‹ Bibliothèque égyptologique (volume 2)Chapitre 3 sur 247 · Lettre à M. Longpérier; id. à M. de lîougé · texte numérisé non relu

Lettre à M. Longpérier; id. à M. de lîougé

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xerou, tels sont les derniers mémoires qu’il lui fut donné de voir paraître de son vivant.

Dans aucune des publications de Devéria nous ne trouvons la moindre mention des travaux souvent pénibles qu’il exécuta en Égypte avec Mariette. De ceux-là même qui pouvaient être les plus propres à servir la science, il ne devait pas faire profiter le monde savant, il ne devait personnellement en éditer aucune partie. Cela résultait, nous dit-il lui-même, d’une volonté exprimée par Mariette-Dey. Mariette aimait à rester l’unique foyer d’où rayonnât la lumière qu’il faisait jaillir du sol antique de l’Égypte : « C’est moi qui tire le vin, écrivait-il, il est bien juste que je le boive. » Et cependant tout semblait devoir rendre irréalisable pour Mariette ce vœu si contraire aux intérêts supérieurs de son œuvre : la surveillance de travaux multiples, le nombre et l’importance même de ses découvertes, sa santé très ébranlée, des ressources financières limitées, l’insuffisance du temps matériel et des contrariétés de toute» sortes. Il lui fallait des collaborateurs, et Devéria fut le premier d’entre eux pour la date. Cette association n’alla pas toujours sans éprouver quelques difficultés. Quelque zèle que Devéria ait mis au service des publications du musée du Caire, celles-ci, même après leur achèvement, lui causèrent plus d’un ennui.

Les deux premiers volumes des Fouilles en Égypte venaient d’être achevés; ils comprenaient les inscriptions du Gebel-Barkal et un choix de représentations et de textes fait dans le temple de Séti Ier à Abydos. Il ne restait plus qu’à mettre l’ouvrage en vente, mais Mariette ne pouvait s’entendre avec le vice-roi sur le nombre d’exemplaires à livrer comme équivalent de la souscription khédiviale, et

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il se plaignait amèrement à Devéria des obstacles qu’il rencontrait à cet égard auprès des ministres égyptiens.

Boulaq, 12 août 1868.

. . . Dieu vous préserve clés maux qui attaquent le moral et assombrissent la vie. On est aussi désagréable à soi-même qu’on est désagréable aux autres. Une autre cause de chagrin est dans ma position ici. Plus de fouilles, ou si peu, que cela ne vaut plus la peine d’en parler. L’Égypte à court d’argent, marchant à grands pas vers une vraie banqueroute, a bien autre chose à penser qu’à ses antiquités. Tout est ici en désarroi, rien ne tient debout, pas même les choses les plus indispensables, et déjà, en temps ordinaire, le Musée est une dix-septième roue à la voiture du vice-roi, comment voulez-vous qu’en ce moment on ne nous regarde pas comme des gens qui mangent un argent qu’on emploierait à des choses plus indispensables? Et mon ouvrage? Un volume fait. Mais figurez-vous que je ne puis pas le lâcher. Un dialogue s’établit entre le Gouvernement et moi : « A telle date on vous a versé tant, tant, tant et tant, pour la publication d’un ouvrage, cet ouvrage est-il fait? — Réponse : Oui. — Combien d’exemplaires avez-vous ordonnés? — Réponse : Quatre cents. — Où sont ces quatre cents exemplaires? Réponse : A Paris. — Écrivez à Paris et consigneznous ces quatre cents exemplaires. — Réponse : Ne m’en laisserezvous pas quelques-uns pour que je les distribue à mes amis et connaissances? — Aucun; nous avons payé l’ouvrage, il nous appartient : livrez-nous-le comme vous le devez, et nous en ferons nous-mêmes ce qu’il nous conviendra; on les partagera entre les dix-sept provinces de l’Égypte et les écoles de ces dix-sept provinces : ceux qui ne pourront pas lire le texte (qui est en français) comprendront toujours bien les images; ainsi exécutez-vous; nous vous avons commandé un ouvrage tiré à quatre cents exemplaires; nous avons été assez bons pour vous donner l’argent d’avance ; maintenant c’est à vous de nous faire livraison des quatre cents

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exemplaires en question; et à propos (ici une parenthèse) on vous avait recommandé d’introduire dans les planches quelques costumes pittoresques de la Haute-Égypte : l’avez-vous fait? — Réponse : Je m’en serais bien gardé. »

Voilà, mon cher ami, où j’en suis... Quant aux autres volumes, c’est-à-dire à la suite à donner à l’ouvrage, vous devez voir comme je songe à la demander... Vous voyez que mes tribulations à propos d’une chose qui est devenue ma vie même, ne sont pas faites pour me rendre bien gai. Si le besoin de finir mon ouvrage ne me retenait ici je vous donne ma parole que, vaincu par le dégoût, il y a longtemps que vous m’auriez vu revenir en France. Mais je comprends que l’ouvrage en question est un devoir, un vrai devoir, et que je dois mourir plutôt que de ne pas le faire. En manuscrit, Éléphantine, Assouan, Dendérah, Tanis, Abydos, tout prêts, et la moitié de Saqqarah. C’est trois ou quatre volumes que je puis mettre sous presse à l’instant même si j’avais l’argent. Mais où trouver l’argent? Le vice-roi ne dit ni oui ni non. Supposons que j’obtienne une subvention de l’État en France. Mais alors le viceroi se déclarera offensé, et il faudra donner ma démission, or l’ouvrage est impossible à faire si le Gouvernement, égyptien ne s’y prête pas...

Je viens de passer deux mois à peu près à Saqqarah pour mon ouvrage. J’y ai fait une forte besogne. Tous les tombeaux de l’Ancien Empire sont achevés, c’est-à-dire que je les ai tous copiés, mesurés, dessinés, et que le texte est prêt à mettre sous presse. L’ensemble comprend cent quinze tombeaux, tous de l’Ancien- Empire. . .

Cependant deux volumes des Fouilles avaient été mis en vente à Paris, à la librairie Franck, puis retirés de la circulation quinze jours après. Devéria, que Mariette avait oublié de prévenir de cette dernière circonstance, se plaignit de ne pas avoir reçu un exemplaire de l’ouvrage dont il avait

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dirigé la publication et exécuté toutes les planches. Mariette s’excusa de son mieux :

Paris, 25 juin 1869.

. Je ne vous ai pas envoyé un exemplaire de mon ouvrage,

parce que je n’en ai donné à personne au monde et que je n’en possède pas même un pour mon usage. Si l’éditeur Vieweg l’a annoncé, c’est contre mon ordre. S’il en a vendu douze exemplaires, ce sont douze exemplaires qu’il a réussi à avoir chez M. Goliier’. L’éditeur Vieweg ne s’est aucunement conformé à mes instructions, et quand j’ai vu qu’il mettait mon ouvrage en vente malgré mes ordres, je lui ai envoyé M. Desjardins, et je lui ai écrit pour lui annoncer que j’allais lui faire un procès. Voilà pourquoi vous n’avez pas reçu un exemplaire. Ceux qui en possèdent un l'ont acheté à l’éditeur Vieweg qui l’a vendu à mon insu et contre mes instructions les plus formelles. Après ces explications, vous ne vous étonnerez pas que je ne vous en aie pas offert un. Cet exemplaire vous revient de droit et il ne m’entre même pas dans l’esprit de le contester.

En réalité, l’éditeur n’était, pas si coupable : Mariette l’avait véritablement autorisé par lettre à vendre l’ouvrage, puis lui avait retiré l’autorisation par la lettre suivante, elles volumes vendus l’avaient été dans l’intervalle des deux courriers. Quoi qu’il en soit, l’édition fut retirée de la circulation, puis démembrée, et il n’en subsiste plus qu’une demi-douzaine d’exemplaires, mais les planches s’en retrouvent dans d’autres publications de Mariette, dans les Monuments divers et dans les deux volumes d’Abr/dos, où ceux-là seuls qui connaissent lecriture de Devéria peuvent les distinguer des planches dues à d’autres dessinateurs allemands, italiens ou français.

1. L’imprimeur-lithographe chez qui les planches avaient été exécutées à Paris.

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Devéria n’eut pas le chagrin de voir son œuvre ainsi dépecée et diminuée; il mourut à Paris le 25 janvier 1871. Gravement malade de la poitrine, il ne se soutenait depuis plusieurs années qu’en allant passer l’hiver à Cannes. Mais lorsqu'on septembre 1870 il vit Paris menace de l’investissement, il n’eut plus souci que des dangers que couraient les richesses archéologiques confiées à sa garde. Il refusa énergiquement de s’éloigner, malgré son mauvais état de santé. Dans la soirée du 10 janvier, par un froid intense, il fut forcé de quitter son appartement de la rive gauche atteint par les projectiles allemands. Peu de jours après, il était mort.

Malgré la menace des obus, quelques amis se réunirent pour lui rendre les derniers devoirs. Voici les paroles que M. A. Maury, membre de l’Institut, prononça sur sa tombe :

Messieurs, je ne veux pas laisser rendre à la terre la dépouille de Théodule Devéria sans lui adresser au nom de la Société des Antiquaires de France, où j’avais l’honneur d’être son collègue, un suprême et solennel adieu. La science archéologique perd en Théodule Devéria, un de ses plus estimables représentants, et l’érudition française gardera de lui le plus honorable souvenir. Né en 1831 dans une famille qui a donné à notre pays deux peintres éminents, Théodule Devéria, qui montra dès sa jeunesse les plus heureuses dispositions pour le dessin, aurait pu suivre avec succès la carrière où son père et son oncle se sont acquis une juste renommée; mais une vocation irrésistible l’entraînait vers l’étude de l’antiquité. Il s’attacha de préférence à l’archéologie égyptienne, qui, née à peine il y a un demi-siècle, promet à ceux qui s’y livrent tant de découvertes intéressantes et de révélations curieuses. Là en effet sa facilité à manier le crayon prêtait à Th. Devéria, pour ses recherches, un précieux secours. Th. Devéria fit dans la connaissance des hiéroglyphes de rapides progrès, il apprit à fond le copte

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