Le groupe
htmm, pourrait aussi être divisé en
deux mots : htm mt, et le sens de la phrase serait : que ne pénètre (ni) destruction (ni) mort, que n’arrive pas la mort seconde, etc. Mais M. de Rougé pense qu’il ne doit former qu’un seul mot; je n’hésite donc pas
à y reconnaître une variante de l’expression
DEUX SCARABÉES ÉGYPTIENS
jj^l
UAS-AR HR’H’M
(à) l’Osiris Har-khem, (qu’il soit) eu paix dans (la) nécropole, longtemps.
C’est une sorte d’adjuration en faveur du défunt Harkhem, ou, suivant M. Brugsch, Har-min, dans la momie duquel le scarabée avait été déposé. Les premiers mots de cette formule rappellent d’une manière frappante un passage d’inscription traduit par notre confrère, M. Chabas, de
(Louvre, grand papyrus mythologique, col. 38), qui n’est elle-même qu’une forme à finale redoublée du mot ^ Q jj htm-u (Sharpe,
Egyptian inscriptions, n. 3, pl. 66). Le même mot se trouve écrit dans une formule du Rituel ( Todtcnbuch , 89, fin;
cf. 154, 14), qui devait être gravée sur les sarcophages. On lit en effet cette formule sur un sarcophage de la collection Clot-Bey au musée du Louvre ; « ... Son âme (du défunt) voit son corps, elle repose sur son
« sahou (sa momie?), il ne s’altérera et ne se détruira (j^J
de corps, jamais. » Or, deux autres sarcophages nous donnent dans la même phrase les variantes suivantes: (sarc. de
Nechtanèbe 1, Description de l'Éyypte, A. vol. V, pl. 41, f. 6), et simplement (Louvre, sarc. D.. 12). Le même mot se retrouve encore
sous une forme plus abrégée
(Sharpe, Egyptian Inscriptions,
a. 5, pl. 67), où, comme on le voit, I’m complémentaire, redoublé dans notre premier exemple, disparaît entièrement; enfin, le Todtcnbuch
qui a
porte (chap. xcix, col. 26 et passim) notre mot pour variante constante j] J" avec l’s intelisitTverdans le Rituel
du Louvre, n” 3092, et ^ jj ^ m u dans le papyrus Burton,
n“ 9900, au Musée britannique (je dois cette dernière indication à l’obligeance de M. Edwin Smith de New-York). Il résulte de la manière la plus claire, de tous ces exemples, que le signe jj a pour équivalent dans
ce mot, le caractère 'jpnnr, ou la syllabe tm, que ce dernier représente. C’est une nouvelle valeur ajouter à celle de s déjà prouvée par M. Aug. Mariette (Bulletin archéologique de V Athènœum français, novembre 1855,
DEUX SCARABÉES ÉGYPTIENS
Chalon-sur-Saône, et qui fait partie d’un exorcisme contre les esprits possesseurs ou mieux contre les influences malignes et pénétrantes qui s’attaquaient plutôt aux morts qu’aux vivants 1 : Qu'il (/e défunt ) ne soit pénétré par aucun mort, par aucune morte, etc., et les rubriques des chapitres cxxxv, cxxxvi et cliii du Rituel funéraire, dans lesquelles le défunt est assuré d’éviter la seconde mort, qui était éternelle et sans résurrection. Cette mort éternelle était la punition des impies et des méchants, et M. Chabas fait remarquer, dans le même travail, qu’une expression semblable est employée dans Y Apocalypse, chap. n, v. 11 : « Celui qui sera victorieux ne recevra point d’atteinte de » la seconde mort. »
Quant à la tête humaine, qui remplace celle du scarabée dont nous venons de nous occuper, on comprend facilement qu’unie au scarabée lui-même, emblème d’existence, elle rappelle et symbolise la régénération de l 'homme, aussi bien que le scarabée uni au cœur. On peut comparer cette combinaison emblématique à l’expression hiéroglyphique de l’âme, qui était rendue par un oiseau à la tête humaine
p. 94). Reste à expliquer la présence du signe représentant une oie
dans le plus grand nombre des exemples, et qui paraît avoir une valeur déterminative. Quant à la signification de ce mot, Champollion l’a lu c^iokai et traduit Y action de lier, mais rien ne vient à l’appui de cette lecture ni de cette traduction, et maintenant que la lecture htm est bien fixée, il est facile d'y reconnaître un sens dérivé du mot htm étudié par M. de Rougé (Mémoire sur V inscription d' A limés, p. 102-105), et qu’il traduit s’obscurcir ; de là s’effacer, disparaître, se détruire. Dans le cas même où le groupe écrit sur notre scarabée devrait être divisé en deux, les rapprochements que j’ai établis n’en subsisteraient pas moins; ce serait htm au lieu de htmm, forme plus rare; de plus, les déterminatifs ne sont conformes à aucun des exemples que j’ai rencontrés jusqu’ici, tandis qu’en admettant la séparation, ils seraient simplement omis, ce qui est assez fréquent. Mais je laisse à de plus habiles que moi le soin de décider.
1. Bulletin archéologique de V Athènœum français, juin 1856, p. 44.
Bibl. égypt., t. iv. 3
DEUX SCARABEES EGYPTIENS
C’est seulement par le rapprochement des symboles de ce genre et par la comparaison des anciens textes sacrés des habitants de la vallée du Nil, que nous parviendrons à l’intelligence des doctrines mystiques de ce peuple essentiellement religieux.
NOTICE