Girard ou Lepère
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lorsqu’on y passe plusieurs fois de suite. Les parois de ce canal sont parfaitement lisses et bien dressées; les pierres sont très bien jointes et presque sans mortier. Quand on a traversé en rampant l’endroit le plus bas, on s’élève alors sur ses pieds et l’on se trouve dans une espèce de caverne qui a l’air d’être creusée dans le roc. Ce trou a été pratiqué de force dans la pierre en forme de bouchon qui fermait le conduit. A la hauteur de six à sept pieds, règne tout autour une espèce de banquette sur laquelle il faut gravir, pour pénétrer dans un nouveau conduit qui se trouve plus à gauche en entrant, du côté du fleuve. Ce nouveau conduit, dont la pente en montant est très rapide, a sa surface inférieure si lisse, qu’il serait impossible d’y gravir, si l’on n’avait pratiqué avec le marteau des rainures où l’on pût poser le pied. Les parois verticales etles parois supérieures ne sont point aussi lisses que celles du premier canal. On remarque dans les pierres des creux et des bosses, des cassures et des éclats, ce qui paraîtrait annoncer que la construction n’a pas été faite avec le même soin. Au bout de ce second canal, on trouve un assez large palier. Là aboutit un nouveau canal horizontal qui se dirige droit au centre de la pyramide, et le canal que l’on vient de quitter devient d’une hauteur considérable.
A la droite du palier, on aperçoit de grossières pierres qui ont été remuées, et un trou assez profond ; c’est l’ouverture du puits pratiqué dans la pyramide. Si l’on suit le canal horizontal qui se présente en face, on arrive à la chambre de la reine. Ce conduit, qui est assez élevé, paraît se rétrécir, mais cette illusion est produite par les débris et la poussière accumulés vers le milieu de sa longueur. Il débouche à l’extrémité orientale de la chambre de la reine. Cette chambre est remplie de décombres. A gauche, en entrant, on a entamé la paroi et pratiqué un trou assez profond ; j’ignore si ce trou a quelque issue. La chambre de la reine n’a rien de remarquable, sinon qu’elle est couverte par de grandes dalles qui
nous ont paru être de pierre calcaire ; elle sont disposées en toit, de manière à s’arc-bouter réciproquement. Du reste, tout le revêtement de la salle est en pierres calcaires très bien taillées et parfaitement jointes.
De retour au point d’où l’on était parti, on monte à la chambre du roi, en suivant la direction du conduit que l’on avait quitté et qui se trouve interrompu dans l’emplacement du palier. Pour arriver à la nouvelle galerie, on a pratiqué dans la pierre des trous, dans lesquels on pose les pieds, et en s’aidant avec les mains cramponnées sur la surface supérieure des rampes, on arrive bientôt sur le plan incliné. Il est lisse et très rapide, mais l’on y a taillé des rainures où l’on peut poser le pied. De chaque côté s’élèvent deux espèces de socles, qui suivent la même rampe, mais qui sont plus élevés que le sol. A la superficie de ces socles, sont pratiqués des trous. La galerie, qui est très élevée, est recouverte par des dalles de pierres posées en retrait les unes sur les autres.
Arrivé à l’extrémité de la galerie, on passe dans un endroit horizontal, à l’entrée duquel on remarque des rainures profondes. Au milieu, il y a une hauteur assez considérable, C’est comme une excavation plus profonde faite dans cet endroit. Ce conduit horizontal aboutit à l’extrémité de la chambre du roi. Cette pièce est revêtue en entier, en granit dont les blocs ont pour la plupart, trois ou quatre pieds de haut sur quatre ou cinq de large. Les surfaces sont très bien dressées et les joints parfaitement exécutés. Le plafond est formé avec d’immenses dalles de granit, posées horizontalement. Dans la paroi qui est en face de l’entrée et dans celle qui lui est opposée, on a pratiqué des trous, dont la profondeur est assez considérable; on n’en voit pas le plafond. A l’extrémité occidentale est placé un sarcophage, qui probablement contient le corps du roi, dont la pyramide a été le tombeau. Ce sarcophage n’a rien de remarquable. Il est d’environ six à sept pieds, haut de trois à quatre et large de un et demi ou deux pieds. Sa forme est celle d’un paralléli-
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pipède; il n'est enrichi d’aucune sculpture. Le couvercle a été cassé. On en voit les débris épars au milieu de la salle. Ce ne sont plus que des morceaux très petits et très menus. A l’extrémité septentrionale du sarcophage, on a dérangé de gros blocs et l’on a creusé, comme dans une carrière, un trou sous le sarcophage. Probablement, on a eu l’intention de découvrir s’il n’y avait pas de trésor caché dans cet endroit.
Après avoir ainsi parcouru tous les coins de la pyramide, je songeai à en sortir. Nous nous trouvâmes une douzaine, à la suite les uns des autres, dans le conduit. Dolomieu était à la tête. Il examina avec attention toutes les pierres, et prétendit que le noyau de la pyramide était le rocher même. La chaleur que nous éprouvâmes nous fit un peu crier après lui, car il nous faisait étouffer. Mais il nous céda bientôt le pas, et je sortis enfin de la pyramide, ma chemise étant aussi inondée que si elle avait été trempée dans l’eau.
Après avoir bu quelques gouttes d’eau-de-vie pour me restaurer, je me dirigeai vers le Sphinx. On était occupé à en prendre les dimensions. Dans sa tête est pratiqué un trou do cinq à six pieds de profondeur, dans lequel les auteurs prétendent que se cachaient les prêtres, pour rendre leurs oracles. On a fait des fouilles pour s’assurer si le rocher a été travaillé pour présenter la forme du corps du Sphinx. Mais elles n’ont point été assez longtemps continuées pour qu’on en ait pu acquérir la certitude.
J’allai ensuite visiter la petite pyramide. Toutautour d’elle, on aperçoit des débris considérables de granit. Une grande partie des blocs, taillés les uns en trapèze, les autres en pyramide, sont ceints de rainures assez profondes, destinées probablement à lier les blocs entre eux. On a tenté de raccourcir cette pyramide : des morceaux de pierres écroulées attestent les efforts que l’on a faits pour y parvenir, mais tous ces efforts ont été inutiles jusqu’à présent. Je suis monté sur le sommet qui ne laisse pas d’être assez élevé. De là, on aperçoit le plan de la position respective des pyramides, et
la pente du sol. On voit, à n’en pas douter, que l’espèce de fossé existant le long de l’un des côtés de la seconde pyramide n’est que le résultat dudressement du rocher qui avait une pente, et que, dans cette partie, on a rendu horizontal, afin d’y asseoir les fondements. Les assises de la petite pyramide sont assez élevées; elles sont en retrait les unes sur les autres, et l’on ne gravit dessus que difficilement. Cependant elles diminuent de hauteur, lorsqu’on approche du sommet.
Je refis ensuite le tour de la deuxième pyramide. J’aperçus quelques débris de granit, mais en très petite quantité, ce qui prouve qu’elle n’a point été revêtue avec cette roche, mais bien en pierre calcaire, ainsi que le reste de son revêtement subsistant le démontre évidemment.
Je suis entré dans quelques-unes des catacombes qui se trouvent du côté de la face occidentale de la deuxième pyramide, et j’ai remarqué, au plafond de l’une d’elles, des soli ves en palmier, sculptées dans le roc. Elles représentent très bien les planchers, tels qu’on les exécute dans les pièces des rez-de-chaussée des maisons du Caire, où la tige de palmier, coupée en deux, est distribuée en solives, pour porter l’aire des planches.
Le 18, toutes les personnes qui avaient été à Suez en sont revenues. Le général en chef a fait beaucoup souffrir ceux qui l’accompagnaient par les longues courses qu’il leur a fait faire. Il a tué deux ou trois chevaux, perdu un guide, et rien n'a ralenti son ardeur. A Suez, il a manqué de périr avec le général Caffarelli, en se promenant sur un esquif dans la rade. Arnollet est allé, avec vingt-cinq guides, à El-Tor, par mer ; il est sur un petit bâtiment armé en guerre. Le général en chef a surpris, • à son retour, la tribu d’Arabes qui a pillé la caravane de la Mecque. On leur a pris des châles et d’autres étoffes précieuses, des troupeaux nombreux de boeufs et de buffles, d’ânes, et cent quarante chameaux. On a reconnu le canal
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qui, traversant le désert, allait autrefois du Nil à la mer Rouge. On le voit encore dans quelques endroits, creusé de cinq à six pieds de profondeur. Lepère et son frère Gratien doivent faire le nivellement du Nil à Suez et décider la question si souvent agitée par les savants, de l’élévation des eaux de la mer Rouge au-dessus du sol de l’Égypte.
Le 21. R y a eu séance à l’Institut. Elle a été bien remplie, comme on se le promettait. D. a lu une notice sur l’agriculture de la Basse-Égypte. Ce mémoire, parsemé d’ailleurs de quelques fautes de français, n’a pas fait un vif plaisir. Malus a fait un rapport sur la reconnaissance qu’il a faite avec mon ami Fèvre du canal de Moës, anciennement la branche Tanitique du Nil. Il y parle de l’agriculture, des ruines de San et de Bubaste, etc. Ce rapport, fort bien écrit, a inspiré beaucoup d’intérêt. Le poète a lu la traduction d’un fragment du XVIIe chant du Tasse, où il était facile de saisir des allusions en l’honneur de Bonaparte.
Du 20 au 30 (9.-19 janvier 1799). Plusieurs courses ont été organisées. Des occasions se sont présentées, pour aller dans la Haute et la Basse-Égypte, et aux lacs de Natron. Le général en chef a paru désirer que les membres de l’Institut et les différents membres de la Commission se portassent sur différents points de l’Égypte, pour y examiner les choses curieuses qui pouvaient s’y trouver.
Ce désir du général en chef était un ordre. Le général Caffarelli s’empressa de saisir cette occasion de mettre la main sur différentes personnes, qui jusqu’alors lui étaient échappées. Il dressa en conséquence des listes, et donna des destinations à son gré. C’est une chose vraiment pitoyable que de voir les officiers de ses bureaux donner, à leur gré, des destinations aux divers membres de l’Institut et de la Commission.
Casteix’, Jomard, Victor Dupuis5, Rozière3, etc., sont allés