Victor Dupuis, ingénieur des mines
3. Rozière, ingénieur des mines, plus tard inspecteur divisionnaire.
dans la Haute-Égypte. Le général Andréossy, accompagné des citoyens Berthollet, Fourier, etc., est allé aux lacs de Natron ; Fèvre et Malus parcoururent le Delta.
Dans cet intervalle, Lancret reçut l'ordre d’aller faire curer et approfondir le canal d’Alexandrie; cette commission désagréable le contraria beaucoup. Monge et Berthollet cherchèrent à lui persuader qu’il allait faire là une opération qui le mènerait à l’immortalité, mais il était trop facile de voir quelles étaient les intentions des personnes qui lui tenaient ce langage, ayant pour principe de ne se mettre en opposition avec aucun des généraux, et à plus forte raison, avec ceux qui ont la haute main, ils ne veulent rien faire pour lui, bien qu’ils lui témoignent de l’amitié.
On a commencé à parler sérieusement du voyage de Syrie. O11 était déjà allé, quelque temps auparavant, à Katieh, village situé à quatre journées dans le désert, et sur la frontière de Syrie. On y avait envoyé un ingénieur des ponts et chaussées, pour sonder un port qui n’existait pas, puisque Katieh se trouve à trois ou quatre lieues de la mer. On s’attendait à trouver là une ville considérable et bien peuplée, telle que semblait devoir l’être une ville faite par sa position, pour être l’entrepôt du commerce de la Syrie et de l’Égypte. On ne trouva que quelques maisons abandonnées. Cette circonstance prouve combien ces lieux sont peu connus.
Le 12 (31 janvier 1799). Le quartier général est parti du Caire. Avant cette époque, la plupart de ceux qui avaient été envoyés en mission sont revenus dans la capitale ; Andréossy, Berthollet et Fourier revinrent des lacs de Natron. Ils ont visité les monastères chrétiens qui se trouvent dans ces contrées ; ce sont des forteresses inexpugnables ; les murs qui en forment l’enceinte ont plus de quarante pieds de haut. Il n’y a qu’une seule entrée, elle est fermée par deux meules de granit qui en remplissent la capacité; les meules, retenues par des chaînes en fer, sont
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manœuvrées de l’intérieur du couvent, pour ouvrir ou fermer le passage.
Le 16 (4 février 1799), il y eut une séance de l’Institut, avant le départ du quartier général, départ déjà annoncé par celui des généraux Kléber et Reynier. Le premier se rend à Damiette et le second à Sallehyeh.
Dolomieu lut un mémoire sur le Mekias. Il en a pris les dimensions exactes. Il parait que le bassin du Mekias est construit de telle façon qu’à une certaine époque, il ne communique plus avec le Nil. Il suit, des observations qu’il a faites, que le Mekias ne peut donner que la mesure de la différence des hautes eaux et des basses eaux du Nil; qu’il a fallu par conséquent, dans le principe, partir d’un point fixe déterminé, pour évaluer cette mesure; que, le fond du Nil ainsi que le reste du sol s 'étant élevé par les dépôts que le fleuve charrie, ce point de départ a dû considérablement varier; qu’il suit de là qu’à des époques avancées, le nombre de mesures nécessaires pour avoir une bonne inondation a dû nécessairement augmenter en apparence, mais non réellement. Ce mémoire met donc parfaitement d’accord entre eux les auteurs anciens et modernes, qui ont donné chacun un nombre de mesures différent et nécessaire pour une bonne inondation. On n’a pas besoin, pour cela, d’avoir recours à un changement dans les longueurs des coudées, changement qui ne paraît pas probable. Il faut encore distinguer si les auteurs ont voulu parler de la mesure relative des eaux du Nil. Cette année, il y avait près de vingt-quatre coudées de hauteur d’eau, et l’inondation n’a été que bonne, tandis que, du temps d’Hérodote, seize coudées étaient le présage de l’abondance et de la fécondité.
Dans la même séance, le général Andréossy et Berthollet ont lu chacun un rapport sur le voyage qu’ils venaient de faire aux lacs de Natron. Girard a lu deux mémoires, l’un sur la culture du riz dans la province de Damiette et l’autre
sur la solution d’un problème, résolu déjà depuis longtemps à l’École polytechnique et relatif à la détermination du point brillant dans les surfaces.
Les citoyens Lepère sont revenus du canal de Suez. Ils ont d’abord levé le plan de Suez et des fontaines de Moyse, dont ils ont en outre fait le nivellement. Ils ont ensuite commencé à niveler, à partir de l’embouchure du canal dans la mer Rouge. Ils ont opéré d’abord sur les cinq lieues qui avaient déjà été reconnues par le général en chef, lors de son voyage à Suez. Ils ont ensuite perdu les traces du canal et ont été forcés de revenir à Belbeys. Au-dessus de Belbeys, ils ont continué leurs opérations, mais ils ont été obligés de revenir par le manque de vivres. Pour les cinq lieues nivelées, il y a une différence de quinze pieds entre les hautes eaux de la mer Rouge et le dernier point du nivellement, mais cela n’apprend rien encore. Les déserts qu’ils ont parcourus sont remplis de gypse; on en trouve de superbes lames.
Ils ont été trouver le général Caffarelli qui était sur son départ pour la Syrie. Ils ont été accueillis avec de belles paroles. Le général avait besoin de chameaux et il a trouvé le moyen de les leur prendre, sans manquer à la politesse. Il leur avait promis de l’argent et ne leur en a point donné. Il leur avait accordé une escorte et elle leur a été enlevée depuis quelque temps; il les a mis enfin hors d’état de continuer leur besogne. Pour amadouer l’aîné, il lui laissa des instructions écrites, où il lui donne le titre pompeux d’ingénieur en chef de tous les travaux compris entre les deux mers. On voit donc constamment les mêmes personnages; ils ne se démentent point. L’un donne toujours de belles paroles; l’autre, constamment joué, et s’en apercevant quelquefois, ne peut s’empêcher d’être l’adulateur servile d’un homme qui lui accorde une ombre de pouvoir.
Les citoyens Monge et Berthollet sont aussi partis du Caire pour aller en Syrie. Ils doivent avoir des places dans
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la voiture que le général en chef a fait emmener à sa suite. Costaz, qui est aussi parti pour la Syrie, a reçu en cadeau un cheval du général en chef.
Dolomieu et les généraux Dumas et Manscourt sont partis du Caire le 20. Ils doivent se rendre dans le port d’Alexandrie pour s’embarquer sur le bâtiment qui les attend, et de là partir pour la France. Le général Berthier devait aussi partir. Il était déjà remplacé par le général Andréossy dans sa place de chef de l'état-major général de l’armée. Ce choix avait satisfait tout le monde et particulièrement les membres de la Commission. Mais un bâtiment parti de Raguse et apportant des nouvelles de France a fait changer de sentiment à Berthier. Il a mieux aimé suivre le général en chef en Syrie et il a repris les fonctions de sa place.
Le 21. Geoffroy est revenu de Damiette avec le général Dugua. Ils ont ramené les Anglais qui montaient le bâtiment échoué au cap Burlos.
Du 22 au 30. Jomard, Dupuis, Rozière sont arrivés de Beni-Souef. Chargés de suivre la Commission qui levait le Mit' dans cette province et dans celle de Fayoum, ils ne l’ont point quittée. Une fausse nouvelle que Desaix avait été battu, et plus encore le départ d’une grande partie des Anglais pour la Syrie, porta les habitants de ces deux provinces à se révolter. Rassemblés au nombre de quinze mille, ils vinrent attaquer les Français qui n’étaient que cent cinquante, mais qui avaient une pièce de canon. La résistance de la part des Français fut opiniâtre. Quinze cents Fellahs restèrent sur la place; quarante Français seulement furent blessés. Il n’en mourut pas un seul sur le champ de bataille.
Fèvre est revenu de son voyage dans le Delta. Le manque d’escorte ne lui a permis de faire aucune opération. Voilà la conséquence de l’imprévoyance de l’homme, sous les ordres de qui nous sommes. Malus est allé en Syrie avec le général Kléber.
Du 1er au 8 ventôse. Arnollet est revenu de l’expédition
de Cosseïr. Cette expédition, composée de quatre petites barques pontées, portant une quinzaine de pièces de canon, a été très malheureuse, à cause de la mésintelligence qui régnait entre l’officier de terre et l’officier de mer, et plus encore par l’ignorance de l’officier de mer. Les commandants de terre et de mer, Pourtat, dessinateur, avec lequel j’avais fait la traversée sur le Guerrier, et quinze hommes de Y Invincible, trente-deuxième demi-brigade, moururent dans cette occasion. Arnollet l’a encore échappé belle cette fois; il n’a tenu à rien qu’il se trouvât sur le bâtiment amiral.
Fèvre est parti le 8 pour aller en Syrie. Il y a eu une affaire dans la Haute-Egypte; elle paraît décisive; on en attend les détails. Il y a eu également une affaire à El- Arisch.
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Nous sommes partis du Caire1 le 29 ventôse an VII (19 mars 1799), à midi, pour nous rendre à Gizeh, où devait se trouver une djerme destinée à nous transporter à Syout, qui était alors le quartier général de la Haute-Égypte.
Mais, dans cette occasion comme dans toutes celles de ce genre, la négligence des voyageurs, qui se reposent les uns sur les autres du soin des préparatifs du voyage, fit qu’au moment de nous embarquer, nous ne trouvâmes point de djerme, celle qui nous était accordée n’étant pas arrivée de Boulaq. Le parti que nous prîmes fut d’en mettre une sur-le-
1 . Girard , ingénieur en chef des ponts et chaussées , à l'ingénieur Jollois
Au Caire, le 28 ventôse an VII.
« Je vous annonce, mon cher camarade, que j’ai cru devoir profiter, pour nous rendre dans la Haute-Égypte, d’un convoi qui part demain pour aller rejoindre le général Desaix, qui se trouve dans ce moment-ci à Syout. En conséquence, je vous invite à vous trouver demain, à 9 heures du matin, à Gizé, lieu de l’embarquement.
» Je vous prie de vouloir bien prévenir de notre départ les citoyens Coquebert et Nectoux, qui avaient été désignés pour faire le même voyage.
» Nos chevaux seront embarqués sur la même djerme que nous; il faudra se précautionner de fourrages; il faudra aussi penser à nos provisions jusqu’à Syout.
» Salut et fraternité.
» Girard. »
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champ en réquisition. Celle que nous choisîmes fut aussitôt abandonnée de tous les mariniers, sans que nous nous en aperçûmes, tant nous étions occupés de l’embarquement de nos effets et de nos chevaux.
Deux mariniers français se trouvant sur notre djerme, on se détermina cependant à mettre à la voile, et nous ne fûmes pas plus tôt écartés du port que le capitaine et les matelots égyptiens accoururent sur la rive, en priant qu’on les laissât entrer dans leur barque, et c’était précisément là ce que nous voulions.
La djerme, accompagnée de deux autres bateaux chargés de munitions pour l’armée, était escortée d’une djerme armée de cinq canons. Nous repartîmes à quatre heures du soir. Nous laissâmes sur la rive droite le village d’Atar-Connabi. Le soleil approchant de l’horizon, nous disposâmes nos lits pour dormir.
Le lendemain, nous abordâmes au village de Choubait, puis à celui de Dachour. Sur les quatre heures, nous nous sommes arrêtés à Gamaze el-Soyer.
Le 1er germinal (21 mars 1799), nous arrivâmes à trois heures devant Gamelé et Melatain.
Jusqu’à Beni-Souef où nous sommes arrivés à deux heures après midi, la rive droite du Nil est dominée par la chaîne du Mokattam. A trois lieues au-dessus de Beni-Souef, sur la rive droite, le Mokattam se trouve à pic. Il côtoie la rive droite pendant l’espace de plus d’une lieue. Dans cet intervalle, on aperçoit des monceaux de débris de briques, ce qui annonce l’existence d’une ancienne ville que l’on nous dit s’appeler El-Medel.
Le 3 germinal, sur les cinq heures, nous arrivâmes devant le village d’Achenoun.
Le 4 germinal, nous sommes arrivés à Minieh, à cinq heures du soir. Toute la rive droite, depuis Beni-Souef, renferme peu de terres cultivables, moins encore de terres cultivées. Presque toujours le Mokattam est à pic sur le rivage. Nous
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vîmes le couvent de la Poulie. Il est bâti sur le sommet le plus élevé de la montagne qui borde le fleuve; il est construit en terre.
On nous avait fait craindre, à Beni-Souef, une attaque de la part de ce couvent, des Mamelouks s’en étant, nous dit-on, emparés; mais nos barques passèrent tranquillement. Là, le Nil est très resserré et le courant est très considérable.
Nous trouvâmes à Minieli la Commission chargée de recueillir le Mir. Nous y apprîmes des nouvelles du général Desaix. Elles nous détrompèrent sur la tranquillité dont nous pensions que jouissait la Haute-Égypte.
Nous restâmes à peu près deux heures à Minieli, et nous finies ensuite voile, pour continuer notre voyage. Nous fîmes peu de chemin pendant la nuit, mais le bon vent soufflant dans la matinée nous transporta avec rapidité. Nous passâmes devant les ruines d’Antinoé, ville bâtie par Adrien, en l’honneur d’Antinous. Elle est située sur la rive droite, derrière Cheik Abadeh, en face du village de Roda. Nous aperçûmes, au travers des palmiers, un temple en dôme, et dans un autre endroit, un reste d’arc de triomphe, dont deux colonnes subsistent tout entières; elles nous ont paru d’ordre corinthien. Les fûts sont cannelés jusqu’aux trois quarts, à partir de l’astragale; des colonnes sont éparses sur le rivage. Des monceaux de débris de briques annoncent l’existence d’une ville considérable. Le Mokattam n’est pas très éloigné du rivage; des grottes y sont pratiquées, ainsi que des chemins.
Le 6 germinal (26 mars), nous arrivâmes devant Manfalout, sur les quatre heures du soir. Notre navigation, depuis le 5 au soir jusqu’au 6, n’a pas été rapide. Notre barque a manqué d’échouer au pied du Mokattam, qui est à pic sur le rivage.
Le 7 germinal (27 mars), le vent était très peu considérable, et nous avons fait très peu de chemin.
Le 8 germinal, un vent violent, et qui nous était tout à
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fait contraire, souffla de grand matin et continua toute la journée. Nous fûmes obligés de rester à l’ancre devant un village.
Nous arrivâmes au port de Syout, le 8 germinal au soir, et le lendemain 9, nous entrâmes dans la ville. Les Français y étaient réunis dans un quartier isolé, où nous ne pûmes trouver de logement. Nous nous déterminâmes donc â camper, et nous nous construisîmes des cabanes avec des nattes. La mienne me coûta quarante-trois parats.
Le 10, nous allâmes visiter les grottes qui se trouvent à quatre ou cinq cents pas du quartier français. La première que nous visitâmes a une ouverture considérable. Elle nous parut être un temple de l’antiquité. Le plan, qui est composé d’une enfilade de plusieurs salles, est de la plus grande simplicité; l’entrée offre l’aspect d’un monument sans prétention.
Le 11 (31 mars), nous prîmes deux profils du Nil, près du port de Syout. Le soir, nous retournâmes vers les grottes qui sont pratiquées dans les montagnes. Nous en vîmes trois nouvelles fort belles.
Le 29 floréal (18 mai 1799), à 2 heures du matin, nous partîmes de Syout... Nous allâmes coucher à Dir. Notre seconde journée se termina à Thatha, bourg considérable. La troisième journée se terminaà Schaig, en face d’Ekmaim.
Le lendemain, à une heure du matin, nous arrivâmes à la hauteur de Menchiet el-Nedé, où l’on vit des monceaux de ruines. Des habitants du pays nous dirent que l’on y trouvait des colonnes, mais, sur la rive du Nil, on voit encore les restes d’un long quai construit en pierres de taille. C’est là que Danville place l’ancienne Ptolémaïs. Nous arrivâmes enfin de très bonne heure à Girgeh, et ce fut là le terme de notre quatrième journée.
Nous restâmes un jour entier à Girgeh ; nous y reçûmes toute sorte d’honnêtetés de l’agent. français. Le commandant de la province, qui était absent, écrivit, à notre sujet, une lettre on ne peut pas plus obligeante.
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Le sixième jour de notre marche, nous allâmes coucher à Farshiout, village très considérable. Le cheik est un petitfils du cheik Aman, fameux dans le pays par les démêlés qu'il eut avec les beys du Caire. Ce cheik obtint, par sa constance et sa valeur, le gouvernement de tous les pays compris entre Gizeh et les cataractes, moyennant un droit qu'il payait au Gouvernement du Caire. Mourad-Bey, poursuivi par les Français, fit trancher la tête au fils du cheik Aman. Ce cheik attendait les Français avec impatience, et leur avait, dit-on, préparé du pain.
Le septième jour, nous allâmes coucher à Kasr-Essaiad. Là on voit des monceaux de décombres considérables et quelques ruines d’un ancien quai. Le Nil coule là sur des rochers.
Le huitième jour, nous arrivâmes à Kené. C’était le 6 prairial (25 mai 1799). Le lendemain se mit en marche une expédition commandée par le général Belliard. Elle consistait en huit cents chameaux, dont quatre cents étaient destinés à porter quatre cents hommes, avec de l’eau et des provisions de bouche. Les quatre cents autres chameaux portaient des munitions de guerre et de bouche.
Le 18 prairial an VII (29 mai 1799), nous allâmes visiter, pour la première fois, le temple de Dendérah. Depuis ce temps, nous y avons fait dix voyages. Le général Belliard nous accorda d’abord des escortes pour nous y rendre. Ces premières visites, au lieu de satisfaire notre curiosité, ne firent que l’exciter davantage, et comme il y aurait eu plus que de l’indiscrétion à demander des escortes autant de fois que nous avions le désir, et pour ainsi dire le besoin de nous y rendre, nous prîmes le parti d’y aller seuls, et à l’insu du général qui nous avait expressément défendu d’y aller, puisqu’on pouvait y être rencontré par des Arabes Bédouins ou des Fellahs malintentionnés.
Tous les jours, vers onze heures ou midi, nous nous rendions sur la rive droite du Nil, en face des ruines de Dendérah. Là
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nous trouvions un batelier qui nous faisait traverser le fleuve et nous déposait sur l’autre rive. Tandis que nous allions dessiner, il restait sur sa barque, nous attendait avec exactitude jusqu’au soir, et nous reportait sur l’autre rive. Jamais sa fidélité ne nous a manqué.
Un jour qu’emportés par notre zèle, nous revînmes plus tard que de coutume, nous aperçûmes de loin notre fidèle nautonnier, qui, du geste et de la voix, nous pressait de revenir. Il était dans une inquiétude extrême sur notre sort; il craignait que nous ne fussions tombés sous les coups des Arabes. Il serait difficile de peindre la joie qu’il eut de nous revoir. Nous le payions toujours bien, mais, cette fois, nous doublâmes son salaire, et quoiqu’il aimât l’argent comme tous ses compatriotes, cette générosité nous parut lui faire éprouver moins de joie et de contentement que notre retour inespéré.
Le temple de Dendérah, l’un des plus beaux que l’Égypte possède, offre un aspect qui étonne celui qui n’a jamais vu que des monuments d’architecture grecque. La masse qu’il présente en impose par le caractère de l’édifice et par les ornements précieux qui le décorent. Un vaste portique, soutenu de vingt-quatre colonnes, précède le temple. Ces colonnes, décorées de chapiteaux à figures d’Isis, sont couvertes, depuis leur sommet jusqu’à leur base, de figures allégoriques, d’hiéroglyphes et de zones d’étoiles. Le tailloir du chapiteau est aussi décoré d’hiéroglyphes ; la partie du plafond qui se trouve dans l’entre-colonnement du milieu est ornée d’une espèce d’oiseau chimérique, dont les ailes sont étendues, et d’un globe ailé, qui se répètent alternativement. Les deux entre-colonnements extrêmes renferment un zodiaque. Le lion est le premier des douze signes ; il semble sortir du temple et entraîner tous les autres après lui. Six des douze signes se trouvent dans le premier entre-colonnement à droite, et les six autres, dans le dernier entre-colonnement à gauche.
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Les entre-colonnements sont divisés chacun en trois bandes ; ils sont entremêlés de figures emblématiques que l'on retrouve en grand nombre dans les quatre autres bandes. Les douze signes sont distribués, comme nous l’avons dit, par moitié dans les entre-colonnements extrêmes, et le Cancer est le dernier de tous. Il est un peu hors de la bande, et dans son voisinage on voit un soleil lançant ses rayons sur une figure d’Isis. Il est digne de remarque que le Cancer paraît divisé en deux parties d'inégal terme.
Les parois des murs du portique sont décorées de nombreux tableaux représentant des offrandes aux dieux. Il y a, en largeur, autant de tableaux que d’entre-colonnements.
La salle suivante est une espèce de second portique décoré de six colonnes à chapiteaux en fleurs de lotus, surmontés de dés à tête d’Isis ; ce sont les colonnes et les chapiteaux que l’on retrouve à Philæ. Les architraves sont décorées de figures d’Isis, et les parois des murs de bas-reliefs. C’est en général la décoration des murs des autres salles. On voit dans un temple un escalier très remarquable par la richesse de ses ornements et la beauté de son exécution. Le plan supérieur du temple fait apercevoir les hauteurs inégales des salles inférieures. On y voit à découvert quelques terrasses, et l’on y remarque surtout les chambres du zodiaque et celles qui sont déposées symétriquement dans l’autre partie de l’édifice; c’estdans l’une d’elles que l’on voit un planisphère céleste. Les plafonds des autres sont richement décorés d’hiéroglyphes et de figures emblématiques ; les murs extérieurs de tout l’édifice sont couverts de sculptures représentant des offrandes aux dieux.
Nous sommes partis de Keneh, le 7 messidor an VII (25 juin 1799), à trois heures du matin. Nous sommes arrivés dans la matinée à Kous, où nous sommes restés le 7 et le 8. Nous avons laissé derrière nous les ruines de l’ancienne Coptos, situées non loin de la vallée qui conduit à Cosseïr. On dit qu’il y reste quelques vestiges de monuments. A Kous, on
Bibl. ÉGYPT., T. VI.
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ne voit d’autre antiquité qu’une porte, dans le genre de celle qui précède le temple de Dendérah ; elle est tellement enfouie que l’on n’aperçoit plus que sa corniche. L’emplacement de Kous annonce l’existence d’une ville considérable; on n’y voit plus maintenant qu’un petit nombre de maisons, dont la plupart sont en ruines.
Nous avons trouvé dans les décombres un petit sanctuaire, tel qu’on en rencontre souvent dans les hiéroglyphes.
Nous partîmes de Kous, le 9 au matin ; nous passâmes devant Karnak, et nous séjournâmes à Louqsor. Nous restâmes pendant quatre heures à Karnak. Un temple immense est ce que l’on aperçoit d’abord. Deux portes sont situées à ses extrémités. Une troisième porte, avec une avenue de sphinx, y aboutit encore dans le sens de la largeur, en suivant la route de Keneh. De l’autre côté du palais, on voit une enfilade de trois môles ou pylônes, avec des portes séparées par des cours ; l’une de ces portes est tout entière en granit. Des statues colossales sont placées en avant de chacun des pylônes.
A droite du palais, on voit encore deux temples et une porte immense exécutée avec le plus grand soin, dans le même genre d’architecture que celle de Dendérah. Trois allées de sphinx lient ensemble tous ces monuments ; les uns représentent des béliers tout entiers, les autres ont des corps de lion et des têtes de béliers ou de femmes. L’allée de sphinx de cette dernière s’étend jusqu’à Louqsor. Deux lacs d’eau salée se trouvent dans l’enceinte des ruines.
On remarque encore une infinité d’autres monuments, dont on ne pourra donner une inscription bien exacte que lorsqu’on en aura levé les plans.
Louqsor a deux obélisques de la plus grande beauté : ils sont situés en avant de deux figures colossales enfouies jusqu’au col et placées elles-mêmes en avant de deux môles énormes, liés entre eux par une belle porte.
Au delà de ces constructions, ou aperçoit les débris d’un
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sanctuaire et des salles remplies de colonnes. Louqsor est placé sur le bord du Nil. On y aperçoit les débris d’un quai, qui dut être considérable. Il a été continué, partie en briques cuites et partie en briques crues, mais à des époques bien postérieures.
Le 10, au matin, nous partîmes de Louqsor, et nous arrivâmes dans la journée, à Salamie, située à une petite journée de Tlièbes. Dans ce trajet nous vîmes des crocodiles pour la première fois.
Le 11 messidor an VII, nous partîmes pour Esneli, où nous arrivâmes dans la matinée. Esneh renferme un fort beau temple, dont il ne reste plus maintenant que le portique. Tout le reste a été probablement détruit, ou est enfoui sous les décombres, car le sol de cette ancienne ville a été considérablement exhaussé successivement. Sur le bord du fleuve qui est â pic, on reconnaît les débris de trois ou quatre maisons élevées les unes sur les autres. Les constructions romaines, les constructions arabes s’y distinguent très bien. On voit encore les restes d’un très beau quai : l’appareil peu soigné, les murs peu épais et sans talus m’ont paru les principales causes de sa destruction. Il est digne de remarque que les anciens Égyptiens n’aient point donné de talus â cette construction, eux qui en donnaient à tous les murs de leurs édifices. Autour d’Esneh, sur l’une et l’autre rive du fleuve, on retrouve encore les débris de deux temples, dont nous avons levé les plans et pris les coupes et élévations.
Nous sommes partis d’Esneli pour Syène, le 21 messidor an VII (9 juillet 1799). Plusieurs circonstances, dont je n’ai pas besoin de tenir note pour m’en souvenir, nous ont fait tout à coup entreprendre ce voyage.
Le premier jour, notre navigation n’a pas été très heureuse, et le vent nous ayant manqué, ce n’est que le 22 que nous sommes arrivés â Edfou. Nous y avons examiné un des plus beaux temples que l’Égypte possède ; nous en avons levé le plan. Le 23 messidor, nous avons longé le Djebel el-Selseleh.
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On appelle ainsi un endroit où le Nil est fort resserré entre les deux chaînes de montagnes qui forment la vallée. Son lit est étroit et par conséquent profond. Le tleuve coule avec beaucoup de rapidité, et c’est peut-être le seul endroit où l’on pourrait faire avec beaucoup de fruit des expériences sur la dépense d’eau et sur le régime du fleuve. C’est laque se trouvent les carrières de grès, d’où l’on a tiré les matériaux qui ont servi à la construction des temples et des palais de la Haute-Égypte. On remarque dans cet endroit plusieurs grottes avec des hiéroglyphes.
Le même jour, nous arrivâmes à Koum-Ombos, où nous admirâmes les restes d’un très beau temple. Cet édifice est différent de ceux que nous avons vus jusqu’à présent, en ce qu’il a deux entrées, et cette singularité se retrouve dans tout le reste du temple, dont la distribution est subordonnée à ce parti pris. Tout ce qui annonce ordinairement l’entrée d’un temple, tel que le globe ailé qui décore la corniche, se trouve ici répété deux fois. On voit encore les débris d’une porte tout à fait semblable à celle de Dendérah, pour sa construction et le profil de sa corniche. Il n’en reste plus debout que la moitié, l’autre moitié s’étant écroulée dans le Nil, où l’on en voit encore les débris. Elle est placée en face d’un petit temple consacré à Isis, dont une partie des murs est tombée dans le fleuve. C’est dans le voisinage de ce petit édifice que l’on aperçoit une construction qui pourrait avoir servi de nilomètre.
A la hauteur de Koum-Ombos, le Nil fait un coude, ce qui forme un port très vaste et très beau. Les deux temples sont environnés d’une enceinte bastionnée en briques crues, de dimensions considérables. On y remarque une petite porte construite en pierres.
Le même jour, nous allâmes coucher au-dessus d’Ombos, sur une ile de sable.
Le 24, le vent nous ayant manqué, nous passâmes la journée à Guirbes, où l’on voit les restes d’une ville ancienne.
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On y remarque trois portes, des restes de fortifications, beaucoup de colonnes de granit d’ordre dorique, une cuve en granit rouge, d’un très mauvais travail. Ces ruines nous ont paru appartenir à une ancienne ville romaine, que les Arabes auraient ensuite occupée.
Le lendemain 25 (13 juillet), nous partîmes pour Syène. L’aspect de la ville actuelle do Syène ne diffère en rien de celui des autres villes d’Égypte.
L’aspect des environs do Syène est des plus pittoresques. C’est là que commencent les roches granitiques. Leurs couleurs variées, en opposition avec le vert foncé des nombreux palmiers qui environnent la ville, produisent des effets très piquants, et forment un contraste qui plait à l’œil. Des rochers de granit, sortant du milieu du fleuve, augmentent la richesse et la variété de ce tableau. Les parties de ces rochers qui ont été frottées par l’eau ont un beau pol i que ne donneraient pas nos moyens mécaniques les plus perfectionnés.
Au delà de Syène, à une plus grande hauteur, sont des montagnes de grès ; elles sont noircies par les rayons du soleil. Dans quelques endroits, on aperçoit des carrières de grès qui ont été exploitées, il y a peut-être plus de quatre mille ans. Les cassures encore fraîches de celles-ci et la couleur noirâtre et brûlée des montngnes sont une preuve palpable de l’antiquité du monde.
A côté de la ville moderne, on voit les ruines de la Syène que je présume être arabe. Les grands pans de murailles de ses maisons écroulées rendent encore plus pittoresque cette partie extrême de l’Égypte. Cette ancienne ville est entourée d’une enceinte en briques crues, et flanquée de tours carrées. Elle occupe un grand espace et est bâtie en partie sur de gros rochers de granit, qui sont à pic sur le rivage du fleuve. Les mosquées ruinées et les tombeaux qui avoisinent cette ville ne laissent aucune incertitude sur le dernier peuple qui l’a habitée. Dans son enceinte, on trouve les restes d’un
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temple égyptien qui paraît n’avoir point été achevé et dont j’ai relevé le plan.
L’ile d’Éléphantine est située en face de Syène. A sa pointe sud, on aperçoit des monceaux de décombres, des quais d’une très grande hauteur, un temple et une statue égyptienne assez bien conservée. Le reste de l’ile offre l’aspect riant d’une campagne bien cultivée : de vastes champs de dourali, de nombreux palmiers l’embellissent.
Le côté occidental est hérissé de roches de granit, dans quelques-unes desquelles sont pratiquées des tombes destinées autrefois à recevoir des momies. Au milieu de l’ile, dans l’endroit le plus bas, on voit encore les restes d’un temple égyptien. A l’extrémité nord, on remarque sur un banc de sable un morceau de pierre dont il est difficile d’assigner la forme et l’usage. Dans l’un des quais qui bordent la rive orientale de l’île, on aperçoit un long escalier, où l’on entre par une petite chambre carrée. Des divisions, tracées sur les parois de l’édifice, attestent qu’il a existé là autrefois un nilomètre. Mais ce nilomètre est-il de la plus haute antiquité, ou bien ne remonte-t-il pas plus haut que les Arabes? L’inspection des lieux fait pencher pour cette dernière opinion; c’est, au reste, une matière à discussion.
Sur la même rive, on aperçoit l’entrée d’un petit édifice, qui nous a paru être une cale de construction pour de petits bâtiments. Sur chacune des parois, on voit les restes de la sculpture de deux Nils. Cet ouvrage date probablement du temps des Romains.
En sortant de Syène et en avançant vers le Midi, on suit, à travers les rochers de granit, le chemin qui conduit à la petite ile de Philæ. Parmi les rochers qui bordent la route, il en est quelques-uns qui sont décorés d’hiéroglyphes très bien sculptés.
L’île de Philæ est d’une étendue peu considérable, mais elle est couverte de monuments. On en voit d’époques diffé-
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rentes. Les Grecs ou plutôt les Romains en ont aussi laissé. De très beaux quais d’une grande hauteur offrent des obstacles aux dégradations que le Nil pourrait y faire. La coupe horizontale de ces quais présente une courbure du côté de l’eau, courbure que, dans le cours de notre voyage, nous n’avons rencontrée nulle part ailleurs que là et dans l’île d’Éléphantine.
Les principaux édifices que renferme l’île de Philæ consistent en un temple, avec un portique, un môle en avant de ce portique, une cour ornée de colonnes, qui suit immédiatement, et puis un second môle, plus grand que le premier. Des deux colonnes qui ferment la cour, l’une fait partie de la galerie d’un très joli petit temple. Après le grand môle, on voit de part et d’autre deux obélisques en granit et deux sphinx de même nature, brisés et renversés. Deux colonnades, dont l’une, composée de trente et une colonnes encore debout, se prolonge jusqu’à l’extrémité de l’île, et dont l’autre, seulement de seize colonnes non terminées, qui laissent voir comment les anciens Égyptiens sculptaient leurs chapiteaux, précèdent les constructions dont nous venons de parler.
A partir de l’extrémité de l'île, on voit encore les restes d’un petit temple, dont les chapiteaux sont formés de quatre figures d’Isis surmontées d’un dé, dont chaque face représente un tailloir. Toutes ces constructions sont disposées d’une manière très irrégulière les unes à l’égard des autres, ce qui provient du peu d’ensemble qu’il y a eu dans la conception du plan, et peut-être aussi dans la petitesse du local dans lequel on a rassemblé tant de monuments.
Dans la partie méridionale de file, on voit un très beau monument qui paraît n’avoir pas été achevé, ce que prouvent du moins des hiéroglyphes commencés et non terminés. Cet édifice n’est pas couvert; l’air qui enveloppe de toute part les colonnes leur donne plus de grâce et de légèreté. Il se des-
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sine très bien sur le fond bleu du ciel, mêlé à la couleur grisâtre des roches granitiques.
A l’extrémité de la grande colonnade sont deux obélisques en grès; on en voit encore un debout et parfaitement bien conservé. Tous deux sont encastrés dans une espèce de piédestal en grès. Outre ces monuments, qui sont pour la plupart bien conservés, on en voit encore plusieurs autres, qui sont presque totalement en ruines.
Dans le sanctuaire du temple et dans une des salles latérales se trouvent de petites chapelles monolithes, telles que celle de Kous. Deux sont encore debout, une troisième est couchée et n’a pas été achevée. Elles sont toutes trois en beau granit rose.
Les habitants de Philæ sont presque noirs. Leur manière de vivre se rapproche beaucoup de la vie sauvage. Les petits garçons, comme dans 1 île d’Éléphantine, sont tout nus, et les petites filles ne portent qu’un ceinturon formé de petites lanières, pour cacher les parties que la pudeur doit dérober aux regards.
Les habitants de Philæ sont défiants, comme le reste des habitants de l’Égypte; ils n’aiment pas que l’on aille visiter leur île, parce qu’ils s’imaginent qu’on y va chercher des trésors. Comme nous y sommes allés trois fois, ils ont conçu de vives inquiétudes et nous ont dit qu’ils se mettraient à détruire les monuments qui existent dans leur île, afin que l’on ne vînt plus les troubler.
Les monuments de Philæ ne sont point construits par appareil régulier. Les joints des pierres sont tantôt inclinés et tantôt verticaux. Très souvent même, les assises ne sont pas de même hauteur, et à une même assise il en correspond plusieurs qui forment quatre ou cinq ressauts différents. Si l’on doit juger des fondations des principaux édifices de Philæ par celles des monuments ruinés qui se trouvent dans le reste de l’île, on peut assurer qu’ils n’étaient pas fondés avec beaucoup de soin. Si l’on rencontre en
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général ces édifices aussi bien conservés, c’est qu’ils reposent immédiatement sur le rocher. Ces fondations ne consistent en rien autre chose qu’en un mur qui a quelques pouces de retrait et qui repose immédiatement sur le terrain.
Vis-à-vis de l'ile de Philæ, au nord, il existe une autre île toute hérissée de rochers. 11 s’y trouve quelques coins de terre cultivables, un vieux monastère bâti au milieu des rochers granitiques, et les restes d’un monument égyptien, où deux colonnes sont encore debout. On voit une mauvaise arcade pratiquée dans l’un des murs du temple; son genre de construction et sa non-liaison avec les murs de l’édifice antique annoncent qu’il n’est point ancien et qu’il peut avoir été construit par les Arabes.
En retournant de Philæ à Syène, nous prîmes le chemin qui borde le fleuve. Il est hérissé de rochers et difficilement praticable dans certains endroits; mais notre dessein était de voir les cataractes, dont nous avions le matin entendu le bruit sur l’autre chemin, et nous les vîmes en effet.
Le 8 thermidor, nous sommes partis de Syène. Nous nous sommes arrêtés à Ombos, où nous avions encore quelques mesures à prendre dans les monuments. Le temple est renfermé dans une enceinte construite en briques cuites au soleil et flanquée de tours; les briques sont d’une dimension assez considérable. Cette enceinte n’est peut-être pas aussi ancienne que le temple, et l’on pourrait croire qu’elle a été bâtie au temps des Komains. Le temple a l’apparence de n’avoir pas été achevé; les murs latéraux n’existent plus. Il est plus probable cependant qu’ils ont été détruits, car les salles sont sculptées intérieurement. Dans mille circonstances, nous avons observé qu’ils sculptaient sur place, et il est probable que l’on ne commençait les sculptures des édifices que lorsqu’ils étaient clos.
On remarque encore au plafond du portique de petits carrés tracés en rouge, qui dirigeaient les sculpteurs dans
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l’exécution de leur ouvrage, en ce qui concernait la proportion des figures.
Un petit temple se trouve sur le bord du fleuve. Comme le Nil a rongé les bords, les fondements ont été endommagés et une partie de l’édifice s’est écroulée. En face du portique de ce temple, on voit debout l’un des montants d’une porte, telle que celle de Dendérah. L’autre montant, ainsi que le couronnement de la porte, s’est écroulé dans le Nil.
La sculpture de ces monuments et de ceux de Philæ et d’Éléphantine est évidemment beaucoup moins soignée que celle de Dendérah. Les figures, dans quelques endroits, ne sont que dessinées. L’on ne remarque point, dans les habillements, la richesse et la variété de ce qu’on retrouve à Dendérah; les contours sont, en général, moins purs.
Après Ombos, nous visitâmes la partie du Djebel el-Selseleh qui se trouve sur la rive droite du fleuve; on y voit des carrières immenses de grès. 11 y en a deux surtout qui méritent une attention particulière: ce sont des excavations énormes, en forme de parallélipipêdes, auxquelles conduisent deux galeries très élevées et à ciel ouvert. Ces deux excavations sont séparées par une paroi assez mince, et de laquelle on peut extraire des obélisques en grès de plus de cinquante pieds de haut. Les traces qui restent de l’exploitation de ces carrières annoncent que, pour séparer les blocs de la masse, on creusait tout autour avec un instrument pointu et très long, et il est probable que, pour achever de les détacher, on employait des coins.
Aux environs de ces carrières, on voit des débris immenses. On remarque sur leurs parois des dessins informes de temples, d’obélisques, de pyramides, des épures de chapiteaux et d’autres monuments. Nous avons encore trouvé dans les carrières, non loin de la rive du Nil, un sphinx ébauché. Il est très probable que les anciens Égyptiens dégrossissaient et peut-être même achevaient leurs statues
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dans les carrières, et qu’ils les transportaient ensuite avec des moyens sûrs et faciles dont ils étaient en possession. Il n’y a point de doute que, pour ces transports, ils ne profitassent des crues du Nil. Sûrement aussi, ils ouvraient des canaux, tout exprès pour amener les blocs aux lieux mêmes de leur destination.
Nous arrivâmes, le 11 thermidor au matin (29 juillet 1799), à Edfou, où nous passâmes toute la journée. Le plan du temple d’Edfou est un des plus beaux que nous ayons encore vus. Le projet en a été grandement conçu; toutes les parties de cet édifice sont en harmonie les unes avec les autres; partout on reconnaît que l’architecte a eu le sentiment de la régularité et de la symétrie. Il est malheureux qu’une grande partie de cet édifice soit encombrée. Quoique son plan soit plus vaste que celui de Dendérah, je donnerai la préférence à ce dernier pour la beauté et pureté de l’exécution. Les ornements des corniches du temple d’Edfou sont à peine dessinés. Cependant la sculpture de la corniche de la colonnade ne cède en rien aux sculptures de Dendérah. Dans le portique d’Edfou, à côté d’hiéroglyphes et de figures très bien sculptés, on en voit d’autres qui sont à peine ébauchés.
Le grand môle est généralement plus soigné. Encore y voit-on des lignes qui ne sont pas bien droites. Ces différences proviennent surtout de ce que, pour construire des édifices aussi considérables, il a fallu employer un grand nombre d’ouvriers, dont le degré des talents ne pouvait être le même, et cela, à des époques assez reculées les unes des autres et pendant lesquelles l’art a pu faire des progrès sensibles. Toujours est-il vrai de dire que cette différence dans la sculpture n’est point aussi marquée à Dendérah, où l’on dirait que toutes les sculptures du temple ont été faites par la même main et dans le même temps.
L’appareil des pierres du temple d’Edfou est aussi irrégulier que celui des autres temples dont nous avons déjà eu
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occasion de parler, et il est très probable qu’il est fondé de la même manière.
A côté du grand temple, il y en a un autre petit, qui se rapproche beaucoup du petit temple de Dendérah.
A une cinquantaine de pas en face de cet édifice, on voit une colonne isolée, et plus loin, sous des monceaux de décombres, des restes d’édifices qui dépendent probablement de celui-là.
Dans la nuit du 11 thermidor an VII (29 juillet 1799), nous partîmes pour Esneh, où nous arrivâmes le 12 au matin. Quant au voyage à Thèbes, malgré les obstacles apportés par les membres de la Société, un événement qui pouvait être funeste en hâta l’époque : Quelques jours après notre arrivée, la garnison de Syène fut rappelée, et celle d’Esneh reçut l’ordre d’évacuer le pays. Cet ordre avait été motivé par la descente des Turcs à Aboukir. Tout était déjà disposé pour l’évacuation, lorsqu’un contre-ordre arriva.
Nous profitâmes des préparatifs que nous avions faits pour notre départ, et nous obtînmes dès le lendemain une escorte pour aller à Thèbes. Nous visitâmes, à notre passage, les ruines d’Erment. On y trouve les débris de deux édifices : l’un est égyptien; l’autre, plus moderne et construit probablement avec les débris du premier, est une église ruinée, où l’on trouve étendues par terre des colonnes de granit d’une seule pièce, et dont les moulures sont grecques. Généralement, ces colonnes sont mal fuselées et d’un poli très médiocre.
Le temple égyptien est remarquable, surtout par l’élégance et la légèreté de ses colonnes, par ses sculptures saillantes sur le nu du mur, et dont les sujets sont très variés; par la richesse de ses architraves et de ses frises, et surtout par la décoration des plafonds d’une petite salle, à l’extrémité du temple. On y a placé le taureau et le scorpion qui, dans le zodiaque, sont à six signes de distance. Ces deux signes du zodiaque n’ont sans doute point été placés là par
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hasard. Ce sont probablement ceux qui, à une certaine époque, ont répondu aux équinoxes, et ils peuvent, en conséquence, donner l’époque du monument.
A droite du temple et en avant, on voit un bassin carré, où Danville indiqua un nilomètre. L’existence de ce nilomètre nous a paru peu probable, à cause du grand éloignement où ce bassin se trouve du fleuve, à moins que pourtant il n’existât des nilomètres pour différentes périodes de l’élévation du Nil.
Les décombres, au milieu desquels existe le temple dont nous venons de parler, ont une étendue considérable, ce qui annonce l’existence d’une grande ville.
D’Erment nous passâmes à Lagallé, village à peu de distance de la portion des ruines deThèbes qui sont sur la rive gauche. Nous allâmes d’abord visiter les tombeaux des rois. Ils se trouvent, au bout d’une heure de marche, dans le fond d’une vallée qui, dans quelques endroits, paraît avoir été taillée par la main des hommes. Ces tombeaux sont des grottes profondes construites presque toutes sur le même plan. Dans quelques-unes on remarque des sarcophages de granit, couverts d’hiéroglyphes en dedans et en dehors. Les parois de ces grottes sontorné'es d’hiéroglyphes, d’emblèmes et de figures allégoriques ; les ornements des plafonds sont des arabesques du premier goût, et qui probablement ont servi de modèles à celles qui décorent les anciens édifices romains. Une chose très remarquable, c’est que les hiéroglyphes et les figures allégoriques sont peints, non seulement sur les murs, mais sur les sarcophages en granit.
Au retour des tombeaux des rois, nous visitâmes le palais de Quournah, qui se trouve â l’entrée de la vallée des tombeaux. Ce palais a été évidemment destiné à la translation des rois. La distribution des salles, la manière dont les jours sont disposés, l’élévation et l’étendue des pièces, rien ne ressemble aux temples.
Les sculptures de ce palais sont en général peu soignées
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et ont très peu de relief ; les sujets des bas-reliefs sont des offrandes aux dieux.
En sortant de Quournah, pour aller au Memnonium, on suit la lisière du désert. Le chemin est couvert de débris de constructions en briques crues; on y rencontre même deux statues en granit noir, mutilées.
La montagne voisine est percée de grottes qui ont servi de sépultures aux particuliers. Toutes ces grottes ont été violées ; quelques-unes ont servi et servent encore d’habitation aux Fellahs ; d’autres contiennent des momies éparses, en quantité énorme, dans les conduits, les salles et les puits qu’elles renferment.
Quelques grottes sont remarquables pour leur grande étendue, la richesse des sculptures et la perfection des hiéroglyphes. Nous en visitâmes une qui contient plus de vingt chambres et deux puits qui conduisent à des galeries plus basses, où l’on trouve encore de nombreux appartements. Le travail des hiéroglyphes y est parfait, et en général mieux exécuté que dans les tombeaux des rois. On rencontre dans les différentes galeries de petites figures de canopes sculptées dans le roc, et d’autres figures représentant des dieux. L’entrée de cette grotte est surtout remarquable par les hiéroglyphes qui la décorent; ils sont en relief et peints d’une couleur rose très tendre et fort durable. Les oiseaux sont dessinés et peints avec beaucoup d’esprit.
Le Memnonium ou tombeau d’Osymandias est très ruiné; il ne reste pas peut-être les trois quarts de ce qui a existé autrefois. C’est là que nous vîmes, pour la première fois, des caryatides. Les colonnes sont peu décorées; elles ne contiennent pas d’hiéroglyphes. Les parois des murs sont seulement décorées de sculptures relatives à la guerre. On y voit l’assaut d’une ville : les assaillants s’avancent sur la citadelle ; ils montent sur des machines de guerre en forme de boucliers, pour escalader les murs. Le roi, d’une stature plus élevée, placé dans un char, tient son arc de la main
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gauche et lance des flèches. Les assiégés sont sur les murailles et les défendent avec ardeur ; quelques-uns, percés de flèches, sont précipités du haut des remparts. Là, on voit le passage d’un fleuve qui entoure de ses eaux une forteresse; les Égyptiens conduits par leur roi marchent contre les ennemis qui ont déjà passé le fleuve ; ils les percent de flèches et les repoussent. Les cavaliers sont démontés; les hommes et les chevaux sont précipités dans le fleuve. Sur tous les visages, dans toutes les attitudes sont peints le désespoir et la terreur.
Auprès des restes d’un portique, on voit étendus par terre les débris d’un colosse en granit rouge de très grandes dimensions ; est-ce là la statue de Memnon?
Le palais de Memnon est entouré d’une enceinte en briques, d’une construction toute particulière. Ce sont des voûtes en ogives, de trois épaisseurs de briques posées sur champ, et sur ces voûtes, on voit de nombreux débris de constructions même en pierre. Ces voûtes sont-elles des constructions égyptiennes ou arabes ? La première opinion me paraît plus probable; elle me paraît être une induction naturelle des constructions, que depuis nous avons eu occasion d’observer, soit à Éléthya, soit à Abydos.
En s’avançant un peu à l’Occident, vers la montagne, on aperçoit, au milieu d’une enceinte en briques, un très joli petit temple, bâti en grès.
Sur les ruines du Memnonium, on trouve un colosse assis, en granit rouge. La tête, qui est de la plus belle proportion et de la plus belle exécution, ferait honneur au ciseau des Grecs.
En quittant le Memnonium et en suivant toujours la lisière du désert, pour se rendre à Médinet-Abou, on marche sur une suite non interrompue de buttes couvertes de débris. On laisse à gauche les deux colosses vulgairement appelés colosses de Memnon. Vis-à-vis et à droite, sont les débris d’un temple en pierre calcaire. Il n’en reste plus que quelques
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pierres couvertes de figures et d’hiéroglyphes. Deux colosses de la même matière se voient aussi dans le même endroit.
Les deux grands colosses dits de Memnon sont d’un grès brèche très dur. Ils ont été, dans le principe, tous deux d’un seul morceau de pierre ; l’un d’eux a été ruiné et restauré par assises. Ces deux colosses penchent l’un vers l’autre. Le colosse ruiné est couvert d’une foule d’inscriptions grecques et latines, toutes relatives au chant de Memnon Les piédestaux de ces statues sont enfouis de cinq à six pieds, ce qui prouve évidemment, si l’on pouvait encore élever quelques doutes, l’exhaussement du sol de la vallée d’Égypte. Une inscription grecque trouvée sur la partie enfouie en est une preuve irrécusable. Tout le voisinage de ces deux colosses est rempli de débris de constructions et d’autres colosses de même grandeur.
Médinet-Abou renferme plusieurs monuments très considérables. C’est là que, pour la première fois, nous vîmes un bâtiment à trois étages. Ce bâtiment renferme des croisées d’une belle proportion.
Les figures sculptées de Médinet-Abou sont en relief dans le creux, et les hiéroglyphes sont gravés très profondément. Ces constructions sont entourées d'une enceinte carrée en briques crues ; l’espace vide est rempli par des débris de maisons de briques, mais ces maisons ne sont point égyptiennes comme l’enceinte. Sur les côtés du temple, il y a un bassin carré, dans lequel on a trouvé les restes d’une statue égyptienne assise. Au pied de la butte, à l’orient, on voit encore un petit temple, dont l’entrée se trouve en face d’une série de buttes formant le petit côté d’un triangle dont la surface est très considérable; c’est l’hippodrome de Médinet- Abou. Ce rectangle est formé par des buttes en terre, tellement disposées quelles semblent être des débris du môle en briques, dont les ouvertures se correspondent parfaitement. Le plus grand côté de ce rectangle a un double rang de buttes. Elles forment une espèce de vallée, au bout de
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laquelle on aperçoit un petit temple. Ces buttes sont formées de grosses masses d’une terre qui parait avoir été pétrie ; elles sont très élevées, quelques-unes couvertes de débris de poteries ; d’autres sont occupées par le village de Biout ; celles-là se terminent, du côté du fleuve, en fer à cheval. On peut croire que ce vaste emplacement a servi aux anciens Égyptiens de lieu de rassemblement pour les fêtes publiques, les courses, les mouvements militaires, etc.
La construction des différents monuments qui se trouvent sur cette rive du fleuve n’offre aucune variété. C’est là comme dans tous les autres endroits que nous avons eu occasion de constater la même manière d’appareiller les pierres. Partout on les voit posées les unes à côté des autres, sans aucune liaison; partout on voit des joints inclinés, des assises horizontales avec des ressauts, des pierres d’inégale hauteur. Mais peut-on faire un reproche aux Égyptiens de cette manière de construire? N’ont-ils pas bâti solidement, puisque leurs monuments ont duré des milliers d’années? La solidité n’est que relative, les Égyptiens ne s’en faisaient pas les mêmes idées que nous; l’expérience ne pouvait les conduire à notre système de solidité qui, quoi que nous en disions, est bien insuffisant, puisqu’il n’assure à nos monuments que quelques siècles d’existence. Et d’ailleurs, l’épaisseur de leurs murs n’est-elle pas un élément de leur solidité, et tous les murs, dans les édifices de l’ancienne Égypte, ne sont-ils pas d’une épaisseur considérable? Les joints, il est vrai, ne sont pas verticaux, mais les joints n’étaient pas destinés à être vus; les murs sont ou devaient être tout couverts d’hiéroglyphes et de figures allégoriques. Après tout, n’est-ce pas perdre son temps que de discuter sur la solidité de monuments qui durent des milliers d’années? Partout où l’on voit des joints horizontaux et des pierres accolées l’une à l’autre, on voit deux trous, dans lesquels on a trouvé très souvent une espèce de coin terminé des deux côtés en queue d’hironde. Ce moyen, qui est utile
Bibl. égypt., t. vi. 8
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pour lier les parties saillantes entre elles, sur le nu des murs, au reste de l’édifice, devient à peu près inutile dans les murs verticaux, et cependant on le voit partout employé.
Après avoir terminé les plans généraux et particuliers de cette partie de Tlièbes et en avoir lié par des triangles les monuments principaux, nous passâmes sur la rive droite et nous nous établîmes à Louqsor. Les ruines qui s’y trouvent sont très considérables; le plan est vaste, mais l’on voit avec regret que la symétrie n’y est pas observée. Les directions des différentes parties du monument ne sont pas continues, parallèles, ou à angles droits; il semblerait que l’on a voulu suivre la direction du fleuve, dont les eaux viennent battre aujourd’hui le pied des ruines.
Ces restes sont ceux d’un palais considérable, dans l’enceinte duquel se trouve un petit sanctuaire. Les salles qui le composent sont presque toutes décorées de colonnes. La porte d’une de ces salles a été bouchée dans des temps bien postérieurs, et tout annonce que c’est à l’époque où de fervents solitaires habitaient les grottes, les tombeaux et les palais des rois de l’ancienne Égypte. On a ménagé dans ce mur une niche en voûte, dont les voussoirs sont très bien appareillés. L’inspection des lieux donne la conviction que cette voûte n’est point égyptienne. D’abord, elle est formée de pierres couvertes d’hiéroglyphes, débris d’anciens monuments; et d’ailleurs les Égyptiens n’auraient point bouché une porte qui servait de communication immédiate avec tout le reste de l’édifice. Il est bien vrai que, sur la rive gauche et derrière le Memnonium, en tirant sur la droite, il existe un petit temple dont le plafond est taillé en forme de voûte; qu’à Abydos des espèces de galeries voûtées conduisent aux appartements principaux de l’édifice; que la galerie qui conduit à la chambre du roi, dans la grande pyramide, est recouverte par des pierres posées en encorbellement les unes sur les autres; tous faits qui sont des preuves irrécusables des efforts que les anciens Égyptiens ont faits
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pour construire des voûtes. Mais, dans aucun de ces endroits, on ne voit l’appareil de voussoirs que l’on retrouve à Louqsor, appareil parfaitement semblable à celui que nous exécutons dans nos constructions.
La décoration des portes est partout le globe ailé. Dans une des salles de Louqsor, il est évident, par l’inspection des lieux, que cet ornement a été de métal et qu’il a été enlevé de la muraille; les trous qui ont servi au scellement sont encore visibles.
Le Nil coule au pied des ruines de Louqsor; un quai les défend contre le cours rapide de ses eaux. Ce quai est composé de trois parties ; l’une construite en gros blocs de grès, l’autre en briques cuites, et la troisième en briques crues. Cette dernière partie a éprouvé beaucoup de dégradations, elle s’avance comme un épi dans le fleuve, pour en détourner le cours. La partie des édifices qui se trouve sur le bord du fleuve est presque totalement en ruines. C’est là que nous avons eu occasion d’examiner d’une manière particulière ! comment les Égyptiens fondaient leurs édifices. Il nous a paru que les fondations étaient faites sans beaucoup de précautions. On posait simplement de grosses pierres sur le sol; de là est résulté, dans beaucoup de circonstances, un tassement préjudiciable à la solidité de l’édifice. Ces tassements sont d’autant plus considérables que les masses des édifices l’ont elles-mêmes été et que le terrain a été plus exposé à être délayé par les eaux de l’inondation.
Ce qu’il y a de plus remarquable dans les ruines de Louqsor, ce sont, sans contredit, les obélisques placés devant le môle ! qui précède les édifices dont nous venons de parler. Le travail en est parfait. Chacune des trois faces est décorée de trois lignes d’hiéroglyphes. Les hiéroglyphes du milieu sont gravés bien plus profondément que ceux des côtés; ils ont plus de six centimètres de profondeur; leur poli est plus parfait que celui des hiéroglyphes latéraux, et par cette double raison, ils sont plus aperçus. Les faces de ces obé-
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lisques ne sont pas parfaitement planes'; elles sont un peu bombées dans le milieu, et cela paraît avoir été fait à dessein. Les deux obélisques sont d’inégale hauteur et posés sur des socles établis aussi à des hauteurs inégales. Le plus grand est endommagé dans sa partie inférieure à Lun de ses angles; le plus petit paraît être parfaitement bien conservé, autant que l’on peut en juger par les fouilles qui ont été faites, en avant des faces opposées de ces deux monuments.
Derrière ces deux obélisques et presque tout à fait entre les môles sont deux statues colossales assises, en granit noir veiné de rouge. Ces monuments, entassés pour ainsi dire les uns sur les autres, attestent la profusion des architectes égyptiens. L’œil est choqué du peu de symétrie qui règne dans tout le reste de l’édifice. Quoi qu’il en soit, on ne peut refuser aux Égyptiens les conceptions grandes et sublimes. Ils étaient imbus de ce principe que la grandeur est un des éléments essentiels de la beauté. Mais si l’on jugeait d’eux seulement par les édifices de Louqsor, on pourrait croire qu’ils ont ôté moins sensibles à la symétrie et à la belle disposition.
En voyant les nombreux colosses qui se trouvent sur les deux rives du fleuve, on ne pourrait se défendre d’un sentiment d’admiration. Un seul de ces monuments, élevé chez un peuple moderne, suffirait pour recommander à la postérité le règne sous lequel un événement pareil aurait eu lieu. Il fallait que les moyens mécaniques de ce temps fussent bien perfectionnés, car on conçoit à peine comment, dans l’état actuel de nos connaissances, on pourrait faire d’aussi grandes choses, quand bien même on en aurait la volonté.
A une demi-lieue environ au nord de Louqsor, on trouve les ruines de Karnak. Ce sont les plus considérables de toutes celles qui composent les ruines de Tlièbes. On n’y fait point un pas sans rencontrer des débris de grès, de granit et de pierre calcaire; c’est là seulement que l’on aperçoit, dans un bel état de conservation, des allées de sphinx.
VOYAGE DANS LA HAUTE-ÉGYPTE
Les constructions encore existantes sont nombreuses : un vaste palais, des môles à la suite les uns des autres, et liés entre eux par des espèces de portes triomphales de la proportion la plus élégante, des colosses en avant de ces môles, et qui sont placés là comme les gardiens des portes, tout porte l’empreinte d’une conception gigantesque, et commande l’admiration. La porte d’un de ces môles est tout entière en granit et décorée de sculptures; les Égyptiens travaillaient beaucoup mieux les pierres dures que le grès et la pierre calcaire.
Au milieu de ces ruines, on a encore à regretter que les règles de la symétrie aient été violées. Les môles dont nous venons de parler ne sont point disposés parallèlement ; leurs ouvertures ne se correspondent pas. La belle porte qui se trouve en face d’un des plus vieux édifices de Karnak n’a point le même axe que le temple. Il est très probable que cette porte était autrefois enchâssée entre deux môles, ou devait l’être, si l’on doit en juger par les arrachements des murs, à ras terre, qui sont de chaque côté.
Quoi qu’il en soit, il est très certain que son isolement fait valoir toute l’élégance de ses proportions. Les allées de sphinx ne sont point parallèles; elles ne se coupent pas non plus à angles droits, et elles sont d’inégale largeur dans leur cours.
Le temple devant lequel se trouve la porte triomphale dont nous venons de parler, a un air de vétusté que n’ont point les autres ruines de Karnak. L’appareil des pierres est extrêmement peu soigné, les murs sont recouverts intérieurement et extérieurement d’un enduit, dans lequel paraissent empreints tous les ornements et les tableaux allégoriques et religieux qui décorent les différentes pièces de l’édifice. Dans les endroits où cet enduit a été détruit, on aperçoit beaucoup de pierres couvertes d’hiéroglyphes, qui ont été tirées de monuments plus anciennement construits. Ces hiéroglyphes sont aussi bien faits que ceux qui décorent actuellement le
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temple. Ce fait justifie l’opinion qu’avait Platon que les arts du dessin chez les Égyptiens étaient stationnaires depuis une longue suite de siècles.
Les terrasses de ce temple sont remarquables par le grand nombre de pieds que l’on y voit sculptés, et à côté desquels sont des inscriptions ; les unes sont en hiéroglyphes, les autres paraissent être en une écriture intermédiaire entre l’hiéroglyphique et l’arabe, en sorte qu’à les voir, on serait tenté de croire que les hiéroglyphes ont donné naissance à l’écriture arabe. Cette présomption acquiert un nouveau degré de force, si l’on visite un hypogée isolé, situé dans un des embranchements de la vallée destombeaux des rois. Les parois de cet hypogée sont en effet revêtues d’un enduit en plâtre, sur lequel les figures ne sont que dessinées. Les hiéroglyphes semblent y avoir été écrits rapidement plutôt que dessinés, et l'apparence qu’ils offrent est celle de l’écriture arabe. Une inscription trouvée sur une pierre qui est derrière la niche de Louqsor est dans le même cas. D’après l’exposition de ces faits, on pourrait croire que le temple dont il est question, étant extrêmement ancien, comme il n’est pas possible d’en douter, en le voyant et en le comparant aux autres monuments, a été un lieu de pèlerinage, où les voyageurs avaient coutume de graver le contour de leurs pieds et d’inscrire leurs noms.
Les sphinx de l’allée qui conduit à ce temple ne sont autre chose que des béliers accroupis; ils en ont la tète, le corps et les pieds ; ils reposent sur des piédestaux peu élevés, décorés de la corniche et du cordon que l’on retrouve partout.
Les sphinx de la grande allée sont à tête de taureau et à corps de lion ; ceux de l’allée en retour sont à tête de femme et à corps de lion, ainsi que ceux de l’allée qui conduit de Karnak à Louqsor.
Le vaste palais de Karnak offre l’exemple d’un immense édifice égyptien construit avec la plus grande régularité et
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la plus parfaite symétrie. Les axes de toutes les portes sont situés sur une môme ligne, qui partage l’édifice en deux parties, parfaitement égales et symétriques.
Les môles qui forment l’entrée du palais sont détruits en partie, ou plutôt n’ont pu être jamais achevés ; au moins estil certain que les parements extérieurs ne l’ont point été. Ces môles laissent apercevoir la manière dont les anciens Égyptiens construisaient leurs édifices. Ils entassaient les pierres les unes sur les autres, sans beaucoup d’ordre et de liaison ; ensuite ils travaillaient à l’exécution des parements ; il en était de même pour les colonnes. Ils plaçaient les unes sur les autres les pierres dégrossies, et exécutaient ensuite le fût. Médinet-Abou offre l’exemple d’une pareille construction. Une partie des édifices que l’on y voit n’a point été achevée et est formée de pierres chargées d’hiéroglyphes, débris d’autres monuments.
Toutes les portes des môles étaient fermées ; on voitencore des traces des gonds et du frottement des poteaux tourillons ; le poteau était enclavé dans un morceau de bois. Sont-ils de la plus haute antiquité? c’est ce qu’il est difficile d’affirmer.
Pendant le temps de mon séjour à Thèbes, nous remontâmes dans la barque du citoyen Hamelin jusqu’à Esneh, et nous continuâmes avec lui le voyage jusqu’à Syène. Dans ce nouveau voyage, nous eûmes pour but de prendre les orientations des temples, ce que nous n’avions pas fait d’une manière complète, à notre premier voyage. Nous arrivâmes le soir à Syène, et nous passâmes la journée du lendemain à l’ile de Philæ et dans l’île d’Éléphantine. Au retour, nous visitâmes de nouveau les carrières de Djebel el-Selseleh, les temples d’Ombos et d’Edfou. C’est à peu près à la hauteur d’Edfou que nous rencontrâmes les deux Commissions parties du Caire pour examiner les monuments de la Haute- Égypte. Nous revînmes à Esneh, où nous restâmes, pendant dix jours, occupés à travailler. Nous y attendîmes les deux Commissions, sur les barques desquelles nous comptions
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retourner au Caire; mais, avant de descendre à Erment, l’une des Commissions remonta le fleuve, pour visiter les ruines d’Éléthya, et nous fîmes le voyage avec elle.
Éléthya est une ancienne ville, dont il ne reste plus qu’une enceinte en briques de douze pieds d’épaisseur et de plus de vingt pieds de haut. Un bassin carré, quelques colonnes debout, des pierres éparses çà et là, annoncent l’existence d’un temple. Plus loin, en descendant le fleuve, on trouve un petit temple presque tout à fait semblable au petit temple de l’île d’Éléphantine. La montagne voisine est percée de grottes, qui présentent des objets d’un grand intérêt; elles ont appartenu à des particuliers.
C’est là seulement que nous vîmes pour la première fois des scènes familières; l’agriculture, la pêche et la chasse sont représentées en sculptures coloriées sur les parois des grottes. Toutes les cérémonies que l’on observait, depuis la mort des particuliers jusqu’à ce que leurs corps fussent déposés dans des puits de momies, y sont aussi représentées; tous les tableaux sont sculptés dans le rocher, peints de couleurs variées et encadrés d’hiéroglyphes.
Au retour d’Éléthya, nous nous laissâmes dériver jusqu’à Erment, et de là, à Louqsor. Nous passâmes dans cet endroit et à Karnak une huitaine de jours; nous employâmes ce temps à augmenter la collection de nos dessins. Au bout de ce temps, nous passâmes sur l’autre rive; nous y restâmes six jours, pendant lesquels nous visitâmes de nouveau les tombeaux des rois, et nous restâmes à Médinet-Abou. Nous dessinâmes, dans ce dernier endroit, une marche triomphale qui décore l’un de ses murs. Nous dessinâmes aussi le triomphe d’un roi d’Égypte sur les Indiens : les Indiens, voguant à pleines voiles, viennent aborder sur le rivage. Le roi, à la tête de son armée, repousse les ennemis, qui sont tournés par une petite flottille égyptienne, en sorte qu’ils sont dans l’impossibilité de se soustraire à la vengeance des Égyptiens.
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Nous partîmes de Thèbes, pour nous rendre à Dendérah, et nous revîmes avec un nouveau plaisir ce temple, le chefd’œuvre de l’architecture égyptienne. Je craignais, après avoir visité tous les monuments de la partie supérieure, de trouver celui-ci moins beau; sa perfection, au contraire, devint plus frappante pour moi. J’admirai de nouveau la masse imposante, la richesse et l’élégance de ses détails. La corniche de la porte qui précède le temple me frappa encore par sa grâce et sa légèreté.
Nous passâmes cinq jours à Dendérah; nous les employâmes à dessiner tout le derrière du temple et à compléter ce qui nous manquait pour la construction de l’élévation. Nous revîmes encore la riche collection d’ornements qui forme la décoration des frises et des corniches. La construction de ce temple est la plus soignée que nous ayons encore vue. On y rencontre cependant des joints inclinés de pierres d’inégale hauteur, mais les parements sont tellement bien dressés que cela est peu apparent et ne choque pas la vue. A la vérité, le portique est adossé, sans aucune raison, au reste de l’édifice; mais ce défaut, si toutefois c’en est un, se retrouve partout.
De Dendérah nous dérivâmes jusqu’à Guirgeh, et le lendemain de notre arrivée, nous allâmes visiter les ruines d’Abydos. On y voit encore un palais qui dut être très considérable : il est construit, partie en pierre calcaire et partie en grès, il est encombré de sable jusqu’au plafond. Ce monument a cela de particulier, que l’on y rencontre des plafonds taillés en voûte. Ces voûtes sont formées de trois pierres posées les unes sur les autres; la dernière qui, dans sa plus grande hauteur, a trois pieds et demi, n’a plus, au sommet de la voûte, que six à huit pouces d’épaisseur. Ces voûtes correspondent aux entre-colonnements d’un vaste portique, dont les colonnes sont distribuées de telle façon qu’il y a alternativement des entre-colonnements plus grands et plus petits. De l’autre côté des voûtes, on voit les restes
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d’une autre galerie qui traversent la voûte, et dont les entre-colonnements sont égaux. Les plafonds de ces différents édifices sont à des hauteurs inégales; les voûtes ont la hauteur moyenne.
Les décombres environnants sont les restes de l’ancienne ville d’Abydos et occupent un espace assez considérable. On y voit quelques édifices de granit. Nous y trouvâmes aussi un tronc de statue en granit noir de la plus grande beauté. Le travail de la matière est admirable, et les détails des costumes sont exécutés avec beaucoup de finesse et de précision. On peut comparer ce morceau, pour le travail et la perfection, à celui que l’on voit sur les ruines du Memnonium. Dans un autre coin des décombres, on voit une statue en granit rouge, semblable à celles de même matière que nous trouvâmes dans les tombeaux des rois, mais elle est plus grande que nature.
La montagne voisiné renferme quelques grottes. C’est une règle générale, que, partout oû l’on rencontre en Égypte les restes d’une ancienne ville, la montagne voisine est percée de grottes, en sorte que l’on peut conclure, avec certitude, de l’existence de l’une de ces deux choses à l’existence de l’autre.
La plaine que nous traversâmes, pour arriver â Abydos, offre un grand intérêt. Elle est inondée. Une digue de plus d’une demi-lieue traverse cette partie de la vallée dans sa largeur; elle n’affecte point une seule et même direction, mais au contraire elle est très contournée.
De Guirgeh nous descendîmes à Gao el-Kébir. C’est l’emplacement d’une ancienne ville égyptienne. On y voit les restes d’un temple qui dut être considérable. Douze colonnes du portique sont encore debout; les chapiteaux sont à feuilles de palmier, et le fût des colonnes est décoré de tableaux représentant des offrandes aux dieux. Une paroi de la corniche est tombée; sur la partie de l’architrave de l’entrecolonnement du milieu il y a une inscription grecque. Il
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paraît qu’on l’a substituée à un globe ailé qui la décorait. — Ce temple est construit en pierre calcaire. Dans la partie la plus reculée de l’édifice, on aperçoit une niche d’une grande dimension, terminée en pyramide; d’ailleurs, elle ressemble assez aux niches d’épervier du temple de Philæ.
Non loin du portique, et tout à fait sur le bord du fleuve, sont les débris d’un autre petit temple en pierre calcaire. Le courant qui, de ce côté, ronge du rivage ne les laissera pas longtemps subsister. L’emplacement est extrêmement agréable, c’est une presqu’île que le Nil a formée. 11 paraît qu’anciennement il n’en était pas ainsi, et qu’une île, qui se trouve maintenant peu éloignée, était autrefois jointe au continent.
De Gao el-Kébir, nous dérivâmes jusqu’à Syout, où nous demeurâmes une journée et demie. Syout attire l'attention des voyageurs par le grand nombre de grottes dont la montagne qui l’environne est percée. Nous en avons relevé les coupes et les élévations : elles renferment beaucoup d’hiéroglyphes, et leurs plafonds sont décorés d’ornements peints de couleurs variées.
Nous quittâmes Syout pour nous rendre à Achmounéin. Les buttes de décombres de cette ancienne ville sont très considérables : elles ne renferment que les restes d’un portique, dont six colonnes sont encore debout. Ces colonnes, à boutons de lotus tronqués, ne laissent cependant pas de produire beaucoup d’effet, à cause de leur élévation qui est plus considérable qu’en aucun endroit que nous ayons visité. Le village d’ Achmounéin est bâti sur les ruines de l’ancienne ville. Nous y passâmes une partie de la journée, et nous en partîmes pour nous rendre à Cheikh- Abadeh, qui est à une lieue de là.
Cheikh- Abadeh est un village bâti sur une très petite partie des décombres d’Antinoé. La ville, construite par Adrien en l’honneur d’Antinoüs, n’est plus maintenant qu’un amas considérable de décombres. Elle est coupée par deux
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grandes rues perpendiculaires entre elles. A l’extrémité et sur l’alignement de ces rues, sont différents édifices plus ou moins ruinés, tels que des portiques, des bains publics, etc. Une colonnade, de chaque côté de ces rues, en limite la largeur; les colonnes sont de l’ordre dorique grec, mais elles sont peu diminuées ou presque tout à fait cylindriques. Les colonnes des édifices sont d’ordre corinthien ou dorique; la proportion nous en a paru d’autant plus svelte et plus élégante, que nous étions alors plus accoutumés à la vue des constructions imposantes des Égyptiens. Les chapiteaux des colonnes sont en général mal sculptés; les feuilles qui sont à la partie inférieure saillent sur le mur de l’astragale, ce qui produit un assez mauvais effet. L’arc de triomphe est le monument qui plaît le plus, quoiqu’il ne soit point correct dans ses détails; cependant la beauté de son exécution excite l’admiration.
Dans les décombres d’Antinoé, on voit encore beaucoup de colonnes d’un seul morceau de granit, de proportion et d’ordre doriques. Le chapiteau qui les couronne est d’ordre corinthien et en pierre numismale, ce qui fait présumer, avec beaucoup de vraisemblance, que ces colonnes ont été prises dans d’anciens monuments, car il n’est pas douteux que les mêmes hommes qui avaient taillé le fût en granit auraient aussi choisi le granit pour la matière du chapiteau. Ces colonnes ne sont pas toutes fuselées avec le même soin, soit qu’elles aient été travaillées par les Grecs à l’époque où ces peuples étaient maîtres de l’Égypte, soit qu’elles l’aient été à une époque antérieure où leurs communications avec les Égyptiens ont été plus fréquentes, au point que leurs rois les ont employés même à la défense du pays. L’assemblage bizarre du fût dorique avec le chapiteau corinthien est une preuve évidente qu’au temps où Antinoé a été bâtie, le bon goût dans l’architecture avait dégénéré.
Après avoir séjourné deux jours à Antinoé, nous repartîmes pour nous rendre directement au Caire, où nous arri-
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vâmes dans la matimée du 15 brumaire de l’an VIII (6 novembre 1799). Les espérances de retour en France, dont nous nous bercions pendant notre navigation sur le Nil, ne tardèrent point à s’évanouir, et la face des choses paraissait avoir tellement changé, qu’il semblait ridicule de manifester seulement le désir de rentrer en France.
On me préparait quelques désagréments à mon arrivée, et il fallut me raidir contre les efforts réunis de G. et de L.\
Les Turcs menaçaient d’effectuer une descente sur la côte de Damiette; le général Desaix avait quitté le Caire pour s’y rendre; on était également menacé du côté de la Syrie. Le débarquement eut lieu à Damiette, et deux mille Turcs furent détruits par les Français.
Quelque temps après, l’adjudant général Morand fut envoyé en parlementaire sur les bords anglais. Quand il fut de retour, le général Desaix et Poussielgue y furent envoyés comme plénipotentiaires. Le général Kléber ne laissa pas échapper cette occasion de demander aux Anglais le passage des membres de la Commission des sciences et arts. Il l’obtint, conjointement avec celui des blessés.
Le départ étant accordé, il fallut en venir à désigner ceux qui devaient partir, car certaines personnes avaient toujours eu l’intention de faire des distinctions. Il y eut mille difficultés à vaincre, mais elles furent toutes levées par le citoyen Fourier, qui, par sa manière persuasive et très obligeante, obtint du général tout ce qu’il voulut.