‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 10 sur 171 · rue Taitbout · texte numérisé non relu

rue Taitbout

NOTICE BIOGRAPHIQUE

plaisir de faire la connaissance du professeur Lauth , de Munich, que j’ai rencontré par hasard devant la statue de Bakenkhons. C’est à cause de lui que j’ai prolongé mon séjour à Munich, où je suis resté dix jours. M. Lauth est un excellent homme, d’une rare modestie, fort simple dans ses manières, mais profondément versé dans les langues orientales. 11 enseigne le latin et le grec, s’occupe beaucoup de philologie comparée, du sanscrit, des langues indoeuropéennes, de l’hébreu et du copte, et a attaqué les hiéroglyphes avec succès. Il y est bien plus fort que je ne pensais, et plusieurs remarques intéressantes communiquées à M. Devéria par M. Waldemar Schmidt proviennent de lui. Malheureusement ses moyens ne lui permettent pas de faire f acquisition des ouvrages nécessaires à l'étude. Ce que j’ai vu chez lui, comme le Papyrus magique Harris, Recueil de Brugsch, Todtenbuch, etc., appartient à la Bibliothèque de Munich ; c’est là que M. Lauth fait ses études, et qu’il lit la Revue archéologique, qui le tient un peu au courant des dernières productions égyptologiques. Mais la Bibliothèque ne possède que les Denkmâler, l’ouvrage de Leemans, le Papyrus Prisse, etc.; les Select Papyri, d’Orbiney, les ouvrages et surtout les textes publiés en France y manquent. Ainsi M. Lauth ne connaît pas encore vos « Mélanges », quoiqu'il ait bien lu la critique de M. Birch. Il pense que l’objection de M. Birch, au sujet de l’orthographie philologique du nom des Hébreux, est mal fondée. J’ai profité de cette occasion pour demander à M. Lauth son opinion sur le système de transcription de MM. de Rougé, Devéria et Brugsch. II l’approuve non seulement comme système de convention, mais aussi du point de vue philologique; voici, à peu de chose près, son explication : Le ghimmel peut avoir existé dans les temps de l’ancien empire égyptien, mais avoir été perdu dans le courant des siècles, comme le sifflement du th 6, pris du grec par le gothique ; il n’existe plus dans la langue allemande, mais s’est conservé dans la langue anglaise. Le qhoph hébreu et le sont identiques ; l’un et l’autre ont dû sonner comme ng ou nk (la

par Sisak ; le

preuve : la transcription du nom de

mot en démotique lianq; le mot ^ ^ dans les langues

indo-européennes — hunger. Le x a été employé par M. Lauth, dans son ouvrage sur l’alphabet publié en 1855, pour rendre la

DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACIv

gutturale / i\ le son du x latin a été dans l’origine /, lequel se liait fréquemment avec l’s, de manière qu’on mettait finalement, au lieu de x.s (par exemple dans Se/stus), x avec la valeur de ks ; cette contraction a été causée par la disparition graduelle du son /i de la langue latine.

Enfin le et le zade sont identiques et peuvent très bien

être transcrits par z; il en est autrement de h , qui ne change pas avec et doit être transcrit différemment.

Je ne vous garantis pas que j’aie bien rendu les paroles de M. Lauth, quoique je les aie notées presque immédiatement. Dans ce moment-ci, je prépare pour M. Lauth un envoi de publications égyptologiques ; je lui ai destiné tous mes doubles. Si, de votre côté, vous pouvez disposer de quelques exemplaires de vos derniers mémoires, je vous serais obligé si vous vouliez me les envoyer, pour les joindre à mon envoi. M. Devéria m’a promis toutes ses publications, et je ferai la même demande à M. de Rougé. Le professeur de Munich pourra rendre des services très notables à la science, laquelle a bien besoin d’être propagée dans le Midi de l’Allemagne. Il a été un peu maltraité par MM. de Rougé et Devéria ; un article sur les Hyksos, envoyé par lui au premier, a été passé sous silence. Malgré tout cela, le digne professeur n’en veut pas à ces messieurs.

Je vous envoie par ce courrier le Moniteur d’aujourd’hui, qui contient votre éloge... J’espère que le monde égyptien aura bientôt de vos nouvelles...

Chabas donna de ses nouvelles à son ami en lui envoyant ses Recherches sur le nom de Thèbes; un autre exemplaire était destiné à Lauth. Nous avons dit ailleurs 1 que, parmi des observations de grande valeur, ce mémoire présentait une hypothèse qui n’a pas prévalu dans la science ; M. de Horrack, dans sa lettre du 23 avril 1863, fit judicieusement quelques réserves au sujet de cette hypothèse :

Votre mémoire est des plus intéressants, et je vois que vous 1. Voir Bibliothèque êgyptologique, t. IX, p. xlvi.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

avez dû passer bien des heures sur les Denkmâler. La lecture de ab ou ob pour le signe j a cependant besoin d 'être confirmée par des variantes plus concluantes. Je vous demande encore pardon de vous exprimer mon opinion d’écolier. Pour la lecture ius pour le signe en question, j'avais noté dans mon dictionnaire une variante intéressante ; la voici :

Sallier II, 13/7 :

Anastasi VII, 10/4 :

‘ïüh

/WNA j) n <c i>

* II'l^

M. Lauth a rapproché le mot = "| — usr du copte

&*.ujop, vulpes. Il y a du bon là-dedans.

M. de Horrack ajoutait qu’il avait été un peu ému de la vivacité des observations que l’avertissement préliminaire du mémoire de Chabas contenait à l’adresse d’E. de Rougé. On sait qu’à son cours du Collège de France, celui-ci, tout en louant le travail de Chabas sur la stèle des Mineurs d’or, avait critiqué l’auteur de n’avoir pas dit un mot de la traduction antérieure de Brugsch. Chabas, qui n’avait pas connu ce travail antérieur de Brugsch, s’était cru cependant accusé de plagiat, ce qui fait comprendre la vivacité de sa réplique1 2 3. Mais M. de Horrack était fort ennuyé de ce conflit entre ses deux maîtres, et se reprochait d’en avoir innocemment été la cause, en envoyant à Chabas :l un compte rendu trop fidèle de la leçon d’E. de Rougé. Il s’appliqua donc à faire comprendre à Chabas que l’intention d’E. de Rougé n’avait pas été de l’accuser d’avoir plagié, mais simplement d’avoir ignoré le travail de Brugsch, et s’efforça, de concert avec Devéria, de rétablir l’entente entre les deux

1. Ces citations sont en écriture hiératique dans la lettre de M. de Horrack.

2. Sur cet incident, voir Bibliothèque égyptologique, t. IX, p. xlvi-

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