XLI V
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et, l’hébreu, il prit les conseils et suivit les leçons de notre éminent égyptologue, M. Emmanuel de Rougé, qui frappé de son rare mérite, le signala plus tard au choix du ministre pour la place de conservateur adjoint des antiquités égyptiennes au Louvre, à laquelle Th. Devéria ne tarda pas à être appelé. Un travail constant fit promptement de notre regretté collègue et ami un maître dans la science qu’il cultivait avec autant d’ardeur que d’abnégation. Mais atteint d’un mal qui minait ses forces sans abattre son courage et son énergie au travail, qui l’obligea souvent à se transporter sous un ciel plus doux, dans un climat où il pouvait espérer l’atténuation de ses souffrances, il ne put poursuivre longtemps la voie où il avait si brillamment débuté. Grâce aux soins touchants dont il était entouré, il aurait peut-être prolongé assez son existence pour nous faire jouir encore de quelques nouvelles productions scientifiques, mais les malheurs de la patrie sont venus s’ajouter aux douleurs de la maladie. Hélas! Th. Devéria est une victime de plus à joindre à celles déjà si nombreuses de l’impitoyable bombardement que subit en ce moment notre ville infortunée.
Je n’ai pas besoin, Messieurs, de vous rappeler toute l’étendue de la perte que nous faisons; vous l’avez connu, c’est dire que vous l’avez aimé ; vous avez apprécié les rares qualités de l’âme qui s’unissaient en lui aux dons de l’esprit., ce sentiment si délicat du devoir, cette sécurité du commerce, cette modestie qui n’avait rien d’affecté, cette piété filiale dont il fut toujours un modèle accompli, ce caractère excellent enfin qui lui avait concilié l’estime de tous...
Une extrême modestie avait dissuadé Th. Devéria de faire paraître quelques Mémoires qui, terminés, restaient dans ses cartons; son digne et savant successeur, M. Paul Pierret, publia quelques-uns d’entre eux, parmi lesquels nous citerons Y Hiéroglyphique 1 . 4L d' Horcipollon et Le Fer et l’Aimant. Grâce encore aux soins de M. Pierret, que nous sommes lieu-
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reux de pouvoir remercier ici, l’impression du Catalogue analytique des papyrus égyptiens du Louvre fut enfin terminée.
Chaque jour, dit. M. Renan en annonçant à la Société Asiatique l’apparition de cet ouvrage, nous fait davantage connaître ce que ce jeune savant avait accumulé de recherches et ce qu’il avait laissé de travaux en préparation. Le précieux catalogue que nous devons à Devéria et qui lui a coûté douze ans de travail renferme des analyses de textes entièrement neuves en caractères hiératiques, démotiques, grecs, arabes et latins.
J’ai laissé à M. Gabriel Devéria le soin de retracer brièvement la vie du frère qu’il a tant aimé : lui seul pouvait dire ce qu’avaient été ses débuts et ses préoccupations de chaque jour. Je n’ai connu Devéria que sur la fin, au mois de juillet et d’août 1867. Mariette m’avait confié le texte de la grande inscription d’Abydos, et j’en avais fait un mémoire que je cherchais à publier : l’éditeur Vieweg ne demandait pas mieux que de l’accepter, mais il voulait avoir sur la valeur de l’oeuvre le jugement d’un Égyptologue en renom, et il avait prié Devéria d’examiner mon travail. Ce ne fut pas sans une grande émotion que, normalien licencié quelques jours auparavant, je me présentai rue des Fossés-Saint-Jacques, devant le juge qui devait décider de mon sort. L’accueil de Devéria me rassura promptement : il parcourut avec moi le gros manuscrit que je lui apportais, m’indiqua quelques corrections nécessaires, me fournit des matériaux sur plusieurs points de mes recherches, et comme une seule soirée ne suffisait pas, il m’invita à revenir. Il fallut cinq ou six séances pour venir à bout du tout, et jamais la patience du
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maître et sa confiance ne se démentirent : j’avais bien quelque remords à le fatiguer, et la toux qui lui brisait la poitrine me faisait désirer parfois abréger nos conférences, mais le désir qu’il avait de rendre service à un débutant était plus fort que le malaise dont il souffrait, et il m’obligeait à rester avec lui jusqu’assez avant dans la nuit. Sa mère et sa plus jeune soeur veillaient sur lui avec anxiété, et j’emportais chaque fois de mes visites l’impression que l’Égyptologie ne tarderait pas longtemps à subir une grande perte.
Cette bienveillance inaltérable, beaucoup en ont ressenti les effets qui ne l’ont jamais oubliée. Il ouvrait volontiers ses portefeuilles aux confrères qui le consultaient, leur prêtait ses notes, se désistait en leur faveur de monuments qu’il songeait à publier lui-même. La maladie qui le dévorait l'empêchait de mettre à exécution les grands projets qu’il avait conçus dans sa première jeunesse. Seul son Catalogue forme un assez gros volume : c’est que, ce genre de travail rentrant dans sa tâche de conservateur, il avait pu y consacrer journellement les heures qu’il devait au Musée. Cette occupation quotidienne et sa faiblesse croissante ne lui permirent de mener à fin aucune œuvre de longue haleine. Il n’a publié que des dissertations assez courtes; travaillant lentement et souvent obligé de mettre un assez long intervalle entre ses efforts, il s’y reprenait à cinq ou six fois avant de rien achever. A peine avait-il mis son travail au point voulu, il se sentait saisi de scrupules irrépressibles, et il se demandait s’il ne ferait pas bien d’attendre quelque temps encore avant de livrer à l’impression ce qu’il venait de finir : nul que ceux qui l’ont connu ou qui ont eu en main ses papiers ne peut imaginer ce que lui coûtaient de peine à rédiger ces mémoires
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