‹ Bibliothèque égyptologique (volume 4)Chapitre 11 sur 35 · Redouté, peintre, membre de l’Institut d’Égypte · texte numérisé non relu

Redouté, peintre, membre de l’Institut d’Égypte

2. Balzac, 1725-1820, architecte et dessinateur, inspecteur en chef des travaux publics à Paris.

» colossale comme les monuments qui l’ont fait naître. Que » ces monuments colossaux et éternels soient aussi la mesure » de notre amitié, qu’ils ont vu naître! »

Cotte amitié, en effet, ne fit que se développer pendant les longues années que Jol lois et de Villiers consacrèrent aux travaux de la Commission d’Égypte. Leur collaboration amicale et désintéressée se prolongea jusqu’en 1826, époque où la publication prit fin. Le Gouvernement de la Restauration avait tenu à honneur d’achever l’œuvre entreprise par le Gouvernement impérial, et il y réussit fort heureusement. Les deux lettres suivantes donnent quelques indications sur les conditions dans lesquelles l’entreprise se termina:

Berthollet à Jomard

Ce 19 décembre...

« J’ai vu ce matin le Ministre. Il m’a dit que Sa Majesté avait pris définitivement une décision sur l’ouvrage d’Égypte. Malheureusement Elle a beaucoup rabattu les propositions du Ministre. Elle a borné à 23.000 francs annuels la récompense qu’Elle accorde aux coopérateurs. Elle a pris leur liste, et réglé Elle-même la distribution; le maximum est de 1.200, le minimum de 250. Les fonds sont pris sur la caisse d’amortissement, et la pension doit courir dès à présent. On laisse les traitements pendant deux ans, un exemplaire pour chaque coopérateur, mais il ne sera donné qu’au bout de deux ans. Quatre cent mille francs sont accordés dans le budget, pour cette année. J’ai représenté combien la récompense correspondait peu à ce que vous aviez en particulier droit d’attendre, mais il m’a dit que Sa Majesté ne regardait Ellemême ce qu’Elle accordait que comme un cadeau, et que l’on placerait convenablement tous ceux qui seraient susceptibles de l’être. Il m’a ajouté qu’il ferait lui-même tout ce qui dépendrait de lui à cet égard, et qu’il regarderait ce soin comme un devoir.

INTRODUCTION

» J’avais mal interprété ce qu’il m’avait dit sur la nouvelle Commission. Elle n’a réellement pour objet que la vente de l’ouvrage, mais sa confection continuera d’être dirigée par la Commission actuelle. J’ai l’honneur de vous saluer.

» Berthollet. »

JotnarcV à Jollois, ingénieur en chef à Orléans

6 janvier 1826.

(( Nous sortons, mon cher Jollois, de l’audience royale. Je t’ai bien regretté. Tu aurais été témoin de l’accueil bienveillant que le Roi a fait à la députation. Le Ministre l’a présentée, mais n’a pas fait de discours. Le général Lafont, comme président, a adressé la parole au Roi, qui a répondu avec une bonté infinie, et qui a même mis beaucoup d’attention aux cinq volumes de planches. Le nouveau était le volume interminable d’histoire naturelle, bien beau, mais bien difficile à arracher. Les quatre autres : Antiquités, volume V, Géographie, État moderne, étaient seulement complétés. La partie qui paraîtra est formée de 156 planches de tout format. Le texte qui était sous les yeux du Roi est de 1.000 à 1.200 pages; le reste est à l’impression. On le tirera, pendant qu’on va imprimer toutes les planches, qu’on assemblera les livraisons d’exemplaires, etc.

» Le Roi a beaucoup parlé d’Alexandrie, du débarquement des Anglais, du Caire, des Pyramides, de l’isthme de Suez et de la mer Rouge. Il a beaucoup remercié et félicité les membres de la députation. La Dauphine présente a dit en riant qu’elle ne se souciait pas beaucoup d’aller au Caire, etc., etc.; le Roi, que cet ouvrage faisait honneur à la France, qu’il valait ce que les Anglais ont fait de plus beau.

1. Jomard, 1778-1862, élève de l’École polytechnique, ingénieur géographe, secrétaire de la Commission de publication, membre de l’Institut.

INTRODUCTION

La Dauphine a paru aussi prendre intérêt à la présentation, d’où je conclus que le Ministre lui fera donner un exemplaire de l’ouvrage...

» Jomard. »

La part prise par Jollois aux travaux de la Commission d’Égypte avait été considérable, ainsi qu’on en peut juger par la liste suivante des mémoires et des planches, qu’il publia soit seul, soit en collaboration :

1° Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens. (Antiquités, Mémoires.) Tome I, p. 427 à 494, avec deux planches, et atlas de la Description de l’Egypte, vol. I, planches 79 et 87, et vol. IV, planches 20 et 21.

2° Description d’Esné et de ses environs. (Antiquités, Descriptions.) Tome I, p. 1 à 26.

3° Description générale de Thèbes. (Antiquités, Descriptions.) Tome I.

4° Dissertation sur la position géographique et l’étendue de Thèbes, et recherches historiques relatives à cette ancienne capitale. (Antiquités, Descriptions.) Tome I, p. 415 à 443.

5° Description des monuments astronomiques découverts en Égypte. (Antiquités, Descriptions.) Tome I, 16 pages.

6° Description des antiquités de Denderah et des ruines de Keft et de Qous. (Antiquités, Descriptions.) Tome II, 62 pages.

7° Description de Syout et antiquités qui paraissent avoir appartenu à l’ancienne ville de Ly copolis. (Antiquités, Descriptions.) Tome II, 16 pages.

Jollois eut de Villiers comme collaborateur pour tous ces travaux. Un seul mémoire porte, en même temps que sa signature, celle de Dubois-Aymé ; il est inséré dans le tome II j des Antiquités, Descriptions, et intitulé : « Description des principales ruines situées dans la portion de l’ancien Delta comprise entre les branches de Rosette et de Damiette. »

INTRODUCTION

La contribution de Jollois au travail des planches destinées à l’ouvrage de la Commission d’Égypte fut encore plus considérable, puisqu’elle s’étendit à cent quinze dessins d’importance diverse.

Au cours des travaux de la Commission, Jollois reprit ses fonctions dans le corps des ponts et chaussées. Il fut ingénieur du département de la Seine jusqu’en 1819, ingénieur en chef du département des Vosges, puis de celui du Loiret, et enfin directeur des ponts et chaussées du département de la Seine. En toute circonstance, il se montra un ingénieur très actif et fort compétent, mais, en même temps, il sut demeurer fidèle à ce goût pour l’archéologie que l’étude des ruines égyptiennes avait si bien développé en lui.

L’exercice de sa profession lui procurait des facilités particulières, pour ses recherches sur le passé de l’ancienne France. Il en usa largement dans les différents départements où il fut appelé à fixer sa résidence.

Tous ces travaux’, qui contribuèrent à accroître la noto-

1. Les résultats des travaux de Jollois sont contenus dans les mémoires

suivants :

Histoire de Jeanne d’Arc 1821

Mémoire sur le Donon 1821

Mémoire sur les Antiquités de Gran 1823

Mémoire sur les fouilles faites à la fontaine de l’Étucèe à Orléans 1825

Notice sur l’exploration du cimetière romain de l'ancienne Gabris ( Giècrcs ) 1830

Mémoire sur les antiquités du grand cimetière d’Orléans 1831

Mémoire sur un coffre déposé cc l’église Saint-Aignan Histoire du siège d’Orléans par les Anglais (couronné par l’Académie des Inscriptions) 1831

Mémoire sur les antiquités troucées dans les fouilles du Canal de Bourgogne 1832

Description de tous les monuments èlcccs ci Jeanne d’Arc

Lettre te la société des Antiquaires de France sur l’ern-

INTRODUCTION

riété de Jollois, le firent admettre à la Société des Antiquaires de France, dont il devint d’abord vice-président, puis président en 1835. Il était candidat à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres où, en 1832, il avait brigué la succession de Champollion le Jeune, en même temps qu’il recherchait la place demeurée vacante de conservateur du Musée égyptien. Ses titres avaient la plus grande chance d’être accueillis surtout depuis qu’en 1840, l’Académie des Inscriptions lui avait décerné la première médaille d’or pour les antiquités nationales, à l’occasion de son mémoire sur les antiquités romaines et gallo-romaines de Paris, mais la mort vint trop tôt le surprendre le 24 juin 1842.

Jollois, qui n’avait pas d’enfants, laissait une veuve, Amélie Soufflot, petite-nièce du célèbre architecte de Sainte- Geneviève, et, comme lui, d’origine bourguignonne. Ses papiers se partagèrent entre sa famille et celle de sa femme.

Je dois ici un souvenir reconnaissant à la mémoire de M. Henri Jollois, ingénieur en chef des ponts et chaussées, son neveu, dont l’obligeance m’a permis de combiner les documents qu’il possédait, avec ceux dont je disposais moimême. Parmi ces derniers, figurent les notes fournies à Prosper Jollois par quelques-uns de ses anciens compagnons en Égypte, alors qu’il était secrétaire de la Commission et qu’il collaborait avec de Villiers. La plus importante est assurément celle de Fourier, et c’est une bonne fortune pour nous de pouvoir la joindre à cette publication. Les extraits

placement du fort des Tourelles et de l’ancien pont d'Orléans 1834

Mémoire sur les antiquités du département du Loiret (couronné par l’Académie des Inscriptions) 1836

Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges 1842

Mémoire sur les antiquités romaines et gallo-romaines de Paris (publié par l’Académie des Inscriptions dans la Collection des Mémoires présentés par divers savants) 1846

Bibl. égypt., t. vi. 3

INTRODUCTION

des journaux de Jomard, de Delille 1 , de Saint-Genis, de Corabœuf, de Descostils et de Balzac présentent également un certain intérêt. Ils complètent en tout cas, fort utilement suivant nous, les renseignements recueillis directement par Jollois., dont ils furent plus d’une fois, sur les lieux mêmes, les très consciencieux collaborateurs.

Quant au journal de voyage de Jollois, ou plutôt ses notes, il m’a paru préférable de n’en tirer pour ce volume que ce qui présentait un intérêt incontestable, et de laisser de côté certaines observations un peu banales du voyageur jeune et inexpérimenté qu’il était encore au moment de son arrivée en Égypte.

Il y aurait peut-être d’autres détails intéressants pour l’histoire de l’Expédition d’Égypte, à glaner dans la correspondance de Jollois avec ses compagnons. Cette correspondance ne méritant pas d’être publiée dans son entier, je n’ai pas cru pouvoir me dispenser d’en extraire tout ce qui se rapportait aux matières traitées dans le journal, et ce qui pouvait, dans une mesure quelconque, mettre en relief la manière de vivre et les occupations des membres de la Commission des Arts et de l’Institut d’Égypte.

Pierre Lefèvre-Pontalis.

1. Delille (RaSeneau), ingénieur des ponts et chaussées, plus tard inspecteur général.

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