‹ Bibliothèque égyptologique (volume 4)Chapitre 17 sur 35 · Panhusen, secrétaire interprète de Kléber · texte numérisé non relu

Panhusen, secrétaire interprète de Kléber

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des maisons d’Alexandrie. Elles sont ici toutes en briques; des colonnes, débris d’anciens monuments, les décorent bizarrement. Il règne dans leur emploi la même barbarie qu’à Alexandrie, et l’on rencontre aussi des chapiteaux servant de bases et des quartiers totalement ruinés, où se trouvent toute sorte d’immondices et de malpropretés.

Le 27, j’ai, avec les naturalistes, empaillé des oiseaux, produits de la chasse qu’ils avaient faite le matin.

Le 28, promenade dans une île du Delta, près de Rosette. Le soir, se fit la fête du 14 Juillet : le général Menou, assis devant sa porte et ayant à ses côtés le muphti et deux autres officiers de la ville, environné des soldats de la garnison et de leur musique, fit exécuter des airs et des marches patriotiques. Ensuite, il fit prêter au muphti et aux autres officiers serment de ne rien faire qui pût nuire à l’armée française. Le général, de son côté, donna l’assurance que leurs propriétés seraient respectées. Chacun d’eux fit la lecture du serment séparément, et, après chaque lecture, on exécuta des airs patriotiques. Cette espèce de cérémonie terminée, l’aviso tira des coups de canon et l’infanterie fit un feu roulant. On reconduisit ensuite le muphti dans son palais. Nous terminâmes cette journée par une course dans la ville ruinée, au milieu des tombeaux des Mahométans.

Le 29, alerte occasionnée par l’arrivée de quatre Arabes Bédouins, venus pour piller et dévaster. La peur, qui grossit tout, accrédite mille bruits absurdes sur l’armée française, dont on n’a pas encore eu de nouvelles.

Le 30 (18 juillet), promenade dans la seconde île formée par le Nil, au-dessus de Rosette.

Le 1er thermidor an VI (19 juillet 1798), promenade à la tour des Aboumandours. C’est un vieil édifice carré, sapé par ses fondements et qui menace ruine.

Le 3 thermidor, la nuit fut très fraîche. Les avisos, les chaloupes, les canonnières, lès galères remontent le Nil.

Le 5 thermidor, promenade du côté de la tour des Abou-

mandours. Nous rencontrâmes le général, avec lequel nous entrâmes dans un jardin d’Ibrahim-Bev, devenu propriété de la République française... En sortant de ce jardin, nous revîmes le quai de Rosette. Nous y aperçûmes trois tronçons de colonnes en granit, dont deux étaient accouplés; ils ôtaient sur le bord du Nil. Il est certain qu’ils n’étaient pas là à leur ancienne place; le rapprochement extrême de deux tronçons qui ne se trouvent pas dans le même alignement que le troisième concourt à le prouver. Plus loin, nous vîmes un tronçon de même diamètre et qui nous paraît avoir été pris pour faire des meules.

Le 6, je me suis occupé de faire des lunettes pour garantir mes yeux du trop vif éclat du soleil. Les maladies des yeux qui se répandent parmi les soldats m’ont déterminé à prendre tous les moyens possibles pour conserver cet organe précieux.

Le 9, on apprend la prise du Caire. Les troupes françaises s’en étaient emparées dès le 1er messidor, et le 5, le général en chef n’y était pas encore entré. On apprit que Tallien était arrivé le 8 à Alexandrie.

Le 10, on célébra la prise du Caire, et les nouveaux muplitis ou commandants nommés par le peuple furent décorés de l’écharpe tricolore. Une promenade civique dans l’intérieur de la ville, au son des instruments de musique et des tambours, fut le résultat de la fête, qui fut terminée par une décharge de canons de la part des avisos français, en station sur le Nil devant Rosette.

Le 13 (31 juillet), nous fîmes une promenade autour des jardins, sur la lisière du désert. Nous trouvâmes une assez grande quantité de plantes, qui servirent à nous donner des applications de la méthode de Linné, dont nous nous sommes occupés sérieusement. Cette promenade fut une des plus agréables que nous ayons faites. Si jamais je travaille à l’ouvrage dont j’ai tracé le plan, je me la rappellerai.

Le logement que nous occupions à Rosette l’avait été par

Bibl. ÉGYPT., T. VI.

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un général. La maison était assez vaste ; elle appartenait à un négociant français ; elle était vraiment inhabitable ; des monceaux d’ordures, des saloperies remplissaient les chambres. Nous nous établîmes dans la chambre la plus modeste, c’est-à-dire la plus petite. Une cage en bois de palmier nous servit de lit pour la première nuit. Nous avons été ballottés pendant trois jours ; nous y dormions bien, à cela près que nous eûmes les reins rompus. Le lendemain, nous nous occupâmes d’approprier notre appartement ; nous y jetâmes du vinaigre des quatre voleurs. La crainte que nous avions de la peste, qui était encore à Rosette, nous empêcha de disposer des matelas qui se trouvaient dans la maison. Il fallait se nourrir, on forma une gamelle ; tous contribuèrent de leur argent et de leur personne. Chacun de nous fut chargé, à son tour, d’aller à la provision et de faire la cuisine. Notre gamelle ne tarda pas à s’augmenter par l’arrivée de plusieurs membres de la Commission des Arts; la cuisine s’améliora sensiblement, on se monta une batterie. Nous eûmes jusqu’à trois domestiques, tous ci-devant esclaves à Malte. Huit à dix jours après notre arrivée à Rosette, nous eûmes des rations de pain, de viande et de vin, ce qui nous mit parfaitement à l’aise, et fit qu’en dépensant très peu par jour, nous faisions un très bon repas.

Nous nous occupâmes, la gamelle étant ainsi établie, de nous procurer le plus de commodité possible, dans notre petit appartement. Nous nous construisîmes d’abord une table ; notre lit, ou plutôt notre cage nous servit de banc. Nous améliorâmes notre coucher en étendant dessus une espèce de matelas de chanvre que nous recouvrions d’une natte. Notre porte-manteau nous servit d’oreiller.

Deux espèces d’animaux nous incommodent la nuit, les puces et les cousins. Notre chambre a à peu près huit pieds carrés; nos cassettes, notre table et notre cage, voilà quels en sont les meubles. Comme elle est assez étroite, nous suspendons notre cage à la muraille.

Nous nous occupons de mettre au net les maisons dont nous avons recueilli les dessins à Malte et à Alexandrie, et j nous relevons les plans de plusieurs à Rosette. Nous nous occupons de botanique et de lectures analogues.

Le grand nombre de Français venus à l’expédition m’a donné l’occasion de rompre la monotonie de mes promenades. Parmi nous se trouvent des zoologistes, des entomologistes, des botanistes. Ce sont ces derniers qui fixèrent mes regards ; ils étudient paisiblement la nature.

Le 14, j’étais sorti sur les quatre heures du soir; j’avais beaucoup travaillé, car j’ai pour habitude de travailler le matin jusqu’à l’heure du dîner, j’avais besoin de me reposer, je m’acheminai vers la promenade.

Suivi de quelques amis, je m’étais avancé assez loin, en suivant la lisière du désert. Le soleil approchait déjà du terme de sa course; il était six heures, lorsque, tout à coup, un bruit sourd vint frapper mes oreilles, et recommença une seconde, une troisième fois. On distingue parfaitement le bruit du canon. D’où peut-il venir, sinon de la flotte? Elle ! est attaquée. Mon premier mouvement fut de me transporter à la tour carrée des Aboumandours ; j’aurais été spectateur du combat. Mais, tourmenté d’inquiétude, je rentre chez moi; tous mes camarades me confirment que c’est la flotte qui se bat.

Je monte sur la terrasse de la maison ; la nuit était obscure et laissait apercevoir de nombreux éclairs formés par la lumière du canon. Les vaisseaux lâchent leurs bordées ; un bruit effroyable succède aussitôt, un carnage affreux se continue. Oh! qu’elle est terrible la pensée d’un combat naval ! J’étais absorbé dans ces pénibles réflexions, lorsqu’une lueur blanche continue, qui s’augmenta par degrés, vint frapper nos regards. Elle s’accrut assez rapidement, et , bientôt, nous ne doutâmes plus qu’un vaisseau était en feu. Il ne cessait de lâcher sa bordée, voguant au gré des vents. Enfin, le feu ayant probablement gagne la soute aux poudres,

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le vaisseau sauta. Rien de plus effrayant et de plus beau !... Le combat parait cesser. Je me retire, mais dans quel état cruel d’incertitude! Je ferme à peine les yeux.

Le 15, je cours à la tour des Aboumandours. Le combat, qui paraissait avoir fini à 10 heures, avait recommencé pendant la nuit, puis s’était ralenti et avait recommencé au point du jour. Le combat continue. Des vaisseaux mettent à la voile et s’éloignent. La bataille dure presque tout le jour. La victoire vole de bouche en bouche. Partout il semble que l’on voit flotter le pavillon tricolore.

Le 16, on attend des nouvelles avec impatience. Rien ne transpire, rien n’arrive. Le général Menou envoie des Arabes à Aboukir, promet une récompense, si l’on apporte des nouvelles. Enfin, sur les deux heures, arrive un aviso, qui, spectateur éloigné du combat, était entré dans le Nil, après sa cessation, se croyant poursuivi par des bâtiments ennemis. Il jette ses canons à la mer pour entrer plus facilement dans le fleuve. Enfin il arrive. Une foule de Français bordent le rivage. Le capitaine descend et répand les nouvelles les plus satisfaisantes. Nouvelles trop heureuses pour qu’on ne doutât pas de leur certitude.

Le 17, un jour entier se passe sans qu’on reçoive de nouvelles officielles. Enfin il en arrive d’Alexandrie ; elles sont adressées par le général Kléber au général Menou. Le plus grand secret est gardé. On craint de les communiquer; elles sont donc mauvaises. Des personnes qui entourent le général apprennent que notre flotte n’existe plus, que les vaisseaux coulés sont YOrient et VArthémise. Les rapports ont été donnés par une foule de fuyards, arrivés de la flotte. La tristesse, la désolation furent d’autant plus grandes que la joie avait été plus vive.

Les 18, 19, 20, rien n’est connu officiellement. Le 21, les Anglais, qui, depuis la terminaison du combat, s’étaient occupés à se réparer, ne sont pas encore à la voile. Les vingthuit ou trente vaisseaux, que j’ai plusieurs fois comptés à

Aboukir, s’y trouvent encore. La flotte française et la flotte anglaise ne font plus qu’une seule et unique flotte !

Le 22 (9 août), nous vimes un officier qui était descendu du Caire et qui avait amené à Rosette des Mamelouks faits prisonniers. Il nous raconta quelques anecdotes sur l’armée Les soldats, excessivement fatigués de la route qu’ils avaient faite d’Alexandrie au Caire, ayant souffert tout ce que l’on peut souffrir de la soif, murmurèrent hautement. Une demibrigade surtout se fit remarquer par ses murmures. Le général en chef s’y rendit et témoigna aux soldats son mécontentement : « S’il en est parmi vous, leur dit-il, qui » croient que j’ai voulu pour toujours les éloigner de leur » pays, qui ne veuillent point achever la conquête qu’ils ont » commencée, qu’ils partent dès demain; je les fais rembar- » quer. D’ailleurs, nous sommes ici dans un trop foutu pays, » pour y rester. Dans six mois d’ici, j’espère bien en être » parti, et j’emmènerai avec moi ceux qui se seront le plus » distingués. »

Le 23 (10 août), nous fîmes le matin une promenade dans la ville. Nous avons visité, autant qu’il est possible, eu égard aux préjugés religieux des habitants du pays, la mosquée cathédrale de la ville ; son minaret s’élève avec grâce au milieu des airs ; il est à quatre étages ou rangs de balustres. La mosquée est très vaste, mais elle ressemble à toutes les autres. Elle biaise dans son plan ; des rangs de petites colonnes à côté de grosses en décorent l’intérieur ; les parois sont recouvertes de nattes.

Le 25, quelques détachements de la colonne envoyée pour brûler un village sur le Nil sont de retour.

Le 26, en sortant du bain, j’allai chez l’infirmier militaire, où j’appris de nouveaux détails sur le désastre de notre flotte. Les Anglais se sont emparés du courrier de Bonaparte arrivé du Caire, et qui devait repartir pour la France. Ils ont saisi toutes les dépêches du général, les proclamations qu’il avait faites et qu’il adressait au Directoire ; ils

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ont renvoyé le courrier et les dépêches ou lettres des particuliers.

Le 26, est arrivée à Rosette la colonne mobile partie d’Aboukir et commandée par le général Dumuy. La marche a été on ne peut plus fatigante. Obligée de traîner avec elle des pièces de canon, elle a côtoyé le bord de la mer, où l’eau venant mouiller le sable, lui donne plus de consistance. Elle a marché pendant toute la nuit, au milieu des nombreux cadavres de nos marins. L’odeur qui règne tout le long de la côte, pendant trois ou quatre lieues, est infecte. On y voit des monceaux de six à sept cadavres, tantôt une jambe, tantôt un bras qui sort du sable ; c’est vraiment un spectacle horrible. Depuis la fin du combat, les Arabes sont occupés à faire, tout le long de la côte, des feux avec les nombreux débris de nos vaisseaux ; et cependant la côte est encore couverte de bois.

Le mécontentement des soldats de la colonne mobile est à son comble. Obligés de marcher la nuit, dans le moment le plus favorable au repos, reposant le jour au milieu des sables brûlants, n’ayant pour toute nourriture que du biscuit où il y a des vers, manquant de vin, attaqués par les Arabes passant au milieu des déserts, ils sont destinés à aller garder le Kalidj qui bientôt va être rempli par les eaux du Nil, afin d’empêcher que les Arabes n’y fassent des saignées.

A Alexandrie, on est sur le point de manquer d’eau ; les vaisseaux mouillés dans le port vont faire de l’eau jusqu’à Rosette. Les vivres sont très chers ; les soldats n’y mangent que de la viande salée.

Le général Dumuy est venu conférer avec le général Menou sur les moyens de communiquer par terre avec Alexandrie. Un dépôt de cent chameaux dans l’une et l’autre ville, une barque pour passer le lac, qui, par des signaux convenus avec le commandant d’Aboukir, viendraient passer les troupes, paraissent remplir le but.

Damiette et Suez sont occupés par les troupes françaises.

Des conversations que j’ai eues avec les domestiques m’ont donné l’assurance que les habitants croient que les Français sont, dans leur pays, au nombre de cent cinquante mille hommes.

Le 29 et le 30, nous nous occupons des préparatifs de notre voyage au Caire, auquel nous nous déterminons, d’après une lettre que nous avons reçue de notre ami Lancret.

Le 1er fructidor an VII (18 août 1798), sur les six heures du soir, nous nous embarquons sur un des bateaux de poste qui, tous les deux jours, remontent au Caire. La nuit qui ne tarda pas à nous surprendre ne nous permit pas de jouir longtemps de la vue des bords du Nil.

Le 2 fructidor, nous rencontrâmes une assez grande quantité de villages, entre Rosette et Faoué, ville assez considérable, où nous arrivâmes vers les onze heures du matin.

Plus de dix lieues avant d’arriver au Caire, on aperçoit trois des pyramides fameuses de l’Égypte.

Enfin nous arrivons le 3 fructidor à Boulaq, faubourg du Caire. L’aspect qu’il offre est assez agréable. Des maisons bien bâties, entourées de jardins, tout brillants de verdure, des sycomores plantés çà et lâ pour procurer de l’ombrage aux habitants, des minarets élégants qui s’élèvent avec grâce au milieu des airs, présentent une vue riche et variée. Les minarets de Boulaq ont un tout autre aspect que ceux de Rosette et d’Alexandrie.

Nous débarquâmes pour aller faire viser nos passeports, et comme nous ne pouvions pas aller au Caire, attendu qu’il était un peu tard, nous regagnâmes notre barque, où nous passâmes la nuit.

Le 4, le soleil était â peine levé, que je me baignai dans les eaux bourbeuses du Nil. Nous allâmes ensuite déjeuner à terre; nous visitâmes différents quartiers de Boulaq. Les rues étaient pleines de peuple et donnaient l’idée d’une population considérable. Enfin, revenus auprès de la barque,

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nous apprîmes que nos logements étaient marqués dans la ville du Caire; nous nous hâtâmes de faire débarquer nos effets, pour les faire charger sur des ânes. Nous montâmes nous-mêmes chacun sur un âne, et nous nous avançâmes ainsi vers la ville, très étonnés chacun de nous trouver dans cet équipage. Le grand nombre d’ânes, qui se trouvent au Caire, fait que l’on s’en sert comme de fiacres â Paris, pour faire ses affaires. Ces animaux vont très bien, sont forts et robustes, et c’est vraiment un plaisir que de se servir de ces moyens de transport ; aussi me promis-je d’en user souvent.

Nous arrivons enfin au Caire, après avoir fait une lieue dans la campagne, et rencontré des montagnes de pots cassés ; ce sont peut-être des ruines. Nous prenons possession du logement qui nous est destiné; c’est la maison d’Hassan Kachif.

Le général en chef s’étant enfin occupé de la Commission des Arts et de la formation d’un institut parmi ses membres, cinq maisons de beys, des jardins immenses, furent destinés à la Commission. Une maison fut plus particulièrement destinée à l’Institut. Monge et Berthollet, qui en sont regardés comme les chefs, y logent. L’une des pièces a été destinée aux séances de l’Institut, une autre à la bibliothèque, une autre encore à la physique.

J’avoue que la répugnance que j’avais à venir au Caire, dans la crainte où j’étais d’être dans un abandon total et de venir dans une ville dont la beauté n’était pas vantée, se dissipa peu à peu à la vue de Boulaq, dont l’aspect me parut très agréable.

Enfin, le soir, nous revoyons notre ami Lancret. La joie que nous éprouvâmes alors ne peut se décrire. Il nous raconta les peines et les fatigues qu’il avait éprouvées dans les diverses batailles avec les Mamelouks. Mourad-Bey a fui dans la Haute-Égypte et même n’est pas en ce moment très éloigné du Caire. Ibrahim gagne en toute hâte les

déserts de l’Arabie, avec ses femmes, ses trésors et ses Mamelouks.

Le 5, dans la matinée, étant bien satisfaits d’être logés convenablement, nous le fûmes encore plus d’apprendre que l’on payait deux mois d’appointements à toute l’armée. Nous allâmes en conséquence chez le payeur, et la somme de quatre cents livres nous fut sur-le-champ payée. Nous nous rendîmes de là à la Monnaie, dont Samuel Bernard est le directeur et où Rafïeneau est changeur; Potier est leur adjoint. Nous allâmes ensuite au haut de la citadelle; de là nous aperçûmes à peu près toute la ville du Caire : d’un côté, on aperçoit les campagnes riantes qui se trouvent visà-vis Boulaq et le fleuve qui roule ses eaux dans une étendue immense, de l’autre, on voit le désert et les Pyramides. On en compte six; celles qui se montrent sur le dernier plan sont les plus éloignées. On voit assez distinctement que leur revêtement extérieur est taillé en gradins et que l’une d’elles est revêtue par le haut de pierres qui semblent être de marbre. C’est ce que je verrai de plus près.

Le 6, se tint la première séance de l’Institut, dont le général en chef avait arrêté la formation par un arrêté spécial. Les membres sont au nombre de quarante-huit. On conçoit qu’il n’y a pas un pareil nombre d’individus dans l’expédition qui puissent prétendre à cet honneur et qui puissent même délier les cordons des souliers de Monge, Berthollet, Bonaparte, Dolomieu, etc. Quoi qu’il en soit, l’Institut est porté à quarante-huit. Le Co...1 en est membre. Aussi, autant il était désolé à Alexandrie et à Rosette, autant il est joyeux, maintenant qu’il croit jouir d’une grande considération. A Rosette, il ne demandait qu’à voir les Pyramides et à partir. Au Caire, il trouve son existence on ne peut plus agréable; et si, dit-il, on n’avait pas quelques amis en France, on serait très heureux en Égypte. Voilà toujours l’homme.

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