Lepère ou Girard
NOTES DE VOYAGE EN ÉGYPTE
elle est vraiment étonnante et conçue clans le style oriental. Cette pièce seule annonce des projets combinés, qui doivent produire de grands résultats. Les circonstances dans lesquelles elle paraît ne semblent pas la commander. Le général se compromet donc ou a de grands projets. Cela, joint à la prédiction prétendue des devoirs du pays, insérée dans le journal, au manque de fonds, dont la nécessité se fait sentir de plus en plus, à l’isolement où nous sommes de notre patrie, nous a conduits, quelques amis et moi, à des réflexions sur les événements étonnants auxquels nous avions coopéré et auxquels nous devrons coopérer par la suite. Que de choses surprenantes nous aurons à raconter en France à ce sujet!
Le 7 (27 décembre 1798). On a dit que la peste était à Alexandrie, qu’elle s’était manifestée dans l’hôpital de la marine, que tous les Français étaient campés hors de la ville. Les lettres venues de ce pays étaient trempées dans le vinaigre. Cette nouvelle a jeté un peu de tristesse parmi les Français, mais cela n’a pas duré longtemps, et dès le lendemain, ils en riaient, comme ils rient ordinairement de tout.
Le 8. Fèvre est revenu de sa course pour la reconnaissance du canal de Moës; il a fait un voyage assez heureux. C’est en vain qu’il a cherché les débris de la statue de lapis, dont le hâbleur Graff a parlé avec emphase dans la lettre qu’il a écrite dernièrement à l’Institut. II a rencontré Gratien Lepère’. Les nouvelles de peste à Alexandrie ne se démentent pas.
Le 9, le 10 et le 11. Il paraît que l’on va pénétrer en Syrie; tous les préparatifs que l’on fait semblent l’annoncer. On se dispose à attaquer par terre et par mer, car on a formé des restes de notre flotte trois divisions, dont une est déjà complètement armée.
1. Gratien Lepère, 1769-1826, ingénieur, auteur d’une histoire de l’Expédition d’Égypte.
Le 12, le 13 et le 14. Le temps est toujours assez froid. Les nouvelles d’Alexandrie sont plus rassurantes.
Le 16. J’appris hier que le général Kléber devait aller aux Pyramides, et j’avais résolu de ne point y aller, mais Malus vint de grand matin nous réveiller et nous nous décidâmes. Grimpés sur des ânes, nous nous acheminâmes vers Gizeh, et après avoir passé en barque, nous arrivâmes à l’extrémité sud de ce bourg, où la caravane se rassemblait. Toute l’escorte était à cheval et le coup d’œil en était très beau. La caravane, à la tête de laquelle se trouvaient plusieurs généraux, arriva, au bout de deux heures, au pied des Pyramides. Les campagnes que, dans mon premier voyage, j’avais vues couvertes des eaux du fleuve, étaient alors parées de verdure. Les habitants dociles, accroupis en dehors de leurs maisons, nous virent, sans nous faire aucune espèce d’insulte, grâce à la terreur que leur inspirait notre nombre.
Arrivé un des premiers à l’ouverture de la pyramide, je me disposai à y entrer. J’y trouvai le G. D.1 qui s’étant emparé de l’entrée du canal, composait déjà avec les personnes présentes et semblait leur dire : Maintenant que je suis sûr d’entrer, que très peu de personnes entrent avec moi ! On allume des bougies, et nous pénétrons dans le séjour de la mort. Le premier canal, dont la pente vers l’horizon est assez rapide, reste toujours de la même largeur, mais sa hauteur diminue tout à coup à son extrémité, et le passage a à peine un pied de haut. C’est alors qu’il faut se coucher à plat ventre, et ramper absolument, dans un espace de six à sept pieds de longueur, pendant quelques minutes. Vers le milieu du canal, il y a beaucoup de débris et de poussière, et comme on est obligé de traîner les pieds en marchant, parce qu’on est ployé en deux dans ce passage étroit, la poussière s’élève alors, et l’on court risque d’être suffoqué,