J. -B. -P RO S PER J O L LOIS
D'après le dessin de Duterlre
Le 13 messidor an VI, nous arrivâmes en vue d’Alexandrie, entre onze heures et midi.
Le même jour, à quatre heures du soir, s’effectua le débarquement. Toutes les embarcations des différents bâtiment reçurent l’ordre de débarquer des hommes et de se ranger autour d’une galère montée par le général en chef et les généraux de division. Toutes les barques étant rassemblées, on força de rames. Il était quatre heures du soir, un vent assez violent soufflait, la mer était très grosse; les marins les plus robustes cédèrent à son influence. Enfin, l’on mit pied à terre, sur les huit heures du soir, près de la tour carrée des Arabes. Aucun ennemi ne s’opposa au débarquement. L’armée s’avança une partie de la nuit, et le général en chef donna lui-même, dit-on, à la colonne de Pompée, le signal de l’attaque sur Alexandrie. Il s’était
NOTES DE VOYAGE EN ÉGYPTE
exposé; on forma autour de lui un bataillon carré, et il dormit enveloppé dans son manteau. Il est probable qu’il ne comptait pas éprouver de résistance.
Le 14 messidor, on reçut de l’amiral de l’escadre l’ordre de débarquer tous les savants et artistes des vaisseaux de guerre sur les frégates qui devaient entrer dans le port. Cet ordre, que l’on ne reçut que très tard, ne fut mis à exécution pour nous que le lendemain. Nous ressentîmes enfin une joie bien vive de voir la terre, de quitter la prison, où nous tirions de notre propre fonds le peu de jouissances que nous éprouvions, où nous ne vîmes que des marins en général grossiers et sans éducation, ne sachant de leur art que la nature.
Fort heureusement, j’avais connu, pendant la traversée, Souhait, Bonnard, Fauvi, Desmoulins, Portai' et Protain5; et depuis Malte jusqu’à Alexandrie, je m’étais occupé beaucoup d’italien, de physique, etc.
Nous quittâmes donc le Guerrier à six heures du matin et nous allâmes sur la frégate vénitienne la Montenotte. Nous étions tombés de Charvbde en Scylla. Arrivés à ce bord, nous ne trouvâmes personne pour débarquer nos effets. Le capitaine parut bientôt d’une manière qui ne nous fit pas bien augurer de l’agrément que nous aurions à être avec lui, mais peu nous importait; nous allions descendre à terre!
Cinq heures suffirent à peine pour appareiller, malgré les cris, les encouragements, les sollicitations, les menaces du pauvre capitaine, qui ne savait comment s’y prendre pour faire travailler son monde.
Il faisait sonder à chaque instant et parvint, non sans avoir beaucoup sué, beaucoup crié, beaucoup questionné tous les passants, à nous amener au port, sans danger.
On lui prodigua des applaudissements qui parurent lui