‹ Bibliothèque égyptologique (volume 4)Chapitre 33 sur 35 · EXTRAIT DU JOURNAL DE VOYAGE DE JOMARD · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU JOURNAL DE VOYAGE DE JOMARD

4 brumaire an VIII. — Syout est une assez grande ville, bien bâtie et plus propre, mieux décorée que Girgé. On y trouve d’assez belles maisons, et un bazar long, très vivant. Le commerce principal est de toiles de lin, poteries, natron. On trouve dans les boutiques de l’opium qui se fait près de Syout.

Vers la montagne, on trouve de jolis tombeaux appartenant aux riches ; ils sont tous couverts de chaux fort blanche, et de loin, l’aspect de cette foule de petites enceintes est plus gai que triste. On voit que les Turcs, qui sont les hommes les plus religieux et les plus attentifs pour les honneurs dus aux morts, ne considèrent pas, comme nous, un cimetière comme un lieu de tristesse où l’on ne doit penser qu’à la mort. Dans ces tombeaux, on n’éprouve qu’une impression tranquille, et l’on s’y promène comme dans un jardin.

Il y avait autrefois dans cet emplacement Lycopolis. On n’en voit de traces que plusieurs colonnes de granit, et d’autres cannelées, au bout de la digue, ainsi que les tombeaux qui sont taillés dans la montagne toute voisine. Quant aux colonnes, elles ne paraissaient pas du tout égyptiennes, et en effet, nous n’en avons jamais vu en granit dans les temples ou palais des villes égyptiennes, et toutes celles qui se rencontrent appartiennent à des temps postérieurs d’après la forme de l’édifice, comme à Syène, à Erment. Il serait difficile de dire si ces colonnes de granit ont été faites par

NOTES DE VOYAGE EN ÉGYPTE

les Égyptiens postérieurement, comme celles de Memphis et de Babylone, ou par des Grecs, à Alexandrie et ailleurs, ou par les Romains. On trouve sur la, montagne beaucoup de débris de momies de loups, de chiens, de chacals et d’hommes.

Quant aux tombeaux ou grottes, ils sont en grand nombre dans la montagne, et principalement sur trois hauteurs différentes Plusieurs sont fort grandes, percées de puits et de galeries, de communications à l’infini. On ne voit de sculptures que dans les grandes, et l’entrée est presque toujours décorée de deux grandes figures d’Osiris ou d’une autre divinité, accompagnée de plusieurs colonnes d’hiéroglyphes. Une grotte présente trois rangées de soldats armés d’une pique ou d’un bouclier singulier aussi grand qu’eux. La plus belle et la plus grande est au tiers de la hauteur et a huit grandes pièces. L’élévation de l’entrée présente une sorte de voûte en forme d'arc de cercle, creusée dans le rocher et accompagnée d’un cordon; le plafond est peint d’étoiles sur fond bleu.

Les plafonds des autres salles contiennent aussi des peintures de diverses sortes, et dont les couleurs sont conservées. On y reconnaît des ornements en carreaux de damier, en losanges, diverses fleurs, et au fond est une pièce oblongue où étaient des statues qui ont été arrachées. La grande salle est couverte d’hiéroglyphes ; le plan est fort beau dans les distributions et la symétrie ne laisse rien à désirer.

Je suis monté sur la montagne, où l’on trouve des constructions en briques en grand nombre. Au delà, on a une vue extrêmement étendue vers les déserts de la Libye, l’inondation, les terres cultivées, le fleuve et les villages.

On va du Nil à Syout par le moyen d’une digue qui sert de chaussée pendant l’inondation; elle suit différents contours, et on met un quart d’heure à la parcourir.

La première fois que nous sommes passés à Syout, l’inondation était complète et s’étendait de chaque côté, jusqu’aux

Page 1