de rajon hors de la ville. Un denier de n la monnaie anglaise sera donne dans tous les marches pour « quatre deniers d'Anjou, n

A la suite de ce de'cret, Bromton donne de longs détails sur la paix qui se fit entre le roi d'Angleterre et Tancrède. Il copie les lettres qui furent écrites à cette occasion par Richard à Tancrède et au pape; puis il passe à la mort de la reine Sibylle, qui fit naître des divisions parmi les croises rassembles devant Acre, au sujet de la succession au troue de Jérusalem. Il parle del'arrive'e du duc de Souabe, et de la mort de ce prince pendant le siège. Revenant à Messine, l'auteur raconte «qu'on entendit en Sicile de violens » coups de tonnerre, précèdes d'un grand nombre d'éclairs j» qui jetèrent l'effroi dans i'armee des rois de France et d'An- » gleterre. La foudre frappa une des galères de Richard If et la fit couler à fond. Elle tomba sur les murs de Messine 9 et en ébranla une grande partie. Les chevaliers et leur suite qui gardaient dans le monastère des Griffons les J9 trésors du roi d'Angleterre, assurèrent avoir vu un globe » de feu sur le pinacle du temple : ce globe ne brûlait point, j» il n'était que lumineux ; il dura tout le temps de l'orage ff et disparut avec lui. Les chevaliers étonnes demandèrent » aux Griffons quel était ce phénomène : ceux-ci leur repon- 99 dirent qu'il avait lieu toutes les fois qu'il y avait quelque J9 tempête. X»

Après cette description , Bromton revient au siège d'Acre, raconte plusieurs assauts livres à la ville , décrit ia famine qui désola les croises , et ramène encore son lecteur en Sicile pour lui parler des principaux chefs de la croisade, et sur- tout de Richard. L'anecdote qu'il raconte sur le monarque anglais, est trop curieuse pour n'être pas rapportée ici. itCe prince, dit le chroniqueur, s'e'tait fusque-Ià livr^ I. 47

738 tilBLIOTHfcQUfi*

n ù fa Tolupte, de telle sorte que la main de IMeii, qui ne n veut pas la mort du pechettr, mais sa couTersion ^ paraissait » pouvoir seule déraciner en lui ce malheureux penchant. « Frappe tout-à-coup de la grâce divine , il convoqua les » archevêques et eVéques qui étaient avec lui à Messine , et n se prosterna nu à leurs pieds, portant dans ses mains trois » paquetâ de verges flexibles. Dans cette humble posture, •9 ii ne rougit point de confesser devant eux ses péchés avec » une si grande contrition , que cette pénitence fut oonsin dérée comme Pouvrage de celui dont les regards font trem- ^ b!er ia terre. Le roi, après avoir abjuré ses péchés, en n reçut des évéques la punition qu'il méritait. 9 f Ici Fauteur laisse entendre qu'ils se servirent des verges flewtblês, ) « Den puis ce moment , Richard devint un homm« craignant 39 Dieu et faisant le bien : il ne retomba plus dans son inî- J9 quité. Heureux , ajoute l'historien , celui qui tombe ainsi » pour se relever plus fort ! Heureux celui qui après sa pénin tence ne retombe plus dans les mêmes fautes ! n

L'auteur raconte ensuite un autre fait qui contraste avec celui qu'on vient de lire , et qui mérite d'autant jrfus notre attention , qu'il nous fait connaître le caractère de Richard , et la manière dont les princes et les chevaliers occupaient leurs loisirs dans leurs expéditions lointaines :

«Le jour de la Purification, après le dîner, le roi d'An- J9 gleterre et plusieurs chevaliers , tant de sa suite que de 39 celle du roi de France , étaient allés , hora de la ville de 9) Messine, jouer, selon leur coutume, à divers jeux. A leur n retour , pendant qu'ils traversaient le milieu de la ville , 99 ils rencontrèrent un paysan qui conduisait un ane chargé n de roseaux qu'on appelle cannes. Le roi et ceux qui' l'ac- V compagnaient en prirent chacun un, et se mirent à se J9 battre les uns les antres. II arriva que le roi d^Angleterre 9) et un vaillant chevalier de la suite du roi de France, 99 nommé Guillaume des Barres , s'attaquant tous deux , 99 rompirent leurs cannes, et que la cape du roi fut déchirée 99 du coup que lui porta Guillaume. Le roi irrité se porta 9) avec impétuosité sur Guillaume , et fit chanceler son che^ 99 val : comme il s'efforçait de renverser à terre Guillaume y» lui-même , la selle de son cheval tourna , et le roi en des- 99 cendit promptement ; puis , remontant tout-à-coup sur on tt cheval plus fort, il se porta de nouveau sur (kiiilaume: 9t mais il ne put le renverser; car Guillaume se tenût oramf» ponné au cou de son cheval. Pendant que le roi le meila- 9 çait , Robert fils du feu comte de Leicester , que le roi

DSf CROIBA'DBf. 1^9

itYOÎt inresti depuis p«u du comté d« ton père et qu'if avait ceint de lepëe, porta ia main sur GaHbuinM, afin d'aider le roi ; mais le roi lui dit : Retirezrvous, et latsseiB à nous deux le débats Le roi et GuiHaume ayapt longtemps lutte d'actes et de paroles [aetu et vêrbia], le roi s'écria : Fuyez d'ici, et ne reparaissez jamais en tnapné^ sence; car je serai éternellement V ennemi de vous et des vétres, Guol^iume, voyant la colère du roi , alla tout triste raconter au roi de France , son maître, ce qui venait de se passer, lui demandant conseil et protection. Le lendemain y le roi de France se rendit auprès du roi d'Angleterre, et le supplia, de la part de GuiHaume, dCoublieF ce qui s'était passe et de lut pardonner; mais Richard ne voulut riei;i entendre à ce sujet Le four suivant, le duo de Bourgogne I le comte de Chartres;, le comte de Nevers et plusieurs autres seigneurs de France, vinrent se jeter au pieds du roi d'Angleterre , et le ^upplièrent pour Guillaume ; mais il ne voidut pas les écouter. Guillaume sortît donc, le troisième jour, de la vifle de Messine; car le r<H de France ne voulait pas le retenir contre la volonté du roi d'Ange terre. EInfin, plusieurs jours après, lorsque le temps de mettre à la voile fut venu, le roi de France, tous les archevêques, evéques, comtes et barons de Parmee , vinrent de nouveau trouver le roi d^Angleterre, et lui demandèrent la grâce de Guillaume , lui remontrant combien l'absence d'un si vaillant homme pouvait être nuisible : ils eurent beaucoup de peine à obtenir cette grâce. Le roi d'An^e^ terre promit à la fin qu'il ne ferait aucun tort à Guillaume ni aux siens, tant qu'ils seraient au service de Dieu.» - Bromton accompagne les deux rois devant Acre, et fait'Un

i'ournal des opérations du siège. Nous noUsétendr^Mis peu sur es détails qu'il donne , et dont la plupart se trouvent dans Vinisaiif. Il parle de ta maladie des deux monarques , et des ambassadeurs que leur envoya Saiadin, avec des presenscoiv sutant en noires de Damas et antres fruits. En racontant les divisions elevç'es entre Conrad et le roi Gui, il nous apprend que Geoffiroi, frère de ce dernier, appela le marquis de Tyr à la cour des rois , et l'accusa de panure et de trahison envers Gui de Lusignan et toute l'armée chrétienne : il donhn même un gage de bataille pour poursuivre son appel ; mais It marquis , se refusant à Fappel, s'éloigna, pounruivi paries [rfaintcA «t les murmures de tous les croisés. Le chroniqueur ajouté que , lorsque Conrad se retira à Tyr , les infidèles qui gardaient les avenues de la ville , ne firent de mid ni à lui ni aux

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sienf , et tinrent lere TétenJard qu'il leur arah donne comme un signe de son alliance avec eux; ce qui fut pour tous ceux qui le Tirent un grand snjet de scandale. Au milieu de toutes ces querelles , on poursuivait toujours le siège. Parmi les circonstances de ce sie'ge, nous avons remarque celle-ci: a II y avait dans ce temps à Acre , dit Bromton , un homme dévoue à Dieu , et qui cachait sa religion par crainte des » infidèles. Cet homme envoyait des lettres jusque dans le f> camp des chrétiens , en les attachant à une flèche qu'il » lançait au dehors. Il informait par ce moyen les croises de >f Petat de la ville et des desseins des infidèles. Les assiegeans , j» ainsi avertis^ évitèrent souvent les embûches de l'ennemi. ff En tête de ces lettres se trouvaient toujoiurs écrits ces mots: » Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Cepen- » dant, avant et après la prise de la ville, on ne put découvrir » l'homme qui les avait envoyées. 9

Bromton nous apprend que les assièges commencèrent à ouvrir des négociations pour la reddition de la place , dans le mois de juin , vers la fête de la Saint- Jean. Ces négociations furent souvent interrompues par dès assauts et des combats que nous avons fait connaiti^e. Si Ton en croit l'historien que nous analysons^ Baladin aurait propose aux rois de France et d'Angleterre de leur rendre la ville et le royaume de Jérusalem > s'ils voulaient se re'unir à lui contre le frère et le fils de Nouredin , qui s'e'taient empares de tout le pays shue au-delà de TEuphrate. Le sultan demandait que les Francs restassent avec lui une année , et qu'ils lui laissassent U possession d'Ascalon et de Crac. Si les rois ne pouvaient se réunir à lui en personne, il se bornait à leur demander deux mille chevaliers et cinq mille.cavaliers bien armés, promettant de donner une solde de quarante-six besans par mois à chaque chevalier, et de seize besans à chacun de leurs guerriers. Ce fait n'est rapporté que par Bromton, et ne parait guère vraisemblable.

Non moins crédule que les historiens de la première croisade, Bromton rapporte que, «le 7 juillet, pendant que ir des chrétiens étaient de garde devant U tomr Maudite, f^,^n|^ femme dont l'éclat et la beauté auraient efllacé les If ri^yons du soleil, leur apparut au milieu de la* nuit Tous ».l0% gardes furent saisis de frayeur et restèrent comme 9 morts ; mais cette femme les rassura en leur disant: Ai tf- craignez rien :je suis Marie, mère de Notr^Seigneur Jésus' r» Christ, qui m'a envoyée vers vous pour que vous disiei ^mux rois qu'ils ne travaillent plus à renverser les murs

DIS CROI8ÀDB0. 741

n de la ville ; ear dans quatre jours Dieu la leur livrera, f9 Lorsque la sainte Vierge eut ainsi parle aux chrétiens , 9 elle remonta au ciel , portée sur un nuage brillant de J9 lumière. Le lendemain matin , les gardes racontèrent aiix » rois et aux ohefe de l'arme'e la vision qu'ils avaient eue. Leur ff récit repandit une grande joie parmi les pèlerins. « L'histo-* rien rapporte que , pendant que la sainte Vierge consolait ainsi les chrétiens , un tremblement de terre horrible se fit sentir dans Acre. Les infidèles en furent si ef&ajes , que tous désiraient ia mort.

Le 9 de juillet, Saladin fit arracher toutes les vignes et tous les lûrbres.à. fruit des environs d'Ack'e. Il fit détruire aussi les' villes et les châteaux appartenant aux musulmans^ qm lui parurent trop faibles pour résister' eux chrétiens. Le It du même mois, les Pisans et les Anglais- attaquèrent la ville du c^te' ou les pierriers du roi d'Angleterre avaient fait une grande brèche'; inais les infidèles , après être montes sur le nmr pour le deYendre , firent un si^id .pour 'annoncer qu'ils vofldstient rendre la ville et faire \k pw? selon la vdiîxite des rois: les chrétiens cessèrei^t de eombatlire, ctdes députes^ étant venus parler aux rois , rentrèrent ensuite dans la piace« Le li, les rois de France et d'Angleterre , tous les chefs. de Tarmee tant ecclésiastiques que lues , se rendirent le niatin dans la tente dés Templiers, avec les chefs des musulmaoe sortis de la ville ^ et la éapitulation fut conclue aux condi-r tion s suivantes i •

.Les infidèles s'obligèrent à livrer la vifie d'Acre, les armes.^ les munitions et les richesses qui se trouvaient dans^la place , et les navires qui étaient dans le port. La sainte croix devait être rendue, et avec elle quinze cents chrétiens .captifs , et deux cents chevaliers qui seraient désignes par 'les rois.. Les assiégés s'obligèrent en outre à pajptep deux cent mille besans d'or,'!et à fournir des^ otages jusqu'à la pleine exécution du traité, exécution qui devait avoir lieu dans les quarante jours.

Ces conventions ayant été arrêtées et jurées de part' et d'autre, les rois envoyèrent quelques personnes de leur suite dans la yiile pour choisir cent des principaux musulmans, qu'ils mirent sous bonne escorte dans les tours et les maisons les mieux fortifiées: de la place. Les autres musulmans d'un rang iaférienr furent placés dans un endroit découvert hors des murs ^;et gardés par des hommes qui leur fournirent tous les jours ce qui leur était nécessaire. Les rois, ayant appris que quelques-uns de ces infidèles s'étaient furtivement

749 aiBLIOTHSaUB

^VadeÉ pendant la nuit, firent mettre les autres dans des (ieuz plus étroits et mieux gliu^des; et ils promirent la liWite à ceux qui voudraient se faire baptiser : mais il arriva que plusieurs de ces musulmans, après avoir reçu le baptême, retournèrent a Saladin , et renoncèrent à la foi chrétienne qu'ils avaient embrassée. Les rois défendirent alors qu'on èdiiiit d'autres infidèles au baptême.

Le 13 de juillet, la vîfle d'Acre, tous les Sarrasins et tout ee qui y e'tait renferme, furent partages entre les tois de France et d'Angleterre. Drogon de Merlo et cent chevaliers français, Hugues de Gournai et cent chevidiers anclais, furent désignes pour faire ce partage. Le 14, Saladin et lei sjens, s'âoignant de l'armée chrétienne, dièrent camper 4ans Un lieu nommé SeforUh, Le sultan envojra ensuite aux deux rois des depntMxhargés de leur oflTrir une seconde fois tout le pays de Jérusalem , excepté Crac de Montréal, qui est au-oelà du Jourdain , a condhion qu'ils lui accorderaient les secours que déjà H leur avait demandés ; mais les rois s'y refusèrent tine seconde fois. Le 1 5 , les deux princes firent 4^on«er leurs machines de raerre, et ie roi d'Angleterre envoya à Sahdin des chiens de chasse et des éperviers.

Le 16 , les évéques de Vérone , de Salisbury, de Bayeux, de Tripoli, de Chartres, de Beauvais, t^ autres chefs ecdéaiastiqnes, purifièrent les églises profiÂnées par les Sarrasins et relevèrent les anteb. Les rois, dé leiu* câté, ordoilnèrent de réparer les murs de la ville; des marchands pisans s^établirent aux portes il' Acre, et s'obligèrent à payer tous les -ans un droit pour cet établissement.

Le 19 , les comtés et les barons de l'armée qui étaient occupés au siège d'Acre depuis deux ans, se plaignirent de la répartition injuste qui avait été faite du butin, et dans laquelle ils n'avaient pas été compris : ils déclarèrent aux deux princes qu'ils ne resteraient pas plus long-temps avec eux , s'ils n'avaient point de part au butin. Les rois répondirent qu'ils satisferaient à leur demande ; mais , comme ils difierèrentde jour en jour.de le faire, plusieurs , forcés par la nécessité, vendirent leurs armes et se retirèrent. Nous avons vu que Sicardi s'est plaint amèrement du partage injuste qui se fit alors du butin trouvé dans la ville d'Acre.

Le 20, Richard, voyant que ni lui ni le roi de 'France ne tiraient aucun avantage du traité qu^ils avaient finit pour la éroisade, proposa à Philippe de s'engager & faire bi guerre aux ennemis de ia croix pendfuit trois ans^ si le sultan ne rendait promptcmcnt JérUsidem et toute la Pidestine. Le roi de France

DBS C ROISADSS. 743

lui répondit qu'il ne ferait aucun serment a cet ^ard ; « ear 9 ii avait dejàTintention , ajoute Bromton^ de retourner dans » ses e'tats. »

Le 23 y lorsque le rot d'Angleterre était dans son palais, et que les chefs de son armée wj trouvaient pour recevoir ses ororesy Robert eVéque de Beauvais, Hugues duc de Bourgogne , Drogon d'Amiens et Guillaume de Merlo, vinrent e saluer de la part du roi de France; ib se mirent ensuite à fondre tellement en larmes » qu'ils ne purent proférer un seul mot Ceux qui étaient présens, les voyant pleurer ainsi, furent juchés de leur affliction, et pleurèrent de même. Le roi d'Angleterre , se tournant vers les seigneurs français , leur dit : « Ne pleurez point; je sais ce que vous allez me deman- »' der. Votre maître , le roi de France, désire s'en retourner ^ » et vous êtes venus de sa part me demander mon avis et » ma permission. « Les seigneurs français, baissant la tête, répondirent : « Seigneur , vous save9^ tout ; nous, sommes » venus en effet , de la part de notre roi , pour avoir votre 9 avb et votre permission : le rcu dit que , s'il ne se retire » promptement de ce pays , il mourra. « Le roi cTAngleterre , après leur avoir dit que la retraite volontaire du roi jetterait sur ce prince une honte éternelle , ajouta que , si cependant il devait mourir en restant dans ce pays , il lui permettait de faire ce qu'il voudrait et ce qui lui paraîtrait plus avantageux pour lui çt les siens. Le lendemain , la nouvelle du prochain départ du roi de France s'étant répandue dans l'armée, les seigneurs français vinrent trouver ce monarque pour le prier de ne pas abandonner si témérairement le service de Dieu , et de conserver sans tache , a l'exemple de ses prédécesseurs , la dignité du royaume de France; Le roi , cédant aux prières de ses fidèles serviteurs , resta encore quelque temps , et demanda une seconde fois au roi d'Angleterre la moitié de l'île de Chypre; mais il n'obtint rien. De là s'éleva une grande discorde entre les deux princes. « Cepen- » dant, d'après les conseils^ des hommes sages, Findignation J9 de l'un et de l'autre se calma, dit Bromton ,et ils redevinrent j» amis. 9

Le 27 f. les rois de France et d'Angleterre ^ les archevêques , les évéques, et tous les chefs de l'armée, décidèrent, selon notre chroniqueur , la querelle qu'avait fait naiti*e la succession au tronc de Jérusalem. Il fut arrêté que le roi Gui continuerait de réîgner , mais qu'à sa mort la sœur de la feue reine Sibylle et Le marquis de Moniferrat hériteraient de la couronne ; que Geoifroi de Littignan , frère de Gui , aurait le

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conitti de Joppe pour lui et ses héritiers , et serait soumît au roi, et que le marquis aurait Tyr, Sidon et Berjrte^ au mime titre et aux mêmes conditions.

Le 30 , le roi de France obtint du roi d'AngleteFre la permission de se retirer; il jura de ne point attaquer et de de'fendre même les domaines de Richard. II remit ensuite le commandement de son armée au duc de Bourgogne, qui devait être soumis au roi d'Angleterre. Il donna au prince d'Antîoche cent chevaliers et cinq cents ecuyers pour la défense de sa principauté.

Le roi de France partit , emmenant avec lui les évéques de Langres et de Chartres et le comte de Nevers , ainsi que Karacous et les autres prisonniers sarrasins qui lui étaient échus en partage , et il alla à Tjr : là , il remit ces prisonniers à la garde du marquis Conrad.

Bromton rapporte que Philippe vint alors mettre le siège devant un château situe à quelque distance d'Acre , et qu'il l'abandonna , lorsqu'il eut appris que le roi d'Angleterre venait à son secours. Ce fait, qui n'est point vrai , a ete emprunte, selon l'avèa de l'historien même , de Gautier Hemingford. Mais ici s'élève une difficulté : comment Bromton , qui vivait long-temps avant Gautier , a-t-il pu le copier ? On ne peut expliquer ce fait qu'en supposant , ou que la chronique de Bromton ne lui appartient pas tout entière , ou bien que le passage dont il s'agit a été interpolé. Cette dernière conjecture paraît la plus vraisemblable ; car il est difficile de croire que l'espèce de journal que nous analysons , soit l'ouvrage de plusieurs auteurs.

Dans les premiers jours du mois d'août , lorsque le roi de France fut parti , Richard tint conseil avec les chefs de son armée ^ et , ayant fi^it mettre toutes ses machines de guerre <fans des barques, il fit charger ses vaisseaux de froment, de vin , d'huile, et autres provisions nécessahres aux hommes et aux chevaux , et donna l'ordre que tous fussent prêts à le suivre pour aller à Ascalon.

Le 4 , tous les archers de l'armée étant rassemblés en 'sa présence , il leur distribua une forte paie. « Le nombre de » ces archers était si grand , dit l'auteur, que la crainte s'em- » para de Saladin et de toutes ses troupes. ^ Le 5 , le roi d'Angleterre , de l'avis des chefs , envoya à Tyr l'évêque de Salisbury pour en ramener les Sarrasins que le roi de France y avait conduits ; car le jour approchait où ils devaient exécuter la convention qu'ils avaient faite avec lesrois de France et d'Angleterre. L'évêque j^ arrivé à Tyr , n'y trouva point

DBS CROISADES, 745

le roi de France, qui en était parti trois jours avant : il demanda à Conrad , Karacous et les autres prisonniers que Philippe avait confies à sa garde , pour les conduire au ror d- Angleterre. Conrad répondit : a Le roi d'Angleterre ne m'a » confie personne ; je n'irai point à lui , ni ne lui enverrai » aucun Sarrasin. « L'evéque de Sfdisbury retourna donc a Acre rendre cette réponse à Richard. Le roi , indigné , dit aux chefs de son armée : « Allons venger {'affront que nous jf fait le parjure ; enlevons-Ie de la ville de Tjr : je suis sur » que ce n'est pas de la part du roi qu'il agit ainsi. » Le duo de Bourgogne y voyant le roi d'Angleterre irrité, et les chefs de l'armée disposes à le suivre , leur dit : a Différez encore 9 un peu , et laissez-moi aller à Tyr ; si je ne ramène pas les » Sarrasins , vous ferez ce qu'il vous plaira. » Cette proposition fut acceptée , et , le 8 du mois , le duc de Bourgogne , prenant avec lui l'evéque de Beauvais , Gui de Dampien*e et Guillaume de Merlo, amis du marquis, et Robert de Quinci , attaché au roi d'Angleterre , il se rendit promptement à Tjr. Le 9 était le jour fixé pour la remise de la sainte croix, des chevaliers chrétiens prisonniers et de leur suite , ainsi que des deux cent mille besons ; Saladin devait aussi recevoir tous les Sarrasins qui avaient été faits prisonniers à Acre : mais, comme ceux que le roi de France avait emmenés à Tyr, n'étaient pas encore arrivés , ie jour de la remise fut prorogé jusqu'au 11 du mois. Ce ne fut que le 12 que le duo de Bourgogne revint à Acre avec Karacous et les autres Sarrasins. Ce même jour , ' le roi d'Angleterre sortit avec plusieurs personnes de sa suite kors des fossés extérieurs pour s'entretenir avec Takieddin , frère de Sidadin (l'i^uteur se trompe ici ; Takieddin était le neveu et non le frère de Saladin ) : mais , Takieddin ne s'étant point trouvé au rendezvous et n'y ayant envoyé personne a sa place , le roi , fort irrité , dit qu'il ne traiterait plus de ftàx avec les Sarrasins, Le 13, le roi d'Angleterre envoya nû député à Saladin, pour lui déclarer du'ii était prêt à tenir les conventions qui avaient été faites , si lui-même voulait accomplir ce qu'il avait promis ; sinon , qu'il ferait couper la tête à tous les prisonniers. Saladin lui répondit : u Si vous faites couper la tête à mes » Sarrasins , j'en userai de même à l'égard de vos chrétiens. ^ La veille de l'Assomption , le roi d'Angleterre , ayant fixé ses tentes près de l'armée de Saladin ^ sortit des fossés extérieurs, ordonnant à tous les siens de le suivre; mais il y en eut peu en état de le faire , à cause du manque de chevaux^ Le jour de l'Assomption , le roi réitéra l'ordre à son armée de

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le êHjlyre. Plusieurs obéirent; mais I« plus grande partie murmura contre ie loi , en disant : « Cet ordre est dur i noos 9 sommes pauvres ; nous n'avons pas de quoi nous nourrir, 9 de quoi nous vêtir , et nous sommes sans chevaux : le roi » ne nous donne rien ; comment pourrions-nous ie suivre!» Quelqûes-^nSy à Fexemple du roi de France , se retirèrent ^ ou v(jontairement| ou par nécessite'. Le roi l'ayant appris > ouvrit ses trésors, et, touché de la misère des pauvres, il donna à tous ce qui leur était nécessaire, et retint beaucoup de guerriers à sa solde, a De ce nombre , dit Bromton , fiit 9 LfCopoId duo d'Â^triche| qui, dans la suite, oubliant les 9 bienfaits du roi , le fit prisonnier lorsqu'il revenait de 9 Sjrie. 9 On voit que le chroniqueur anglais n'est point ici d'accord avec la plupart des autres historiens sur i'origine de la haine que Léopold avait vouée à Richard. La mAme chronique raconte plus loin un fait que nous croyons devoir, faire connaître : a Lorsque ie roi d'Angleterre s'occupait de • rebâtir Ascalon, ii fit proposer au duc d'Autriche une 9 somme d'argent , Finvitant lui et les siens à venir travailler « a la réparation des murs. Ce prince indigne répondit que 9 son père n'avait jamais été ni charpentier ni maçon. Le. 9 roi supporta impatiemment cette réponse, et, un jour qu'il j» était allé se promener dans la campagne , il rencontra le « duc, et le pria de nouveau d'aider les croisés à la réédifi- 9 cation de la ville démolie. Le duc lui fit la même réponse 9 qu'il avait &ite a ses envoyés. Richard irrité le frappa du 9 pied , et défendit que l'étendard de Léopold fut jamais placé 9 à câté du sien. Alors le duc d'Autriche s'éloigna de l'armée, 9 en jurant de se venger s'il en trouvait l'aeeasion. «

Le môme jour , des députés de Saladin vinrent trouver le roi , et lui offrirent des présens précieux , en le priant humblement de prolonger . le délai fixé pour la sentence qu'il avait portée contre les Sarrasins : mais le roi, méprisant leurs présens, jura qu'il n'attendrait pas un seul jour pour punir l'infraction des traités. Cependant les députés sup»

1>Iièrentle roi avec tant d'instance, qu'il consentit à avoir e lendemain une eptrevue avec Saladin; Ce prince ne s'étant riint présenté au.rendea-vous et n'ayant envoyé personne sa place, Richard étonné lui en fit demander la raison. Saladin répondit: « Je ne suis pas venu, parce que je n'ai 9 pu remplir la convention. » Le dimanche 18 , le sultan fit trancher la tête à tous les prisonniers chrétiens qu'il devait rendre en échange des prisonniers sarrasins. Un autre historien a parlé de oe massacre des prisonniers chrétiens , dont

BBS CROISADBf. 747

Viaisatif ne dit rien. Ce dernier était témoin ocubirev et son silence aflfâiblit beaucoup le témoignage de Bromton. Le même four, le roi d'Angleterre, s'approchant davantage de l'armée de Sidadin , lui livra combat. Des deux cAtes il j eut des tuéi et des blessés. Pierre Minnot, familier du roi , fut du nombre des morts. Le 19, Richard , ayant appris que Saladin avait fait trancher la tète aux prisonniers chrétiens , en fut vivement afflige : cependant il ne voulut paa anticiper sur le |oar qu'il avait fixé pour faire mourir les Sarrasins.

Le 20 du mois , le roi d'Angleterre fit conduire devant Farmée de Saladin les Sarrasins qu'il avait en son pouvoir , et il leur fit trancher la tête en présence de tous. Le duc de BoBr|[ogiie fit décapiter de même , auprès des murs de la ville , tous les prisonniers qui étaient échus en partage au roi de France. On ouvrit les corps de tous ces prisonniers , on en 6ta le fiel pour «ervir à l'usage de la médecine, et on trouva dans ces corps beaucoup de besans d'or. Le roi d'Angleterre ne voulut pas faire mourir Mechtoub , qui était émir d'Edesse et connétable d'Ascalon et de Jérusdiem; ni Raracous, qui était gtand connétable et eunuque du sultan : car tous deux s'étaient engagés sur leur vie à rendre au roi Jérusalem et Ascalon. II ne voulut pas non plus faire mourir quelques antres éjaiirs qui s'étaient engagés de même à donner au roi beaucoup d'argent et 4e gnmds secours aux chrétiens.

Le 21 , le roi confia la ville d'Acre à Bertrand Verdon , «nsi qu'à Etienne de Longchamp , firère de i'évêque d'ÉIj , et donna à d'autres personnages la garde de sa femme Bérengère , de sa soeur, reine de Sicile, et de la fiQe de l'empereur de Chypre , ainsi que de ses trésors qu'il laissa dans cette même ville.

Sous la date du 22 aoilt 1191, la chronique parie du signal donné à larmée chrétienne pour marcher, vers Jaflfa. Voici comment elle décrit la bataille qui fut livrée à l'armée de Saladin:

ft Tras jours après l'Exaltation de la sainte Croix^ Richard, ff approchant de Césarée et du fleuve qui porte le même nom , » rencontra Saladin et sa grande armée , qui , occupant fes » rives du fleuve , se disposaient à arrêter les chrétiens dans « leur marche. Richard, qui vit que les croisés et les bêtes de » somme périraient de soif pendant la nuit si l'eau leur man- X» quaît, ou seraient tués par lek Sark*asins qui les environn naient, s'ils tentaient oe reculer, partagea' aussitêt son » armée par bataillons^ et donna l'ordre d'attaquer vigoureu-

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» fement les ennemis^ Jacques d'Avesnei , çuerrler d-uoe n bravoure à toute épreuve , commandait la premiàre troupe. «Du premier choo ii enfonça deux fois les ennemis et en » tua un grand nombre ; mais à la troisième fois il eut la « jambe et ie pied coupes. Ainsi blesse , il s'écriait : Bon roi n Richard , vengez ma mort. Puis , reprenant ses forces , il y» frappa un Sarrasin qui s'était précipité sur lui ; mais , n d'autres ennemis accourant en foule , il eut le bras droit n coupé, et mourut avec un nombre considérable de croisés, » Cependant Richard se fit jour à travers les ennemis ^ qu'il n culbuta, et, traversant le fleuve avec les siens , il se raidit « maître des deux rives. Sidadin et la plus &rte partie de 9 son armée tenaient en échec la dernière troupe, que le duc • de Bourgogne et les TempUers conduisaient. Ils: avaient n déjà fait un grand carnage. Le roi d'Angleterre , qui était 9 loin devant eux , entendant les cris et les gémissemens n des chrétiens mourans, retourna avec promptitude à leur m secours. Pendant qu'il se portait, sur Jes -eànemis , il ren» » contra Ssdadin , que d'un coiup de lance il renversa presque n à terre avec son cheval. Mais, ô douleur! s'écrie Bromton, 9 il ne le renversa pas mort; car, lorsqu'il, se portait sur 9 d'autres ennemis, Saladin , remontant à cheval, parvint, 9 quoiqu'avec peine, à s'éloigner du combat. A cette vue, » les Sarrasins tournent le. dos et prennent 1& faite. Les 9 chrétiens les poursuivent l'épée dans les reins. Ils revinrent J9 au fleuve après avoir tué ce jour-là plus do quarante mifle m ennemis. Ib poursuivirent ensuite leur marche jusqu'à 9 Joppe. 9

Après avoir parlé de l'entrée de Richard à Joppé et dé son pr^jeÈ d'aller rebath? Ascalon , démoli par les Sarrasins, Bromton interrompt son journal pour faire l'itinéraire du roi de France .depuis son départ de la Syrie jusqu'à son arrivée en Pranse, et raconter ensuite ce qui se passait alors en Angleterre. Cet. itinéraire de Piiilippe. contient beaucoup de détails géographiques , mais aucun qui ait rapport à notre sujet L'auteur révient ensuite à Richard : mais son récit n'a plus la forme de journiJ; il est entremêlé, comme le reste de sa chronique, d'événemens étrangers à la croisade.

Nous ne parlerons point, d'après Bromton , des travaux et des exploits de Richard, des divisions qui s'élevèrent parmi les croisés, du projet d'assiéger Jérusalem, tour-à-tour adopté et abandonné, repris et abandonné de nouveau ; nous ne parlerons ni de la prise d'une caravane venue d'Egypte, ni dei combats, livrés aux Sarrasins d|ins Jaflfa et hors de Ja&i

ni de la trêve conclue avec Saladin, ni du dëpart et de la captivité de Richard : tous ces evénemens sont racontés avec beaucoup plus de détails dans la chronique anglaise et dans Yinisauf, et nous -renvoyons à l'analyse de ces deux aurteurs.

En racontant la captivité du monarque anglais , Bromton dit que ce prince, après être demeuré un an en prison, envoya une ambassade au Yieux de la Montagne pour prier le prince des Assassins de le justifier de la mort du marquis, dont le duc d'Autriche l'avait accusé. L'historien transcrit ici deux lettres du Yieux de la Montagne : la première , adressée au duc d'Autriche et datée de l'année 1 195; l'autre, écrite aux princes chrétiens de l'Occident en 1 194* Yoici ces deux lettres :

« Le Yieux de la Montagne à Léofold Duc d'Autriche^

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