‹ Bibliothèque des croisadesChapitre 6 sur 14 · II AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

II AVERTISSEMENT

surtout l'esprit des chroniqueurs , qui est une partie essentielle de l'histoire. C'est une vérité généralement reconnue , qu'on écrit presque toujours l'histoire avec I l'esprit du temps oîi l'on vit 5 or , ceux qui ont écrit . ce qu'ils ont vu , ont l'avantage de conserver la physionomie de leur siècle , et cette physionomie est sou-» vent ce qu'il y a de plus vrai dans les récits de nos vieux historiens. Les temps des croisades sont émi- ^,^ nemment historiques, non-seulement pour les grandes

choses qui s'y sont passées , mais parce qu'on peut y voir l'origine de la civilisation et les premiers progrès de nos sociétés modernes.

Je n'étais point assez rempli de cette pensée, lorsque je publiai la Bibliographie des Croisades; j'ai refondu mon travail*, j'ai cherché à pénétrer plus avant dans l'esprit des annalistes du moyen âge ; je me suis eflforcé de faire mieux connaître les interprètes des vieux temps, et de les reproduire avec plus de vérité. Pour cela , je ne devais pas me borner à une simple analyse de nos anciennes annales ; il fallait recueillir à la fois tout ce qu'il y a de traits de mœurs et de vérités historiques , tout ce qui exprime les opinions et les habitudes contemporaines dans les récits de nos simples chroniqueurs*, il fallait, en les comparant entre eux , montrer sur quels

E oints ils diffèrent, sur quels points ils. se ressemlent , en quoi ils se contredisent , en quoi ils s'accor-^ dent; dans cette comparaison, les chroniques de^ vaient se rectifier les unes par les autres , et tout le monde pouvait, avec nous, apprécier leur témoi-» gnage , et les juger comme nous l'avons fait nousmêmes. Voilà ce que nous avons tenté à plusieurs reprises , sans nous flatter d'avoir réussi.

Après plusieurs années d'un travail opiniâtre , je croyais que mon ouvrage était devenu enfin digne des suffrages du public; je me décidai à le publier de nou^

AVERTISSEMENT. jtlli

vçau. Il ét'iiit prêt à paraître lorsqu'une révision défi-nilive me fit apercevoir que je m étais trompé une seconde fois; je reconnus en plusieurs endroits des incorrections , des inexactitudes , des lacunes j il a fallu recommencer -, je ne me suis point découragé, et j'ai remis la main à l'œuvre ; j'ai condamné au feu la plus ffrande partie de ce qui était imprimé \ aidé de mes fidèles collaborateurs, et délivré (i) de tout autre soin, j'ai passé dix-huit mois à corriger ce qui m'a paru trop imparfait.

Jamais fe précepte de Boileau n^a été plus rigou-^ reusement suivi -, je n'ai pas seulement employé tout mon temps, mais les sacrifices d'un autre genre ont été tels , l'impression a été si dispendieuse , que la vente de toute mon édition ne suffirait pas pour m'indemniser. Je ne regrette rien cependant , si j'ai &it quelque chose d'utile au public , et si j'ai donné un bon exemple à ceux qui écrivent l'histoire des temps éloignés de nous.

Il ne me reste plus qu'à remercier ceux qui mWt aidé dans une entreprise pour laquelle mes forces n^auraient point suffi. M. Jourdain , qui avait commencé pour nous l'analyse des auteurs arabes, n'a pu l'achever j nous avons eu la douleur de perdre cet orientaliste, au moment même où l'Académie des inscriptions et belles-lettres encourageait ses premiers pas dans la carrière ; personne n'a déploré plus que nous la perte de ce jeune compagnon de nos travaux ,

(i) Ayant cëdé la direction de la Quotidienne à M. Laurentie, )*ai pu me livrer tout entier à mes travaux historiques. 11 y a des gens qui me font figurer encore dans les aflaires du temps présent : sans nous arrêter Ueur répondre , nous nous contentons de publier notre Bibliothèque ^ renfermant Tanalyse de quatre cents chroniques ^ et le public jugera si nous avons pu nous occuper d^autre chose.

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