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Voyage d'un Égyptien, p

SUR LES CAMPAGNES DE THOTIIMÈS III

le précieux monument mis en lumière par M. Ebcrs. Il jette un jour inattendu sur plusieurs faits de l’histoire de Thothmès III et n’est pas moins important au point de vue de la géographie.

Chalon-sur-Saône, 7 avril 1873.

LA VEUVE

CONTE CHINOIS1

Nous avons publié l’année dernière, dans les feuilletons du Progrès, d’assez longs extraits de la touchante histoire d'une courtisane chinoise, que nous avons nommée la Traviata de Pékin2. Le conte, que nous commençons aujourd'hui, provient du même recueil, qui porte le nom très peu euphonique de Kin-Kou- Ki-Kouan. Il a été traduit du chinois, comme le premier, par M. le Dr Birch, du British Muséum, et c’est sur cette traduction anglaise qu’a été faite la présente version, dans laquelle on s’est attaché à rendre aussi exactement que possible les idées de l’original, sans toutefois s’astreindre au sens littéral, qui n’est pas toujours clair et heurte trop souvent les règles du style français.

Le conte de la Veuve chinoise rappelle celui de la Matrone d’Éphèse, que l’excellente imitation versifiée par l’inimitable La Fontaine a rendu populaire. La plus ancienne rédaction connue se trouve dans le Satgricon de Pétrone ; mais cette légende des veuves inconsolables trop facilement consolées a couru le monde. Nos anciens fabliaux, les fables nouvelles attribuées à Phèdre, les contes de Musæus, etc., la reproduisent sous diverses formes. Brantôme ne l’a point oubliée dans ses Dames

1. Publié dans le Progrès cle Saône-et-Loire, puis en tirage à part, sous le titre La Veuve, Conte chinois, d’après la version anglaise de M. le docteur S. Birch, par F. Chabas, de Chalon-sur-Saône, 1873, Chalon-sur-Saône, imprimerie L. Landa, rues de Gloriette et des Ebréches, in 16, 32 p.

2, C'est le conte publié p. 313-328 du présent volume.

LA VEUVE

Galantes. Mais Voltaire, plus que tous les autres, se rapproche de la version chinoise, dont il imite les traits les plus saillants avec une exactitude qui porte à croire qu'il a puisé aux mêmes sources.

C'est ainsi qu'il met dans la bouche de Zadig 1 histoire d’Azora, faisant pieusement élever à son époux défunt un monument près d'un ruisseau, et jurant quelle ne s'éloignera pas des restes chéris de son unique amour, aussi longtemps que le ruisseau coulerait dans son lit; puis, le monument achevé, elle travaille à détourner le cours du ruisseau.

A cette narration, l'épouse adorée de Zadig se scandalise et s'irrite; elle maudit Azora et exalte ses propres sentiments de fidélité. Zadig, voulant l'éprouver, feint de mourir; et sa veuve, bientôt éprise d’un nouvel amour, consent à couper le nez de son époux au cercueil pour guérir son amant en danger.

C'est le sommaire exact du conte chinois; s’il avait une valeur historique, ce conte reporterait la date de la légende de la veuve au quatrième siècle avant notre ère, c'est-à-dire quatre siècles environ avant la composition du Satyricon. Mais, à ce propos, il nous suffit de savoir que les critiques amères contre l’inconstance et la légèreté des femmes sont de tous les temps et de tous les pays. On en rencontre des échantillons très significatifs dans les livres attribués à Salomon et dans des traités philosophiques écrits en hiéroglyphes et datant de cinq mille ans! 11 est du reste vrai de dire que, si haut qu'on remonte dans l'antiquité, on trouve l’espèce humaine mue par les mêmes instincts et les mêmes passions que de nos jours.

Le conte chinois nous offre quelques détails curieux, mais il ne fait pas le procès à l'inconstance des femmes avec la même autorité que les autres relations. Docteur de la secte du renoncement absolu, Chouang-Sang, le mari trop vite oublié, ne semble pas très fondé à se plaindre de cet abandon. Son attachement envers sa femme, avec laquelle il se plaisait comme un poisson avec Veau, n'est qu’un sentiment s’arrêtant à la surface; il ne partageait avec elle ni son cœur ni son âme. Ce n'est pas l’amour qui l'animait, l’amour tel que le comprennent les hommes épurés par la doctrine élevée qui, contredisant la sagesse chinoise, leur montre dans la femme une créature aussi noble qu’eux-mêmes, tel que le

CONTE CHINOIS

conçoivent et le désirent toutes les femmes d'élite, et même celles que compriment et violentent la réclusion des harems et les préjugés de l'Orient.

Si la veuve chinoise a pu regretter les bontés de son époux, elle n’avait point à respecter un amour qui n’avait point existé. D'ailleurs Chouang-Sang, doué d'une puissance surnaturelle et transformé en brillant séducteur, a réellement trop d’avantages. On comprend que sa femme doit succomber dans cette périlleuse expérience. Sans doute sa défaite est trop prompte et trop décisive; elle n’en mérite pas moins les circonstances atténuantes, qu’on est tenté de refuser à la Matrone d'Éphèse et à la femme de Zadig. Après sa fin tragique, elle devient le personnage véritablement sympathique du petit drame; on la plaint, tandis que les rires sardoniques de son mari font horreur.

Une double leçon morale peut être tirée de la légende chinoise. La première est applicable à la fois aux deux sexes et se résume dans le vieux dicton :

Ni jamais, ni toujours !

La seconde est pour les maris chinois : « Ils doivent enseigner à leurs femmes la doctrine du renoncement absolu du Taô avant de les livrer à l'abandon. »

Avec quelques variantes, cette maxime ne serait pas inutile aux maris européens.

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