filBUOTHÈQtJï
davres de Sarrasins qui tombaient en putréfacticm , et qui i étaient restés deux semaines et même plus dans les foss^de jt la ville. Aussi les infidèles disaient : « Qui pourra r^ister k î » cette nation si obstinée et si cruelle^ qui, pendant un an, .^ a» n'a pu être détournée du «iëge d'Antiocbe , ni par la fii« g » mine , ni par le glaive , ni par la présence d'aucun péril , i » et qui se nourrit maintenant de cnair humaine ? » i
Le jour fixé pour le départ était près d*arriver , le comte de j Saint-Gilles se mit en marche avec se^ chevaliers. Des vie- j toires qu'il remporta ranimèrent le courage des pèlerins; i ils jetaient partout la terreur, et les rois de l'Arabie se rendaient leurs tributaires. En racontant le siège d'Archas , que les chrétiens entreprirent inutilement, Raynnmd d'Agnes donne des larmes à son ami Pons de Balazun , qui fut tué d'un coup de pierre , et s'exprime en ces termes : « Je con- » tinuerai d'écrire ce qui me reste encore , sous l'inspiration M de Dieu, avec autant de zèle et d'intérêt {eâdcm hiUui^ » tate) que j'en ai eu jusqu'à présent. Je prie donc, ajoute* « t-il , et je conjure ceux qui Uront mon ouvrage, de croire » que ce que je dis est vrai : si je raconte quelque c]iose 3> de plus que. ce que je crois ou ai vu, ou si j'écris quelque » chose en haine de quelqu'un , que Dieu ni'inflige toutes » lés peines de l'enfer, et qu'il m'efface du livre de vie. » Raymond parle ici comme un homme qui avait déjà éprouvé quelques contradictions. Aoi siège de Marrah , Bohémond et quelques autres avaient douté des visions qu'il racontait ; ce qui fit , dit l'auteur, que les affaires des chrétiens prirent une tournure fâcheuse.
La découverte de la lance et les apparitions d'Antioche trouvaient chaque jour un plus grand nombre d'incrédules; l'historien dit qu'ils avaient pour chef Arnoul, chapelain du comte de Normandie, et que cet ecclésiastique avait beaucoup de partisans , parce qu'il était lettré ( quia litteratus erat). On citait de nouveaux miracles pour attester les premiers ; c'était alors la manière de raisonner : un second prodige devenait la preuve d'un premier prodige. Raymond d'Agiles , qui avait pris part à toutes ces discussions, n'épargne à,ses lecteurs aucun des récits merveiUeux qui circulaient alors ; c'est ainsi qu'il fait apparaître l'évêque du Puy, saint Marc l'évangéliste , Jésus-Christ, le vicomte Héracle, etc, etc. Plus Raymond d'Agiles trouvait des contradicteurs , plus il se passionnait dans sa crédulité. Quand les esprits s'échauffent, il n'est point d'opinion, il n'est même point d'erreur qui ne puisse avoir ses martyrs^ et porter l'faonune jusquau mépris de la mort. La preuve en est dans ce qui arriva au premier auteur de toutes ces
DBS CROISADES. S7
tiibioas «[uî , pour attester la vérité de ce qu'il avait dit , con*sestit- à passer à travers un bûcher allumé. Ce fait, qui est «ne deft circonstances les plus curieuses de l'histoire des croisades, est raconté longuement par Raymond d'A'gilcs^» (Quoique nous en ayons déjà parlé , nous croyons devoir faire connaître ici. la relation textuelle du chroniqueur.
« Pierre: Barthélemi, voyant que plusieurs ne voulaient 1 pas le croir&y fut transporté- de colère , et dit en homme » simple- et. qui avait bien connu la vérité : Je "veux et je » suppUc que Von fasse un très-grand Jeu, et je le trcwer^ » semi a\^ec la lance; si elle est véritablement la lance du Sei" I ffuBur^j^ passerai sain^et sauf; sinon, je serai btHilé, car je « vois que- ton ne croit ni aux miracles ni aux^ témoins. Ce
> cUscours nous parut raisonnable ; et après- avoir prescrit 9 un jeûne à.Barthélemi, nous dîmes qu'on allumerait le feu
> le jour où notre Seigneur, couvert de pUies, fut étendu surit la ccoix. pour notre sakit : la Pâque était le surlendemain. % Âa jour fixé, le bûcher fut préparé après* midi-; les princes « et le peuple se rassemblèrent au nombre de quarante mille. » Iiespcétress'y rendirent pieds mis et revêtus de leurs habits
> sacerdotaux. On fit avec des branches sèches d'oliviers un a bûcher-qui av^it quatorze pieds^en longueur; ily avait deux » monceaux de bois , entre lesquels on avait laissé un vide » d'un pied de largeur environ , et chacun des deux mon-« a ceaux de bois avait quatre pieds de hauteur- Quand le ^ bois conunença à s'ennammer , moi Raymond, je pronon- H çai ces paroles devant le peuple assemblé : Si le Dieu tout- » puissant a parlé, à cet homme face à face, et si saint An'- \ dré lui a montré la lance du Seigneur tandis que ce pèlerin » veillait, qu'il passe à travers ce feu, sans recevoir aucune » atteinte; ou qu'U soit brûlé a^c la lance qu'il portera dans n.ses mains. Et tous, fléchissant les genoux, répondirent: • AmenJ Alors Pierre Barthélemi , revêtu seulement d'une «tunique, inclinant le genou devant l'évêque d'Albarie, ^ prit Dieu à témoin qu'il avait vu Jésus-Christ sur la croix a face à face , et qu'il avait entendu de la bouche du Sau- » veur et de celle des apôtres Pierre et André , les paroles » rapportées aux princes ; il ajouta que rien de ce qu'il avait » dit au nom de ces saints et au nom du Seigneur, n'avait \ été imaginé par lui, déclarant que s'il se trouvait quelque » mensonge dans son récit , il consentait à ne point traver- « ser les flammes sain et sauf. Quant aux autres péchés qu'il ^ avait conounis contre Dieu et contre le prochain , il pria » que Dieu les lui pardonnât, et que l'évêque, tous les autres- » pvêtres. et le peuple implorassent la miséricorde de Dieu » pour luL Apres ce discours l'évêque lui remit la lanc*
M entre les mainâ ; Barthëlemi fléchit le genou , et faisant le » signe de la croix , il s'approcha du bûcher avec la lance, i> et y entra sans paraître intimide. Il resta un moment au » milieu des flammes, et il en sortit par la grâce de Dieu. » Il existe encore des gens qui furent témoins du prodige >i qui arriva alors. Ayant que Barthélemi entrât dans le bù- » cher , un oiseau vola au-dessus de lui et se précipita dans » les flammes. Voilà ce que virent un prêtre nommé Eve-» » rard , qui resta dans la suite à Jérusaleni pour le service 2> de Dieu, et Guillaume, fils de Bon, brave chevalier, né j» à Arles. Un autre chevalier, nommé Guillaume mal-en- » faut d'Agen , avant que Pierre entrât dans les flammes , » aperçut un homme portant un vêtement sacerdotal, et » ayant une chasuble repliée sur la tête ; puis ne le voyant » plus ressortir, et croyant que c'était Pierre , il se mit à » pleurer, pensant que celui-ci avait péri au milieu du feu. » n se trouvait en ce lieu une grande multitude de chrétiens, M et tout le monde ne pouvait pas tout voir. Aussi on nous a » fait beaucoup d'autres récits ; mais nous ne les rapporte- » rons point , de crainte d'ennuyer nos lecteurs ; et attendu » d'ailleurs que trois témoins irréprochables suffisent dans » toute affaire. Mais il est un fait que nous ne pouvons pas- » ser sous silence. Après que Pierre eut traversé" le feu, et . » quoique l'incendie fût encore. très-actif , le peuple ramassa » les tisons, les. charbons et la cendre avec un tel empres- » sèment , qu'en peu de temps il n'en resta plus rien. Le » Seigneur dans la suite opéra de grands prodiges par le » moyen de^es saintes rehques. Barthélemi sortit du bûcher » sans que sa tunique fût brûlée , et même sans que le voile » très-léger qui recouvrait la lance du Seigneur, eût reçu » aucune atteinte ; il fît immédiatement sur la foule em* » pressée à le recevoir, le signe de la croix avec la lance , et » s'écria à haute voix : Dieu, aidez ~ moi J la multitude le » renversa par terre , le foula aux pieds , parce que chacun » voulait le toucher, et prendre quelque chose de son vête- « ment, poiu* s'assurer si c'était bien lui. On lui fit plu- » sieurs blessures aux jambes , on lui coupa des morceaux » de chair , on lui brisa l'épine du dos , on lui enfonça les » côtes ; il aurait expiré , à ce que nous croyons , si Ray- » mond Pelet , illustre chevalier , réunissant une troupe de » soldats , ne se fût précipité au milieu de la foule en dé«^ » sordre, et ne l'eût sauvé au péril de sa vie. Usçue ad mor- » tem pngnando. Pour nous , plonges dans l'inquiétude et « les angoisses , nous n'osons continuer, »
u Lorsque Ra3rmond Pelet eut fait transporter Barthélemi » dans notre tente (la tente du comte de Toulouse) , nous
B pansâmes ses blessures , et nous nous mîmes à lui » demander pourquoi il ëtait resté si long - temps dans » le feu. A quoi il répondit : Le Seigneur m'a apparu au milieu des flammes^ et me prenant par la main^ m,' a dit : puisque tu doutas de la sainte lance après que le bienheureux 'André te Veut enseignée y tu ne sortiras pas et ici sain et sauf; mais néanmoins tu ne verras pas V enfer. Après ces paroles , il m'a renvoyé ; voyez maintenant sur mon corps les traces du feu. En effet , il avait quelques brûlures aux jambes , à la vérité en petit nombre , mais les plaies étaient grandes. Nous convoquâmes ensuite tous ceux qui^ avaient refusé de croire à la sainte lance , afin qu'ils vissent la figure de Pierre » sa tête , tous ses membres , et pussent se convaincre de la vérité de ce qu'il avait dit. Plusieurs vinrent et glorifièrent Dieu , disant ces mots : Dieu peut bien nous sauver du glaive des ennemis , puisqu'il a délivré cet homme de ce torrent de flammes. Certes nous n'aurions pas cru qu'ime flèche pût passer à travers ce feu, comme cet homme y a passé, n Raymond d'Agiles ajoute à sa relation une circonstance assez remarquable, c est que Bartlielemi, sur son lit de mort, reprocha à Raymond, chapelain du comte de Toulouse , de l'avoir mis dans la nécessité de prouver ainsi la vérité de sa découverte au péril de sa vie.
Ici l'historien passe sans transition du tableau que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur au récit d'un combat livré contre le roi de Tripoli. H termine sa description en disant que c'était quelque chose de délicieux (delectabile) de voir le petit ruisseau de l'aqueduc portera la ville les cadavres Mutilés des nobles et du peuple. Ce fut alors , dit le chroni- (pieur. qu'Alexis fit dire aux princes croisés qu'il les accompagnerait à Jérusalem , et qu'il leur donnerait de l'or et de l'argent, s'ils voulaient différer la continuation du pélemnge jusipi'à la fête de saint Jean (on approchait alors delà solennité de Pâques). Quelques chefs avec le comte voulaient attendre l'empereur; le plus grand nombre dé- " cida qu'on partirait sur-le-champ pour Jérusalem. Ici RayiQond d'Agiles rapporte qu'on eut recours au jeûne , à la
r** re , aux aumômes , pour se préparer à l'accomplissement saint pèlerinage. L'évêque du Puy apparut au prêtre EUenne, accompagné de la mère de Dieu , de sainte Agathe et d'autres vierges. Le pontife remit à Etienne , de la part de la mère du Sauveur, un anneau mystérieux qui devait protéger le comté, et dit au prêtre que désormais la croix de iésiuMCbrist devait remplacer la sainte lance dans les coml>ats,n n'est pas inutile de remarquer que toutes ces visions
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ne se trouvent que dans la clironicpie de Raymond' d'Agîfes;; ce qui prouve qu'elles n'étaient connues ou accréditées que- parmi les Provençaux. i
L'auteur suit enfin les croisés sur le cnemin de hi eké sainte. On trouve dans son récit quelques détails assez curieux sur une peuplade de soixante mille chrétiens qui ha*bitaient les montagnes du Liban. Ces chrétiens servirent de guides aux pèlerins , et leur indiquèrent trois rentes pour arriver à Jérusalem : la première par Damas , route facile , presque toujours en plaine , et qui ne manquait pds de vivres {plena victualium) \ la seconde par le mont Libail» dans laquelle on était en sûreté et on trouvait des provisions , mais elle était très-pénible pour les bêtes de somme r la troisième le long de la mer, remplie de défilés» oi!^ cinrpuante musulmans auraient pu, s'ils a\^aient voulu, arrêter lu- ^nre humain tout entier, <c Cependant, disaient ces chrétiens » aux pèlerins , si vous êtes cette nation qui doit s'emparer- » de Jérusalem, vous devez, d'après l'évangile de saint Pierre, » passer le long de la mer, quoique cette route nous paraisse » impossible à suivre. Votre itinéraire, ce que tous avez M fait , ce que vous devez faire, tout cela est écrit dans l'évan-^ » gile que nous avons. » C'est la troisième route que suivil l'armée. Le comte de Toulouse s'obstinait à vouloir qu'on. assiégeât Tripoli, mais l'armée rejeta son avis, et^ dans ime dernière vision, saint André apparut pour détourner le prince de son dessein.
Nous avons parlé dans le quatrième livre de notre histoire
du conseil tenu à Ramla , pour savoir si l'on irait attaquer
Damas , le Caire , ou Jérusalem. Cette délibération , qui n'est
rapportée que par Raymond , est un fait très-curieux , et
montre que la crainte se mêlait à l'enthousiasme des croisés
à l'approche de.la cité sainte. L'auteur décrit avec beaucoup
de détails le siège de Jérusalem , les travaux et les combate
des guerriers chrétiens ; la description qu'il fait de la soif que
les pèlerins eurent à souffirir mérite d'<etre citée : « Lorsque
>» la source de Siloë venait à couler, les chrétiens s'y précipi--
»i talent les uns les autres , et souvent ils y périssaient avec
M leur bétail. La source était ainsi remplie et de ceux qui
y* s'y laissaient tomber et de cadavres d'animaux. On voyait
» beaucoup de malades étendus près de là , ne pouvant éle-
» ver la voix , tant leur langue était desséchée , et ouvrant
» seulement la bouche , ils tendaient la main à ceux qu'ils
» voyaient emporter de l'eau. Dans les champs , les chevaux^
Tf^ les mulets , les bœufs et la plupart des bestiaux ne pou-
» vaient fau*e un seul pas ; lorsqu'ils étaient épuisés par la
tt soif, ils tombaient aux lieux même où ils étaient long*
y Dts CRoiSAOt:s. 41
% \eilips restés immobiles. » Raymond d* Agiles raconte qu'a- Tant le dernier assaut on proposa d'élire un roi de Jéru<{akm , mais que le clergé s'y opposa en disant qu'il ne fallait pas nonuner un roi là où Jésus-Christ ayait porté la couronne aépiae. Les ecclésiastiques voulaient qu'on se bornât à élire un défenseur de la cité sainte {^advocaJtus cwitatis dei).
Raymond d'Agiles , en décrivant le dernier assaut livré à la ville , dit qu'un chevalier placé sur le mont des Oliviers , faisait signe aux chrétiens d'entrer dans Jérusalem ; il ajoute naïvement qu'il ne sait point quel pouvait être ce chevalier ((fuis auiem miles /uerit, non cognoscere potuinms ). « A cette » vue , dit Raymond , les nôtres déjà languissans se rani- » mirent, et s'élancèrent vers les murailles, les uns avec
» des échelles, d'autres avec des cordes Tancrède et le
» duc de Lorraine entrèrent les premiers dans la ville , et
» leurs glaives firent eouler des ruisseaux de sang La
» ville était comme prise par les Francs , et cependant les i Sarrasins résistaient encore du côté où était le comte de » Toulouse, comme s'ils n'eussent jamais dû être vaincus. » Mais quand les nôtres furent maîtres des remparts et des
■ tours , on vit alors des choses étonnantes ; parmi les Sar- » rasins , les Uns avaient la tête coupée , et c'était le moins » qui pût leur arriver ; les autres , percés de traits , se » voyaient forcés de s'élancer du haut des tours ; d'autres » enfin, après avoir long-temps souffert, étaient livrés aux » flammes. On voyait , poursuit Raymond , dans les rues et » sur les places de Jérusalem , des monceaux de têtes , de
> mains et de pieds. Partout on ne marchait qu'à travers les
> cadavres ; Mîeiis tout cela n'est encore que peu de chose, i Venons au temple de Salomon où les Sarrasins avaient » coutume de célébrer leurs solennités. C'est ici que la vé- » rite sera difficile à croire ; qu'il nous sufiise de dire que
■ dans le temple et dans le portique de Salomoh les cavaliers
> étaient dans le sang jusqu'aux genoux, et que les flots de » sang s'élevaient même jusqu'au frein des chevaux, etc. »
Rien ne peint mieux l'esprit des chroniqueurs et l'esprit dn temps que le sang froid avec lequel Raymond d'Agiles raconte ces scènes barbares. De cet horrible tableau l'autear passe à celui que présentèrent les croisés , quittant le diamp du carnage pour aller au tombeau de Jésus-Christ, ea chantant des hymnes et des cantiques d'actions de grâces, n ajoute que l'éveque du Puy apparut dans la ville à beaucoop de chrétiens ; plusieurs personnes assuraient l'avoir TU monter le premier sur les remparts , invitant les croisés aie suivre. Lîe clergé voulait qu'on s'occupât d'abord de iMMniner un vicaire spirituel avant d'élire un roi ; ce qui in-
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dignales chefs delà croisade. Oi^ proposa Ja royauté au comte de Toulouse ; mais , dit Raymond, le comte ne pouvait se résoudre à porter le nom de roi dans la cité de Jésus*Ghrist.
Cette espèce de triomphe du pouvoir temporel sur le pouvoir ecclésiastique, semble affliger Raymond a Agiles. Il avoue quele clergé avait beaucoup perdu de sa puissance, par la mort de Tévêque du Puy ; et il laisse à entendre que si ce pontife n'était pas mort, les choses se seraient passées autrement.
L'ouvrage de Raymond se termine au pèlerinage fait par IC' comte de Toulouse au fleuve du Jourdain. Ce qui suit est d'un autre auteur ; c'est le récit de la journée d'Ascalon. Il est dit dans ce supplément qu'Arnoid fut élu patriarche, ^mais qu'il eut contre lui l'avis de tous les gens de bien, d'abord parce qu'il n'était pas sous -diacre, ensuite parce que ses mœurs étaient si peu régulières , que pendant le voyage on avait fait des chansons àur son incontinence.
Nous dirons* en terminant cet article que le style de Raymond d'Agiles , quoique tenant a une assez bonne latinité , est moins clair que celui de Robert-le-Moine. Le récit de ce chroniqueur est difficile à suivre , et l'extrait que l'on vient de lire nous a coûté beaucoup plus de travail que les autres , parce que l'histoire est surchargée d'incidens et de détails qui ne s'enchaînent pas assez entre eux , et qui sont présentés avec une certaine confusion. Au reste ce monument de la première croisade est très-important', et la chronique de Raymond d'Agiles nous paraît avoir un caractère qui lui est propre. Les prodiges qu'elle nous raconte, quoique beaucoup trop multipliés , ne laissent pas de faire connaître\ l'esprit des croisés. Nous croyons, comme nous l'avons déjà remarqué, que Raymond était persuadé des visions qu'il rapporte , et qu'il aurait volontiers passé à travers un bûcher, comme Barthelemi , poHir attester la vérité de ses récits. Une fois engagé dans l'affaire de la sainte lance , il s'est cru obligé de rapporter tout ce qu'il croyait devoir être à l'appui de cette découverte ; de la les apparitions et les prodiges dont il a rempli son histoire. On était persuadé alors que Dieu intervenait d'une manière spéciale dans tous les événemens de la croisade ; ce qui nous paraît le plus incroyable, était souvent, ce qu'on croyait le mieux.
On voit , par la lecture de Raymond d'Agiles , et par celle de Robert-le-Moine , comment les fictions et les apparitions merveilleuses ont dû s'introduire dans l'épopée des anciens. Sans doute qu'au siège de Troie les Grecs croyaient voir ap-
Earaître leurs divinités au miUeu des scènes de la guerre ; I multitude les invoquant dans les périls , attribuait leur victoire à leui* appui , les revers à leur colère ou à leur in-
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iÊirenee ; les soldats d'Agamemnon crojraient à rintervention <FApoIIon> de Mars, de Neptune, comme ceux de Godefroî crojaient àla présence miraculeuse de S. André', de S. George, oa de tout autre habitant du ciel. Les récits de ces apparitions circolaîent parmi le peuple cre'dule , et ies poètes ne faisaient que les jreYétàr des brillantes couleurs de ia poésie.
Histoire de l'Expédition de Jérusalem , par Albert , Chanoine de l'église d'Aix (l).
On ignore quels furent pre'cîsement le temps et le lieu ou naquit Albert d'Aix. On sait seulement qu'il fut chanoine et trésorier de la ville d'Aix. Un passage du sixième livre de son histoire semble faire croire qu'il était d'Aix-ia- Chapelle , et non pas d'Aix en Provence, comme l'ont affirme quelques écrivains.
Dans une sorte d'introduction qu'il a mise en tête de son premier livre, Albert exprime le vif et long regret qu'il a éprouve de n'avoir point fait partie d'une expédition ou se passèrent tant de choses merveilleuses ; mais divers obstacles l'opposèrent à l'accomplissement de ses désirs. « Toutefois , «ajoute-t-il, j'ai témérairement résolu de confier à la iiiét moire quelques-unes de ces choses que m'ont rapportées t ceux qui étaient presens , et de les raconter , non comme « par ouï-dire, mais comme si j'avais ete de l'entreprise : ainsi, i maigre la faiblesse de mes moyens , j'ai essaye d'écrire en
• style simple et sans apprêt les travaux et les misères , la « constance et le zèle pour la foi, des principaux chefs et des
• autres croises. J'ai dit comment ils ont abandonne leur pa- 'trie, leurs parens, leurs villes, leurs châteaux, leurs
• champs, et toutes les douceurs de la vie ,^ comment ils ont 9 fiût le voyage de JeVusalem et triomphé tant de fois des
• Turcs et des Sarrasins , comment ils se sont ouvert l'entrée « du saint sépulcre, et comment ils ont délivré de tout cens «et de tout tribut les pèlerins qui venaient le visiter. 9
Albert tient, en effet, sa promesse : l'histoire qu'il a écrite est lae des plus intéressantes productions qu'inspirèrent les grands événemens de la première croisade ; outre la clarté et fe ton de vérité qui régnent dans cet ouvrage, on y remarque une foule de petits détails curieux, qui forment comme au<
(f ) Historia Hierosolymttanœ expeditionis, édita ab Alborto, caoo- •ito te ciistod« Aqaeneis ecciesia».