Exode , chap. xxxii, v
3. Inscriptions sur matières dures du British Muséum , pl. 29, 1. 8. C’est M. S. Birch qui a le premier fait connaître cette notion intéressante.
nous apprennent que le Soleil fut justifié quatre fois contre son adversaire. Toutefois, malgré le triomphe du bon principe, la guerre subsiste éternelle et sans trêve : chaque matin, lorsque le Soleil, protégé par son escorte divine, s’avance sur sa bari pour verser la lumière et la vie, son ennemi le guette et le suit ; il a des complices dont le nombre s’augmente de celui des damnés, tandis que les élus unissent leurs efforts à ceux d’Horus et de Sebak pour détourner la marche du monstre, préserver le dieu de ses atteintes1, cribler de glaives le corps onduleux du reptile, et l’abattre devant la barque solaire.
11 y a une grande idée au fond de ce mythe, qui nous montre la vertu humaine associée à l’action divine pour la conservation de l’univers, et le vice uni à l’éternel agent du mal dans les incessants efforts qu’il fait pour arriver au désordre et à la destruction.
Parallèlement au mythe d’Aapap, s’est développé celui d’Osiris, qui n’en est qu’un corollaire spécialisé aux choses de la terre.
Contre Osiris, l’être excellent, se lève Set, son frère, le principe de la violence et de la destruction. Ils luttent pour l’empire du monde terrestre, spécialement pour la royauté de l’Egypte. La guerre se passe sur la terre; elle a des alternatives de revers et de succès. Victime d’une trahison, Osiris succombe; mais il renaît de lui-même dans la personne de son fils Horus, recommence la guerre et finit par dompter Set. Cependant, non plus qu’Aapap, Set ne périt pas : il a son royaume, le désert, la terre aride et brûlante, où la vie s’éteint, en face de celui d’Osiris, qui est la terre noircie par le gras humus et abreuvée par les eaux fécondantes, dans laquelle la vie se renouvelle chaque année.
Il est aisé de s’apercevoir que la conception primordiale
1 . Les défunts devaient connaître le mystère des choses qui repoussent la marche d’Aapap ( Todt chap. cvm, 10).
de l’année égyptienne
s’est déposée secondairement sur un fait de l’histoire de l’humanité, et que les traditions obscures d’une époque fabuleuse ont peu à peu recouvert la simplicité de la donnée originelle. Les événements de la lutte terrestre se sont liés et confondus avec ceux de la guerre du ciel ; les dieux et les hommes se sont mêlés, et ce contact a divinisé les personnages légendaires qui prirent parti soit pour Osiris, soit pour Set. Si cette complication a fait perdre au mythe du dualisme un peu de sa majesté primitive, elle a eu aussi pour effet de lui faire embrasser plus étroitement l’existence de l’homme; elle a symbolisé pour les humains la lutte entre la vie et la mort, et le triomphe fatal mais éphémère de celle-ci.
Surchargé de détails quelquefois puérils, ce mythe était mis à la portée du vulgaire ; seules, les grandes conceptions de la doctrine restaient enveloppées de mystère. Aussi la guerre des deux principes, et surtout le drame osiridien, qui en est la manifestation humanitaire, devinrent-ils en quelque sorte le pivot religieux de l’Egypte, le point central autour duquel gravitaient la plupart des autres mythes. Si nous en connaissions bien l’histoire, nous serions pleinement renseignés sur la mythologie, sur la géographie sacrée, sur l’origine des cérémonies funéraires, sur l’institution du culte des ancêtres, sur l’établissement des fêtes religieuses, etc.
On voit par là que les moindres allusions, les plus courtes légendes peuvent ne pas être dénuées d’intérêt lorsqu’elles ont trait à ce mythe fondamental. C’est en les complétant les unes par les autres que l’on parviendra à reformer peu à peu l’historique des faits et leur ordre chronologique. Pour ce motif, je regarde comme une oeuvre utile l’inventaire des mentions mythologiques répandues dans les documents originaux. Les chapitres du Rituel en contiennent un nombre immense, et offrent une ressource précieuse à raison du grand nombre de variantes données par les dif-
férentes éditions du Livre des Morts ; elles abondent aussi dans le Livre des Souffles et dans les hymnes, ainsi que sur les monuments funéraires et dans les recueils de formules magiques.
En l’état actuel de la science, il suffit d’inventorier, à la suite de chaque traduction, les mentions reconnues dans le document traduit; il serait prématuré de tenter un classement. Mais lorsque plusieurs de ces inventaires seront publiés, il conviendra de signaler les mentions qui paraissent se rapporter à un même fait ; plus tard, on cherchera à classer les faits élucidés.
Je donnerai, à la fin de ce mémoire, le tableau des mentions extraites du calendrier Sallier, qui me paraissent de nature à être utilisées dans cet ordre de recherches. Je néglige celles qui sont trop incomplètes ou trop incertaines ; parmi celles que j’ai recueillies, il en est cependant qui donnent seulement des indications vagues, quelquefois même seulement un nom; j’ai pensé que ces indications, ce simple nom, suffiraient pour faire reconnaître dans quelque autre texte des allusions plus aisément utilisables ou des relations plus correctes.