‹ Bibliothèque égyptologique (volume 4)Chapitre 22 sur 35 · Girard et Lepère · texte numérisé non relu

Girard et Lepère

Après des difficultés sans nombre élevées sur notre départ, on obtint qu'il eût définitivement lieu. Nous partîmes du Caire le 16 pluviôse an VIII (5 février 1800).

Pendant l’intervalle de temps qui s’est écoulé depuis la décision de notre départ jusqu’à l’exécution des ordres donnés à cet effet, le général en chef se rendit au milieu de son armée, au camp de Salehyeh. Les négociations qui avaient été entamées à El-Arich se poursuivirent avec activité, et nous en apprîmes le résultat deux ou trois jours avant d’être sortis du Caire. La convention faite entre les Français et les Turcs fut même imprimée, et le général y joignit une adresse qui me parut, sinon coupable, du moins inutile et maladroite.

Nous partîmes donc du Caire avec la certitude que l’Égypte allait être évacuée. Nous aurions ainsi vu le commencement et la fin de l’expédition, que les événements ultérieurs décideront heureuse ou malheureuse.

Nous sommes arrivés à Rosette le 20 pluviôse ( 9 février 1800). C’est là que nous apprîmes un changement de gouvernement en France. Des nouvelles arrivées par la voie des Anglais apprirent que Bonaparte s’était déclaré consul, etc.

Nous sommes restés campés dans l’île de Farehi, vis-à-vis Rosette, pendant trente-quatre jours.

Le 24 ventôse an VIII (15 mars 1800), nous en sortîmes

NOTES DE VOYAGE EN ÉGYPTE

pour nous rendre à Alexandrie. Les choses changèrent de face. D’après une lettre écrite par l’amiral Keith, le général Kléber ne crut point nous devoir laisser partir avant d’avoir obtenu des Anglais toutes les sûretés possibles. Il fallut donc attendre Smith', qui ne se trouvait plus devant le port. Il arriva enfin; on parlementa, et le résultat des conférences fut que M. Smith, n’ayant pas les pouvoirs nécessaires, devait référer à sa Cour sur tous les objets qu’on lui demandait. Il y a donc, aujourd’hui 30 germinal an VIII (20 avril 1800), trente-quatre jours que nous sommes abord. Mais bientôt les événements qui se succédèrent en Égypte nous forcèrent à renoncer à notre départ pour la France, et nous quittâmes le navire V Oiseau où nous étions embarqués.

La célèbre bataille d’Héliopolis, livrée le 29 ventôse (20 mars 1800), remit les Français en possession d’un pays que l’insigne mauvaise foi des Anglais ne voulait leur laisser quitter qu’avec opprobre et déshonneur.

A la suite de tant d’événements si importants, une contribution de douze millions fut imposée à la ville du Caire. Avec cette somme, on acquitta la solde arriérée, et les finances de l’armée sortirent de l’état déplorable où elles avaient été jusqu’alors.

Le 25 prairial (14 juin 1800), l’événement le plus affreux porta la désolation dans toute l’armée française. Le général en chef Kléber fut assassiné par un fanatique envoyé de l’armée du vizir. Le général Menou, qui commandait alors le Caire et qui se trouvait le plus ancien général de division de l’armée, prit le commandement en chef par intérim.

Le 4 messidor an VIII (23 juin 1800), j’ai reçu l’ordre de me rendre à Menouf, dans l’intérieur du Delta, pour y examiner le pays sous le rapport des irrigations et de l’amé-

1. Sidney Smith, commodore anglais, le défenseur de Saint-Jeand’Acre.

lioration de l’agriculture et du commerce. Différentes circonstances, et notamment des maux d’yeux, m’empêchèrent de me rendre de suite à mon poste.

Je fis, avec mon ami Dubois1, un premier voyage, durant lequel nous nous occupâmes de faire les plans et nivellements du canal de Farounieh. Nous rédigeâmes aussi un mémoire sur les travaux à faire dans cette partie de l’Égypte, tant sous le rapport de la navigation que sous celui de l’irrigation et de l’amélioration de l’agriculture.

Je me rendis ensuite à Semenhoud, en naviguant sur le grand canal de Mélik, et je visitai successivement Mehallet el-Kébir et Bahbeit, ce qui me donna l’occasion de recueillir les notes suivantes :

Les ruines de Bahbeit sont situées au nord de l’ancienne Sebennitus, aujourd’hui Semenhoud. Elles consistent en une enceinte de la forme d’un carré long, au milieu de laquelle on voit un monceau de débris de granit. De loin, cela paraît un amas confus de pierres d’un gris blanchâtre; mais lorsqu’on s’en approche, on reconnaît bientôt que ces pierres sont parfaitement bien dressées, polies et sculptées. La plus grande partie est de granit grisâtre, et le reste est de beau granit rouge de Syène. Le poli de ce dernier surpasse le poli du granit noir. Il est parfaitement semblable au poli du beau groupe de granit rouge, que l’on voit dans un coin des ruines du grand palais de Karnak.

L’exécution des figures et des hiéroglyphes est parfaitement comparable aux sculptures de la belle poutre en granit rouge de Karnak. Le monceau des décombres est tellement confus qu’il est impossible de reconnaître la forme du plan du temple, mais on y trouve des chapiteaux à tête d’Isis, absolument semblables à ceux de Dendérah. La partie de ce chapiteau, composée de quatre têtes d’Isis, y est, comme à Dendérah, d’un seul morceau. Il y a cette différence qu’à

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