‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 142 sur 237 · Ne vaut rien pour semer. Bon pour planter · texte numérisé non relu

Ne vaut rien pour semer. Bon pour planter

20. Bon pour engendrer un fils prudent. Excellent à l’aurore; dangereux l’après-midi.

29. Bon pour percer les tonneaux. Excellent pour soumettre au joug bœufs, mulets et chevaux. On peut mettre un navire à la mer.

30. Bon pour inspecter les travaux et faire les partages. Se garder de l’influence du jour qui termine le mois.

Les autres jours étaient regardés comme d’influence incertaine.

Dans ce système, les influences sont attachées à la position qu’occupent les jours dans les mois lunaires, tandis que dans le système égyptien elles suivent l’ordre annuel. A côté de cette différence, on constate quelques analogies, en ce qui concerne l’influence des souvenirs mythologiques, notamment dans le pronostic du cinquième jour, qui était funeste, parce que les furies parcouraient la terre, et dans celui du septième, qui était un jour sacré à cause de la naissance d’Apollon.

Il est assez vraisemblable, du reste, que, chez les Grecs aussi bien que chez les Égyptiens, la qualité des jours était déterminée par les événements mythologiques qui s’y rapportaient. C’est en effet à Jupiter que le poète semble attribuer le classement dont il préconise l’observation. Nul doute qu’il n’existât de son temps des tableaux d’épliémérides plus complets, où nous aurions probablement reconnu plus distinctement la trace de l’influence égyptienne1.

Les Romains observaient comme religieux les jours des Calendes, des Ides et des Nones; il n’était pas permis de célébrer les mariages ces jours-là.

Le lendemain des Calendes, des Ides et des Nones était répété jour funeste, clies citer.

Lorsque les fériés commençaient, tout travail devait cesser de la part des citoyens; le crieur public en proclamait la prohibition, et les réfractaires étaient punis d’une amende. Il était cependant permis de retirer un bœuf tombé

1 . Dans les idées d'Hésiode, les Aataovsç parcouraient la terre, invisibles et revêtus de l’air, pour garder les mortels (Travaux et Jours , v. 122). Le poète nomme ailleurs ces mêmes esprits protecteurs ’AOocvaroi Z Y]voç, les Immortels de Jupiter , et dit qu’il y en a trois myriades qui errent sur la terre pour surveiller l’iniquité ( Travaux et Jours , v. 252).

de l’année égyptienne

dans un précipice1 et d’étayer la poutre d’un toit. Quant au Flamine et au roi des sacrifices, ils ne devaient pas même regarder travailler. Ces prohibitions ont la plus grande analogie avec celles que répète si fréquemment le calendrier Sallier ; il en est de même de l’observation de la continence aux jours de fêtes solennelles2.

Parmi les fêtes du calendrier romain, quelques-unes devaient leur institution aux événements mythologiques. C’est ainsi, par exemple, que le 7 avril était fêté en commémoration de la naissance d’Apollon et de Diane, et le 14 du même mois, à cause de l’arrivée de la Mère des dieux à Rome.

La plupart des autres solennités se rapportaient à des faits de l’histoire nationale. Voici la liste des principales épliémérides de cette classe :

28 février. Les Tarquins vaincus.

6 mars. Jules César créé grand pontife.

15 — Le parricide; assassinat de Jules César.

27 — Prise d’Alexandrie par Jules César.

16 avril. Auguste salué empereur.

7 juillet. Disparition de Romulus.

12 — - Naissance de Jules César.

17 — Défaite des Romains sur l’ Allia.

2 août. Fête 'de la conquête de l’Égypte par Jules César.

18 — Enlèvement des Sabines.

19 — Mort d’Auguste.

20 septembre. Naissance de Romulus.

23 — Naissance d’Auguste.

1 . La même exception à la loi du repos sabbatique est énoncée dans l’Évangile (S. Mathieu, chap. xii, v. 11).

2. Juvénal, Satire VI, v. 215. Porphyre dit que les Égyptiens observaient la chasteté avant l’accomplissement des devoirs religieux, quelquefois pendant quarante-deux jours, et jamais moins de sept jours (De abstinentid, lib. IV).

Un grand nombre de jours n’ont, dans le calendrier romain, d’autres désignations que celle du lever ou du coucher de certains astres, ou l’indication de quelque phénomène naturel, comme par exemple le commencement des saisons, de la chaleur, du froid, les semailles, etc.

Cet arrangement du calendrier n’a pas de racines apparentes dans les traditions mystiques de l’Égypte. Tout en partageant l’année en jours fastes, pendant lesquels il était permis de rendre la justice, et jours néfastes, pendant lesquels les tribunaux chômaient toute la journée ou seulement à certaines heures, les Romains n’avaient qu’un petit nombre de jours réputés malheureux. Pour leurs entreprises importantes, ils consultaient les Augures, dont la science intervenait parfois jusque dans les actes de la vie privée'.

Mais à côté du calendrier officiel il en existait d’autres créés pour les besoins superstitieux du vulgaire, et plus fortement imprégnés de l’influence égyptienne. Dans ces calendriers, les jours malheureux sont appelés dies œgyptiaci. Ces jours égyptiens sont au nombre de 26 dans un calendrier dressé au temps de Constantin le Grand. En voici le tableau :

Janvier,

nu j

et 16.

Février,

et

Mars,

et

Avril,

, 19 et 21

Mai,

et

Juin,

et

Juillet,

et

Août,

et

1 . Les Augures étaient consultés pour tous les actes importants de la politique, et aussi à l’occasion des prodiges ou des phénomènes extraordinaires. D’après Cicéron, l’explication des prodiges se faisait par la doctrine des Étrusques ( Discours sur les réponses des Aruspiccs, chap. xix). La charge d’Augure était un poste très élevé et rigoureusement inamovible. Cicéron et Pline le Jeune en furent investis.

de l’année égyptienne

Septembre, 2 et 19.

Octobre, 3 et 20.

Novembre, 2 et 24.

Décembre, 4 et 14.

D’autres calendriers donnent des listes différentes pour les dies œgyptiaci' ; toutefois, sur la plupart d’entre eux, le 2 janvier conserve sa marque défavorable.

Mais il fallait un aliment plus compliqué à la superstitieuse crédulité et à l’anxieuse curiosité des Romains. Pour eux l’arsenal de la superstition n’était pas dans le tableau des fastes, mais dans l’astrologie égyptienne; c’est au livre de Pétosiris que la dame romaine demandait de décider le jour et même l’heure de ses moindres actions1 2 3 4 5. La science mystique de l’Égypte, écrite dans des ouvrages dont la langue était restée inconnue, et dont l’écriture est si mystérieuse et si imposante à la fois, devait forcément jouir d’un crédit particulier. Aussi les formules réputées les plus efficaces étaient empruntées à cette science, plus ou moins travestie par les charlatans de l’époque. Le pythagoricien Arignotus, voulant repousser un spectre, se sert du plus puissant de ses enchantements : Il lui parle égyptien \ Malgré le ton ironique avec lequel Lucien raconte les prodiges opérés par l’hiérogrammate de Memphis, Pancratès*, qui était resté vingt-trois ans dans les sanctuaires souterrains d’Isis, on ne peut douter qu’une partie du public de

1 . Saumaise, De annis clinicictericis. Pétrone parle des tablettes astrologiques suspendues dans la demeure des riches Romains, et dit qu’elles indiquaient le cours de la lune, les positions des planètes, ainsi que les bons et les mauvais jours distingués par des marques apparentes 0 Satyricon , chap. xxx).

2. Juvénal, Satire VI, v. 527 et suiv. Ce Pétosiris est aussi cité par Pline, Histoire naturelle , liv. VII, chap. xxix, et liv. II, chap. xxi.

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