‹ Bibliothèque égyptologique (volume 4)Chapitre 18 sur 35 · Sans doute l’ingénieur en chef Girard · texte numérisé non relu

Sans doute l’ingénieur en chef Girard

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Lorsque son intérêt, ou son amour-propre, ou son ambition peuvent être satisfaits par quelque moyen, ce n’est plus le même; il change tout à coup de principes et de manière de voir; il dément ce qu’il a fait la veille, et reniera demain ce qu’il a fait aujourd’hui.

Mais revenons à l’Institut. La première séance fut consacrée à la nomination du président et du secrétaire. Bonaparte et Monge se renvoyèrent successivement la présidence par honnêteté; enfin, elle resta à Monge. Fourier fut nommé secrétaire .

Dans la seconde séance, Monge a lu un mémoire sur l’explication du mirage, phénomène qui s’observe dans le désert et qui consiste à voir l’eau où il n’y en a pas. L’illusion est encore plus complète lorsqu’il se trouve quelques objets dans le désert, parce qu’ils se peignent dans cette eau imaginaire.

L’après-dîner, nous nous rendîmes à la place Esbequieh. On célébrait déjà la fête de la naissance de Mahomet, qui ne devait durer que trois jours et qui avait lieu déjà depuis deux jours. Les Français participèrent à cette fête, en faisant tirer quelques coups de canon, afin de témoigner aux habitants que, bien loin de vouloir anéantir leur culte, on y prenait, pour ainsi dire, part.

Le 7, nous allons au puits de Joseph. Il est célèbre parmi tous les voyageurs... Après avoir regardé par le haut et avoir aperçu le premier réservoir, il fallut descendre dans l’intérieur. Une femme se présente pour nous montrer la route de ce séjour ténébreux. Elle s’arme d’une longue torche de filasse et l’allume, et en descendant, elle l’agite devant nous... La rampe qui conduit au premier bassin est assez rapide; elle n’est séparée du puits que par une cloison taillée dans le roc, et qui n’a pas plus de cinq à six pouces. D’espace en espace, il y a quelques trous qui procurent du jour, mais elle est généralement obscure.

Parvenus au premier réservoir, nous en avons évalué la

profondeur, par le moyen des pots de la roue qui montent l’eau dans la partie supérieure et qui sont également à peu près espacés; nous l’avons trouvée de cent soixante-quinze pieds. Pour connaître la profondeuri du second réservoir, nous avons fait faire un tour à la roue et nous avons compté les pots; le résultat a été de cent trente-sept pieds.

Nous avons été ensuite voir la citadelle et le château, qui n’offrent l’aspect que do la destruction. Tout ce qui les environne n’offre que des débris et des amas de poussière. Mais, au milieu de ces ruines, il en est qui méritent de fixer l'attention de l’observateur; ce sont les restes d’un palais ruiné que les gens du peuple disent être le palais des anciens sultans d’Égypte. Cela n’est point douteux, et il n’est pas possible de faire remonter la construction de ce monument à une bien haute antiquité, car, si l’on y voit quelques chapiteaux égyptiens bien ajustés avec les colonnes, on en voit d’autres d’une forme barbare qui n’ont pas été faits pour ces mêmes colonnes. D’ailleurs, tout autour de l’édifice, règne une frise composée de lettres arabes. Les colonnes sont de granit. Le plan et l’élévation du Divan de Joseph se trouvent parmi mes dessins.

Ce monument nous présenta plusieurs exemples, dont les extradossées se rompent. Comme les voûtes étaient assez grandes et que les effets n’étaient pas équivoques et se répétaient de la même manière dans les mêmes voûtes, nous avons cru qu’il serait utile d’en tenir note.

La voûte en plein cintre de trente-six pieds de diamètre est extradossée et composée de vingt et un voussoirs; elle est chargée d’assises horizontales de pierres, qui étaient très peu liées entre elles, car elles paraissent avoir cédé très facilement à l’effet de la voûte. On voit aussi que les petites voûtes n’ont contribué en rien à l’effet de la grande; seulement, elles se sont mises en équilibre avec elles, en sorte qu’elles ont empêché qu’elles ne tombent. Elles ont contribué à nous rendre l’expérience utile.

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La clef et le voussoir à gauche ne se touchent plus., selon le plan de joint; ils se touchent par leurs arêtes supérieures; la contre-clef touche par la seconde arête supérieure les autres voussoirs. Le quatrième voussoir, au contraire, ne touche les autres que par la seconde arête de l’extrados et est fendu en deux parties, ce qui est indiqué par une fissure qui va du premier joint au second. Les autres voussoirs se tiennent bien entre eux et ne forment pour ainsi dire qu'une seule masse. Il suit de ce fait que l’on n’a pas considéré les voûtes comme on devait le faire et qu’on n’a pas une idée nette du joint de rupture. Ici le joint de rupture n’est pas suivant un plan déjoint, mais va d’un plan déjoint à l’autre, et, en effet, c'est ce qui arriverait si l’on faisait les voûtes d’une seule pièce. On voit qu’avant de chercher le joint de rupture, comme on l’a entendu jusqu’ici, il faudrait démontrer que la rupture doit se faire suivant un des joints, et c’est ce qu’on a toujours supposé, sans aucune raison, sans aucun examen. Au reste, Lamblardie nous avait exposé plusieurs fois sa manière de considérer les voûtes, relativement à leur rupture, et c’est justement celle indiquée par l’expérience que nous venons de rapporter.

Nous avons trouvé, dans le milieu même, plusieurs voûtes en ogive, qui nous ont présenté des faits remarquables pour les constructeurs et les problèmes des voûtes.

Ces voûtes en ogive sont extradossées et leurs reins sont remplis par des assises horizontales de pierres qui se terminent un peu au-dessus de la clef. Ces voûtes, de quatorze pieds d’ouverture, composées de dix-sept claveaux, nous ont présenté les résultats suivants : les six premiers claveaux étaient bien joints ensemble, et ne formaient qu’une masse avec les pieds droits. Le septième ne la touchant que par son arête supérieure, les joints des autres voussoirs étaient beaucoup moins ouverts, mais on voyait cependant qu’ils partaient tous sur leur partie supérieure.

Une autre voûte de vingt-deux pieds d’ouverture, com-

posée de vingt et un voussoirs, nous a fourni l’occasion de remarquer que le huitième claveau touchait les autres par son arête supérieure. Les assises horizontales ont aussi cédé, et se sont par conséquent lézardées.

Le 9, Lancret nous fit avoir, à Fèvre et à moi, une place dans la troisième Commission chargée de la recherche des effets mobiliers des Mamelouks. Nous entrâmes en fonctions le jour même. Ce qui me fît accepter une pareille place, ce fut d’abord l’avantage pécuniaire quelle m’offrait, car l’intérêt est presque toujours la cause première des actions des hommes; ensuite la situation désagréable où me mettait l’idée que je n’avais encore été d’aucune utilité à l’expédition. D’ailleurs, cette place ne devait être que momentanée, et me mettait à portée de connaître mieux la ville du Caire, sans qu’il m’en coûtât quoi qu’il en soit.

Pendant le temps qu’a duré ma commission, c’est-à-dire depuis le 9 fructidor jusqu’au 1er vendémiaire, j’ai ôté adjoint à Lancret et à Malus1, chargés des préparatifs de la fête du 1er vendémiaire. L’exécution du projet fut détestable. On n’avait pour ouvriers que des gens du pays, qui ne savaient pas faire le moindre assemblage; on manqua de bois de hauteur suffisante; le peintre Rigault fît des bévues. Cependant, tout fut disposé tant bien que mal. Les troupes manœuvrèrent sur la place Esbequieh. Le général leur fit un discours conçu en termes très concis. 11 leur rappela les différentes situations où elles se trouvaient les années précédentes, à la même époque, les victoires qu’elles remportèrent alors : « Vous mourrez tous, leur dit-il, » comme les braves dont les noms sont inscrits sur ces » autels, ou vous retournerez dans vos foyers, couverts » d’honneur et de gloire. » Le discours fut terminé par le

1. Malus, 1775-1812, élève de l’École polytechnique, mathématicien et physicien, officier du génie, membre de l’Institut d’Égypte, membre de l’Académie des Sciences. Son journal pendant l’Expédition d’Égypte a été publié par le général Thoumas.

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cri de « Vive la République », qui ne fut nullement répété par les troupes, tant est grand en général leur mécontentement. Bonaparte, disposé à la gaieté, prit tout à coup un air sérieux. Cela fît sans doute naître en lui beaucoup de réflexions.

La fête fut terminée par des courses à pied et à cheval, et par une illumination et un feu d’artifice.

4 vendémiaire. — Le citoyen Monge obtint du général en chef que l’on irait visiter les Pyramides. En conséquence, on se rendit le soir à Gizeh, petit bourg placé sur la rive occidentale du Nil, presque en face du Caire. L’approche de la nuit empêcha de voir le Mekias ou Nilomètre, posé à la pointe méridionale de l’île de Raudali. Cette ile est formée par le Nil, qu’elle partage en deux branches ; elle se trouve entre Gizeh et le Vieux Caire.

Arrivés à âne au Vieux Caire, nous traversâmes le Nil, pour nous rendre â Gizeh. Nous allâmes passer la nuit, dans la maison du général en chef. Elle appartenait à Mourad-Bey, qui y faisait sa résidence, tandis qu’Ibrahim-Bey demeurait au Caire. Cette maison ressemble â une petite forteresse. Là était établi le parc d’artillerie de Mourad-Bey, et c’est probablement ce qui le détermina à passer sur la rive occidentale, pour y attendre les Français, car il eût eu plus davantage à forcer les Français à passer le Nil, pour s’emparer du Caire.

Nous passâmes la nuit, assez bien couchés sur des divans, et le lendemain, à la pointe du jour, escortés de cent hommes, nous nous embarquâmes pour le voyage projeté, car l’inondation ne permettait pas de faire le voyage par terre. Nous descendîmes au-dessous de la pointe de Gizeh, et nous quittâmes bientôt le Nil, pour entrer dans un canal qui conduit au loin dans les campagnes les eaux du fleuve.

Après trois heures de navigation, nous débarquons à la distance d’à peu près un quart de lieue des pyramides. Elles sont bâties sur un rocher qui domine toute la plaine envi-

ronnante. La base de la première est beaucoup plus grande que celle de la seconde. Elles paraissent être toutes deux de même hauteur. On aperçoit de très loin un petit monticule, qui paraît appliqué contre la face de chacune des pyramides. Il a à peu près trente pieds de flèche, et il va, en rampe assez douce, de part et d’autre, jusqu’au roc où est bâtie la pyramide. Il n’y a pas de doute que ce monticule ne soit le produit du ravage fait par le temps sur les faces de la pyramide; il est formé par les détritus des pierres des faces.

Il ne paraît pas que les pyramides aient été ensablées, comme quelques voyageurs ont voulu le faire croire. Les assises sont posées en retrait les unes au-dessus des autres, de manière à présenter des gradins qui donnent la facilité de monter jusqu’au sommet du monument.

Après avoir considéré l’ensemble de cet énorme amas de pierres, mon premier soin fut de monter sur la plate-forme. J’entrepris de le faire par la face, en me dirigeant à peu près suivant l’apothème. J’arrivai jusqu’à la moitié de la pyramide, avec une difficulté incroyable. Les gradins, presque usés par le temps et encombrés par les détritus des pierres supérieures, ne permettaient point que l’ony posât le pied avec sûreté, et il m’est plus d’une fois arrivé de marcher sur un plan incliné qui s’écroulait sous mes pas. Cela, joint aux pierres que faisaient tomber ceux qui marchaient au-dessus de moi, et qui étaient lancées avec tant de force qu’elles pouvaient renverser l’homme qu’elles auraient frappé, me détermina à rebrousser chemin.

Après m’être un peu reposé, je descendis effectivement, mais encore avec plus de difficulté que je n’étais monté. J’arrivai enfin au bas de la pyramide, tombant de fatigue. Je ne renonçai pas cependant tout à fait au projet d’arriver sur la plate-forme, et pour y parvenir, j’entrepris de monter par l’angle occidental. Le chemin est extrêmement facile; on n’éprouve d’autre difficulté que celle qui provient de l’élévation des assises, dont la hauteur est quelquefois de

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tro^s et même de quatre pieds. J’arrivai donc sur la plateforme. C’est un carré, dont le côté est d’environ trente pieds, et qui, vu de très loin, paraît à peine sensible. J’ai compté deux cents assises de pierres, dont la hauteur moyenne, évaluée à deux pieds et demi environ, donne cinq cents pieds pour la hauteur de la pyramide.

Je suis descendu en sautant d’une assise sur l’autre. J’allai ensuite voir l’ouverture par laquelle on pénètre dans l’intérieur de la pyramide. Le revêtement a été détruit, à la hauteur d’une quarantaine de pieds et à la profondeur moyenne de huit à dix pieds. Alors le système des assises horizontales n’est point continué : deux énormes pierres, disposées parallèlement aux arêtes correspondantes, sont posées en arc-boutant et forment en quelque sorte triangle; au-dessous se trouve un conduit assez étroit, formé par d’énormes pierres, dont les joints sont parfaitement bien exécutés. C’est par cette ouverture que l’on pénètre dans l’intérieur de la pyramide ; elle est inclinée et était probablement fermée par des pierres qui formaient bouchon, et qui n’étaient point liées par du mortier au reste de la maçonnerie.

Je ne pénétrai pas dans la pyramide, et j’allai voir le sphinx. C’est une figure taillée dans le rocher ; elle me parut avoir de vingt à vingt-cinq pieds de haut. Le nez a été mutilé ; le profil de la figure ressemble parfaitement à celui du nègre. On dit que le corps est recouvert par le sable. Cela pourrait être, car le rocher que l’on voit au-dessous de la tête du sphinx et qui est presque à fleur du sable, parait arrondi et avoir reçu quelques formes.

J’allai ensuite visiter différentes grottes taillées dans les rochers voisins. Dans l’une d’elles, dont le linteau de la porte et les parois sont couverts de figures hiéroglyphiques, nous observâmes des vestiges de douze statues égyptiennes rangées sur la même ligne, et entièrement détruites. On ne voit de conservé que les genoux de l’une, qui servent de lampe à un centon qui y fait sa demeure. Nous vîmes aussi

les vestiges de trois ou quatre autres statues tout à fait détruites. Un Français, qui était avec nous, les avait vues, il y a environ sept à huit ans, encore intactes. Dans la religion des Turcs, il est défendu d’avoir des statues ; c’est ce qui fait qu’ils détruisent celles qui se trouvent dans les monuments anciens. Dans une chambre contiguë, les parements des murs, tant intérieurs qu’extérieurs, sont couverts de figures hiéroglyphiques. Nous allâmes dans d’autres catacombes, où nous trouvâmes encore les parois remplies de caractères hiéroglyphiques.

La pyramide moyenne est revêtue à son sommet ; on serait tenté de croire, d’après l’aspect qu’elle présente, que son revêtement est en granit. Des personnes qui y ont monté m’ont assuré qu’il n’en est rien, et que la pierre n’est pas différente de celle dont est construit le reste du monument. La couleur rougeâtre que l’on aperçoit, surtout aux angles, est due à des fucus ou mousses qui croissent sur les faces.

D’après l’inspection des lieux, il paraît très probable que ces masses énormes ont été construites avec les pierres prises sur les lieux mêmes. Elles sont de la même nature que celles du rocher du Caire. On trouve çà et lâ épars des morceaux de granit et de beau marbre blanc.

Hier, j’ai été voir Héliopolis, avec Monge, Berthollet, etc. Cet ancien collège des prêtres égyptiens est situé à environ une lieue et demie du Caire, non loin de la route de Belbeys. En y allant, on aperçoit d’assez loin l’obélisque dont je vais parler : il a, depuis la terre jusqu’à la pointe, 18 mètres 73 ; 1 mètre 87 de face par le bas, et 1 mètre 21 par le haut. La fouille de trois à quatre pieds, que nous avons fait faire par le pied, ne nous a pas encore fait connaître l’extrémité de ce superbe morceau de granit rouge. Les quatre faces sont chargées d’hiéroglyphes, qui sont presque les mêmes sur chacune d’elles, ils sont très bien conservés vers le haut, mais ils sont un peu effacés vers le bas. La face exposée au vent du nord-ouest, qui agite les

Bibl. ÉGYPT., T. VI.

eaux dans le temps du débordement du Nil, est totalement usée, dans le quart de sa hauteur. Cet obélisque est élevé au milieu d’une plaine, maintenant cultivée et sujette aux débordements du Nil, grande comme sept à huit fois la place de la Révolution, et terminée par une élévation de dix à douze pieds de hauteur. Cette espèce de petite chaîne de montagnes offre, dans quelques endroits, une ancienne maçonnerie de six à sept toises d’épaisseur, faite en briques non cuites. On y trouve aussi beaucoup de pierre calcaire, en petits morceaux qui semblent avoir été préparés pour faire de la chaux ; beaucoup de scories et de traces de four ; une quantité considérable de poteries brisées; quelques morceaux de pierre siliceuse, qui ont été autrefois taillés.

Maillet, qui voyageait, je crois, enl762, parle d’un sphinx que nous avons cherché. Au lieu de cela, nous n’avons trouvé qu’un gros morceau de pierre silicaire rougeâtre, qui n’a pas d’autre forme que celle d’un rocher ; seulement, on y reconnaît un ou deux hiéroglyphes. A vingt pas de là, est un autre morceau de même pierre, et près de là aussi un cube de granit. Voici maintenant ce que Monge a conjecturé de ce qui précède, conjecture qui a paru raisonnable à tout le monde, c’est que la petite chaîne de monticules a été l’enceinte de la ville, construite en murailles de briques crues de six à sept toises d’épaisseur, revêtue au dedans et au dehors, de pierre calcaire. Cette muraille, si épaisse et si solide, mettait la ville à l’abri de l’inondation et des efforts du Nil. Ces pierres calcaires auront toutes été prises et brisées pour les réduire en chaux ; de là les traces de four et les scories. De plus, on aura fabriqué, dans ce lieu, beaucoup de poteries avec la terre des briques crues, qu’il aura été facile de délayer, de là l’énorme quantité de pots de terre.

La double enceinte que l’on remarque dans quelques endroits et qui, dans l’intérieur, présente un grand désordre, ne doit, suivant Monge, son existence qu’au remuement de

terre que les différentes fabriques de chaux et de poteries ont exigé. Ne pourrait-on pas dire plutôt que ce sont les ruines des maisons qui ont été fouillées, retournées, puis recouvertes de sable et de terre? Dans l’enceinte de la ville et au dehors, il y a dix puits de bonne eau qui n’est autre chose que l’eau du Nil, filtrée à travers les différentes couches du sol.

Le village de Matarié, qui est tout près et en deçà d’Hêliopolis, a une partie de ses murs construite en pierres calcaires qui viennent évidemment de cette ancienne ville, car plusieurs d’entre elles portent des hiéroglyphes.

Les habitants du pays appellent l’obélisque aiguille de Pharaon.

Le 6 vendémiaire an VII (28 septembre 1798) il y a eu une séance de l’Institut. Norry1 a fait un rapport sur la colonne dite de Pompée; il lui a donné exactement ses dimensions. Un cercle, taillé sur la plate-forme du tailloir, semble indiquer qu’autrefois une statue était posée sur ce monument. Le fût de la colonne est de l’ordre dorique et de la plus belle proportion. Le chapiteau n’est que massé, le piédestal est petit et mesquin ; d’où résulte cette conséquence que le monument n’a point été élevé dans les beaux temps de l’architecture. Le citoyen Dolomieu en a rapporté l’exécution à l’an 600 de notre ère. Il cite à l’appui de ses conjectures, ce trait d’histoire : Lorsque Amrou faisait le siège d’Alexandrie, l’empereur du Bas-Empire lui envoya l’archevêque d’Alexandrie pour le conjurer de se retirer. Celui-ci lui répondit que les habitants auraient plutôt achevé le monument qu’il lui montrait, avant qu’il se retirât ; et ce monument ne pouvait être, selon Dolomieu, que la colonne de Pompée.

1 . Norry, architecte, membre de l’Institut d'Égypte. Il quitta l’Égypte à la fin d’octobre 1798. Il est l’auteur d’un petit volume intitulé : Relation de l’Expédition d'Égypte, suivie de la description de plusieurs des monuments de cette contrée. Paris, an VII.

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Le citoyen Conté' a fait des fouilles, au pied de l’obélisque d’Alexandrie. Ce monument n’est enfoui dans la terre que de quatre pieds. Il est posé sur un bloc de granit très considérable, qui excède de huit pouces à peu près l’obélisque. L’obélisque, qui est enterré, est entier. Tous ces faits importants, avec les dimensions des monuments, seront consignés dans les Mémoires de l’Institut du Caire.

Le 30 vendémiaire (21 octobre 1798) fut une date mémorable pour les Français qui ont fait la campagne d’Égypte. Ce jour-là, il éclata au Caire une révolte dont les conséquences pourraient leur être ou leur seront peut-être funestes. L’insurrection parut ourdie avec d’autant plus d’art que le Gouvernement n’en fut instruit qu’au moment où les révoltés se montrèrent partout. Cela ne paraîtra point étonnant à ceux qui considèrent que l’ignorance des Français dans la langue du pays laissait aux habitants une grande latitude et leur permettait de conspirer impunément sous leurs yeux. D’ailleurs l’extrême ménagement avec lequel l’Égypte avait été gouvernée jusqu’alors, le respect religieux que les Français avaient conservé pour le culte des habitants du Caire, respect qui contraste singulièrement avec la conduite qu’ils ont tenue d’abord dans leur propre pays et puis dans d’autres pays conquis, ces considérations devaient tenir les Français dans la plus parfaite sécurité. Le trouble où la ville était fut annoncé par la fermeture des boutiques, et l’on apprit qu’un nombre considérable d’habitants rassemblés dans une grande mosquée étaient en révolte ouverte contre les Français, et refusaient de payer les impôts, car, quelques jours auparavant, le général en chef avait ordonné la levée d’impôts sur les boutiques, et ce fut le prétexte de la révolte.

A 10 heures du matin, la révolte prit un caractère plus alarmant. Des troupes d’hommes armés de bâtons, de haches,

1. Conté, 1755-1805, créateur du Conservatoire des Arts et Métiers, membre de l’Institut d'Égypte.

de piques, se répandirent dans tout le quartier révolté, où ils assassinèrent tout ce qu’ils rencontraient de Français dans les rues. Ils étaient secondés par une troupe de scélérats, qui, ayant démoli tous les bancs qui se trouvaient au pied des maisons, et en ayant transporté les pierres sur les terrasses, assommaient impitoyablement les Français qui passaient.

Une troupe de révoltés se porta dans la maison du général Caffarelli, maison entièrement isolée de tous les autres établissements français et voisine de la grande mosquée. Elle fut assaillie de toutes parts; les révoltés montèrent par-dessus les terrasses. Le général en ôtait sorti le matin ; elle ne renfermait plus que les officiers de son état-major. Ils défendirent la maison pendant trois heures consécutives. Enfin voyant s’accroître le nombre des révoltés et prévoyant que bientôt ils ne seraient plus en mesure de résister à cette populace effrénée, ces officiers prirent le parti courageux de traverser la foule. Ce noble dessein fut exécuté en un instant, et les assaillis ne perdirent qu’un vieillard nommé Testevuide, chef des ingénieurs géographes, et qui était venu chercher avec sécurité des instruments arrivés la veille d’Alexandrie.

Un jeune dessinateur, qui s’était retiré dans la salle à manger du général, y fut inhumainement massacré. Toute la maison fut abandonnée au pillage. Une grande partie des instruments de physique, d’astronomie, beaucoup d’outils, deux caisses de fusils et les effets du général et de son étatmajor, furent entièrement dilapidés. C’est dans cette journée malheureuse que deux de nos camarades périrent. Appelés chez le général, pour y prendre des instruments de mathématiques, ils s’y rendirent précisément au moment où la populace révoltée entourait la maison du général. Ils furent cruellement massacrés dans l’encoignure d’une porte gardée par des sapeurs-pompiers qui périrent aussi.

Dans la matinée de ce jour funeste, j’ai parcouru tout le

quartier franc ; je suis allé à l’administration des finances et dans les hôpitaux. Croyant peu au danger que je courais, je ne revins chez moi qu’à onze heures du matin. Je ne tardai pas à apprendre le massacre de deux jeunes chirurgiens, dans une des rues où je venais de passer.

Nous apprîmes aussi la mort du général Dupuy, commandant la place.

Arrivé à l’Institut, j’y trouvai tout le monde en alarme. Nous n’étions point armés ; la révolte faisait des progrès effrayants, et nous restâmes sur le qui-vive jusqu’au soir. Les cris partis du haut des minarets, et qui appelaient le peuple plutôt à la révolte qu’à la prière, jetaient dans nos âmes un effroi que je ne puis rendre. Une compagnie de grenadiers étant venue vers le soir, on amena une quarantaine de fusils, et dès lors, nous commençâmes à nous rassurer davantage. Nous veillâmes toute la nuit, et, sur les trois heures du matin, les grenadiers qui nous gardaient, reçurent ordre de partir, pour cerner la grande mosquée. Cet événement nous replongea dans de vives inquiétudes. On pensa alors sérieusement à se retrancher et à se défendre. Chacun de nous voulut donner son avis, et c’est ce qui arrivera toujours, lorsque des hommes non militaires auront à se conduire militairement. Il résulta pourtant des discussions qui s’élevèrent qu’il fut décidé que le lendemain, à la pointe du jour, on irait reconnaître les lieux et l’on arrêterait un projet de défense. Mais, comme le danger ne paraissait pas pressant, on l’exécuta lentement.

Quelques heures après, un rassemblement commença à se former, non loin de la maison de l’Institut, sur le chemin qui conduit au quartier général. Il s’accrut assez rapidement. Des sentinelles avancées nous donnaient, à chaque minute, des nouvelles de sa marche et de ses progrès. Seuls, abandonnés à nous-mêmes, c’est alors que le danger plus imminent, plus vivement senti, nous fit mettre en avant mille projets opposés. Les uns voulaient que l’on abandonnât la

maison de l’Institut ; les autres, retenus par la considération de la bibliothèque et des effets précieux qui y étaient déposés, voulaient que l’on s’y retranchât. Ce dernier avis ne fut adopté que parce que les citoyens Monge, Berthollet etc., se prononcèrent fortement en sa faveur. Ce parti pris, chacun se trouva plus rassuré. Des portes furent barricadées et des sentinelles posées dans tous les endroits où l’on craignait d’être attaqué ; des hommes furent postés à toutes les fenêtres pour tirer sur les assaillants. Nous ne nous étions ménagé aucune retraite et nous devions mourir à notre poste. Un poste avancé devait faire feu dans la rue, et ne se replier dans la maison que lorsqu’il serait sur le point d’être forcé. Dans cet état de défense, chacun, comptant plutôt sur la somme des courages que sur le sien en particulier, se préparait à braver tous les dangers.

Cependant le tumulte allait toujours croissant, le rassemblement devenait de plus en plus considérable, et bientôt des cris de douleur et de guerre, sortis de la partie opposée, annoncèrent à nos sentinelles qu’une affaire était engagée. Sur le pont qui conduit à la rue du Petit-Thouars, nous étions attaqués des deux côtés; le danger était imminent. Un grenadier français, qui était un de ceux qui commandaient sur le pont, vint nous rassurer, mais l’affaire qui était si engagée sur le pont, les détermina à se porter vers l’autre côté menacé. Ils s’avancèrent, tirèrent des coups de fusil, et, secondés par des soldats français qui étaient sur des hauteurs, ils parvinrent à dissiper le rassemblement.

L’affaire, qui était engagée sur le pont, se termina aussi heureusement, presque dans le même temps. Des otages furent donnés momentanément de part et d’autre, et un crieur public annonça la paix au peuple.

Quelque temps après, le général Lannes vint lui-même à l’Institut, fit poster des troupes, et dès ce moment, la terreur fit place à la sécurité. Il était à peu près alors onze heures du matin; la grande mosquée ne s’était point encore

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rendue ; elle fut bombardée du château et des hauteurs qui dominent le Caire. Les révoltés en sortirent et débouchèrent par une rue où l’on en fit un grand carnage.

Il paraît que des Mamelouks et des Arabes prirent part à cette journée. Les Anglais eux-mêmes, savants dans l’art d’ourdir des conspirations, n’y paraissent pas étrangers. C’est à cette époque qu’ils essayèrent de s’emparer du port d’Aboukir.

Les dangers que nous courûmes pendant ces deux fatales journées me découragèrent un peu. Je me promis bien de renoncer alors au voyage de la Haute-Égypte, que j’avais la plus grande envie de parcourir. Mais les dangers ont disparu; l’horizon politique de l’Égypte paraît devenir aussi pur que son ciel ; une sécurité prudente a fait place à la terreur, et déjà je reviens à mes projets favoris et à mes premières idées.

Pendant l’intervalle qui s’est écoulé du 6 au 30 vendémiaire, nous nous occupâmes, Lancret et moi, de continuer notre petite collection de dessins. Nous sommes retournés au château, pour en faire des plans et élévations exacts qui se trouvent dans mon portefeuille. Le château du Caire offre quelque chose d’imposant ; les grandes et belles masses annoncent cependant un goût assez barbare dans leurs détails. Les fûts des colonnes sont très lourdement exécutés, et l’on ne peut attribuer les défauts que l’on y remarque, aux ravages du temps, car, là où il y a des défauts, le poli de la matière existe encore. Les plus grands fûts ont vingt-cinq pieds de haut; ils sont terminés par des astragales de la plus mauvaise exécution ; les filets et les cavets ne sont pas horizontaux. Ces fûts, qui paraissent être de proportion dorique, sont couronnés par des chapiteaux barbares, pour la plupart à peine ébauchés. Des observations faites avec soin nous ont donné la certitude que ces chapiteaux sont de matières différentes, les uns en granit rouge, les autres en marbre blanc et quelques-uns en granit noir. En déta-

chant quelques morceaux, à coups de marteau redoublés, nous sentîmes une odeur assez forte, et nous nous aperçûmes aussitôt qu’elle était due à une couleur de granit, dont on a revêtu, à ce qu’il paraît, toutes les colonnes et les chapiteaux qui composent le monument, car, en grattant à certains endroits, les fûts de granit même, nous en détachons des écailles de couleur. D’ailleurs, la grande quantité de poussière dont les colonnes sont couvertes ne s’y maintient probablement que par son adhérence à cette peinture. Les chapiteaux ne sont pas posés immédiatement sur le fût; plusieurs lignes de plomb sont intermédiaires; mais elles sont disposées sans art ; elles dépassent le nu du chapiteau et de la colonne et produisent l’effet le plus désagréable. Les bases des colonnes sont encore plus grossièrement travaillées que les chapiteaux, indépendamment qu’elles ne sont pas de matière aussi précieuse, étant d’une espèce de grès rouge. Elles sont, ainsi que les chapiteaux, inégalement posées, pas à la même hauteur ni dans un même plan horizontal. Quelquefois ces bases consistent seulement en des tronçons de colonnes d’un plus grand diamètre que celui des colonnes qu’elles snpportent. On peut conjecturer que ces colonnes ont été tirées d’anciens monuments et retouchées par les Arabes qui les ont employées ; elles sont à peu près de proportion dorique.

Les Arabes ont un ornement qu’ils emploient très fréquemment ; c’est une espèce de pendentif.

Nous visitâmes aussi la mosquée de Touloun ; elle est très vaste et très belle. Toute la construction est en briques ou moellons recouverts d’un enduit de plâtre ; elle est décorée d’une grande quantité d’ornements, tous aussi exécutés en plâtre. Il n’y a guère que le plafond qui, dans certains endroits, tombe en ruines. Ce monument, qui date de près de huit cents ans, est encore bien conservé, tant les constructions sont durables, sous un ciel brûlant et dans un climat où il pleut très rarement. Nous entrâmes dans cette

mosquée, pour en prendre les dimensions et en relever un plan exact.

Depuis le 3 brumaire jusqu’au 10 (24 octobre 1798), mes travaux furent interrompus. L’insurrection sérieuse qui se manifesta et dont on craignit les suites en fut la cause. Nous montâmes régulièrement la garde pendant quelques jours, et nous fûmes pendant ce temps prudents dans nos sorties.

Le 11 brumaire, est arrivé notre ami Fèvre. Il a parcouru tout le lac Menzaleh, et a fait un voyage du plus grand mérite.

Le 16 brumaire, je suis parti dès le matin pour aller tracer un lazaret, avec le citoyen Lepère1, architecte. Nous partîmes à 7 heures du matin, et nous passâmes dans la belle plaine, où se trouve une maison d’Ibraliim-Bey que l’on fortifie, et dans laquelle on construit un hôpital.

Arrivés à l’île, qui est baignée du côté de Boulaq par un canal très large, lorsque nous étions en train d’opérer, le citoyen Blanc reçut de l’un de ses amis une lettre dans laquelle on lui mandait qu’il n’était pas prudent de retourner pour le moment au Caire, où il s était manifesté quelques mouvements. Cela nous causa quelques inquiétudes, mais elles furent bientôt dissipées, en arrivant en ville.

Le 20 brumaire (10 novembre), en allant visiter les travaux que je suis chargé d’inspecter à l’île de Raudah et à la maison d’Ibrahim-Bey, je me décidai à parcourir l’île dans toute sa longueur, et à la reconnaître dans tous les points. A cet effet, nous partîmes à huit heures du matin.

Nous dirigeâmes notre marche sur le Mekias ; ce mot en arabe veut dire Colonne. Le Mekias est placé près du palais de Negm ed-Dyn, à l’extrémité orientale de l’île. Ce bâtiment, dont les fonds étaient primitivement au niveau du fond du Nil, est carré ; le soubassement dans lequel sont

1. Lepère, 1761-1844, architecte, membre de l’Institut d’Égypte.

percées deux arcades par où les eaux du Nil y entrent et en sortent, contient des colonnes qui supportent un dôme ; sur toutes les murailles sont des inscriptions arabes. Ce lieu était autrefois bien soigneusement fermé; l’abord en était très difficile aux étrangers.

L’Institut, dans une de ses séances, a nommé une Commission pour lui faire un rapport sur cet intéressant objet. Je me propose de construire le dessin de ce monument. A côté du palais, est une mosquée qui n’offre rien de remarquable dans son plan. Les Français, voulant occuper toute l’île de Raudah, la destinent à des magasins.

Du 20 brumaire au 1er nivôse an VII (10 nov.-21 déc. 1798), mon ami Fèvre est revenu de la mission dont il avait été chargé sous le général Andréossy.

Les ingénieurs ont levé avec soin le contour du lac Menzaleli et les îles qui se trouvent dans le lac. Le travail a coûté beaucoup de peines et de fatigues. L’expédition est partie dans un moment où la branche de Damiette n’était rien moins que sûre; on y assassinait sur l’une et l’autre rive. La destruction de plusieurs djermes, montées par vingt, trente et jusqu’à soixante Français, le général Andréossy attaqué lui-même à son passage, tous ces événements n’ont que trop appris combien l’imprudence des Français et l’indocilité des habitants nous ont été funestes. Fèvre passa quelques heures après le général Andréossy et ne fut heureusement pas attaqué. Arrivé à Damiette, le général Andréossy trouva tout dans le désordre le plus affreux. Les Français, intimidés par la révolte de tous les habitants du pays environnant et des pêcheurs du lac insurgés, étaient déterminés à abandonner la Basse-Égypte. Les malades étaient tous embarqués. Le général ranima les courages abattus et parvint, par sa bonne contenance, à ramener tout dans l’ordre. Il entra ensuite dans le lac avec une flottille et vint à bout de chasser tous les pêcheurs qui en étaient maîtres. Il leva à la toise et à la boussole tout le contour du

lac qui se trouve du côté de la mer, détermina la position des bouches de Dibey et d’Omfaredj, ainsi que remplacement de Péluse qui se trouve concorder parfaitement avec la position géographique des anciens. Il trouva un camée dans l’ile de Tounah.

Les difficultés que les ingénieurs éprouvèrent dans cette reconnaissance furent sans nombre. Plus d’une fois, ils furent obligés de marcher nus dans la boue jusqu’aux genoux. Ils entrèrent ensuite dans le canal de Moës, qui débouche dans le lac; ils le remontèrent jusqu’à San, ville égyptienne, où ils trouvèrent des débris d’obélisques et des monceaux de décombres. Lorsqu’ils dressèrent la carte, ils eurent l’heureuse idée de rassembler dans un cartouche tous les morceaux d’antiquités qu’ils avaient trouvés. Ils y représentèrent le lac, à droite duquel ils mirent le fleuve du Nil versant ses eaux dans la mer, et à gauche, à côté de la ville de Péluse et sur un plan plus avancé. Pompée enveloppé dans un manteau et étendu mort sur le rivage.

Les sondes des différentes bouches du lac et le plan des ruines de Péluse ont été faits avec soin et détail.

1er nivôse an VII (21 décembre 1798). Un vent du sud-ouest a commencé à souiller aujourd’hui avec beaucoup de violence.

2 nivôse. Le vent continue encore à souffler et l’on ne peut sortir dehors sans avoir devant les yeux quelque chose qui garantisse de la poussière.

Hier, l’Institut a tenu séance. Le général en chef a occupé pour la première fois le fauteuil du président. La séance a eu de l’intérêt, tant pour l’abondance des mémoires qui y ont été lus que par la présence même du général en chef. Il a toujours quelques questions intéressantes à proposer, quelques détails curieux à faire connaître sur l’Égypte, sur la position des Français, sur les Arabes Bédouins, etc. Il a parlé de sa proclamation au peuple égyptien, dans laquelle il lui a dit qu’il connaît*tous les secrets de son cœur. Le style de cette proclamation est tout à fait prophétique.

Lancret est de retour d’une reconnaissance qu’il était allé faire du côté de Belbeys; il a fait un heureux voyage. Le général Caffarelli, qui a pour politique d’accoler toujours un ingénieur des ponts et chaussées avec un ingénieur militaire, lui a donné un compagnon de voyage qui ne lui a pas fait le plus grand plaisir.

Say' a fait un rapport sur son voyage à Suez. Cinq routes y conduisent; il n’en a suivi qu’une. Suez a été abandonné par les habitants, à l’arrivée des Français. On y a trouvé des magasins de canons autrichiens.

3 nivôse. Le froid continue toujours. La disette d’argent dans le trésor public est si grande que nous sommes menacés d’abandonner les travaux de l’hôpital d’Ibrahim-Bey, ceux des fours du général en chef et de l’école.

Le général en chef est parti aujourd’hui pour Suez. Le général Caffarelli, Monge, Berthollet et Costaz l’accompagnent. Le motif connu de son voyage est de visiter Suez, mais il est probable qu’il a un but plus utile et que le général se propose de reconnaître toute la frontière de Libye, pour arrêter les invasions de l’ennemi, ou pour faire lui-même des incursions dans le pays, si cela est absolument nécessaire pour procurer des fonds à l’armée. Le P. C.2 est allé aussi à Suez et va chercher de la besogne aux ingénieurs ; le canal qui va du Nil à la mer Rouge, et dont on reconnaît encore les traces dans le désert, est l’objet de ses recherches.

4 nivôse. Il est question, depuis quelques jours, d’établir un spectacle. On met le plus grand zèle à le fonder, et de nombreux souscripteurs se sont déjà présentés.

5 nivôse. Tous les ouvriers de nos ateliers sont renvoyés, parce qu’il n’y a pas de fonds en caisse.

6 nivôse. J’ai lu aujourd’hui la proclamation du général en chef aux habitants du Caire, en leur rendant leur divan;

1. Sav, commandant du génie, membre de l’Institut d’Égypte, tué à Saint-Jean-d’Acre.

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