‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 196 sur 237 · Lepsius, Ausioahl der icichtigstca Urkanden, pl. XII · texte numérisé non relu

Lepsius, Ausioahl der icichtigstca Urkanden, pl. XII

SUR LES CAMPAGNES DE THOTIIMÈS III

Dans l’épisode suivant, Amenemheb nous montre le pharaon s’embarquant pour une contrée dont le nom a disparu dans les lacunes; on distingue cependant encore que le roi atteignit les confins d'un pays dont le nom finit par l’hiéroglyphe h, qui permettra tôt ou tard d’en retrouver le nom entier.

Dans cette même course, le roi combattit à Takliis, ville du Ruten supérieur, c’est-à-dire de la partie du Ruten qui appartenait à l’Assyrie. Amenemheb, qui avait accompagné Thothmès, y fit trois prisonniers vivants, que le texte désigne encore comme Amous.

Puis le roi arrive à Niyi ( ^ (j/j nom (jue la mu-

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raille de Karnak donne sous la forme \\(J(J 1 , Nenivi,

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plus conforme à l’orthographe hébraïque mr:, Nincouch. Il ne faut cependant pas oublier que les Egyptiens rendent souvent par n seul, des mots qu’ils écrivent d’ordinaire par

AA/WXA

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, nen.

Dans tous les cas, il s’agit bien de Ninive; car l’on ne pourrait songer qu’à des régions encore beaucoup plus éloignées de l’Asie orientale ou de l’Asie méridionale, où vit aujourd’hui l’éléphant. Le renseignement est positif : Thothmès prit à la chasse cent vingt éléphants dans ce voyage à

Ninive. Le verbe 11 $ |l, baltes, exprime l’action de « prendre

ou tuer à la chasse». Au Conte des Deux Frères, Baïta, à la vallée du Cèdre, passait son temps à J 1 ^ baltes,

« les animaux du pays »; c’était une profession dont il apportait les profits à sa femme. Il n’v a pas de sens possible autre que celui de « chasser, prendre à la chasse »; seulement ce terme est particulier h la chasse des gros animaux ou des bêtes fauves, tandis que la chasse aux oiseaux serait

spécialement désignée par le mot ® (1 j\, kliens.

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Baltes se rencontre aussi sous la forme bahou, J R vA. /i ;

Sur les campagnes de thotiimès iii

l’une et l’autre forme sont d’assez rare occurrence et peuvent

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^ ^ v n, balicn, qui signifie « frapper avec

le glaive ».

Mais nous voyons par notre texte que le roi ne tua pas les éléphants de sa main, puisque le plus gros d’entre eux fut blessé et pris par Amenemheb. L’éléphant se prend par troupes entières aussi bien que par individus isolés. Très probablement Tliotlnnès avait présidé à une grande chasse autant par plaisir que pour se procurer de l’ivoire. 11 est nécessaire de noter la circonstance que le texte ne parle en cette occasion d’aucun fait militaire quelconque, mais seulement de cette prise d’éléphants; le roi n’y combattit pas les Assyriens, et Amenemheb n’y fit aucun butin. Le chef d’Assur, qui payait tribut à l’Égypte depuis l’an 23, n’avait peut être pas participé à la révolte. Il ne saurait conséquemment être question d’éléphants cle guerre, qui supposeraient une grande bataille dont il serait certainement dit au moins quelques mots dans le texte; notre narrateur, qui va nous parler tout à l’heure d’une cavale lâchée dans le camp égyptien par le chef de Qodesh, n’aurait pas passé absolument sous silence le chef de Ninive, son armée et ses corps d’éléphants, qui devaient être un objet de quelque surprise pour les Égyptiens. Nous n’avons donc aucun droit de forcer notre texte; il s’agit bien d’éléphants chassés, et par conséquent, vers le XVI0 siècle avant notre ère, l’éléphant vivait non loin de Ninive, c’est-à-dire à une assez grande distance des régions de l’Asie où on le trouve aujourd’hui. C’est de là sans doute que les Phéniciens tiraient l’ivoire qu’ils livraient à l’Égypte. Ce renseignement devra être utilisé pour

la recherche de la situation du pays d’Asi (j(j

ou Amasi, qui fournissait également de l’ivoire et que les listes ethniques placent au nombre des peuples septentrionaux.

Au dire de Diodore, les Indiens s’imaginaient qu’il n’y

SUR LES CAMPAGNES DE THOTHMÈS III

avait pas d’élépliants ailleurs que dans leur pays; pour les combattre à armes égales, Sémiramis fit fabriquer, dit cet historien, des éléphants de foin recouverts de peaux de bœufs noirs, que des chameaux transportèrent ensuite jusque dans l’Inde1 . Mais l'histoire de la célèbre reine de Babylone n’est qu’un tissu de légendes merveilleuses de très faible consistance historique; les éléphants de foin méritent la même créance que l’armée de trois millions de fantassins, de cinq cent mille cavaliers, de cent mille chars de guerre et de cent mille chameaux portant des combattants armés d’épées. Toute cette histoire est à refaire.

Les Égyptiens étaient familiarisés avec les éléphants d’Ethiopie; Amenemheb connaissait bien la manière de les combattre, qui consiste principalement à les blesser aux jambes de devant. C’est ce que firent les Romains, revenus de la terreur que leur inspirèrent d’abord les éléphants de Pyrrhus.

A la suite de cette chasse heureuse, Amenemheb entra « dans l’eau où sont les deux pierres ». Il nous est difficile aujourd’hui de deviner ce que signifie ce détail. Nous avons vu que notre héros s’est déjà vanté d’avoir traversé « l’eau de Naharan » ou l’Euphrate. Il était hardi nageur et aimait à se faire gloire de ses exploits dans cet exercice.

Dans un passage des Annales de Thothmès III, il est dit que ce pharaon, étant au pays de Ruten, établit deux stèles, l’une sur la rive gauche de ce fleuve, l’autre à l’endroit de la stèle de son père2. Malheureusement le texte est mutilé, et nous ignorons de quel fleuve il est question; mais, dans l’un et l’autre cas, il s’agit du pays de Ruten et de deux stèles ou pierres placées sur les bords d’un fleuve. Un Egyptien devait naturellement se servir de ces pierres glorieuses comme indication locale. C’est au moins une conjecture bien séduisante.

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