Chabas les reçut au mois de mars
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Arrive M. Passalacqua, qui s’étonne qu'on a osé enlever son papyrus, et qui me fait entendre très clairement que c 'était à lui, Directeur du Musée égyptien , qu'il en fallait demander la permission. Je m’excuse de mon mieux; il vient me trouver chaque jour dans la salle d’étude, et nous devenons de très bons amis. Huit jours s’étaient passés de cette façon, lorsque M. Lepsius eut besoin de la salle pour son cours égyptologique. Il y pénètre pendant mon absence, voit le papyrus à découvert, flanque un savon au gardien pour l'avoir retiré sans sa permission , et me rend une visite le lendemain chez mon beau-frère, pour m’inviter... à diner chez lui. Je ne l’avais pas vu depuis que je fus installé dans la salle d'étude, quoiqu’il fût venu plusieurs fois au Musée. Le gardien lui avait dit que « ce Monsieur » causait beaucoup avec M. Passalacqua. J’appris alors l’extrême jalousie qui règne parmi les égyptologues à Berlin, où M. Lepsius veut dominer d’autorité, en ne souffrant pas de rival, et en écrasant tous ceux qui pourraient lui faire ombrage. Ceci est littéralement vrai, et je vous raconterai un jour comment il s’est conduit vis-à-vis de M. Brugsch.
Mais il faut prendre les hommes tels qu’ils sont. J’ai passé un dimanche bien agréable dans la famille du professeur, qui est un homme charmant dans son intérieur ; il a une femme très aimable et une nombreuse famille (6 enfants si j’ai bien compté). Son Dictionnaire est arrangé d’une manière très incommode. C’est une petite armoire pourvue de nombreux tiroirs ; chaque tiroir subdivisé dans une vingtaine de compartiments; ces derniers sont classés, non pas d’après l'ordre alphabétique, mais d’après les signes idéographiques. Ce sont ces petits compartiments qui contiennent des cartes de 10 centimètres de long sur 7 de large, sur lesquelles sont notés les groupes hiéroglyphiques et l’endroit où on les trouve. Cette armoire est placée à une certaine distance du bureau du professeur, de manière qu’il doit être continuellement sur les jambes s’il veut faire usage de son Dictionnaire. Pour s’y retrouver, il a une grande table qui contient une liste de tous les signes et qui indique le compartiment où se trouvent les fichescartes correspondantes. Je m’abstiens de tout commentaire sur ce système.
M. Lepsius m’a parlé dans les termes les plus flatteurs de vos
DE PHILIPPE-JACQUES DE HORRACK
travaux ; il n'y a que votre nouveau système de transcription qu’il n'approuve pas, et il est certain que tôt ou tard vous serez obligé de l’abandonner. Quant à vos types, je crains qu’ils ne soient pas beaucoup avancés; j’ai cru avoir remarqué qu’il n’aimait pas que je me mêle de cette affaire ; aussi, n’ai-je pas insisté aie tourmenter à ce sujet.
Dans son cours, M. Lepsius traite des pyramides, etc., en laissant la philologie entièrement de côté.
J’ai appelé son attention sur l’article du Moniteur, du 25 janvier, relativement à la table d’Abydos, découverte par M. Dümichen. Cet article, ainsi quelecompte rendu delà séance de l’Académie, publié dans le dernier numéro delà Revue, est de la plume deM. Ernest Desjardins. C'est une véritable fanfaronnade, qui contient des inexactitudes et des contradictions. M. Lepsius ne mérite aucun reproche. On pourrait tout au plus reprocher à M. Dümichen de n’avoir pas dit qu’il a copié la table dans la partie du temple d’Abydos récemment déblayée. Quant à « la copie dérobée à Mariette » dont parle M. Desjardins, c’est une absurdité. Si je trouve le numéro en question du Moniteur, je vous l’enverrai, car il se pourrait que cet article vous ait échappé. Il vaut la peine d être lu.
Je regrette beaucoup de n’avoir pu vous soumettre le beau calque que j’ai pris du papyrus de Nainai... Je l’ai traduit complètement avec fort peu de lacunes...
Aussitôt que j’aurai plus de loisir, je profiterai de votre aimable offre pour vous consulter sur plusieurs points de mon travail. J’ai l’intention de lithographier moi-même le papyrus, et de le publier avec traduction et analyse.
Cette lettre' montre que M. de Homick fut un peu l’inspirateur de la campagne entreprise par Chabas pour défendre Lepsius et Dümichen contre les attaques inconsidérées d’Ernest Desjardins. Il n’avait évidemment pas prévu l’extension que Chabas donnerait à cette campagne ; mais il se déclara jusqu’au bout son approbateur. Il en devait résulter quelques discussions avec Devéria, lorsque celui-