‹ Bibliothèque égyptologique (volume 3)Chapitre 51 sur 171 · Papyrus magique Harris, pl. IX, lig. 1 et suivantes · texte numérisé non relu

Papyrus magique Harris, pl. IX, lig. 1 et suivantes

NOTE SUR UN HYPOCÉPHALE

Dans le premier tableau de l’hémisphère opposé, on voit d’abord un dieu à deux faces, la tête couronnée de deux plumes, tenant dans sa main gauche une enseigne surmontée d’un chacal. C’est Ammon, le dieu suprême de Thèbes, identifié avec Ra, le soleil, sous le nom d’Ammon-Ra. Il reçoit, sous ce titre, toutes les qualifications qu’on attribue à ces deux divinités, et représente, suivant M. Devéria, à la fois le principe invisible et mystérieux d’ Ammon, et le principe visible et lumineux de Ra ; ou bien le principe double et simultané de père et de fils. La barque contient l’arche d’Osiris mort. Le scarabée, ayant d’un côté le nom d’Osiris, de l’autre celui d’Isis, symbolise la procréation du nouvel Osiris, de cet enfant qu’Isis reforma au moyen des débris du corps démembré de son époux’. C’est le type le plus naturel et le plus saillant, dans la mythologie égyptienne, de la renaissance après la mort. D’autres exemplaires ont ici la génération céleste et éternelle du soleil, représentée par la déesse Nu, le ciel, se penchant, les bras baissés, au-dessus du scarabée, le principe masculin de la génération. Ces symboles s’appliquent surtout à la reconstitution matérielle de l’être. De l’autre côté du dieu bicéphale, un épervier, déployant ses ailes au-dessus d’une barque, symbolise plus spécialement la résurrection de l’âme. Au-dessus de l’épervier on remarque l’oiseau qui sert à écrire le mot ba, âme, et le devant d’un bélier exprimant par synecdoche l’idée bélier, autre symbole de l’âme. Le signe du pluriel accompagne ces deux mots ; mais cette forme est souvent employée pour exprimer le substantif même au singulier, ainsi qu’on le voit dans les papyrus hiératiques.

Au second tableau, le soleil, sous l’image de Num-Ra à quatre têtes de bélier sur un seul cou, reçoit les prières de huit cynocéphales, dont quatre sont placés à droite, et quatre

1. Comparez Chabas, Hymne à Osiris, p. 12 [; cf. Chabas, Œuvres diverses, t. I, p. 108-109]. C’est à l’obligeance de ce savant que je dois l'explication de ce symbole.

NOTE SUR UN HYPOCÉPHALE

à gauche du dieu. Le sens mystique de l’ensemble de cette scène n’est pas encore bien éclairci ; nous pouvons cependant expliquer un détail important relatif aux cynocéphales. On savait que ces singes étaient consacrés à Thoth, l’Hermès des Grecs, mais leur identité avec les dieux sesenu, que le Rituel mentionne si souvent, n’a été prouvée que tout récemment par M. F. Chabas, dans son remarquable travail sur le Papyrus magique Harris1. Ce savant constate que ces huit dieux [1 11 o ^ , ou bien sesenu, sont en

rapport étroit avec la ville de |l|l ou Sesenu,

littéralement la ville des huit, que les Coptes ont nommée ujAjtoim, et qui n’est autre que Hermopolis Magna, où Thoth, le grand Hermès, auquel les cynocéphales étaient consacrés, avait son temple principal. Num-Ra, à quatre têtes de bélier, représente, suivant M. Devéria, l’esprit des quatre vents ou quatre points cardinaux, l’âme du monde terrestre. Deux cartouches contenant des serpents et deux cérastes complètent le tableau.

L’inscription circulaire, qui se lit sans difficulté, constate que l’hypocéphale appartenait à la dame Tatu. En voici la traduction :

« O Ammon des Ammon2, qui es au ciel d’en haut, dirige » ta face vers le corps de ton fils Rn3 ; maintiens-le en bon » état; conserve-le4 dans le Ker-neter ; tourne ta face vers

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