M SALUT
» Plusieurs rois et princes d'au-delà de la mer accusent » Richard, roi et maître de l'Angleterre , de la mort du mar- » qtiis. Je jure , par le Dieu qui règne éternellement et par » la loi que nous observons , qu'il n'est point coupable de 1» cette mort. La cause de cet événement est celle-ci : Un de » nos frères revenait de Salteleya sur un vaissau. La tempête » le jeta par hasard dans le port de Tyr. Le marquis le fit » prendre et tuer , et lui enleva une grande somme d'ar- » gent. Nous envoyâmes des députés au marquis pour lui » demander qu'il nous rendit l'argent de notre frère et nous » donnât satisfaction de sa mort. Le marquis rejeta cette » mort sur Renaud, seigneur de Sidon. Mous fîmes tant par M nos amis, que nous sûmes la vérité, c'est-à-dire qu'il » avait fait tuer lui-même notre frère et avait enlevé son » argent. Nous lui envoyâmes un second député, nommé » E'wris , qu'il voulut faire jeter dans la mer ; mais nos ami^ » parvinrent à le faire sortir de la ville , et il revint aussitôt^ » nous annoncer ces choses. Dès ce moment, nous réso- » lûmes de tuer le marquis. Nous envoyâmes à Tyr deux de >» nos frères , qui le tuèrent ouvertement et presque en pré- » sence de tout le peuple. Telle a été la cause de la mort du » marquis. Nous vous déclarons en vérité , que le seigneur » Richard , roi d'Angleterre , n'est pour rien dans cette » mort. Ceux qui, à cause de cela, ont fait du mal au roi » d'Angleterre , l'ont fait injustement et sans cause. Tenez 9 donc pour certain que nous ne tuons personne pour argent » ou pour quelque autre récompense, si auparavant il ne nous 9 a fait du malji et sachez que nous avons fait cette lettre dan^
ji notre demeure , au château Mes fiai, à la moitié dQ «ep^h tembre , la cinquième année depuis Alexandro papa^ »
« Le Yieux pe la Montagne cuix Princes et à tout la Peuph
de la Religion chrétienne, s AhVT.
)i Comme nous ne souhaitons aucun mal à celui qoiestin^ 7» nocent et ne le mérite pas , nous ne voulons pas qu'à Toc** 9 casion de ce que nous ayons fait , l'innocence de personne » soit compromise. Nous ne souffrons pas, avec la permission D de Dieu, que ceux qui nous onj; offensé se réjouissent long- » temps des injures faites à notre simplicité. Nous signifions » donc à vous tous , et nous prenons à témoin celui par qui » nous espérons être sauvé , que ce n'est par aucune maohi- 9 nation du roi d'Angleterre que le marquis a été tué. Il l'a » été justement y de notre volonté et de notre ordre , par nos » satellites, parce qu'il nous avait offensé , et qu'il avait né- 1» gligé, malgré nos avis, de nous faire réparation : car j> c'est notre coutume d'avertir d'abord ceux qui nous ont » offensé en quelque chose , nous ou nos amis , de nous faire D satisfaction ; et c'est notre coutume , s'ils méprisent notre > avertissement, de nous venger par nos ministres, qui » nous obéissent avec un si grand dévouement , qu'ils ne :d doutent point d'être glorieusement récompensés par Dieu» 1b s'ils succombent en exécutant noa ordres. Nous avons 9 appris aussi qu'on a dit du roi Richard qu'il nous avait en- -» gagé, comme moins intègre que d'autres,, à envoyer D quelqu'un des nôtres pour dresser des embûches au roi D de France. Cela est faux et l'effet d'un vain soupçon. y» Dieu nous est témoin que Richard n'a rien tenté de pareil •9 auprès de nous, et que notre honnêteté ne nous permettrait 3» pas de laisser tenter à quelqu'un aucun mal contre qui » ne l'aurait pas mérité. Portez-vous bien. »
La plupart des critiques ont suspecté avec quelque raison l'authenticité de ces deux lettres. Nous-même nous avons exprimé des doutes à cet égard ; cependant la circonstance de l'ambassade envoyée au Yieux de la Montagne^ si elle était vraie , pourrait autoriser à croire que cette correspondance singulière n'est pas tout-à-fait controuvée. Il est probable que le Yieux de la Montagne n'écrivait guère; mais il a pu céder aux sollicitations des envoyés de Richard, ou peut-être même les charger de faire eux-mêmes la réponse aux lettres du roi d'Angleterre qu'ils lui avaient apportées. On doit bien penser que le souverain de Messiat était au moins indiffèrent dans les querelles des princes chrétiens , et qu'il lui en coûtait peu
de latte ce qu'on lui démandait , surtout si là demande ëtait accompagnée de quelques prësens.
Nous ne «uivrons pas plus loin la chronique de Bromton , qui finit à la mort de Richard.
Chronique de Gervais , moine de Caniorbéry (I). — - Gervais de Cantorbéry vivait sous le règne du roi Jean, en 1 200. n se distingua par son érudition , et fit une étude particulière de l'histoire des Bretons et des Saxons. La chro*nique que nous allons analyser paraît avoir fait partie d'une grande histoire que Leland lui attribue, quoique Gervaili n'en dise rien dans son prologue. Elle commence a l'an ] 1 22. Cet ouvrage ofïre peu ae matériaux pour l'histoii^e des croisades.
Après avoir parlé succinctement des premières expédia tîons en Orient , Genrais rapjporte que , le 4 des calendes de février de Tannée 1185, Hi^raclius ^ patriarche de Jérusalem , vînt à Cantorbéry ; il avait été envoyé en Angleterre pour «mmener le roi en Palestine , s'il le pouvait : mais te prince , qui voyait son royaume menacé au dedans et au dehors , n'était point disposé k écouter favorablement la prière du patriarche; il se Contenta de promettre cinquante mille maçcs d'argent pour la défense de la Terre-Sainte. Gervais fait «n récit fort court et très-incomplet de l'invasion de Saladin dans le pays de Jérusalem , et de la bataille de Tibé* riade. Ce récit se retrouve dans la lettre du précepteur du Temple , adressée aux chevaliers de cet ordre ; que rapporte le moine de Cantorbéry. Yoyez le récit que nous avons fait de la bataille de Tibériade dans notre analyse de Raoul de Coggeshale. (Collection amplissinie de Martène).
Le 5 des ides de février 1 1 88 , il se tint , dit l'auteur , à Gaitington > à huit ou dix milles de Northampton , une assemblée des prélats et des grands du royaume , présidée par le roi , pour y traiter de la défense <le la Terre*-Sainte. Après différens discours tenus à ce sujet , on publia les capitulaires suivans, à l'égard de ceux qui avaient pris ou qui pren*draient la croix :
1®. Tout clerc ou laïc qui aura pris la croix , est libéré et absous , par l'autorité de Dieu , des saints apôtres Pierre et Paul et du souverain pontife , de tous les péchés dont il se «era repenti et confessé.
2*. Il est réglé par les rois, archevêques, évêques et autres princes, que tous ceux, tant clercs que laïcs, qui ne feront pas le voyage , donneront la dîme de leurs revenus
(t) Gcrvasil monachi Dorobernensis sive Cantuariensift Chroiiiia. (Tom. lI,4:ol. i338.)
d'une année , et de tous leurs biens , tant en or et en argent qu'en toute autre chose , excepté des livres , habits et vêteniens et de la chapelle des clercs, et des pierres précieuses des clercs et des laïcs ; excepté encore des chevaux des guerriers , et des habits qui appartiennent à l'usage propre du corps.
5°. Il faut observer aussi que tous les clercs et guerriers et servans des guerriers qui feront le voyage , auront la dîme de leurs terres et de leurs hommes , et ne donneront rien pour eux.
4^. Les bourgeois qui prendront la croix sans permission , n'en donneront pas moins la dîme.
5°. Il est statué que personne ne fera de jurement énorme, ne jouera aux jeux de hasard ou aux dés ; et qu'après la Pâque prochaine , personne ne se servira de Doir ou gris oa écariate; et qu'on se contentera de deux mets. Personne n'emmènera de femme avec lui dans son voyage , à moins que ce ne soit une lavandière qui ne puisse inspirer de soupçons. Personne n'aura d'habits déchirés.
6°. Il est décidé que tout clerc ou laïc qui, avant d'avoir pris la croix , aura engagé ses revenus , aura le reste de l'année libre , et, aptes l'année , le créancier reprendra les revenus , de manière que les fruits que le débiteur aura perçus seront imputés en paiement de la dette ,• et que la dette » après la prise de la croix , ne pourra être soumide. à intérêt > tant que le débiteur sera en pèlerinage.
7^. Il est statué que tout clerc et laïque qui partirai pourra licitement engager pendant trois ans , à dater de la raque de l'année où il partira , ses revenus ecclésiastiques et autres , en sorte que les créanciers percevront intégralement, pendant ces trois ans, tous les fruits des revenus qu'ils auront engagés.
8^. n est statué que l'argent trouvé sur tout pèlerin qui mourra en voyage , sera partagé , d'après l'avis de personnes discrètes étabUes pour cela , en trois parts , l'une pour sou«tenir ceux qui le servaient, l'autre pour secourir la Terre- Sainte , et la troisième pour le soulagement des pauvres.
L'archevêque de Gantorbéry, qui avait déjà pris la croix y se leva au milieu de l'assemblée , et , faisant au peuple une exhortation, il excommunia ensuite tous ceux qui, dans l'intervalle de sept ans , commenceraient la guerre , ou entretiendraient une guerre commencée.
La chronique de Gervais ne donne plus aucun détail sur les croisades. Elle n'est remplie jusqu'à la fin que des démêlés de l'archevêque de Gantorbéry avec les moines de la même vilk«
DBS CROISADES. 753
Chronique de.Henri Kneghton , chanoine de Leices» ter ( 1 }. — L'auteur de cette chronique vivait sous le roi Richard II. II fut chanoine de i'abbaje de Leicester. II a commence son histoire au roi Edgar , et Fa conduite jus* qu'en 1395. Ce n'est qu'à la date de 1188 qu'il commence il parler des croisades.
On j lit, sur le pèlerinage que Robert duc de Normandie i et père de Guillaume le Conquérant , fît à la Terre-sainte , des détails assez piquans. Ce Robert avait empoisonne son frère aine Richard, et lui avait succède dans le duché'. Après sept ans de règne , Robert , touche de repentir , alla pieds nus à Jérusalem , dit l'historien. En traversant la Bourgogne, il se trouva qu'un matin il sortit le dernier des pele* rins d'une hôtellerie dont le portier le frappa d'un coup de bâton. Robert rendit aussitôt grâces à Dieu , et dit aux siens : u Ne me vengez pas, car j'ai' mérite un plus grand mal: je » ne donnerais pas ce coup de bâton pour ma ville de Rouen f9 tout entière. y> Arrive à Rome , il reçut la croix des mains du pape. II fit ferrer d'or la mule qu'il montait, et défendit à tous ceux qui l'accompagnaient de ramasser les fers qui se détacheraient des pieds de sa mule. Quand il fut arrive à Con^* tantinople et admis auprès de l'empjereur, ne voyant point de siège pour s'asseoir, il étendit à terre son manteau et s'y assit, selon la coutume de son pays : ceux de sa suite en firent autant. Quand ils se levèrent, ils laissèrent leurs mauiteaux, comme le duc le leur avait ordonne, en disant qu'ils ne devaient pas emporter leur siège avec eux. L'empereur ayant prie' Robert d'accepter de quoi payer les frais de son pèlerinage, Robert repondit qu'il voulait vivre à ses propres dépens pendant toute sa route , mais qu'à son retour il ferait la volonté de l'empereur. Ce prince de'fendit alors qu'on lui vendît du bois pour faire cuire ses alimens. Le duc acheta . des noix, et avec les coquilles il fit cuire sa viande et ses légumes. C'était la coutume qu'aucun chrétien n'entrât dans la ville sainte sans payer un droit. Plusieurs pèlerins, apprenant l'arrivée. du duc, vinrent lui demander des secours. Le duc leur jura par ses entrailles que tant qu'il aurait un denier, ce serait pour eux, et qu'il n'entrerait que le dernier dans la ville. Le Sarrasin qui y commandait, ayant appris cette générosité du duc, de'fendit qu'on exigeât rien de lui ni
(1) Henricx Knighton, canonici Leicestrensis , Chronica de ercntibns Angli» à tempare régis Edgari usque ad mortem régis Ricardi II. (Tom. Il, col. 2311.)
de ceux qui raccompagnaient « et il iuî fit porter toutes \eê offrandes qui furent faites dans ce four : le duc les distpbua aussitôt aux pauvres. (Une chronique de Normandie, dont nous avons donne l'extrait pag. 468 , en parlant du recueil des Historiens de France publie par les Bénédictins, raconte le pèlerinage de Robert , et fait connaître quelques circonstances qu'on ne trouve point ici. Nous en avons parle nous* mémo dans notre i.*' livre. )
Knighton rapporte que le patriarche HeVacIius vînt en Angleterre, en 1188, demander au roi Henri des secours contre les infidèles : mais il se trompe ici sur la date ; le patriarche était venu en 1185, comme vient de le dire Gervais. 11 rend compté ensuite de la conversation singulière qu'eut ce patriarche avec le roij conversation qu'il a copiée , ainsi que nous l'avons dit, de la chronique de Bromton.
Le récit que fait Knighton de la troisième croisade, est si court , qu'il ne mérite pas que nous nous y arrêtions» Cet auteur se montre très-partifJ pour Richard , et assez mid informe des choses qu'il raconte. On peut croire qu'il s'en est rapporte aux bruits populaires qui couraient dans le temps ou il vivait, plutôt que de puiser aux véritables sources historiques. On doit, par exemple, regarder coinme une fable l'anecdote qu'il raconte sur l'origine du surnom de Cœur-de- Kon que l'histoire a conserve au roi Richard, u Pendant que ce » prince était en captivité en Allemagne , un lion furieux et 9 affame , dit-il , fut déchaîne et lâche vers le lieu ou se trou- 9 vait le roi, afin qu'il le dévorât et qu'on ne put accuser de sa » mort que la négligence du gardien. Mais le roi , plein de 9 force et d'audace et soutenu par là grâce de Dieu , voyant » le lion accourir vers lui , saisit la crinière de l'animal , et , » l'entortillant autour de son bras gauche , plongea sa main 9 droite dans la gueule de la béte féroce , lui arracha le cœur 9 et le mangea tout cru. C'est de là , ajoute l'historien , que 9 le nom lui est venu de Richard Cœur-de-lion* n
Knighton ne parle ni de la prise de Constantinople par les Latins, ni de la première expédition de S. Louis. Ce qu'il dit de la seconde est fort peu de chose ;^mais il s'étend t)eaucoup sur le voyage que fît le prince Edouard , fils du roi d'Angleterre , en Afrique et en Sjrie. Son re'cit renferme des détails qu'on ne trouve pas dans les autres historiens, u Edouard, dit-il, se mit en route dans l'été de l'année 9 1270. On paya dans toute l'Angleterre la trentième partie • des revenus pour cette pieuse entreprise. Le prince arriva » vers la Saint-Michel à Aigues-mortes ^ où il 9'embarqtta,
n et, favorisé par le vent , il alla en dix jours aborder o Tun nis. II fat reçu avec une grande joie par les rois chrétiens n qu'il y trouva , savoir : le roi de France Philippe , qui
* venait de succéder à son père mort depuis peu ; le roi m de Sicile Charles , et les rois de Navarre et d'Aragon, n ( L'auteur se trompe ici en mettant le roi d'Aragon au nombre des princes croisés. ) «r Tous ces princes s'étaient » rendus là par zèle pour Dieu et le peuple chrétien : Edouard
* s'y rendait pour acquitter son vœu et celui de son père«
n Edouard ayant dfemandé aux rois ce qu'ils allaient faire , 9 ils lui répondirent que le prince de Tunis avait coutums » de payer un tribut annuel an roi de Sicile, et que y comme 9 il avait cessé de le payer depuis sept ans, ils avaient pour 9 cela résolu de V attaquer. Mais le roi de Tunis, Sachant que » ce tribut était dû, ajoutèrent- ib, a déjà satisfait à notre » demande pour le temps passé , et même pour le temps à 9 venir, — Quoi donc ! très-ckers seigneurs, reprit Edouard, n ne sommes-nous pas venus ici , n aidons-nous pas pris la » croix , pour combattre les ennemis du Christ? devons-nous n donc composer avec eux ? La route nous est ouverte , le » chemin nous est facile pour aller jusqu'à Jérusalem, — » Nous avons déjà traité, répondirent les princes ; nous ne » pouvons revenir sur ce qui est fait. Nous retournons en 9 Sicile; quand nous y aurons passé V hiver , nous pourrons m revenir débarquer à Acre,
n Cette résolution déplut a Edouard ; il ne voulut point » donner son assentiment au traité , ni partager l'argent crim minel [pecunia scelerata] qu'ils avaient reçu. II donna un m grand festin aux rois , et ensuite il se tint renfermé dans n sa tente. Lfes princes persistèrent dans leur dessein ; quand » le vent fut favorable , ils s'embarquèrent tous : mais il » resta sur le rivage plus de deux cents guerriers , qui ne ff pouvaient s'embarquer, faute de vaisseaux, et qui se éirn splaient par la crainte de la mort dont ils étaient menacés. » Edouard , touché de leurs larmes , retourna à terre , les fit n tous monter sur ses vaisseaux , et partit avec la flotte 9 chrétienne. Au bout de sept jours , on arriva en vue de la n Sicile et en face de la ville de Trapani. On jeta l'ancre à n plus d'un mille de terre ; tous les vaisseaux avaient deux » voiles et étaient considérablement chargés. Plusieurs » barques vinrent du port et conduisirent à terre les rois , '9 les prinees et les chefs de l'armée , en deux ou trois 9 voyageai \ mais on transporta fort peu d« chevaux et > presque point d'armes. Sur )é %çkt ^ la mer s'agita ; une
f) tempête affireuse s'éleva tout-à-coup : les vaisseaux, se heur* fi tant entre eux , furent brise's et périrent au nombre de plus n de céht vingt, avec les chevaux , les armes , et tous ceux n qui y étaient restes. Le trésor criminel [thésaurus illesce- » leratus] fut englouti au fond de la mer. Mais la tempête fy épargna les vaisseaux d'Edouard, qui étaient au nombre V de ti*eize : pas un seul homme n'y périt ; Dieu les sauva » tous, parce qu'Edouard n'avait point donné son consente-^ » ment au traité. Le lendemain matin , les rois vinrent sur le a rivage de la mer et virent la multitude des hommes et des n chevaux noyés , que les flots y avaient jetés. Les rois les n virent et en gémirent. De tant de vaisseaux et de plus de 39 quinze cents nautonniers , sans compter les soldats, il ne » restait que quelques matelots d'un seul vaisseau , qui s'én taient Sauvés de la manière suivante. II y avait sur le vais- » seau une comtesse q^i, voyant le péril et craignant avec f) raison pour elle-même, demanda à ces matelots s'ils poui^ » raient se sauver en essayant de gagner le rivage. Ils lui » répondirent que les hommes pouiTaient «e sauver, mais n que le vaisseau périrait Ne vous occupez point du vaisseau, f> reprît la comtesse; car, si les hommes sont sauvés, je paie'n rai le double du prix du vaisseau. Les nautonniers éten- » dant aussitôt les deux voiles , le bâtiment fut poussé avec » tant d'impétuosité vers la terre , qu'il fut jeté sur le riviige : J9 mais , comme l'avaient prédit les matelots , le vaisseau fut n brisé en deux parties , et tout ce qu'il portait , hommes et 9) effets , fut sauvé.,
n Les rois , après avoir perdu leurs chevaux et leurs » armes, changèrent de résolution et retournèrent dans leur 3> pays. Edouard seul , que Dieu avait sauvé arec tous se% 9 vaisseaux , passa l'hiver en Sicile.- »
Knighton est le seul des historiens qui dise que ce prince s^en retourna avec les rois , et qu'il se remit en mer pour aller à Acre : toutes les autres chroniques s'accordent à dire qu'en quittant la côte d'Afrique il se rendit en Syrie.
Vers le milieu du carême, Edouard se rembarqua avec mille hommes d'élite et aborda au port d'Acre. Il demeura dans cette ville un mois entier pour faire reposer sa petite armée et pour se procurer les moyens de connaître l'intérieur du pays. Au bout d'un mois, sept mille chrétiens environ se joignirent à lui. Cette troupe se porta à vingt lieues d'Acre , et, s'emparant de Nazareth , elle en massacra les ha* bitans. Lorsque les chrétiens reprirent le chemin de la ville d*Acre, les musulitaans les {>oursui virent, espérant les sur-
prendre dans quelque défile; ceux-ci, qui s'en aperçurent, Brent volte-face , et, ayant tué quelques ennemis, ils mirent les autres en fuite. Vers la fête de la Nativité de Saint-Jean> Baptiste , Edouard , apprenant que des Sarrasins étaient venus à Kakehowe, à quarante milles de distance d'Acre, marcha contre eux , et , les attaquant au point du jour , il en tua mille et mit les autres en déroute. Après avoir fait un grand butin y ï\ se rendit au château des Pèlerins, qui est situé sur la mer, efr^ *j passa la nuit. Le jour suivant, ii arriva à Acre. Les grands, du royaume de Chypre, invités par Edouard à se réunir aux croisés , arrivèrent dans la Palestine avec beaucoup de milice , en disant qu'ils se croyaient tenus d'obéir aux ordres du prince anglais , parce que ses prédécesseurs avaient autrefois commandé à leur ile, et qu'ib devaient toujours être fidèles aux rois d'Angleterre. Les chrétiens se mirent en campagne une troisième fois^ et allèrent jusqu'à Saint- George. Us tuèrent quelques ennemis; mais, ne rencantrant. point de musulmans qui osass^t les attendre ^ ils revinrent triomphans à Acre. Le nom d'Edouard se répandait de jour en jour parmi les ennemis de la croix ^ et leiur inspirait beaucoup de crainte : aussi s'ocoupaient4Is Ae% moyens de surprendre ce prince et de s'en dàaire par ruse. L'émir de Joppé lui envoya des lettres dans lesquelles, feignant de vou^ loir se faire chrétien y il disait qu'il entraînerait beaucoup de monde avec lui , s'il était sur d'être traité avec honneur par le prince et par les autres chrétiens. Edouard lui ré-pondit, et l'encouragea dans sa résolution. L'émir envoya jusqu'à quatre fois de nouvelles lettres par le même messager,, qui était- un de ces assassins qui ne craignent ni Dieu ni la mort. Ce messager étant venu une cinquième, fois, et ayant été visité, selon la coutume, par les gens d'Edouard, fut introduit dans )a chambre du prince, parce qu'on n& trouva sous ses bras ni dans sa ceititure ni arme pi couteau. Il présenta une lettre à Edouard en s'inclinant. Le princen'avait que sa tunique à cause de la chaleur , et reposait sur son lit , la tète découverte. Cette lettre portait que l'émir viendrait le samedi suivant pour accomplir son dessein. Cet avis causa une grande joie à ceux qui étaient présens ; et ils s'en entretenaient à l'écart, lorsque le messager, incliné et répondant aux diverses questions d'Edouard , mit sa main à son baudrier , comme pour en tirer des lettres secrètes : mais. il fit voir tottt-à-coup un couteau empoisonné, dont il voulut
{>ercer le prince. Celui-ci, levant ia main pour détourner e coup, reçut au bras une blessure profonde^ tout en se
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débaittdiiy H repoussa si violemment aveo le pied Fassasshi qui s'apprêtait a le frappa de nouveau, qu'il le renversa. a terre ; puis , le saisissant par la main , il lui arracha le couteau avec tant de force, qu'il se blessa au £ront; enfin il plonge ce ^couteau dans le ventre du messager et le tua. L^ gêna d'Edouard , qui étaient éloignés , accoururent au bruit et virent l'assassin mort. Un d eux , prenant un trépied, qui se trouvait là, Ten frappa à la tête, et fit sauter sfi cervelle. Edouard le blâma d'avoir frappé un homme mort. Le bruit de cet événement se répandit bientôt dans (a ville. Le grandmaitre du Temple accourut aussitôt, et* fit boire au prince un breuvage qui devait arrêter l'efTet du poison. « Ne vous » ai-je pas prédit, lui dit-il, une trahison de ces infidèles? f> Cependant , ajouta le ^and-maitre , consolez-vous et ne » craignez rien ; car vous ne mourrez pas de ce poison. On appela des chirurgiens qui ordonnèrent des remèdes; mais, au bout de quelques jours, voyant les chairs* se noircir, ils commencèrent à desespérer de la guérison, et les gens du princefurent dans l'affliction. Edouard, qui les vit parler bas entre eux, leur dit : «Pourquoi parlez-vous bas? Est-ce m que je ne pourrai guérir? dites-le moi, ne craignez rien. » Alors un médecin anglais lui dit: «Vous pouvez guérir ^ » mais il vous faut soufirir. — Me promettez-vous la gué: m rison à ce prix? — Je vous la promets , sur ma tète, -^ Je I» me livre donc à vous ; faites tout ce que vous voudrez. -— m Parmi les seigneurs qui vous entourent, n'y en a-t-il pas «quelques-uns en qui vous ayez une confiance particulière?» Edouard en nomma pli»ieurs. Le médecin dit aux deux premiers que le prince nomma : « Aimez-vous votre maître? — » O ui , répondirent-ils. «^ Faites donc sortir cette dame ( c'était 9 répouse du prince), et qu'elle ne voie le prinoeque lorsque » je vous le diraL » Ils entraînèrent donc la princesse , qui fondait en larmes, en lui disant: a II vaut mieux, madaftie, f que vous pleuriez que toute l'Angleterre. « Le lendemain matin , le médecin coupa toutes les chairs noires , et dit au prince: « Prenez courage ; je vous promets que dans quinze » jours vous vous ferez voir et monta*ez à cheval. » Il tint parole, et tout le monde en fut dans l'admiration. Lorsque le Soudan sut qu'Edouard vivait, il eut beaucoup de peine à le croire. Il envoya trois de ses principaux émirs au prince pour s'excuser , attestant ses dieux que l'assassinat avait été commis, à son insu. Les émirs se ^tinrent prosternés loin d'Edouard , comme pour l'adorer» Edouard leur dit en anglais : a Vous m'adorez , mais vous ne m''aimez pas. ^ lis ne
PIS CHOi(i.D«i. ;S9
csmprireat |>à$ ces paroles , parae qu'ils n'entendaient pas Jb langue du prince. Cependant Edouard les traita bonorablement, et les renvoya en paix au bout de deux jours. Peu de temps aprÙB, il fut conclu une trfeve de dix ans, dix semaines et dix jours. Les Anglais s'en retournèrent, et Edouard se rembarqua vers l'Assomption.
Dans le reste de la cbtonicpie on ne parle plus dea affaires iie Iti Terre-Sainte, ~ *■■ "
TROISIÈME C0LLECTI01
te* principaux écrivaùu de.- l'Hu^nra d'Aaghtwrn aprètBide(i),
Bam Savile, auteur de cdtto coUectton, naquit en 1549 f, BradlsT, dans le comte d'York , d'une &miUe noble «t an-: denne. Il (ut gardien du collège de Mei'ton , puis prëvôt dTaton- n mourut en 1621. Henri Sarile a dédié sa collection à la reine Elisabeth , et sa courte dédicace contient peu de chose sur les auteurs dont il a recueilli les chroniques : 11 se contente de les représenter comme les plus anciens et les plus Téridiques historiens des temps passés, et ne dit rien sur le caractère et U mérite particulier de chacun.
Cinq tmiEi oe Guillau»£> Honni de HuMEtïïUKt, aliénant f histoire des roû d'j4n^eunv (2] . — Tel est le titre du prepùer ouvrage qui se pr^^ente dans cette collection , et qui a
S[>Ui| auteur Guillaume Sommerset, plus connu sous le nom e G^ùillaume de Malmesbury, parce qu'il était religieux de l'ordre de Saint-Benoît dans le monastère de Malmesbury, irouiçg d'^lgleterre , dans le comt^ de Wilt. Guillaume Tivaili ^u cqnunencement du douzième siècle. La vaste étendue de ses connaissances l'avait fait surnommer le BiblioAécaire. Il a cunmencé l'hi;toice d'Angleterre à l'arrivée des Angles et des
' (i) Raram ui^licaram mîptores pott Bcdiiu pr^più, ci Tetiittit-sîmia codicibiu manuicriptu. (Callcgit Hinricni Smliiu.) Frartat-m /uiti, typil tTtchttranÙ, 1601, i vol. in-fol.
{j\ Wiliclmi monacihi Uilmciburicoili da bcjIû rcgam Aiulnun )i)Mi^D^il>. (Page 7.)
760 autiOTHÇouE
Sasqos, «t l'i çoç^u'lÇ jvfc(ii'îii» riijne cle Heari V- Lç qua- VicBie livre aecetteqhroiii<jneest consacré ^Hr^citd.elî^bremière croisade. Giiii|lauiti,e çat (e seul cbrçuiqueur ^Dgluisqui ut raconté avçe détsil la première guerre sacrée ; c'est ce qui noi*s engage à nous arrêter k la narcation du mpuie dfi Mât mesbùry, quoiqu'elle ne novs offre rien de nouveau. Gujlr Jifiuine a. si^ d'^îM^uT^ répandre de l'intérêt dan$ son quaîrièijiBTliçre , par la tournure originale de $on e^rit, par
Î'uelques. pensées pleines de raison , qui'sont remarquables ansTouvfa^e d'un moine du douzième siècle.
'-'.. ArrivfiàrB^née 1095, Guillaumes'expriine en ces termes: ' -.'ft Meintén^nt^e Tais vacon^r le' voyage de Jérusalem, d'a~ ■^>i prèsle'féitioîgnàge de ceux qui ont assisté à ces grandes fi'scènps-^ fefirsque l'occasion s'en présentera, je décrirai » Conatâa,tiaople,^Au!focfae et Jérusalem, pour l'instructioB a des-B'(tmmet qiû lià-c&nnAissent point ces cités. Mais pour » tracer l'histoire de ces évëoemens , j'ai besoin d'être en-
■ dammé par le souffle Iti'ûlant de l'inspiration : je prie donc #|p IJ^i^îM^deTen^r à wipn se^^ours. » Anrès cette opposition, tqflt'y-J^t'='P'»UJ'fi'.l'-''"'''^"*' parle de l'awivçe «fUrbaiitilç^ Çraii^ce. Lp m"liif 1* glus apparent du ^^ïS^ 4h ïQuve^in ponk^e, chassé <U, Rome; par r9q.ti-pap^Gi^&evt, était l'espgtr <jjt' avait Ur^ajn de rangei; gous sqd o^'éissano^ le clergé frapfi^is. " Mais , </^t Giiilli(uine , U y avaH dafliS c^ " ^f^y.^S^ ^ autrq uju^if.qui, ppur. être ^pifi^ couuuj n'en
^ tf ^i§it p^s mpinsvéritable; quelqufSriuis dtsa)eut.^ii'Url>.aîj?, n d'apre^léEC99seilE.deËol)4'?>'n4/3-yaitii'^lùdpgr.éçj[ùt^i; » l'Europe contre l'Asie, afin que dans cet ébranlement gev.qéral,l£ Roatife, g&t rjeçQftquériv Rome , et BoliL-iiiond Ul- «l^vi^ e\ la Bi^ajcç.dpipa. (Wou;s.'o'a,Tons, pas besoin dè'difiç If. que rien n'esl plus.fau^ i^è,i;è que rapoorte ici l'aùtéuP » touchant le prince]'4f Xarénfè. ] .TouteTois, poursuilfle » çKconiq^ueur , qu^fle qù.âit. étçla cause. dé l'arriveé^î^pr-. n oi(in en France, ' la çréseAcé du chef île i'FgUse flit'tpui; » lés chre'tiens. ^ne sonree dç gloire et de puissance, 'i rar-i l^t du concile ^eGlefinont, QÙse trouvèrent trois refit dii ^yêqujes ou. abbés, Gùilfa'illR.e fait la peinture desuicéui'siîiï g'gijpiè et du clergé fraOÇîj'S : ^ '. ..in,-.:
■ Sans compter les crimes donl cliacun Se souilTàit^'dit
■ l'historien, le desordre régnait à. çg point , qu'on enlev ait » les gens sous le plus léger prétexte , et qu'on ne leur ren- * dait la liberté qu'après une rançon exorbitante. Le scr- T, pent de la simonie dressait sa tête ; il avart répandu au i>, loin Içs œufs de son venin mortel ; et son souffle , en jnfec-
■ tantl'univers, avait corrompu les dignités dn sanctuaire.
» Ce n'était pas seulement les évéques qui achetaient Thon- • neur de commander aux églises , mais dans tous les rangs »> de la hiérarchie ecclésiastique , l'argent seul tenait lieu de 9 mérite. Plusieurs renvoyaient leurs épouses légitimes pour
> eontracter une nouvelle union. Au milieu de ces grands » désordres , quelques seigneurs puissans furent condamnés
> à la pénitence publique. »
Le chroniqueur rapporte ensuite les décrets que rendit e concile de Glermont sur la discipline ecclésiastique. Guilaume rend compte de l'excommunication qui fut là lancée >ar le pape Urbain contre Philippe, roi de France. Tous ceux jui l'appelaient leur roi ou leur maître, et qui lui obéisiaient ou même qui lui parlaient , étaient excommuniés ; on exceptait celui à qui il appartenait de corriger le monarque. Le même ana thème fut prononcé contre. la reine de France, :ontre tous ceux qui l'appeleraient leur reine ou leur soui^eraine , jusqu'à ce que les époux se fussent amendés , c'estk-dire qu'ils se fussent séparés l'un de l'autre. Guibert de Ravenne > qui se faisait appeler le chef de l'Église , et Henri , empereur d'Allemagne, qui soutenait l'anti-pape, furent aussi frappés d'une solennelle excommunication dans ce concile.
Le discours d'Urbain, que cite Guillaume, difFere de celui que nous a conservé Guillaume de Tyr, d'un autre qui a été tiré des archives du Vatican, et que Baronius a copié. ( Yoyez , sur les discours prononcés par le pape Urbain , une note qui se trouve dans le premier livre de notre histoire , 4^. édition. ) Nous reproduirons , dans une analyse rapide , les traits les plus caractéristiques du discours qu'a copié le moine de Malmesbury. Après avoir rappelé aux fidèles les maux que le concile de Glermont était venu guérir, Urbain leur annonce qu'au milieu de ce grand naufrage des péchés des hommes , im port est ouvert au repentir *, ce port c'est Jérusalem. Le pèlerinage à la Terre-Sainte doit arrêter les effroyables conquêtes de ces Sarrasins qui , après avoir envahi 1 Asie et l'An'ique , menacent d'asservir l'Europe en** tière; il assurera aux peuples de Jésus-Christ le royaume de l'éternité. Les périls et les fatigues insépai^ables d'une expédition lointaine , seront plus faciles à supporter que les peines , les inquiétudes et les douleurs que les chrétiens ont eu à souffrir pour commettre le crime. « Comparez , dit ^ le pape aux Bdèles, comparez ensemble les obstacles qu'il » vous a fallu vaincre pour satisfaire des passions criiinuel- » les ♦ et ceux que peut prcsentei- le pèlerinage que je vous *> ordonne. La méditation de l'adultère ou de riiomicide
)> fait naître beaucoup de craintes : car rien n'est plus timide » que l'iniquité , dit Salomon ; pour elle combien de peines » ne se donne-t-on pas ! En eflFet , quoi de plus pénible que » Finjustice! Mais celui qui marche simplement, marche » avec sécurité. Le fruit des peines qu'on se donne dans un » monde vain , est le péché; le prix du péché est la mort, et » la mort des pécheurs est la pire de toutes. Un meilleur » prix est réservé aux travaux que vous aurez à supporter : » ta charité en sera le motif ; car , selon le p>récepte du Sei- » gneur , vous sacrifierez vos âmes pour vos frères ; et la » grâce de Dieu, qui est suivie de la vie éternelle, sera la 5> récompense de votre charité. Marchez donc à la félicité, » marchez avec confiance à la poursuite des ennemis de » Dieu. »
Le pontife , pour rassurer les chrétiens contre les forces des musulmans , cherche à établir , par des preuves physi-
Îues , la supériorité des Européens sur les peuples d'Asie, es nations d'Orient, brûlées par les feux du soleil, dit le pape , ont , il est vrai , la sagesse en partage ; mais leur peu de sang les rend faibles et incapables de combattre de près. Au contraire, les peuples qui vivent au milieu des frima ts , quoique moins sages et moins prudens , sont fiers et valeureux; le sang qui bouillonne dans leurs veines, leur donne un courage indomptable : ils n'évitent jamais le combat. « Pour vous, mes frères, disait Urbain aux Français, 1» vous êtes nés sous un climat tempéré ; prodigues de votre T» vie , vous méprisez la mort , sans toutefois manquer de » prudence ; dans les camps , vous gardez la modération , et » vous ne repoussez point les conseils au moment du coinyt bat. Forts de ces qualités et de votre bravoure, ne crai- » gnez point d'entreprendre un mémorable pèlerinage. Si yt vous allez délivrer vos frères , les siècles rediront votre » gloire. » On est étonné de trouver dans le moyen âge des idées qu'adopta la philosophie moderne , et dont elle a souvent abusé. L'historien raconte l'enthousiasme qui suivit le concile de Glermont. « La renommée du » bien , en parcourant le monde , dit Guillaume , anima D de sa douce haleine tous les esprits chrétiens; il n'y » eut pas de nation qui n'envoyât son contingent sous la » bannière de la croix. Cet enthousiasme gagna non-seule- » ment les provinces de la Méditerranée, mais encore les » îles les plus reculées ; et les nations barbares qui avaient » à peine entendu parler du Christ , prirent les armes. Alors » le Gallois renonça à la chasse, l'Écossais à ses puces, le » Danois à ses boissons enivrantes , le Norique à ses viandei
» -crues. Les champs manquaient de laboureurs, les bour- » gardes et les cités étaient désertes. Les chrétiens n'étaient » retenus ni par les liens du sang , ni par Tamour de la pa> » trie , on ne voyait que Dieu seul. Tout ce qui était dans y* les greniers ou destiné pour les tables , était laissé sous la 9> garde de Tavare agriculteur : on n'aspirait qu'au voyage rt de Jérusalem. La joie était dans le cœur de ceux qui par- » taient , et le chagrin dans le cœur de ceux qui restaient. M Que dis-je, de ceux qui restaient! vous auriez vu le » mari partant avec sa femme, avec toute sa famille; >» vous auriez ri à l'aspect de tous les pénates mis en route » et portés sur des chars. Le chemin était trop étroit pour » ceux qui passaient ; l'espace manquait aux voyageurs : » tant la foule était grande , tant les bagages étaient nom- » breux. m
L'auteur fait monter & plus de sept cent mille le nombre des pèlerins. « Jamais, dit Guillaume , non, jamais^ on ne » vit tant de nations animées d'un même esprit, marchant » vers un même objet; il est inouï que tant de peuples bar- » bares, qui n'avaient ni chef, ni lois , se soient avancés en M Orient, toujours tranquilles et toujours soumis. Le plus n grand des miracles , c'est la conduite d'une multitude imi> mense qui traversait les terres des chrétiens , sans piller » ni ravager, tandis qu'elle n'avait personne qui pût l'en » empêcher. » Cette dernière réflexion de notre auteur porte sur im fait qui , comme on sait, n'est pas entièrement vrai. « Cependant, poursuit le chroniqueur, la saison après la- » quelle les chrétiens soupiraient , le mois de mars , parut >» enfin. Le monde , qui avait quitté sa vieille face d'hiver , » pour se rajeunir sous les beautés printanières , invitait les » pèlerins à se diriger vers les plages d'Orient : dans l'ar- » deur qui les enflammait , toute espèce de retard était in« » supportable aux croisés. » Guillaume passe en revue tous les princes de l'armée chrétienne , et parle de leur serment de fidélité à l'empereur Alexis. Ici la narration du chroniqueur est interrompue par une pompeuse description de Home et de Constantinople. Le moine de Malmesbury se plaît à raconter les exploits des héros chrétiens à la bataille de Dorylée, et nous montre les musulmans ne cessant de fuir pendant trois jours , quoique personne , excepté Dieu , ne fût à leur poursuite. Après s'être excusé d'avoir à se livrer à des digressions fréquentes , Guillaume décrit la cité cl'Antioche, et commence le récit du siège. « Accien , dit f> l'auteur , s' apercevant que les Francs n'étaient venus ni à »> jeun ni pour s'amuser , mais qu'ils songeaient sérieuse-
i> ment A conquérir la ville , se hâta d'envoyer son fils auprès n du Soudan de Perse , pour lui demander des secours. » Le chroniqueur ne s'arrête qu'un moment sous les murs d'Antioche avec les croisés ; avant de parler de la prise de la viDe, et de la trahison de Phirous, qu'il appelle infâme (Guillaume est le seul de nos chroniqueurs qui n'ait point loué ou excusé Phirous ), l'historien décrit la famine qui désola les chrétiens pendant le siège. Cette description ne renferme aucun détail nouveau pour ceux qui ont lu nos extraits de Foucher, d'Albert d'Aix, du moine Robert, etc.; on y rencontre de ces expressions originales qui caractérisent la manière de notre auteur. Dans ce ^ récit, nous avons reir^rqué cependant une particularité qui n'est rapportée par aucunes de nos chroniques. En parlant des pèlerins qui se nourrissaient de chair humaine , Guillaume dit que ceuxlà se retiraient loin du camp , dans les montagnes , de peur ?ue l'odeur de la chair humaine rôtie n'offensât le reste de armée. {Ne cœteri ojffmdererdur,)^'a racontant la bataiDe livrée à Rerbogath , Guillaume , comme la plupart des chroniqueurs, ne doute pas que les croisés n'aient été secourus par Georges et Démétrius , ces martyrs des premiers âges qui , sur la terre , avaient connu le métier des armes. L'auteur trace un itinéraire rapide de l'armée chrétienne, depuis Ântioche jusqu'à Jérusalem ; il fait l'histoire et la description de la cité sainte , et raconte le siège de la ville avec quelques détails. Au sujet des musulmans qui furent massacrés dans le temple de Salomon , ou précipités du haut des tours et de la citadelle , Guillaume dit qu'on eut soin de brûler leurs cadavres^ dont il ne resta plus qu'un élément subtil perdu dans les airs , de peur que sous un soleil brûlant les restes des barbares , tombés en pourriture, ne répandissent la contagion dans le monde. « Lorsque le » sang des infidèles eut purifié la ville, ajoute l'historien, » les pèlerins se rendirent au sépulcre dxi Seigneur , pour » lequel ils avaient bravé tant de fatigues et les périls d'un » si long voyage. Personne ne pourra jamais raconter di- » gnement comment les croisés remplissaient alots le ciel » de chants solennels , de cris et de prières ; comment ils » rentrèrent en grâce en fléchissant le ciel par leurs larmes. 3) Non, l'antiquité et toute son éloquence ne pourraient que M rester au-dessous d'un si grand sujet ; cet Orphée dont la » lyre sut animer et attendrir les rochers , ne pourrait faire » entendre ici que d'impuissans accords. » Le moine de Malmesbury, après avoir rapporté, avec quelque étendue, la bataiHe d'Ascalon , fait l'éloge des princes croisés et de l'ar-
mëe chrétienne. A ses yeux , la fable et lliîstoire n*ofirent rien de plus imposant , ni de plus glorieux qne la croisade de Godefroi ; il ne trouve point d'expression pour peindre la bravoure des chefs et les vertus des peuples qui marchaient sous les saintes bannières. L'historien espère que la Sostérité la plus reculée payera son tribut de respect et 'hommage aux puissantes nations de la croix ; il nous avertit de ne pas confondre les héros du Christ avec les guerriers des temps antiques dont la gloire s'évanouit avec la poussière de leurs tombeaux. « Qu'on ne me reproche point , dit l'au- » teur en finissant cet éloge , de n'avoir pas été exact dans » le récit de ces glorieuses aventures , car personne n'ignore » que les peuples cachés au-delà de l'Océan Britannique , » n'ont entendu qu'un léger murmure de ces grands mou- » vemens qui ont ébranlé l'Asie, m <1
Le chroniqueur raconte ensuite assez longuement ce que la renommée lui a appris touchant les exploits des princes croisés. Ce qu'il dit de Godefroi, de Tancrède, de Raymond de Saint-Gilles , de Baudouin , se trouve répété dans d'autres chroniques. Il termine son quatrième livre par le récit des vicissitudes dont la vie de Robert de Normandie fut sans cesse agitée. Les exploits de ce prince en' Asie sont la partie la plus honorable de sa carrière. Guillaume lui reproche d'avoir refusé la couronne de Jérusalem qui lui fut offerte. Il attribue ce refus à la répugnance qu'avait ce prince de se charger d'un fardeau trop pénible , et il regarde comme une punition de Dieu les malheurs qui lui arrivèrent ensuite. Robert de Normandie , dit l'auteur , était éloquent , d'un esprit très-enjoué, excellent pour le conseil, et très-habile dans le métier de la guerre ; mais la mollesse de son carac^ tère le rendait incapable de gouverner.
Guillaume de Malmesbury a fait deux autres ouvrages historiques, intitulés, l'un, Histoires nouvelles; l'autre, His^ toire des Pontifes anfjtais : mais il n'y est nullement question des croisades.
Hurr LivBEs des histoires de Henri, archidiacre de Hunting* DON (1 ). — L'auteur de cet ouvrage vivait dans le douzième siècle. On ne sait rien sur son origine ni sur l'époque précise de sa mort. Il fut chanoine de Lincoln , et devint ensuite \
(i) Henrici arcfaîdiaconi Huntindoniensis historiarum libri octo« (Pag. 295.)
766 fiIBLIOTUÈQtJC
archidiacre âe Huntingdon. Henri de Huntingdon a com^ iiieacé son histoire aux temps les plus reculés , et Ta terminée au règne de Henri F**. Dans son septième livre, Farchiiliacre de Huntingdon a fait, en moins de quatre pages, un récit assez intéressant de la première croisade. Ily a, dans cette narration, de l'élégance , de la chaleur et delà vivacité ; rhistorien , en priant son lecteur de lui pardonner cette digression qui r éloigne de son plan , exprime toute son admiration et sa surprise au sujet du grand mouvement de la croisade. « La croisade » dit le chroniqueur , est le plus grand » des miracles qui ait signalé notre époque ; dans l'histoire >» des siècles , il est inouï que tant de nations différentes y. » tant de princes puissans, aient abandonné, en même » temps et dans un même esprit , leurs biens , leurs enfans » et leurs épouses , pour aller dans des contrées inconnues , » bravant les fatigues et la mort. » Cette dernière réflexion ^st très-fi*appante sous la plume d'un contemporain. En parlant du siège de Nicée , le chroniqueur pousse des exclamations qui rappellent l'enthousiasme avec lequel l'historien Baudri nous montrait les tentes des croisés dans la Romanie. « Les rayons du soleil, dit notre auteur, depuis *» la création du monde , n'éclairèrent jamais une milice si » nombreuse , si brillante et si redoutable , et des cbefs si i) belliqueux. Le ciel est rempli de clameurs , dit Henri en « décrivant le combat de Nicée , les flèches obscurcissent les y* airs , la terre mugit sous les pieds des Combattans. Les « traits , les javelots , le bois , les pierres , les remparts , le >» feu, les eaux, les secours de l'art, tout devient inutile à » la rage des assiégés. » Henri raconte brièvement la reddition de la ville ; dans le récit qu'il fait de la bataille de Dorylée , il compare à la foudre la lance du frère du roi de France , et nous représente le glaive d'Anselme de Ribemont comme une flamme qui dévore tout. Au'iBujet de la retraite de Soliman et de son armée, l'historien nous dit que les barbares fuyaiept comme si le ciel eût menacé de crouler sur leurs têtes. Les combats qui eurent lieu sous les murs d'Antioche, sont racontés av^c beaucoup de fidélité par notre auteur; nous ne pouvons nous y arrêter, après l'analyse que nous avons donnée des historiens de la première croisade dans la collection de lk)ngars. D'après la relation du chroniqueur, c'est parce qu'il prévoyait la ruine prochaine des musulmans d'Antioche, que Phirous livra les trois tours dont il était le gardien ; il choisit pour confident de son secret son ami Bohémond , que notre auteur appelle l'arbitre des guerres , le juge des combats. Henri rapporte,
comme nos historiens de la première croisade y la famine que souffrirent les chrétiens dans Antioche , et la découverte de la sainte lance. Pendant la bataille livrée à Kerbogath , les évêques , les prêtres , les moines et les clercs , revêtus des ornemens sacrés , chantaient des hymnes , debout sur les remparts de la ville. Ils virent Tarmée céleste avec ses chevaux blancs , ses armes resplendissantes , ayant à sa tête Georges , Mercure et Démétrius. Kerbogath avait fait allumer sur les montagnes un grand amas d'herbes sèches , afin que les chrétiens fussent aveuglés par la fumée. Mais le Seigneur, qui commande aux vents , changea le vent qui soufflait alors, et les infidèles, aveuglés eux-mêmes par la fumée, s'enfuirent précipitamment. Les croisés les poiirsuivirent et en firent un grand carnage, a Jamais , dans aucun combat , » dit l'auteur, on ne fit un butin pareil à celui qui fut le » prix des vainqueurs de Kerbogath. » Après avoir tracé l'itinéraire des chrétiens jusqu'à Jérusalem , dont il ne raconte le siège qu'en passant , l'archidiacre de Huntingdon termine son récit de la première croisade , en indiquant les quatre rois qui succédèrent au duc de Bouillon. « Ces monarques , » dit le chroniqueur, firent de grandes guerres, et soumi- >» rent au Christ les provinces et les villes voisines , excepté j» Ascalon , qui persévère encore dans son crinie, » Ces derniers mots prouvent que l'auteur écrivait avant la conquête d' Ascalon.
Première et seconde Parties des Annales de Roger de HovEDEN (1). — Roger de Hoveden, auteur de ces annales, était d'une famille illustre d'York. Il fut très -considéré à la cour du roi Henri II. Après la mort de ce prince, arrivée en 1 1 89 , il se retira de la cour et s'adonna à l'étude de l'histoire.
Tout ce que Roger de Hoveden dit de la première croisade, se réduit à peu de chose ; mais , en parlant de Robeit duc de Normandie, il raconte ainsi l'engagement qui fut fait alors entre ce prince et le roi d'Angleterre : « Robert, dit-il, >» voulant partir pour Jérusalem, envoya des députés en M Angleterre à son frère Guillaume pour traiter de la paix >» avec lui, et pour lui demander à emprunter dix mille » marcs d'argent. Il lui offrit pour gage le duché de Norman- » die. Le roi d'Angleterre , s'empressant de satisfaire à sa » demande, ordonna à tous les grands du royaume de lut
(i) Rogeri de Hoveden Annalium pars prîoret posierior. (P. 4^1 •)
» fournir tout l'argent que chacun d'eux pourrait donner. » En conséquence, les évêques, les abbés et les abbesses bri- » sèrent les vases d'or etd'argentdeleurs églises; le» comtes, » les barons, les vicomtes, dépouillèrentleurs vassaux, et four- » nirent ainsi au roi une grande somme d'or et d'argent. Au n mois de septembre : le roi passa la mer ; il fit la paix avec » son frère, et lui prêta six mille six cent soixante-six livres^ B pour lesquelles il reçut la Normandie en gage. »
L'auteur s'exprime sur la seconde croisade de la manière suivante :
u Dans l'année 1 1 48 , qui était la treizième du règne du » roi Etienne^ tes armées de l'empereur d'Allemagne et du » roi de France , qui marchaient avec un grand orgueil sous » la conduite de ces princes , furent réduites à rien , parce j» que Dieu les méprisa. L'incontinence de ceux qui s'adon- B naient ouvertement à la fornication et à l'adultère , s'éleva » en sa présence et l'irrita. Les rapines et les crimes de » toute espèce comblèrent la mesure : aussi les croisés , tra- » his par rempereur de Constantinople , furent-ils punis » d'abord par la famine , et ensuite par le fer des ennemis. M Le roi de France et l'empereur d'Allemagne se réfugièrent » avec peu de monde à Antioche ; puis ils arrivèrent honteu- M sèment à Jérusalem. Le roi de France , pour réparer l'én chec qu'avait reçu sa réputation, réunit aes forces de tous » côtés, et, soutenu par les chevaliers du Temple qui étaient M à Jérusalem , alla assiéger Damas ; mais n'obtenant aucun M succès , il retourna en France. Vers le même temps , une B armée navale , composée de guerriers peu puissans , com- B mandée par un chef sans réputation , mais protégée par » Dieu , mérita , par son humilité , d'obtenir de grands suc- B ces , et montra une grande bravoure : elle s'empara de » Lisbonne , d'Almérie et des pays adiacens. Il fut vrai de B dire alors que Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce » aux humbles. Les armées du roi de France et de Tempe- » reur d'Allemagne étaient plus brillantes et plus nombreuses tf que celle qui avait conquis autrefois Jérusalem; cependant B elles furent détruites et dispersées , comme des grains de B poussière, par un petit nombre d'ennemis. L'armée qui B alla en Espagne , résista au contraire à tout les obstacles. B Plus les ennemis qu'elle eut à combattre étaient nom- B breux, plus ils parurent faibles devant elle. La plus » grande partie de cette armée venait d'Angleterre, b
lloger rapporte que le comte de Flandre vint en 1177 eu Angleterre pour s'entretenir avec le roi, et qu'ajaiit
îrr^s CAOISÂ0ES. 769
t>btenu de lui la permission de faire le pèlerinage, il partit avec Guillaume de Mandeville et plusieurs barons et chevaliers de divers pays. Rop;er parle du siège que ces croises allèrent mettre devant Harenc , et dit que les assiegeans, s'etant laisse corrompre par les Sarrasins, ne reçurent, au lieu d'or, que des pièces de* cuivre. D'autres historiens, comme nous l'avons vu, ont explique de la même manière plusieurs evenemens malheureux des croisades , comme la levée du siège de Damas, la levée du siège de Thoron. Les chroniqueurs n'attribuent jamais les revers des chrétiens à l'indiscipline des soldats , à la discorde ou à l'ignorance des chefs, encore moins à la fortune.
Roger de Hoveden , en racontant le combat qui fut livre , cette même année , à Saladin , et dans lequel ce prince éprouva une si grande perte, dit que le sommet.de la vraie croix, que portait l'eVéque de Bethléem, touchait au ciel, et que ses branches embrassaient tout l'horizon ; cet aspect elfraya tellement lesi infidèles , qu'ils prirent la fuite.
Roger a copie' en entier le traite d'alliance et d'amitié qui fut conclu à Ivri , entre le roi de France et le roi d^Angleterre, en présence .du cardinal de Saint-Chrjsogone , légat du saint-siege , et des grands des deux royaumes. Nous allons en extraire les dispositions qui regiurdent la croisade.
«Moi Louis, par la grâce de Dieu, roi de France, et 9 moi Henri , par la même grâce , roi d'Angleterre , à tous p presens et à venir , savoir faisons que , par l'inspiration de 9 Dieu, nous avons promis et jure de servir ensemble la » chrétienté et de prendre la croix pour aller à Jérusalem^ » ainsi qu'il est dit dans l'écrit que nous avons fait entre ff nous a ce sujet; nous voulons aussi que tous sachent que » nous sommes et voulons être tellement amis , que chacun n de nous conservera à l'autre, selon son pouvoir, la vie, «les membres et la dignité contre tous; et si quelqu'un jt prétendait nuire à l'un de nous , moi Henri j'aiderai Louis » roi de France, mon seigneur, selon mon pouvoir et contre tous , et moi Louis j'aiderai Henri roi d'Angleterre , selon yf mon pouvoir , comme mon homme-lige , et contre tous , » gardant la foi à nos hommes autant de temps qu'ils nous » la garderont, n Ici sont plusieurs dispositions étrangères à Tobjet de la croisade , et qui ont pour but de terminer les contestations relatives à certains fiefs. Après quoi le traite poursuit en ces termes:
«Si l'un de nous, avant la prise de la croix, veut en- » treprendrele voyage, celui qui restera gardera fidèlement
» et maintiendra le pays de celui qui sera en voyage , ainsi f> que ses hommes, comme les siens propres. Après que nous f) aurons pris la croix , nous ferons jurer à ceux de nos 7> hommes qui viendront avec nous , que , si l'un de nous meurt f) en chemin ( ce dont Dieu nous garde ! ) , ils serviront fîdèlen ment celui qui survivra , comme ils serviraient leur maître » s'il était vivant, tant qu'ils voudront demeurer dans le pays f9 de Jérusalem. Le survivant aura Fargent du défunt pour f> faire le service de la chrétienté, e^ccepté celui qui était des^ 9» tiné avant le voyage à certains lieux et à certaines personnes. n Si nous mourons l'un et l'autre , nous choisirons , si Dieu n nous en donne le temps, quelques-uns des nôtres, probes n et fidèles , à qui nous confierons l'argent de l'un et de l'autre f» pour faire le service de la chrétienté et pour conduire et f> gouverner nos hommes. Avant dç nous mettre en route, » nous ferons aussi jurer ceux que nous constituerons gouf9 verneurs et gardiens de nos pays , de s'aider les uns les fi autres de bonde foi et de tout leur pouvoir, si cela est né-* y> cessaire pour défendre nos possessions, lorsqu'ils en seront 39 requis ; de sorte que ceux que moi Henri roi d'Angleterre 39 je préposerai au gouvernement de mes états, se prêteront 39 à défendre de tout leur pouvoir les pays de Louis roi de 39 France, mon seigneur, comme ces pays défendraient ma » ville de Rouen si elle était assiégée ; et de même ceux que 33 moi Louis roi de France je préposerai au gouvernement » de mes états , se prêteront de tout leur pouvoir à défendre n les états du roi d'Angleterre , comme ces états défen- >3 draient les miens si ma ville de Paris était assiégée. Je veux 33 aussi que les marchands et tous hommes tant clercs que 39 laïcs de ses états aient paix et sûreté , eux e\ leurs biens , 3> dans tous mes domaines ; et moi Henri roi d'Angleterre 33 je veux de même que les marchands et tous hommes tant 33 clercs que laïcs des pays du roi de France, mon seigneur, 33 aient paix et sûreté , eux et tous leurs biens , dans tous mes 39 domaines. Nous avons promis et juré d'observer scrupu- 9 leuscment ce qui est écrit ci-dessus , en présence du vené- 39 rable Pierre, cardinal-prêtre du titre de Saint-Chrysogone, 33 légat du saint-siége , et en présence de Richard évêque 33 d'York , de Jean évêque de Chartres , de Henri évêque 33 de^Bayeux, de Froger évêque de Séez, de Gilles évêque 33 d'Evreux , de Henri fils du roi d'Angleterre , du comte n Thibauld, du comte Robert, de Pierre de Courtenai, du n comte Simon d'Evreux , de Guillaume de Humez , et de » plusieurs autres tant clercs que laïcs. »
L'auteur copie encore un décret rendu au concile de Latran tenu en 1179, dans lequel on trouve la défense faite aux chrétiens de porter aucun secours aux Sarrasins. Les termes dans lesquels est conçue cette défense , prouvent que l'amour du gain avait fait oublier à plusieurs Fesprit et le but des croisades.
<v Comme une cruelle cupidité, dit le décret, s'est emparée n du cœur de quelques-uns , au point de leur faire porter des T> armes aux Sarrasins , et de devenir par-là égaux ou même f> supérieurs en malice aux ennemis du Christ, puisqu'ils leur n fournissent les armes et les choses nécessaires pour faire y> la guerre aux chrétiens ; comme il y en a aussi qui con- 99 duisent et gouvernent les galères et les vaisseaux pirates 99 des Sarrasins , nous jugeons que ces mauvais chrétiens 99 doivent être sépares de la communion de l'Egfise, et soumis, 99 à cause de leur iniquité , à l'excommunication ; qu'en outre 99 ils doivent être prives, par les princes catholiques et les 99 magistrats des villes, de tous leurs biens, et, s^Is sont pris , 99 devenir les esclaves de ceux qui les feront prisonniers. 99 Nous ordonnons que l'excommunication prononcée contre 99 eux soit solennellement et fréquemment publiée dans les <9 églises des villes maritimes. Les peines de Texcommuni- 99 cation sont encore appliquées à ceux qui osent faire pri- 99 sonniers ou dépouiller de leurs biens les Romains ou autres 99 chrétiens qui vont sur mer dans l'inteVét de leur commerce 99 ou pour toute autre cause légitime. Les mêmes peines sont n encore prononcées contre ceux qui , pousses par une dam- 99 nable cupidité , osent dépouiller de leurs biens les chrétiens r> qui font naufrage, et auxquels , selon les devoirs de la re- 99 ligion, ils sont tenus de porter secours , à moins qu'ils ne 99 leur rendent ce qu'ils leur auront enlevé'. »
Roger de Hoveden parle, sous la date de 1181 , de l'invasion de Saladin en Palestine, et de la conférence qui eut lieu à Saint-Remi, en Normandie, entre Philippe roi de France et le roi d'Angleterre. II dit que, dans cette entrevue, des Templiers et des Hospitaliers de Jérusalem présentèrent aux deux rois des lettres du pape Alexandre , que l'auteur copie en entier.
Ces lettres, adressées aux princes chrétiens, avaient pour but de les exciter à faire tous leurs efforts pour que la chre'tiente ne succombât pas sous les coups des gentils, u Nous 9» accordons, disait le souverain pontife, et nous confirmons 99 en vertu de l'autorise apostolique, l'indulgence des peche's, 9Ê que nos pères et nos pre'de'cesseurs Urbain et Eugène ont
A réglée en faveur de ceux qui entreprendraient ce peleri^ ff nage pour le Christ. Nous décidons aussi que leurs femmes^
V leurs enfans , leurs biens et leurs possessions , resteront » sous la protection de S. Pierre , ainsi que sous la nôtre et » celle des archevêques et eVéques et des autres prélats de » l'Ëgiise f &c. f) Ces lettres étaient datées de Tusculum , le 17 des calendes de feVrier.
De semblables lettres avaient ete adressées aux archevêques, eVéques et prélats de toutes les églises : elles étaient également datées de Tusculum , mais d'un mois plus tôt. Elles furent aussi remises aux deux rois, qui, après les avoir lues , promirent d'envoyer de prompts secours à la Terre-sainte.
L'historien raconte que, dans Fannee 1 184, les astrologues d'Espagne et de Sicile et tous ceux qui lisaient dans les astres avaient écrit leurs observations sur une conjonction des planètes. Un astrologue nomme Corumphire avait tire ses augures de la manière suivante ( nous traduisons cette pièce curieuse pour faire voir où en était alors l'astronomie, et
3uelles idées Taspect des astres faisait naître dans l'esprit es savons de ce temps ) :
u Au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. Ainsi ï) soii-iU Le Dieu tout-puissant sait, et la raison du nombre 9> démontre, que les planètes supérieures et inférieures se » reuniront dans le signe de la balance, c'est-à-dire, au mois de y> septembre de l'anneedu Seigneur 1186, et des Arabes 582.
V Une éclipse partielle du soleil précédera cette conjonction , X» à la première heure du 21 du mois d'avril; elle sera de la fy couleur du feu. Cette e'clîpse sera pre'ce'de'e elle-même d'une » éclipse totale de lune, le ô du même mois, à la première ^ heure de la nuit qui précédera le mercredi, si Dieu le veut, » ou plutôt parce qu'il le veut, !e voudra, l'a voulu et ne cesse >; de le vouloir^ Il arrivera donc dans cette année, par l'ordre >i de Dieu, que, les planètes étant dans la balance, c'est-à-dire n dans le signe jaune et venteux, avec la queue du dragon, n un tremblement de terre étonnant se fera sentir, sur-tout » dans les pays où il s'en fait sentir habituellement, et les f> détruira. Il s élèvera de l'occident un vent violent, qui noir- 9 cira et infectera l'air. La maladie et ta mortalité s^étcndront f) sur les hommes. On entendra dans le ciel des bruits et des sf voix qui effraieront le cœur de ceux qui les ouïront. n Le vent élèvera le sable et la poussière de la surface n de la terre , et en couvrira les villes qui sont situées n dans les plaines. Cela aura lieu surrtout dans les pays » sablonneux, c'est - à - dire , dans le cinquième climat. La
f> Mecque y Bassora, Bagdad, le Caire, seront entièrement n défruits. Tout sera couvert de terre et détruit par le sable » et ^par la poussière, en sorte que les pays d'Egypte et f> d'Ethiopie seront rendus inhabitables. Cette calamité sV- » tendra de l'Occident jusqu'en Orient. Dans l'Occident , il
V s^elevera aussi des troubles et des séditions parmi les peuples. f> Un homme y rassemblera des armées infinies et fera la » guerre le long du rivage des eaux ; il y fera un si grand f9 carnage, que les torrens de sang répandus égaleront la
V masse des ondes. Que chacun tienne pour certain que la }) future conjonction nous annonce , quoi qu'en disent d'autres, » des changemens dans les royaumes , la victoire des Fra,ncs, f> la destruction des Sarrasins, une piété plus grande et une f> plus grande exaltation de la loi du Christ, ainsi qu'une ff vie plus longue pour ceux qui naîtront ensuite. «
Roger de Hoveden rapporte encore trois prédictions semblables , faites par d'autres astrologues , et qui ne se véri^ fièrent pas plus que la première : mais il ne fait sur ce sujet aucune réflexion. Passant à Fannée 1185, il dit que Baudouin le Lépreux , roi de Jérusalem ,. et les Templiers et les Hospitaliers, envoyèrent au roi d'Angleterre, fils de l'impératrice Mathilde, Héraclius, patriarche de la sainte cité, et les grands-majtres de l'Hâpitd et du Temple. Le roi alla au-devant de ces députés et les reçut avec une grande joie. Ils se jetèrent aussitôt à ses pieds, en pleurant et en sanglotant. Ils lui exposèrent les motifs de leur arrivée, et lui remirent, de la part du roi et des princes de la Terre* sainte, l'étendard royal, avec les clefs du Saint-Sépulcre^ de la tour de David et de la ville de Jérusalem ; ils lui remirent aussi , de la part du pape Lucius , des lettres pour l'exhorter à aller au secours des fidèles de la Palestine.
Le roi, après avoir entendu les ambassadeurs , leur dit que la chose tournerait à bien avec la volonté de Dieu, et il leur fixa pour terme de sa réponse le premier dimanche de carême. Ce jour arrivé, le roi, le patriarche, les évoques et les abbés, les comtes et barons d'Angleterre,. Guillaume roi d'Ecosse, et David son frère, avec les comtes et barons de ce pays, se rendirent à Londres. L'affaire ayant été mise en délibération, il fut décidé que le roi consulterait son suzerain, Philippe roi de France; et, Rassemblée ayant été dissoute, {*' roi donna à tous ses sujets, tant clercs que laïcs , la permission de prendre la croix. Alors Baudouin archevêque de Cantorbery, Raoul justicier d'Angleterre, Gautier archevêque de Rouen , Hugues évêque de Durham ,
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et plusieurs autres eVéques d'en-de^^à et d'au-delà de la Manche , et presque tous les comtes , baroirs et ecujers angolais, normands, aquitains, bretons, angevins, manceaux et tourangeaux , prirent la croix. .
Roger raconte qu'à cette e'poque il arriva un fait étonnant. Une fiUe enceinte et sur le point d'accoucher s'enfuit de la maison de son père , ne voulant pas que ses parens connussent son état; une tempête mélee de vent et de pluie Fassailiit, pendant qu'elle fuyait dans la campagne et qu'elle demandait à Dieu du secours et un asile. Comme sa prière n'était point exaucée , elle tomba dans le desespoir , et dit : <i Dieu, si tu méprises ma prière, que le diable vienne y> à moa secours! n et le diable lui apparut aussitôt, sous la forme d'un jeune homme , marchant les pieds nus, semblable à un voyageur. II dit à cette fille : a Suivez-moi. n Ils traversèrent le chemin et rencontrèrent une bergerie. Le diable courut devant, fit du feu dans la bergerie, et prépara un lit de paille fraîche. La fille le suivit, et, entrant dans la bergerie, elle se chauffa auprès du feu. Elle dit ensuite : a J'ai soif et je suis tourmentée par la faim, n Le diable lui repondit : a Attendez un peu ; je vous apporterai à manger n et à boire, n Dans ie temps qu'il était aile chercher ce qu'il avait promis, deux hommes, passant par-là, aperçurent du feu dans la bergerie et en furent étonnes : ils y entrèrent, et trouvèrent la fille enceinte couchée auprès du feu. Ils lui demandèrent qui avait allume ce feu. u C'est le diable , y> repondit elle. — On est-il ? — J'ai eu faim et soif , et il yy est allé me chercher à boire et a manger. — Ayez con- » fiance en Notre-Seigneur Jesus-Christ et dans la Vierge n Marie sa mère; ils vous délivreront des mains de l'ennemi. *» Après avoir ainsi parlé, ils s'en allèrent à la ville voisine, et racontèrent au clergé et au peuple ce qu'ils avaient vu et appris dans leur chemin. Pendant ce temps, ie diable revint, apportant du pain et de l'eau avec lesquels il réconforta la iemme. Celle-ci accoucha d'un garçon, que le diable reçut et qu'il réchauffa auprès du feu. Le prêtre de la ville vint avec le clergé et le peuple à la bergerie , précédé de la croix et portant de l'eau bénite. Ils trouvèrent la femme accouchée , et le diable tenant l'enfant sur ses genoux. Le prêtre répandit de l'eau bénite en entrant, au nom de la Sainte-Trinité. Le diable, ne pouvant supporter l'eau bénite, s'enfuit, emportant l'enfant avec lui , et ne reparut plus. La femme , revenue à elle-même, dit alors : <* Je sais maintenant que le n Seigneur m'a véritablement arrachée des piains de l'en-
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y» neinî. n E31e raconta ensuite qu'elle avait appris du diable que, depuis que Jesus-Chrîst avait dépouille Tenfer, l'enfer n'avait pas eu un plus grand sujet de deud et de douleur que l'entreprise de la croisade; mais que cette douleur se changerait en joie, parce qu'il devait se commettre tant d'iniquités et de pèches parmi les croisés, (]ue le Seigneur effacerait ceux-ci du livre de vie, et qnejpîttsieurs , abandonnant la religion de la croix, en deviendbraient les persécuteurs. L'auteur ajoute : « C'est ce que l'événement prouva ensuite, n D ne fait aucune autre réflexion , et semble croire a la vérité de cette anecdote, qui nous rappelle l'esprit cît la crédulité des historiens de la première croisade.
Le roi d'Angleterre, étant revenu en Normandie, eut avee le roi de France une entrevue dans laquelle ils promirent d'envoyer dans la Palestine des secours en hommes et en argent. Mais le patriarche faisait peu de cas de ces promesses : il aurait voulu emmener avec lui le roi d'Angleterre , ou un de ses fils, ou quelque autre prince d'une grande autorité. Comme il ne le put, il partit triste et confus^
u II fut de retour à Jérusalem , poursuit Roger de Hoveden , 9 peu de temps avant la fête de Saint-Pierre-ès-lieiks , et , comme 9 il n'apportait aucun secours pour la Terre - sainte , une 9 grande crainte s'empara de tous les habitans. Il arriva » même qu'un chevalier du Temple , Anglais d'origine , et n nommé Robert de Saint-Alban , abandonnant la loi dit 9 Christ, se retira auprès de Saladîn, et lui promit de lui 9 livrer Jérusalem. Saladin lui donna sa nièce en mariage, et 9 lui confia une grande armée dont il l'établit le chef. Robert 9' partit aussitôt avec cette armée, et s'avança jusqu'auxiplaines 9 de Saint-George. La, il partagea ses guerriers en trois corps , 9 dont deux furent chargés de ravager les pajs environnans ; 9 ce qu'ils firent depuis Monti*éai jusqu'à Naplouse. Jéricho, 9 Sébaste et plusieurs autres villes furent détruites. Robert, 9 avec le troisième corps, s'avança jusqu'à Jémsalenv. Les 9 habitans qui s'y trouvaient en petit nombre , se <k>n fiant en 9 Dieu , sortHrent par les poternes , précédés du signe de la 9 croix , et battirent l'armée que Robert conduisait; lui-même 9 prit la fuite. Ceux de Jérusalem le poursuivirent lui et son 9 armée l'épée dans les reins, et tuèrent un grand nombre 9 de Sarrasins. Robert s'échappa cependant, mais avec peine. 9 Saladin se proposant d'attaquer lui-même JérusiJem , les 9 Templiers et les Hospitaliers et les autres princes de la Terre- 9 sainte lui donnèrent soixante mille besans pour obtenir une 9 trêve qui devait durer jusqu'àl'octave de laPfique suivante, t^
776 bibl;^)thI:que
Roger de Hoveden est, avec Benoit de Petèrborough , \t seul historîen qui parié, de la trahison de ce Robert de Saint- Aiban, et de .son entreprise contre la ville sainte. Les écrivains arabes n'en font-aucune mention.
L'auteur parle da couronnement de Baudouin IV, etdn mariage de la reine -^ibylie avec Gui de Lusignan. li raconte en peu de mots les- érv^ions qui éclatèrent a la mort de ce jeune roi, au sujet dé là succession au tràne. «rSaladin., dit-ii » ensuite , demanda que la trêve fut prc^ongee pour trois 19 ans.' Le roi Gui, de . l'avis des Templiers, j consentit, f) quoiqu'il fut constant qu'une grande multitude de pèlerins ff dût arriver tant d'Angleterre que des autres royaumes , par ff suite de la prédication du patriarche. II en vint en effet » après Pâques un très-grand nombre; mais, comme la trêve t> avait e'te' proroge'e, il y en eut peu qui voulurent rester. f> Cependant Roger de Moubraj et Hugues de Beauchamp » demeurèrent au service de Dieu. »
' Rog^ copie la lettre du précepteur du Temple sur la prise de Jérusalem , et celle du pape Grégoire, adresisee aux fidèles. Nous avons déjà fait connaître ces deux pièces. H copie également la lettre du patriarche d'Antioche au roi d'Angleterre sur les désastres de la Terre-sainte, et la réponse de ce roi au patriarche pour l'assurer que lui et son fils iront bientôt avec 'toutes leurs forces au secQura des chrétiens d'Asie.
L'auteur parle ensuite de la conférence de Gîsors , tenue en 1188, et dans laquelle les rois de France et d^Angleterre prirent fa croix avec plusieurs archevêques, évéques , comtes et barons des deux royaumes. Il cite le décret de Henri et des évéques pour la levée de la dime qui devait être affectée aux dépenses de la croisade. Il ajoute que le roi envoya des clercs et des laïcs dans tous les comtés d'Angleterre pour lever cette dime; mais qu'il fit choisir les plus riches de toutes les villes, savoir, deux cents de Londres, cent d'York, et des autres cités selon le nombre des habitans , et qu'il se les fit présenter tous à des jours et dans des lieux fixés. Le roi prit la dîme de leur mobilier, selon Festimation d'arbitres fidèles qui connaissaient leurs revenus et leurs biens meubles. S'il en trouvait quelques-uns qui refusassent d'obéir, il les faisait aussitôt emprisonner et mettre aux fers jusqu'à ce qa'ils eussent payé jusqu'au dernier éeu. II obtint de même des Juifs de ses états une somme considéi^able d'argent. Il en* voya ensuite l'évéque de Durham et d'autres ecclésiastiques avec plusieiurs laïcs à Guillaume roi d'Ecosse ^ pour faire h
même levée dans les domaines de ce prince. Guillanme , i'ajant appris , alia au-devant d'eux , et ne voulut pas leur permettre d'entrer dans ses états pour cet objet. H offrit de donner au roi d'Angleterre , son seigneur, cinq mille marcs d'argent pour la dime et pour ravoir ses châteaux; mais le roi d'Angleterre ne voulut pas. ( L'auteur ne dit point s'il se fit quelques levées en Ecosse.) Philippe, roi de France, fit de même recueillir dans ses états la dîme des revenus et des meubles de ses sujets.
u Rotrou comte du Perche et d'autres députes vinrent » en Angleterre, continue Roger, dans Tannée 1189; ils n étaient charges de la part du roi de France de dire au roi J9 d'Angleterre que Philippe , dans une assemblée générale V tenue à Paris , avait jure sur les saints évangiles , ainsi » que les princes et barons de son royaume, de prendre la 99 croix, et que tous devaient se reunir à Vëaeelai après Pâques , tf afin de partir de la pour JeVusalem. Le roi de France enf> voyait la charte qu'il avait faite à ce sujet, au roi <f Angleterre, en lui demandant que lui et seÉtsomtes et barons j9 l'assurassent de même qu'ils viendraient à Ve'zelai à la » même époque ; ce que Richard , ses comtes et ses barons n promirent en effet dans une assemblée générale qui fut it tenue à Londres. Le comte du Perche et les autres 4» députes du roi de France y jarèrent, sur l'ame du roî f> Philippe et en présence du roi d'Angleterre ; et Guillaume 9 Maréchal et quelques autres jurèrent, sur i'ame du roi Ri- 99 chard et en présence des députés du roi de France, qu'avec 99 le secours de Dieu le roi et ses barons se rendraient sans 99 faute a Vézelai après Pâques , et que de là ils partiraient 99 pour Jérusalem. Richard envoya ensuite sa cbaîrte au roi » de France. «
Roger de Hoveden , qui n'observe aucun ordre dans sa narration , et qui , suivant scrupuleusement la date des années, promène son lecteur de France en Angleterre et d'Europe en Asie, commence ici le récit du siège cFAcre, qu'il interrompt souvent pour s'occuper d'autres objets. Nous ne suivrons point ce récit , qui n'apprend rien de noyveau. Nous ne reviendrons ni sur les faits ni sur les pièces historiques que nous avons déjà fait connaître dans notre analyse de Bromton et de Benoit de Peter borough ; car ces trois auteurs se répètent et se copient les uns les autres pour tout ce qui regarde cette époque des croisades.
Sous la date de 1 195, Roger de Hoveden rapporte la lettre que le pape Innocent III écrivit à l'archevêque d'York pour
l^engager , lui et son cierge , à exhorter les princes et let eupiesà envoyer des secours en hommes et en argent contre es infidèles. Par cette lettre^ le pape accor'daitdes indulgences à ceux qui fourniraient ces secours, et sur-tout à ceux qui partiraient. Cette pièce est datée de Rome , aux ides du mois d'août, la première année du pontificat dlnnocent.
u Dans cette année, continue Roger de Hoveden , ii y avait 9) en France un prêtre nomme Foulques, que Dieu rendit n grand aux yeux des rois. II lui donna le pouvoir dVcIairer n les aveugles , de guérir les boiteux , de rendre la parole n aux muets et de chasser les démons. Foulques convertit au n Seigneur les femmes de mauvaise vie , donna aux usuriers 9 du goût pour les trésors du ciel , fit distribuer aux pauvres n tout ce que Tavarice avait accumule, ot prédit aux rois de » France et d'Angleterre qu'un d'eux mourrait bientôt d'une » triste mort s'ib ne cessaient leurs hostilités. Comme en ce f> temp3 la moisson était grande et les ouvriers en petit 9) nombre , Dieu lui adjoignit des hommes sages pour prêcher X» la. parole du salut éternel; savoir,. maître Pierre, dom f> -Robert , dom Eustache abbé de Fiai , et quelques autres n qui prêchèrent par toute la terre, et dont le Seigneur con- ^ nrma les discours par des prodiges. «
Roger de Hoveden cite le trait connu de ce Foulques , qui aborda un jour le roi Richard, et lui commanda, de la part de Dieu, de se défaire de ses trois méchantes filles, l'ambition , la cupidité et la luxure. Nous avons vu dans Gantier Hemingford que ce fut l'archevêque de Rouen qui donna ce conseil au roi, lorsqu'on eut désespéré de le guérir de la blessure dont il mourut dans le Limousin.
Roger ajoute à ce qu'il a dit de Foulques , que , ce prêtre étant entré dans la ville de Lisieux, le clergé, dont il avait C€;nsiiré la vie déréglée , se jeta sur lui et le mit dans les fers. Mais la prison ni les chaînes ne purent le retenir. II sortit, et alla à Caen, prêchant la parole de Dieu, et faisant plusieurs miracles en présence du peuple. Les gardes du château de la ville, croyant faire une chose agréable au roi, le mirent aussi en prison ; mais ses liens furent brisés, et il sortit sans avoir aucun mal. Plein de joie d'avoir été trouvé digne de souffrir l'ignominie pour le nom du Christ, il s'en alla en secouant la poussière de ses pieds, et en prêchant toujours la parole de Dieu.
Roger de Hoveden rapporte, aux années 1200 et 1202» de nouvelles lettres du pape Innocent III sur la nécessité d'aller au secours des colonies chrétiennes en Asie. II cite
encore U lettre du gnuçid-maitre des Hospitaliers, dont on à donne la traduction dans les pièces justifioadves du tome III de V Histoire des croisades; enfin il termine ses annides par une lettre du comte d'Ëssex à tous les vicomtes de son Milliage y sur une subvention en faveur de la Terre-sainte.